Catéchisme de la Somme théologique par le fr. Thomas Pègues O.P.

Un article de Christ-Roi.

Catéchisme de la Somme théologique par le fr. Thomas Pègues O.P.

Nous recopions la réédition parue dans les numéros 6 à 33 du Sel de la Terre. Le livre original est paru en 1918 sous le titre de La somme théologique de saint Thomas d'Aquin en forme de catéchisme pour tous les fidèles, éditions Privat-Téqui, 1929.


Sommaire

Préfaces

BREF du pape Benoît XV

AU CHER FILS THOMAS PEGUES, DE L'ORDRE DES PRECHEURS


CHER FILS,
salut et bénédiction apostolique.

Les éloges, d'éclat exceptionnel, que le Siège Apostolique a faits de Thomas d'Aquin ne permettent plus à aucun catholique de douter que ce docteur n'ait été, dans ce but, suscité par Dieu, afin que l'Église eût un maître de la doctrine qu'elle suivrait par excellence en tout temps. D'autre part, il semblait convenable que la sagesse unique de ce docteur fût directement ouverte, non pas seulement aux hommes du clergé, mais encore à tous ceux, quels qu'ils soient, qui cultiveraient à un degré plus élevé les études religieuses, et jusqu'à la multitude elle-même : la nature veut, en effet, que plus on approche de la lumière, plus on s'en trouve abondamment éclairé. Vous êtes donc grandement à louer, vous qui, ayant entrepris d'expliquer par un commentaire littéral en français l'œuvre principale du Docteur angélique, la Somme théologique et les volumes déjà parus montrent que votre projet se réalise avec succès avez récemment publié la même Somme rendue en forme de catéchisme. Par là, vous n'avez pas d'une façon moins apte approprié les richesses de ce grand génie à l'usage des moins instruits qu'à celui des plus doctes, donnant, sous une forme brève et succincte, dans le même ordre lumineux, tout ce que lui-même avait exposé d'une façon plus copieuse. Et, assurément, Nous vous félicitons de ce fruit d'un travail et d'une étude prolongés, dans lequel il est permis de reconnaître votre grande connaissance et votre grande science de la doctrine thomiste; et Nous souhaitons, ce qui est le vœu que vous inspire votre amour de la sainte Église, que ce travail serve au plus grand nombre possible pour connaître à fond la doctrine chrétienne. Comme gage des faveurs divines et comme témoignage de Notre bienveillance très spéciale, Nous vous accordons très affectueusement, à vous, cher fils, et à vos disciples, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 5 février 1919, de Notre Pontificat, la cinquième année.
BENOÎT XV, pape.


PRÉFACE

Dans le compte rendu de la Revue thomiste, où il présentait aux lecteurs de cette revue dont il était le fondateur, mes deux premiers volumes du Commentaire français littéral de la Somme théologique, le père Coconnier, bon juge en la matière, parlant de la Somme théologique elle-même, l'appelait " le plus beau livre sur la plus belle des sciences ". C'était l'écho, sous une forme littéraire et moderne, de la grande parole du pape Jean XXII, proclamant, au moment de la canonisation de saint Thomas d'Aquin, après avoir évoqué de nombreux miracles opérés par le saint docteur : " Quot scripsit articulos, tot fecit miracula : Il a fait autant de miracles qu'il a écrit d'articles ". De nos jours, une autre grande voix pontificale, celle du pape Léon XIII, qui semblait ne pouvoir se lasser d'exalter le Docteur angélique, déclarait, dans l'encyclique Gravissimo Officio, que la Somme de saint Thomas contenait, renfermé en elle, tout ce qui avait pu être pensé et agité de plus profond dans le domaine de la raison et de la foi par quelques sages que ce pût être, et que c'est là qu'on trouvait les principaux points et les sources de cette doctrine éminente entre toutes qui s'appelle la théologie chrétienne.
Cette excellence hors de pair de la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin, devait recevoir sa consécration la plus précieuse dans le Motu proprio du pape Pie X, ordonnant que dans les principaux centres d'études ecclésiastiques la Somme de saint Thomas devînt désormais le livre de texte que les maîtres devraient expliquer à leurs élèves.
Et, enfin, mettant le sceau définitif à tous ces actes pontificaux en l'honneur du Docteur angélique, le pape Benoît XV, dans le Code nouveau[1] faisant loi désormais pour toute l'Église, édictait deux canons, le canon 589 et le canon 1366, où tous les professeurs de philosophie et de théologie, dans l'Église, recevaient l'ordre formel de traiter de tout point les matières de leur enseignement et la formation de leurs disciples selon la méthode, la doctrine et les principes de Thomas d'Aquin et de s'y tenir saintement.
C'est donc un fait acquis désormais que l'Église catholique considère Thomas d'Aquin comme son docteur préféré et que son désir le plus ardent est de voir toutes les intelligences aller puiser, selon qu'il est en leur pouvoir, à la source de lumière que constituent les écrits du saint docteur, notamment le plus complet et le plus parfait de tous, sa Somme théologique.
Nous inspirant de ce désir, nous avions déjà voulu, dans la mesure de nos moyens, mettre à la portée d'un public d'élite cet enseignement de saint Thomas, en entreprenant le Commentaire français littéral de la Somme théologique.
L'œuvre se continue, grâce à Dieu, et de précieux témoignages nous persuadent que ce travail aura facilité, en effet, l'étude du chef-d'œuvre du saint docteur. Mais, en raison même de son étendue (douze volumes ont déjà paru, et l'œuvre entière en comprendra une vingtaine environ), comme aussi en raison de certains points de doctrine nécessitant des explications plus développées ou plus techniques, cette œuvre ne pouvait et ne peut atteindre qu'un public restreint.
Fallait-il donc renoncer au dessein de mettre à la portée de tous, par un exposé rapide et cependant complet, où serait gardé scrupuleusement l'ordre si lumineux de saint Thomas lui-même et où serait reproduite toute sa pensée essentielle, le trésor de doctrine qu'est son immortelle Somme ?
Le présent travail montrera, nous l'espérons, qu'il était possible de faire descendre des plus hautes sphères de l'enseignement théologique jusque dans les milieux les moins habitués à son caractère technique et spécial, la moelle substantielle et savoureuse de cet enseignement.
On trouvera dans ce petit livre toute la substance doctrinale de la grande Somme théologique. Pas un point essentiel n'y a été omis de ce qui nous a paru nécessaire pour la mise à la portée de tous de son enseignement lumineux.
Et, afin de rendre sa lecture plus facile, plus attrayante, plus vivante aussi et plus pénétrante, nous avons voulu lui donner la forme catéchistique, qui est bien, sans doute, la forme d'enseignement la plus parfaite pour atteindre toutes les intelligences. N'est-elle pas comme la réalisation idéale de ce qu'on a pu appeler l'enseignement socratique, procédant par voie d'interrogation graduée et ordonnée, qui éveille l'esprit et conduit insensiblement jusqu'aux plus hautes sphères de la doctrine ?
Elle est aussi la réalisation parfaite du dialogue platonicien, où l'intelligence qui écoute, mise en éveil par l'intelligence de celui qui parle, pose à son tour de nouvelles questions, et où toutes deux vivant ainsi du pain de la vérité, goûtent excellemment le charme du plus délicieux vivre ensemble dans une sorte de divin banquet.
Nous dédions ce petit livre à tous les amis de la vérité.
Ils la trouveront exposée, ici, dans sa suite la plus parfaite. Et, s'il en était qui fussent d'abord étonnés de la forme plus humble que nous avons voulu lui donner, ils en auront tout le sens quand ils se souviendront des paroles du Fils de Dieu dans son Évangile nous disant que de se faire tout petit est une excellente condition pour pénétrer les secrets du royaume des cieux : " Nisi efficiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnum coelorum - Abscondisti hæc a sapientibus et revelasti ea parvulis[2]. " - La simplicité, du reste, n'enlève rien à la profondeur. L'enseignement de Thomas d'Aquin dans sa Somme théologique est d'une telle richesse, d'une telle fécondité, d'un tel charme, que ceux qui le connaissent à fond dans son exposé complet éprouveront, à le retrouver dans un résumé vivant et intégral, une sorte de ravissement : et ceux qui ne le connaîtront encore que par ce résumé fidèle, voudront, par une sorte de désir irrésistible, le posséder autant qu'il leur sera possible, dans toute l'ampleur de son exposé magistral.
Puissent toutes les intelligences qui ont faim et soif de vérité, de la grande vérité, qui, seule, intéresse le bien dernier et souverain de l'homme, venir puiser à cette source. Nulle part ailleurs, elles n'en trouveront de plus pure, ou qui soit en rapport plus intime et plus direct avec cette source d'eau vive qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle.
Rome, en la fête de la Toussaint, 1918.


Avertissement pour la nouvelle édition

Un mois, à peine, s'était écoulé depuis la mise en vente du Catéchisme ; et, malgré la crise des transports qui sévissait en plein à ce moment, les deux mille exemplaires de la première édition ne suffisaient plus à satisfaire les demandes qui se multipliaient de tous côtés. Il a donc fallu, tout de suite, penser à rééditer le volume.
La nouvelle édition ne diffèrera en rien de la première. On s'est borné simplement à faire disparaître les quelques fautes matérielles d'impression qui avaient pu se glisser dans un premier tirage; et l'on a inséré, à leur place, les deux ou trois addenda qui étaient marqués à la fin du livre.
Nous remercions Dieu de la bénédiction qu'il a daigné accorder à ce modeste travail. L'accueil qu'il lui a fait rencontrer dans les milieux les plus divers montre bien, semble-t-il, que l'ouvrage est venu à son heure.
Nous ne pouvons songer à reproduire, ici, les témoignages qui ont accompagné cet accueil et en ont fixé le vrai caractère. L'impression la plus générale qu'on a bien voulu nous traduire est que désormais il n'est plus une intelligence, " à partir de quinze ans et au-dessus ", comme daignait nous l'écrire un de NN. SS. les évêques de France, qui ne puisse s'initier à la moelle de doctrine contenue dans la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin.
Rien ne pouvait nous être plus sensible qu'un tel témoignage. Car c'est bien là ce que nous avons voulu en publiant ce travail. L'ordre de la Somme, que nous avons toujours regardé comme si essentiel et qu'on retrouve avec tout son relief dans ce catéchisme, a vivement frappé aussi les intelligences du dehors. L'un de nos meilleurs penseurs catholiques, venu de très loin à la foi par l'action même de la doctrine de saint Thomas d'Aquin et qui fait maintenant sa vie de cette doctrine, nous écrivait, parlant de lui et de sa femme également convertie par l'influence de saint Thomas : " Ce qui nous a frappés le plus en lisant votre livre, c'est le relief où il met le plan général de la Somme, que bien des lecteurs " fragmentaires ", si j'ose dire, de saint Thomas perdent trop souvent de vue, et qui apparaît si bien dans votre catéchisme. Ce livre, le modèle des catéchismes, sera d'une extrême utilité pour la diffusion de la doctrine catholique intégrale et pour toutes les œuvres d'éducation chrétienne. Puissent tous les prêtres de paroisses instruites s'en servir pour l'instruction de la jeunesse cultivée et pour leurs catéchismes de persévérance ! "
Un autre de nos excellents écrivains catholiques, d'autant plus frappé de l'ordre de la Somme théologique, mis en relief dans le catéchisme, qu'il était en contact avec lui pour la première fois, nous écrivait : " La limpidité du style, la clarté des démonstrations, la pertinence et l'enchaînement des réponses aux questions et des questions entre elles, tiennent du prodige. " N'est-ce pas, ici encore, comme un écho, et d'autant plus admirable qu'il vient de quelqu'un qui se dit " profane " dans le sujet, de la parole du pape Jean XXII, disant de saint Thomas : Il a fait autant de miracles qu'il a écrit d'articles.
Mais le témoignage qui domine tous les autres et qui a été pour nous la plus douce des récompenses est celui du vicaire même de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Sa Sainteté le pape Benoît XV. Nous avons eu l'insigne honneur de lui offrir personnellement ce Catéchisme de la Somme. Il a bien voulu l'agréer, nous a dit sa haute satisfaction et a souligné lui-même l'opportunité d'un travail qui permettait enfin de mettre entre toutes les mains l'œuvre par excellence de l'enseignement sacré jusque-là inabordable pour le plus grand nombre. Sa Sainteté a daigné exprimer le désir que ce catéchisme fût traduit le plus tôt possible dans les autres langues. Un tel désir est pour nous un ordre; et, dans le plus bref délai, il sera fait tout le possible pour le réaliser.
Rome, 28 janvier 1919,
en la fête de la Translation des reliques de saint Thomas d'Aquin à Toulouse.

P.S. - Les épreuves de cet " avertissement " nous arrivent au lendemain de la réception du Bref que sa Sainteté le pape Benoît XV a daigné nous adresser en date du 5 février, et qu'on a pu lire en tête de cette nouvelle édition. On y aura remarqué deux choses :

  • l'affirmation renouvelée, sous une forme encore plus explicite et plus pressante, de l'autorité exceptionnelle que Dieu a voulu donner à saint Thomas d'Aquin, dans son Église, comme maître de la doctrine, et qu'il n'est plus permis à aucun catholique de mettre en doute ;
  • la recommandation si haute de travailler à rendre accessible à tous directement la source incomparable de sagesse que constituent les écrits du saint docteur, surtout sa Somme théologique. Le Saint Père a poussé même son extrême bonté jusqu'à exprimer dans son Bref, sous forme de souhait personnel, la pensée qu'il nous avait manifestée de voir ce modeste travail du Catéchisme de la Somme " servir au plus grand nombre possible pour s'instruire à fond de la doctrine chrétienne ". Nous déposons humblement, aux pieds de sa Sainteté, l'hommage ému de notre profonde reconnaissance.


Rome, 7 mars 1919,
en la fête de saint Thomas d'Aquin.


Lettre d'une religieuse carmélite

Pour encourager nos lecteurs, nous donnons ici le début d'une lettre écrite par une religieuse carmélite à l'auteur, à l'occasion de la parution de ce Catéchisme :

Mon très Révérend Père,
« Sous la protection de notre bonne Mère du ciel, en l'octave de son Immaculée Conception, je reçois un exemplaire de votre dernière publication, et je viens immédiatement vous exprimer les sentiments bien vifs et bien émus de ma gratitude pour ce nouveau témoignage de votre charité.
« Ce précieux volume que vous présentez à côté de la Somme me paraît être comme la gerbe délicate, cueillie parmi des fleurs de choix et gracieusement offerte par le possesseur de riches serres et jardins à des visiteurs émerveillés de leur beauté et tout enveloppés de leurs délicieux parfums.
« Quel bien ce catéchisme ne pourra-t-il pas faire aux âmes qui le liront pour connaître la vérité et surtout à celles qui le méditeront pour en vivre. Il va devenir mon vade-mecum de préférence, mon livre de chevet, rappelant, dans leurs grandes lignes, à ma mémoire, les clartés projetées sur le texte du saint Docteur par votre commentaire, auquel je dois tant de lumière et de grâces, et me préparant aussi à celles qui suivront. »

Et cette lettre était accompagnée d'une prière à saint Thomas, composée par cette religieuse. La voici :
« Angélique Docteur, soleil de l'Église, ô saint Thomas ! obtenez-moi, pour la plus grande gloire de Dieu, je vous en prie, pendant la lecture de votre merveilleux ouvrage, une participation aux mêmes grâces de silence, de pureté, de lumière et d'attrait qui vous ont si puissamment sanctifié pendant sa composition, afin que je puisse expérimenter de plus en plus que la vérité sur Dieu et sur ses œuvres, en passant sur notre âme, la purifie, l'éclaire, la sépare, la fait vivre plus haut et plus près de lui, parce que le sentiment de l'adoration est plus libre en elle : et gardez en moi les fruits de cette grâce jusqu'à l'éternité. Ainsi soit-il.[3] »
Le Sel de la terre.



Première partie - Dieu, Être souverain, source et maître de tout être

Existence

  • Dieu existe-t-il ?
  • Oui, Dieu existe (q. 2).
  • Pourquoi dites-vous que Dieu existe ?
  • Parce que, si Dieu n'existait pas, rien n'existerait (q. 2, a. 3).
  • Comment montrez-vous que, si Dieu n'existait pas, rien n'existerait ?
  • On le montre par ce raisonnement : - Ce qui n'existe que par Dieu, n'existerait pas si Dieu n'existait pas. Or, tout ce qui existe et qui n'est pas Dieu, n'existe que par Dieu. Donc, si Dieu n'existait pas, rien n'existerait.
  • Mais comment montrez-vous que ce qui existe et n'est pas Dieu, n'existe que par Dieu ?
  • Par ce raisonnement : - Ce qui existe et n'existe point par soi, n'existe en dernière analyse que par un autre qui est par soi et que nous appelons Dieu. Or, ce qui existe et n'est pas Dieu, n'existe point par soi. Donc ce qui existe et n'est pas Dieu, n'existe en dernière analyse que par Dieu.
  • Et comment montrez-vous que ce qui existe et n'est pas Dieu, n'existe point par soi ?
  • Par ce raisonnement : - Rien de ce qui a besoin de quelque chose, n'existe par soi. Or, tout ce qui existe et n'est pas Dieu, a besoin de quelque chose. Donc ce qui existe et n'est pas Dieu, n'existe point par soi.
  • Pourquoi dites-vous que rien de ce qui a besoin de quelque chose, n'existe par soi ?
  • Parce que ce qui existe par soi ne dépend ni ne peut dépendre de rien, ni de personne; et que tout ce qui a besoin de quelque chose ou de quel qu'un, dépend de ce quelque chose ou de ce quelqu'un.
  • Et pourquoi dites-vous que ce qui existe par soi ne dépend ni ne peut dépendre de rien ni de personne ?
  • Parce qu'existant par soi, il a tout en lui même et par lui-même, et ne peut rien recevoir, de rien ni de personne.
  • Tout être donc qui existe et qui a besoin de quelque chose prouve manifestement par sa seule existence, que Dieu existe ?
  • Oui, tout être qui existe et qui a besoin de quelque chose, prouve manifestement, par sa seule existence que Dieu existe.
  • Que font donc ceux qui nient Dieu ?
  • Ils affirment équivalemment que ce qui a besoin de tout, n'a besoin de rien.
  • Mais c'est là une contradiction ?
  • Exactement, et on ne peut nier Dieu sans se contredire.
  • C'est donc une véritable folie de nier Dieu ?
  • Oui, c'est une véritable folie de nier Dieu.


2. Nature et attributs

  • Qu'est-ce que Dieu ?
  • Dieu est un Esprit, en trois Personnes, Créateur et Souverain Maître de toutes choses.
  • Que voulez-vous dire quand vous dites que Dieu est un Esprit ?
  • Je veux dire qu'il n'a point de corps, comme nous, et qu'il est libre de toute matière, ou même de toute nature distincte de son être (q. 3, a. 1-4).
  • Que s'ensuit-il de cela pour Dieu ?
  • Il s'ensuit que Dieu n'est pas un être comme les autres êtres, qui ne sont que tels ou tels êtres particularisés; mais qu'il est, au sens le plus vrai, le plus transcendant et le plus absolu, I'Être même (q. 3, a. 4).
  • Dieu est-il parfait ?
  • Oui, Dieu est parfait ; car il ne lui manque rien (q. 4, a. 1).
  • Dieu est-il bon ?
  • Oui, Dieu est la Bonté même ; car il est le principe et le terme de tout amour (q. 6).
  • Dieu est-il infini ?
  • Oui, Dieu est infini ; car il n'est limité par rien (q. 7, a. 1).
  • Dieu est-il partout ?
  • Oui, Dieu est partout; car tout ce qui est, est en lui et par lui (q. 8).
  • Dieu est-il immuable ?
  • Oui, Dieu est immuable ; car il n'a rien à acquérir (q. 9).
  • Dieu est-il éternel ?
  • Oui, Dieu est éternel ; car il n'y a pas de succession en lui (q. 10).
  • Y a-t-il plusieurs Dieux ?
  • Non, il n'y a qu'un seul Dieu (q. 11).
  • Pourquoi affirmez-vous de Dieu ces divers attributs ?
  • Parce que, s'il ne les avait pas, il ne serait plus lui-même.
  • Comment montrez-vous que, si Dieu n'avait pas ces attributs, il ne serait plus lui-même ?
  • Parce que Dieu ne serait plus lui-même s'il n'était pas celui qui existe par soi. Or celui qui existe par soi doit être parfait, car il a tout en lui-même; et, s'il est parfait, il est nécessairement bon. Il doit être infini, sans quoi quelque chose aurait action sur lui pour le limiter; et, s'il est infini, il faut qu'il soit partout. Il doit être immuable, sans quoi il serait à la recherche de quelque chose; et, s'il est immuable, il est éternel, le temps étant une succession qui implique le changement. D'autre part, étant infiniment parfait, il ne peut être qu'un; deux infiniment parfaits étant absolument impossibles, car l'un n'aurait rien par où il se distinguerait de l'autre (q. 3-11).
  • Pouvons-nous voir Dieu sur cette terre ?
  • Non, nous ne pouvons pas voir Dieu sur cette terre, notre corps mortel y faisant obstacle (q. 12, a. 11).
  • Pourrons-nous voir Dieu au ciel ?
  • Oui, nous pourrons voir Dieu au ciel, des yeux de l'âme glorifiée (q. 12, a. 1-10).
  • Comment pouvons-nous connaître Dieu sur cette terre ?
  • Nous pouvons connaître Dieu sur cette terre par la raison et par la foi (q. 12, a. 12-13).
  • Qu'est-ce que connaître Dieu sur cette terre par la raison ?
  • C'est connaître Dieu à l'aide des créatures qu'il a faites (q. 12, a. 12).
  • Qu'est-ce que connaître Dieu sur cette terre par la foi ?
  • C'est connaître Dieu par ce qu'il nous a dit lui-même de lui-même (q. 12, a. 13).
  • De ces deux sortes de connaissances que nous pouvons avoir de Dieu, sur cette terre, quelle est la plus parfaite ?
  • C'est, à n'en pas douter, la connaissance que nous avons de lui par la foi ; car elle nous fait atteindre Dieu sous un jour que la raison ne pouvait même pas soupçonner; et, bien que ce jour soit encore pour nous mêlé d'ombre et d'obscurité impénétrable, il est cependant comme un commencement du jour de la vision au ciel dont la pleine clarté constituera notre bonheur pendant toute l'éternité (q. 12, a. 13).
  • Quand nous parlons de Dieu ou que nous nous exprimons à son sujet, les mots ou les termes que nous employons ont-ils un sens précis et que nous puissions légitimer ?
  • Assurément ; car ces termes, ou ces mots, bien qu'usités d'abord pour désigner les perfections de la créature, ont pu être transférés ensuite à désigner ce qui, en Dieu, correspond à ces mêmes perfections (q. 13, a. 1-4).
  • Ces termes, ou ces mots, ont-ils le même sens quand nous les disons de Dieu et de la créature, ou ont-ils un sens tout à fait différent ?
  • Ils ont le même sens ; mais avec une portée plus haute. Et cela veut dire qu'employés pour désigner les perfections des créatures, ils les désignent dans leur plénitude et en disant tout ce qu'elles sont; tandis qu'employés pour désigner les perfections divines ou ce qui est en Dieu, si tout ce qu'ils disent de perfection est bien véritablement en Dieu, ils ne disent pas tout ce que sont en Dieu les perfections qu'ils expriment (q. 13,a. 5).
  • Il est donc vrai que Dieu demeure pour nous ineffable, quoi que nous puissions dire de lui et quelque sublimes que puissent être nos expressions à son sujet ?
  • Oui ; mais nous ne pouvons rien faire de mieux cependant, ni de plus vrai ou de plus parfait, que de parler de lui et de nous exprimer à son sujet, quelque imparfait que demeure sur cette terre tout ce que nous pouvons penser de lui ou dire de lui (q. 13, a. 6-12).


3. Opérations

  • Que fait Dieu en lui-même ?
  • Il vit de sa connaissance et de son amour (q. 14-26).
  • Est-ce que Dieu connaît toutes choses ?
  • Oui, Dieu connaît toutes choses (q. 14, a. 5).
  • Est-ce que Dieu sait tout ce qui se passe sur la terre ?
  • Oui, Dieu sait tout ce qui se passe sur la terre (q. 14, a. 11).
  • Est-ce que Dieu connaît les secrets des cœurs ?
  • Oui, Dieu connaît les secrets des cœurs (q. 14, a. 10).
  • Est-ce que Dieu connaît l'avenir ?
  • Oui, Dieu connaît l'avenir (q. 14, a. 13).
  • Pourquoi dites-vous que cette science se trouve en Dieu ?
  • Parce que Dieu, étant au souverain degré de l'immatérialité, est d'une intelligence infinie ; et qu'il ne peut rien ignorer de ce qui est, ou sera, ou serait, ou pourrait être, en quelque être que ce soit, tout cela étant dans un rapport d'effet à cause, à l'endroit de sa science, faite d'intelligence et de volonté (q. 14, a. 1-5).
  • Il y a donc aussi une volonté en Dieu ?
  • Oui, il y a aussi une volonté en Dieu, la volonté étant toujours où est l'intelligence (q. 19, a. 1).
  • Est-ce que tout dépend de la volonté de Dieu ?
  • Oui, tout dépend de la volonté de Dieu, parce qu'elle est la cause première et suprême de tout (q. 19, a. 4-6).
  • Est-ce que Dieu aime toutes ses créatures ?
  • Oui, Dieu aime toutes ses créatures, ne les ayant faites que par amour (q. 20, a. 2).
  • L'amour de Dieu pour ses créatures a-t-il quelque effet en elles ?
  • Oui, l'amour de Dieu pour ses créatures a son effet en elles.
  • Quel est l'effet de l'amour de Dieu dans ses créatures ?
  • C'est tout le bien qui est en elles (q. 20, a. 3).
  • Dieu est-il juste ?
  • Oui, Dieu est la justice même (q. 21, a. 1).
  • Pourquoi dites-vous que Dieu est la justice même ?
  • Parce qu'il donne à tout être ce que sa nature exige (q. 21, a. 1-2).
  • Y a-t-il un mode spécial de la justice de Dieu envers les hommes ?
  • Oui, il y a un mode spécial de la justice de Dieu envers les hommes.
  • Quel est le mode spécial de la justice de Dieu envers les hommes ?
  • Le mode spécial de la justice de Dieu envers les hommes, c'est qu'il récompense les bons et punit les méchants (q. 21, a. 1, ad 3).
  • Est-ce sur cette terre que Dieu récompense les bons et punit les méchants ?
  • Ce n'est jamais qu'en partie que Dieu sur cette terre récompense les bons et punit les méchants
  • Où Dieu récompense-t-il entièrement les bons et punit-il les méchants ?
  • C'est au ciel que Dieu récompense entièrement les bons et dans l'enfer qu'Il punit les méchants.
  • Y a-t-il en Dieu la miséricorde ?
  • Oui, il y a en Dieu la miséricorde (q. 21, a. 3)
  • En quoi consiste la miséricorde de Dieu ?
  • La miséricorde de Dieu consiste en ce qu'il donne à tout être bien plus que sa nature n'exige, et aussi qu'il récompense les bons au-delà de leurs mérites et punit les méchants en deçà même de tout ce qu'ils méritent (q. 21, a. 4).
  • Dieu en lui-même s'occupe-t-il du monde ?
  • Oui, Dieu en lui-même s'occupe du monde.
  • De quel nom s'appelle le soin que Dieu a en lui-même du monde ?
  • Le soin que Dieu a en lui-même du monde s'appelle la Providence (q. 22, a. 1).
  • La Providence de Dieu s'étend-elle à toutes choses ?
  • Oui, la Providence de Dieu s'étend à toutes choses; car il n'est rien, dans le monde, que Dieu n'ait prévu et préordonné de toute éternité (q. 22, a. 2).
  • S'étend-elle aussi aux êtres inanimés ?
  • Oui, elle s'étend aussi aux êtres inanimés, ces êtres eux-mêmes faisant partie de l'œuvre de Dieu (q. 22, a. 2, ad 5).
  • S'étend-elle aux hommes dans leurs actes libres ?
  • Oui, elle s'étend aux hommes dans leurs actes libres (q. 22, a. 2, ad 4).
  • Qu'entendez-vous quand vous dites que la Providence de Dieu s'étend aux hommes dans leurs actes libres ?
  • J'entends par là que tous les actes libres des hommes sont soumis à la disposition de la divine Providence, et que rien dans ces actes-là n'arrive que Dieu ne l'ordonne ou ne le permette, la liberté de l'homme n'impliquant aucunement son indépendance à l'endroit de Dieu (Ibid.).
  • La Providence de Dieu à l'endroit des justes a-t-elle un nom spécial ?
  • Oui, on l'appelle la prédestination (q. 23, a. 1).
  • Que comporte la prédestination à l'endroit des hommes qui en sont l'objet ?
  • Elle comporte que ces hommes possèderont un jour dans le ciel le bonheur de la gloire (q. 23, a. 2).
  • Comment appelle-t-on ceux qui ne doivent pas avoir ce bonheur ?
  • On les appelle les réprouvés ou les non-élus (q. 23, a. 3).
  • D'où vient que les prédestinés auront ce bonheur, tandis que les réprouvés ou les non-élus ne l'auront pas ?
  • Cela vient de ce que les prédestinés ont été choisis par Dieu, ou aimés d'un amour de préférence, en vertu duquel Dieu disposera toutes choses dans leur vie de telle sorte qu'ils aboutiront finalement au bonheur du ciel (q. 23, a. 4).
  • Et pourquoi les réprouvés ou les non-élus n'aboutiront-ils pas, finalement, au même bonheur ?
  • Parce qu'ils n'auront pas été aimés du même amour que les prédestinés (q. 23, a. 3, ad 1).
  • Mais n'est-ce pas là une injustice de la part de Dieu ?
  • Non; parce que Dieu ne doit à personne le bonheur du ciel, et que ceux qui l'auront ne l'auront que par grâce (q. 23, a. 3, ad 2).
  • Ceux qui ne l'auront pas seront-ils punis de ne pas l'avoir ?
  • Ils ne seront punis de ne pas l'avoir qu'en raison d'une faute qu'il y aura de leur part à ne pas l'avoir (q. 23, a. 3, ad 3).
  • Comment peut-il y avoir faute de la part des hommes à ne pas avoir le bonheur du ciel ?
  • Il peut y avoir faute de leur part en ce que Dieu aura offert ce bonheur à tous et que, l'homme étant libre, il aura pu ne pas répondre à l'offre que Dieu lui faisait, ou mépriser cette offre, en lui préférant autre chose (Ibid.).
  • Ce mépris ou le choix d'une chose contraire est-il une injure faite à Dieu ?
  • C'est une injure très grave faite à Dieu et qui mérite les plus grands châtiments, quand elle est le fait d'un péché personnel (Ibid.).
  • Ceux qui répondent à l'offre de Dieu et qui arrivent au bonheur du ciel doivent-ils à Dieu lui-même d'avoir ainsi répondu à son offre et mérité leur bonheur ?
  • Oui, ils devront tout cela au choix de la prédestination divine (q. 23, a. 3, ad 2).
  • Ce choix est-il fait de toute éternité en Dieu ?
  • Ce choix est fait de toute éternité en Dieu (q. 23, a. 4).
  • Que comporte ce choix à l'endroit de ceux qui en sont l'objet ?
  • Il comporte que Dieu a fixé pour eux une place dans son ciel et que, par l'action de sa grâce, il les mettra en mesure de la posséder un jour (q. 23, a. 5-7).
  • Que doivent faire les hommes à la pensée de ce choix éternel de la prédestination en Dieu ?
  • Ils doivent, par un abandon complet à l'action de la grâce, se donner à eux-mêmes, autant qu'il est possible sur cette terre, la certitude qu'ils sont du nombre des prédestinés (q. 23, a. 8).
  • Dieu est-il tout-puissant ?
  • Oui, Dieu est tout-puissant (q. 25, a. 1-6).
  • Pourquoi dites-vous que Dieu est tout-puissant ?
  • Parce que, Dieu étant l'Être même, tout ce qui ne répugne pas à être lui demeure soumis (q. 25, a. 3).
  • Dieu est-il heureux ?
  • Oui, Dieu est le Bonheur même; car il jouit, en infini, du Bien infini, qui n'est autre que lui (q. 26, a. 1-4).


4. Personnes

  • Qu'entendez-vous quand vous dites que Dieu est un Esprit en trois Personnes ?
  • J'entends qu'ils sont trois à être chacun le même Esprit qui est Dieu, avec tous les attributs de la Divinité (q. 30, a. 2).
  • Quels sont les noms de ces trois Personnes qui sont le même Dieu, avec tous les attributs de la Divinité ?
  • On les appelle le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
  • Qu'est-ce que le Père en Dieu ?
  • C'est celui qui, sans avoir de principe, engendre le Fils et de qui procède le Saint-Esprit.
  • Qu'est-ce que le Fils en Dieu ?
  • Le Fils est celui qui est engendré par le Père et de qui, en même temps que du Père, procède le Saint-Esprit.
  • Qu'est-ce que le Saint-Esprit en Dieu ?
  • C'est celui qui procède du Père et du Fils.
  • Ces trois Personnes en Dieu sont-elles distinctes de Dieu lui-même ?
  • Ces trois Personnes en Dieu ne sont pas distinctes de Dieu lui-même.
  • Sont-elles distinctes entre elles ?
  • Elles sont distinctes entre elles.
  • Qu'entendez-vous quand vous dites que les trois Personnes en Dieu sont distinctes entre elles ?
  • J'entends que le Père n'est pas le Fils ni l'Esprit-Saint ; que le Fils n'est ni le Père ni l'Esprit-Saint ; que l'Esprit-Saint n'est ni le Père ni le Fils.
  • Ces trois Personnes peuvent-elles être séparées les unes des autres ?
  • Ces trois Personnes ne peuvent pas être séparées les unes des autres.
  • Sont-elles ensemble de toute éternité ?
  • Elles sont ensemble de toute éternité.
  • Le Père, dans son rapport au Fils, a-t-il en lui tout ce que nous avons vu qui était en Dieu ?
  • Oui, le Père, dans son rapport au Fils, a en lui tout ce que nous avons vu qui était en Dieu.
  • Le Fils, dans son rapport au Père, a-t-il en lui tout ce que nous avons vu qui était en Dieu ?
  • Oui, le Fils, dans son rapport au Père, a en lui tout ce que nous avons vu qui était en Dieu.
  • Le Père et le Fils, dans leur rapport au Saint-Esprit, ont-ils en eux tout ce que nous avons vu qui était en Dieu ?
  • Oui, le Père et le Fils, dans leur rapport au Saint-Esprit, ont en eux tout ce que nous avons vu qui était en Dieu.
  • Le Saint-Esprit, dans son rapport au Père et au Fils, a-t-il en lui tout ce que nous avons vu qui était en Dieu ?
  • Oui, le Saint-Esprit, dans son rapport au Père et au Fils, a en lui tout ce que nous avons vu qui était en Dieu.
  • Sont-ce trois Dieux qui ont ainsi rapport entre eux de toute éternité en Dieu ?
  • Non, ce ne sont pas trois Dieux, mais trois Personnes qui s'identifient chacune au même Dieu, et qui demeurent cependant pleinement distinctes entre elles.
  • Ces trois Personnes en Dieu forment-elles entre elles une véritable société ?
  • Oui, ces trois Personnes en Dieu forment entre elles une véritable société, qui est même la plus parfaite de toutes les sociétés (q. 31, a. 1, ad 1).
  • Pourquoi dites-vous que la société des trois Personnes en Dieu est la plus parfaite des sociétés ?
  • Parce qu'ils sont trois, dont chacun est le même infini en perfection, en durée, en science, en amour, en puissance, en bonheur, qui jouissent d'eux-mêmes, au sein de la divinité.
  • Comment savons-nous qu'il y a ainsi trois Personnes en Dieu ?
  • Nous savons qu'il y a ainsi trois Personnes en Dieu par la foi.
  • La raison, sans la foi, pourrait-elle savoir qu'il y a trois Personnes en Dieu ?
  • Non, la raison, sans la foi, ne pourrait pas savoir qu'il y a trois Personnes en Dieu (q. 32, a. 1).
  • Et quand nous savons par la foi qu'il y a trois Personnes en Dieu, la raison peut-elle le comprendre ?
  • Non, même quand nous savons par la foi qu'il y a trois Personnes en Dieu, la raison ne peut pas le comprendre (q. 32, a. 1, ad 2).
  • Comment s'appellent ces vérités que nous connaissons par la foi sans que la raison puisse les comprendre ?
  • On les appelle des mystères.
  • L'existence des trois Personnes en Dieu est donc un mystère ?
  • Oui, et c'est même le plus profond de tous les mystères.
  • Comment s'appelle ce mystère des trois Personnes en Dieu ?
  • Il s'appelle le mystère de la Sainte Trinité (q. 31, a. 1).
  • Pourrons-nous connaître un jour en lui-même le mystère de la Sainte Trinité ?
  • Oui, nous pourrons connaître un jour en lui-même le mystère de la Sainte Trinité, et cette connaissance fera notre bonheur éternel au ciel.
  • Ne pouvons-nous pas, sur cette terre, entrevoir quelque chose des harmonies du mystère de la Sainte Trinité en considérant la nature des opérations qui sont le propre des esprits ?
  • Oui, car ces opérations impliquent, dans le sujet qui agit, un double rapport de principe et de terme de l'opération, soit dans l'acte de penser, soit dans l'acte d'aimer ; d'où il résulte qu'en Dieu, selon que la foi nous l'enseigne, dans l'acte de penser, le Père a raison de principe qui dit, et le Verbe a raison de terme qui est dit ; et, dans l'acte d'aimer, le Père et le Fils ont raison de principe commun à l'endroit de l'Esprit-Saint qui a raison de terme.
  • Qu'est-ce qui fonde en Dieu le mystère de la Sainte Trinité ?
  • C'est l'infinie richesse ou la fécondité de sa nature qui fait qu'il y a place en elle pour de mystérieuses processions d'origine (q. 27, a. 1).
  • Comment s'appellent ces processions d'origine en Dieu ?
  • Elles s'appellent la génération et la procession (q. 27, a. 2-3).
  • Que s'ensuit-il de cette génération et de cette procession en Dieu ?
  • Il s'ensuit qu'entre chacun des deux termes de la génération et de la procession existent des relations réelles que ces divers termes constituent (q. 28, a. 1).
  • Quelles sont ces relations en Dieu ?
  • Ce sont, au nombre de quatre, la paternité et la filiation, la spiration active et la procession ou la spiration passive (q. 28, a. 4).
  • Ces relations en Dieu sont-elles la même chose que les Personnes divines ?
  • Oui, ces relations en Dieu sont la même chose que les Personnes divines (q. 40, a. 1).
  • Pourquoi y a-t-il donc quatre relations et n'y a-t-il que trois Personnes en Dieu ?
  • Parce que l'une des relations, la spiration active, ne s'opposant point, d'une opposition relative, à la paternité et à la filiation, mais au contraire, convenant à l'une et à l'autre, il s'ensuit que les deux mêmes Personnes qui sont constituées, l'une par la paternité, l'autre par la filiation, peuvent et doivent être le sujet de la spiration active qui, dès lors, ne constitue pas une personne, mais convient tout ensemble à la Personne du Père et à la Personne du Fils (q. 30, a. 2).
  • Y a-t-il un certain ordre en Dieu entre les Personnes divines ?
  • Il y a l'ordre d'origine, qui permet au Fils d'être envoyé par le Père ; et au Saint-Esprit d'être envoyé par le Père et par le Fils (q. 42-43).
  • Quand les Personnes divines agissent d'une action autre que les actes notionnels, qui sont l'acte de dire ou d'engendrer et l'acte de spirer, agissent-elles d'une seule et même action commune à toutes trois ?
  • Oui : et c'est ainsi que l'acte de penser et l'acte d'aimer conviennent à toutes les trois Personnes ; et, de même, toutes les actions qui aboutissent à quelque effet en dehors de Dieu (q. 39-41).
  • N'y a-t-il pas cependant certains actes ou certains principes d'actions qu'on attribue plus spécialement à telle ou telle personne ?
  • Oui ; et l'on fait ces sortes d'attributions en raison d'une certaine harmonie que ces actes ou ces principes d'actions présentent avec les caractères distinctifs de telle ou telle personne : c'est ainsi qu'on attribue, par mode d'appropriation, la puissance au Père, la sagesse au Fils, la bonté à l'Esprit-Saint, bien qu'elles conviennent également à tous trois (q. 39, a. 7-8 ; q. 45, a. 6).
  • Lors donc que nous parlons de Dieu dans ses rapports avec le monde extérieur, s'agit-il toujours de Dieu dans l'unité de sa nature et dans la Trinité de ses Personnes ?
  • Oui ; à la seule exception de ce qui a trait à la Personne du Verbe dans les mystères de son Incarnation (q. 45, a. 6).


5. Œuvre de création

  • Qu'entendez-vous quand vous dites que Dieu est le créateur de toutes choses ?
  • J'entends que toutes choses ont été faites par lui de rien (q. 44-45).
  • Il n'y avait donc rien en dehors de Dieu, avant que Dieu eût fait toutes choses ?
  • Non, il n'y avait rien en dehors de Dieu, avant que Dieu eût fait toutes choses, lui seul étant par lui-même, et tout le reste n'étant que par lui (q. 44, a. 1).
  • Quand est-ce que Dieu a fait ainsi toutes choses de rien ?
  • Dieu a fait ainsi toutes choses de rien quand il lui a plu (q. 44).
  • Il aurait donc pu, s'il l'avait voulu, ne pas créer les choses qu'il a faites ?
  • Oui, Dieu aurait pu, s'il l'avait voulu, ne pas créer les choses qu'il a faites.
  • Et pourquoi Dieu a-t-il ainsi voulu créer à un moment donné les choses qu'il a faites ?
  • Dieu a créé les choses qu'il a faites pour manifester sa gloire (q. 45, a. 4).
  • Qu'entendez-vous quand vous dites que Dieu a créé les choses qu'il a faites pour manifester sa gloire ?
  • J'entends qu'il a voulu montrer hors de lui sa bonté, en communiquant à d'autres quelque chose du bien infini qu'il est lui-même.
  • Ce n'est donc pas par besoin ni pour acquérir quelque chose que Dieu a créé les choses qu'il a faites ?
  • Non, c'est au contraire pour donner à d'autres quelque chose de ce qu'il a infiniment en lui-même, et par pure bonté, qu'il a créé les choses qu'il a faites (q. 44, a. 4, ad 1).


6. Le monde

  • Comment s'appelle l'ensemble des choses créées par Dieu ?
  • On l'appelle le monde ou l'univers (q. 47, a. 4).
  • Le monde ou l'univers est donc l'œuvre même de Dieu ?
  • Oui, le monde ou l'univers est l'œuvre même de Dieu (q. 47, a. 1-2-3).
  • Que comprend le monde ou l'univers, œuvre de Dieu ?
  • Le monde ou l'univers, œuvre de Dieu, comprend trois catégories d'êtres, qui sont : les purs esprits ; les corps ; et l'esprit uni à un corps.
  • C'est donc Dieu lui-même qui a créé les purs esprits, les corps et l'esprit uni à un corps ?
  • Oui, c'est Dieu lui-même qui a créé les purs esprits, les corps et l'esprit uni à un corps.
  • L'a-t-il fait lui-même, par lui-même, et tout seul ?
  • Oui, Dieu a fait tout cela lui-même, par lui-même, et tout seul, lui seul étant à même de créer (q. 45, a. 5).
  • Comment Dieu a-t-il fait par lui-même et tout seul le monde des esprits et des corps ?
  • Il l'a fait par sa parole ou son verbe et avec son amour (q. 45, a. 6).


7. Les anges : leur nature

  • Pourquoi Dieu a-t-il voulu qu'il y eût de purs esprits dans l'œuvre faite par lui ?
  • Dieu a voulu qu'il y eût de purs esprits dans l'œuvre faite par lui parce qu'ils devaient être le couronnement de cette œuvre (q. 50, a. 1).
  • Qu'entendez-vous quand vous dites que les purs esprits devaient être le couronnement de l'œuvre faite par Dieu ?
  • J'entends qu'ils en sont la partie la plus haute, la plus parfaite et la plus belle (Ibid.).
  • Pourriez-vous me dire quelle est la nature des purs esprits ?
  • Oui, les purs esprits sont des natures ou des substances qui existent libres de tout corps et de toute matière (q. 50, a. 1-2).
  • Ces purs esprits sont-ils en très grand nombre ?
  • Oui, ces purs esprits sont en très grand nombre (q. 50, a. 3).
  • Leur nombre dépasse-t-il le nombre de toutes les autres natures créées ?
  • Oui, leur nombre dépasse le nombre de toutes les autres natures créées (Ibid.).
  • Pourquoi fallait-il qu'ils fussent si nombreux ?
  • Parce qu'il convenait que ce qu'il y avait de plus beau l'emportât en grandeur sur tout le reste dans l'œuvre de Dieu (Ibid.).
  • De quel nom s'appellent ordinairement ces purs esprits ?
  • On les appelle des anges.
  • Pourquoi appelle-t-on les purs esprits du nom d'anges ?
  • Parce qu'ils sont les messagers dont Dieu se sert pour administrer le reste de son œuvre.
  • Est-ce que les anges peuvent prendre un corps comme nous ?
  • Non, les anges ne peuvent point prendre un corps comme nous et, si quelquefois ils ont pu se montrer revêtus d'un corps, ils n'en avaient que l'apparence extérieure (q. 51, a. 1-2-3).
  • Les anges existent-ils quelque part ?
  • Oui, les anges existent quelque part (q. 52, a. 1).
  • Où est le lieu ordinaire des anges ?
  • Le lieu ordinaire des anges est le ciel (q. 61, a. 4).
  • Les anges peuvent-ils aller d'un lieu à un autre ?
  • Oui, les anges peuvent aller d'un lieu à un autre (q. 53, a. 1).
  • Est-ce qu'il leur faut du temps pour aller d'un lieu à un autre ?
  • Les anges peuvent se porter d'un lieu à un autre, seraient-ils les plus opposés, quasi instantanément (q. 53, a. 2).
  • Peuvent-ils aussi quitter lentement un lieu et se rendre lentement dans un autre selon qu'il leur plaît ?
  • Oui, ils peuvent aussi quitter lentement un lieu et se rendre lentement dans un autre selon qu'il leur plaît, leur mouvement n'étant qu'une application successive de leur vertu ou de leur action à divers êtres ou aux diverses parties d'un même tout (q. 53, a. 3).


8. Leur vie intime

  • En quoi consiste la vie des anges selon leur nature de purs esprits ?
  • La vie des anges, selon leur nature de purs esprits, consiste à connaître et à aimer.
  • Quelle sorte de connaissance se trouve dans les anges ?
  • Dans les anges se trouve la connaissance intellectuelle (q. 54).
  • N'y a-t-il point dans les anges la connaissance sensible comme chez nous ?
  • Non, il n'y a point dans les anges de connaissance sensible comme chez nous (q. 54, a. 5).
  • Pourquoi n'y a-t-il pas dans les anges de connaissance sensible comme chez nous ?
  • Parce que la connaissance sensible se fait par l'intermédiaire du corps et que les anges n'ont point de corps (Ibid.).
  • La connaissance intellectuelle des anges est-elle plus parfaite que notre connaissance intellectuelle ?
  • Oui, la connaissance intellectuelle des anges est plus parfaite que notre connaissance intellectuelle.
  • Pourquoi dites-vous que la connaissance intellectuelle des anges est plus parfaite que notre connaissance intellectuelle ?
  • Parce qu'ils n'ont pas, comme nous, à puiser leur connaissance dans le monde extérieur et qu'ils saisissent toute la vérité d'un seul regard de leur esprit sans avoir besoin comme nous de raisonnement (q. 55, a. 2 ; q. 58, a. 3-4).
  • Les anges connaissent-ils toutes choses ?
  • Non, les anges ne connaissent point toutes choses ; car ils ont une nature finie : et Dieu seul, parce qu'il est infini, connaît toutes choses (q. 53, a. 1-2-3).
  • Connaissent-ils tout l'ensemble des créatures ?
  • Oui, ils connaissent tout l'ensemble des créatures, leur nature de purs esprits demandant qu'il en soit ainsi (q. 55, a. 2).
  • Les anges connaissent-ils tout ce qui se passe dans le monde extérieur ?
  • Oui, les anges connaissent tout ce qui se passe dans le monde extérieur, les idées de leur esprit leur manifestant ces choses à mesure qu'elles se réalisent (Ibid.).
  • Connaissent-ils les pensées des cœurs ?
  • Non, les anges ne connaissent point les pensées des cœurs ; parce que ces pensées, étant libres, ne rentrent pas dans l'enchaînement nécessaire des événements extérieurs (q. 57, a. 4).
  • Que faut-il pour que les anges connaissent les pensées des cœurs ?
  • Il faut que Dieu les leur révèle, ou que le sujet lui-même les fasse connaître (Ibid.).
  • Les anges connaissent-ils l'avenir ?
  • Non, les anges ne connaissent point l'avenir, à moins que Dieu ne le leur révèle (q. 57, a. 3).
  • Quelle sorte d'amour y a-t-il dans les anges selon leur nature ?
  • Il y a dans les anges, selon leur nature, un amour parfait de Dieu, d'eux-mêmes et de toutes les créatures, à moins que le péché, dans l'ordre surnaturel, ne dénature ce qu'il y a de libre dans leur amour d'ordre naturel (q. 60).


9. Création des anges

  • Tous les anges ont-ils été créés immédiatement par Dieu ?
  • Oui, tous les anges ont été créés immédiatement par Dieu, chacun d'eux étant un pur esprit qui n'a pu venir à l'être que par voie de création (q. 61, a. 1)
  • Quand est-ce que tous les anges ont été créés par Dieu ?
  • Tous les anges ont été créés par Dieu instantanément, au premier moment où il créa aussi tous les éléments du monde corporel (q. 61, a. 3).
  • Les anges furent-ils créés par Dieu dans un lieu corporel ?
  • Oui, les anges furent créés par Dieu dans un lieu corporel, l'harmonie de l'œuvre divine voulant qu'il en fût ainsi (q. 61, a. 4, ad 1).
  • Comment s'appelle le lieu corporel où furent créés les anges par Dieu ?
  • Nous l'appelons le ciel tout court et quelquefois aussi le ciel empyrée (q. 61, a. 4).
  • Que signifient ces mots : le ciel empyrée?
  • Ils signifient un lieu tout de lumière et de splendeur, qui est la partie la plus belle du monde corporel (Ibid.).
  • Le ciel empyrée est-il le même que le ciel des bienheureux ou le ciel tout court ?
  • Oui, le ciel empyrée est le même que le ciel des bienheureux ou le ciel tout court (Ibid..ad. 3).


10. Leur épreuve

  • Dans quel état les anges furent-ils créés par Dieu ?
  • Les anges furent créés par Dieu dans l'état de grâce (q. 62, a. 3).
  • Qu'est-ce que vous entendez quand vous dites que les anges furent créés par Dieu dans l'état de grâce ?
  • J'entends qu'au moment de leur création ils reçurent de Dieu une nature revêtue de la grâce sanctifiante qui les faisait enfants de Dieu et leur donnait de pouvoir conquérir la gloire de la vie éternelle (q. 62, a. 1, 2, 3).
  • Fut-ce par un acte de leur libre arbitre que les anges purent conquérir la gloire de la vie éternelle ?
  • Oui, ce fut par un acte de leur libre arbitre que les anges purent conquérir la gloire de la vie éternelle (q. 62, a. 4).
  • En quoi consista cet acte du libre arbitre des anges par lequel ils purent conquérir la gloire de la vie éternelle ?
  • Cet acte consista à suivre le mouvement de la grâce qui les portait à se soumettre à Dieu et à recevoir de lui avec amour et reconnaissance le don de sa propre gloire qu'il leur offrait (Ibid.).
  • Fallut-il longtemps aux anges pour se prononcer sous l'action de la grâce sur ce choix que Dieu leur offrait ?
  • Ce choix se fit par eux instantanément (Ibid.).
  • Les anges furent-ils admis dans la gloire aussitôt après avoir fait ce choix ?
  • Oui, les anges furent admis dans la gloire aussitôt après avoir fait ce choix (q. 62, a. 5).


11. Chute des mauvais anges

  • Est-ce que tous les anges firent le choix qui leur était proposé comme épreuve méritoire par Dieu ?
  • Non, tous les anges ne firent pas ce choix, et il y en eut qui le refusèrent (q. 63, a. 3).
  • Pourquoi y eut-il des anges qui refusèrent de faire ce choix ?
  • Par sentiment d'orgueil et pour être semblables à Dieu, se suffisant à eux-mêmes comme Dieu se suffit (q. 63, a. 2, 3).
  • Ce sentiment d'orgueil fut-il un grand péché ?
  • Ce sentiment d'orgueil fut un horrible péché qui provoqua immédiatement la colère de Dieu.
  • Que fit Dieu dans sa juste colère contre ce péché des anges ?
  • Il les précipita aussitôt dans l'enfer, qui sera éternellement le lieu de leur supplice (q. 64, a. 4).
  • Comment appelle-t-on les mauvais anges qui se révoltèrent contre Dieu et furent précipités dans l'enfer ?
  • On les appelle les démons (q. 63, a. 4).


12. Les corps : leur création et l'œuvre des six jours

  • Quelle est la seconde catégorie d'êtres créés par Dieu dans le monde à l'extrémité opposée de la catégorie des esprits ?
  • La seconde catégorie d'êtres créés par Dieu dans le monde à l'extrémité opposée de la catégorie des esprits est celle des corps.
  • Est-ce que tout l'ensemble du monde des corps a été créé par Dieu ?
  • Oui, tout l'ensemble du monde des corps a été créé par Dieu (q. 63, a. 5).
  • C'est donc Dieu lui-même qui a créé la terre et tout ce que nous y voyons, la mer et tout ce qu'elle contient, le ciel avec le soleil, la lune et les étoiles ?
  • Oui, c'est Dieu lui-même qui a créé la terre et tout ce que nous y voyons, la mer et ce qu'elle contient, le ciel avec le soleil, la lune et les étoiles.
  • Quand est-ce que Dieu a créé tout ce monde des corps ?
  • Dieu a créé tout ce monde des corps au commencement du monde, en même temps qu'il créait le monde des esprits (q. 61, a. 3 ; q. 66, a. 4).
  • Est-ce instantanément que Dieu a créé le monde des corps, en même temps que le monde des esprits ?
  • Oui, c'est instantanément que Dieu a créé le monde des corps, en même temps que le monde des esprits (Ibid.).
  • Le monde des corps fut-il dès ce premier instant tel qu'il est aujourd'hui ?
  • Non, le monde des corps ne fut pas dès ce premier instant tel qu'il est aujourd'hui (q. 66, a. 1).
  • Dans quel état le monde des corps fut-il créé par Dieu ?
  • Le monde des corps fut créé par Dieu à l'état de chaos.
  • Qu'entendez-vous quand vous dites que le monde des corps fut créé par Dieu à l'état de chaos ?
  • J'entends que Dieu créa d'abord les éléments d'où devait sortir le monde des corps tel que nous le voyons aujourd'hui (q. 66, a. 1 & 2).
  • Qui est-ce qui a fait sortir des premiers éléments le monde des corps tel que nous le voyons aujourd'hui ?
  • C'est Dieu qui a fait sortir des premiers éléments le monde des corps tel que nous le voyons aujourd'hui.
  • Est-ce d'un seul coup que Dieu a fait sortir des premiers éléments le monde des corps tel que nous le voyons aujourd'hui ?
  • Non, ce n'est pas d'un seul coup, mais par plusieurs interventions successives que Dieu a fait sortir des premiers éléments le monde des corps tel que nous le voyons aujourd'hui.
  • Combien y a-t-il eu de ces interventions de Dieu pour amener le monde des corps à l'état où nous le voyons aujourd'hui ?
  • Il y a eu six interventions de Dieu pour amener le monde des corps à l'état où nous le voyons aujourd'hui.
  • Comment appelle-t-on les six interventions de Dieu pour amener le monde des corps à l'état où nous le voyons aujourd'hui ?
  • On les appelle les six jours de la création (q. 64, a. 1 & 2).
  • Sur quoi porta le premier jour de la création ?
  • Le premier jour de la création porta sur la production de la lumière (q. 67, a. 4).
  • Sur quoi porta le second jour de la création ?
  • Le second jour de la création porta sur la production du firmament (q. 68, a. 1).
  • Sur quoi porta le troisième jour de la création ?
  • Le troisième jour de la création porta sur la séparation ou la distinction des mers et des continents, et sur la production des plantes (q. 69).
  • Sur quoi porta le quatrième jour de la création ?
  • Le quatrième jour de la création porta sur la production du soleil, de la lune et des étoiles (q. 70).
  • Sur quoi porta le cinquième jour de la création ?
  • Le cinquième jour de la création porta sur la production des poissons et des oiseaux (q. 71).
  • Sur quoi porta le sixième jour de la création ?
  • Le sixième jour de la création porta sur la production des animaux terrestres et sur la création de l'homme (q. 72).
  • Comment savons-nous que c'est ainsi que Dieu a fait le monde tel que nous le voyons ?
  • Nous savons que c'est ainsi que Dieu a fait le monde tel que nous le voyons parce que c'est lui-même qui nous l'a dit.
  • Où est-ce que Dieu nous a dit qu'il avait ainsi fait le monde tel que nous le voyons ?
  • C'est dans le premier chapitre de la Genèse, au début de son Écriture Sainte, que Dieu nous a dit qu'il avait ainsi fait le monde tel que nous le voyons.
  • Est-ce que la science s'accorde avec ce premier chapitre de la Genèse ?
  • Il n'est pas douteux que la vraie science s'accordera toujours avec ce premier chapitre de la Genèse.
  • Pourquoi dites-vous que la vraie science s'accordera toujours avec ce premier chapitre de la Genèse ?
  • Parce que la vraie science voit les choses comme elles sont, et que nul ne sait mieux comment sont les choses que Dieu lui-même qui les a faites et qui nous a dit comment il les avait faites dans ce premier chapitre de la Genèse.
  • Il ne pourra donc jamais y avoir de contradiction entre la science et l'Écriture sur ce qui regarde la création du monde des corps ?
  • Non, jamais il ne pourra y avoir de contradiction entre la vraie science et l'Écriture sur ce qui regarde la création du monde des corps (q. 67 à 74).


13. L'homme : sa nature, son âme spirituelle et immortelle

  • Parmi ce monde des corps, y a-t-il un des êtres qui s'y trouvent qui forme cependant comme un monde à part, ou une catégorie tout à fait distincte dans l'ensemble du monde créé par Dieu ?
  • Oui, c'est l'homme.
  • Qu'est-ce que l'homme ?
  • L'homme est un composé d'esprit et de corps, où se trouvent en quelque sorte réunis le monde des esprits et le monde des corps (q. 75).
  • Comment s'appelle l'esprit qui est dans l'homme ?
  • Il s'appelle l'âme (q. 75, a. 1 à 4).
  • Est-ce qu'il n'y a que l'homme à avoir une âme dans le monde des corps ?
  • Non, il n'y a pas que l'homme à avoir une âme dans le monde des corps.
  • Quels sont les autres êtres qui ont aussi une âme dans le monde des corps ?
  • Ce sont les plantes et les animaux.
  • Quelle différence y a-t-il entre l'âme des plantes ou des animaux et celle de l'homme ?
  • Il y a cette différence que l'âme des plantes n'est que pour la vie végétative ; que celle des animaux n'est que pour la vie végétative et sensitive ; et qu'en plus de cela l'âme de l'homme est pour la vie de la pensée.
  • C'est donc par la vie de la pensée que l'homme se distingue de tous les autres êtres vivants du monde des corps ?
  • Oui, c'est par la vie de la pensée que l'homme se distingue de tous les autres êtres vivants du monde des corps.
  • Est-ce que dans cette vie de la pensée l'âme humaine est en soi indépendante du corps ?
  • Oui, dans cette vie de la pensée l'âme humaine est en soi indépendante du corps (q. 75 a. 2).
  • Pourriez-vous me donner une raison qui établisse cette vérité ?
  • Oui, et cette raison est que l'objet de la pensée est chose tout à fait incorporelle.
  • Comment s'ensuit-il de là que l'âme humaine dans la vie de la pensée est en soi indépendante du corps ?
  • Parce que, si elle n'était pas elle-même tout à fait incorporelle, elle ne pourrait pas atteindre l'objet de la pensée qui est tout à fait incorporel (Ibid.).
  • Que s'ensuit-il de cette vérité ?
  • Il s'ensuit de cette vérité que l'âme humaine est immortelle (q. 75, a. 6).
  • Pourriez-vous me montrer comment il s'ensuit de cette vérité que l'âme humaine est immortelle ?
  • Oui, c'est parce que, si elle a une opération où le corps n'a point de part, il faut qu'elle ait aussi un être propre indépendant du corps.
  • Que s'ensuit-il de ce que l'âme humaine a un être propre indépendant du corps ?
  • Il s'ensuit que, si le corps vient à périr par la séparation d'avec l'âme, l'âme elle-même ne peut pas périr (Ibid.).
  • L'âme humaine doit donc demeurer toujours ?
  • Oui, l'âme humaine doit demeurer toujours.
  • Mais pourquoi donc l'âme humaine a-t-elle été unie à un corps ?
  • L'âme humaine a été unie à un corps pour former avec lui ce tout harmonieux et substantiel qui s'appelle l'homme (q. 75, a. 4).
  • Ce n'est donc pas accidentellement que l'âme humaine est unie à son corps ?
  • Non, ce n'est pas accidentellement que l'âme humaine est unie à son corps, mais parce qu'elle est faite pour lui (q. 76, a. 1).
  • Que fait l'âme humaine dans le corps auquel elle est unie ?
  • Elle donne à ce corps tout ce qu'il a comme perfection, c'est-à-dire qu'elle lui donne d'être, de vivre et de sentir, se réservant pour elle seule l'acte de penser (q. 76, a. 3 & 4).


14. Ses facultés végétatives et sensibles

  • Devons-nous admettre dans l'âme humaine diverses facultés se rapportant à ces divers actes ?
  • Oui, il faut admettre dans l'âme humaine diverses facultés se rapportant à ces divers actes, à la seule exception de la première perfection que l'âme donne par elle-même, savoir : l'être du corps (q. 77).
  • Quelles sont les facultés de l'âme qui donnent au corps de vivre ?
  • Les facultés de l'âme qui donnent au corps de vivre sont les facultés végétatives.
  • Pourriez-vous me dire quelles sont ces facultés ?
  • Oui, elles sont au nombre de trois, savoir : la faculté de se nourrir, de grandir et de se reproduire (q. 78, a. 2).
  • Quelles sont les facultés de l'âme qui donnent au corps de sentir ?
  • Les facultés de l'âme qui donnent au corps de sentir sont les facultés sensibles.
  • Pourriez-vous me dire quelles sont ces facultés ?
  • Oui, ces facultés sont d'une double sorte, savoir : les facultés de connaître et les facultés d'aimer.
  • Quelles sont les facultés sensibles qui donnent au corps de connaître ?
  • Les facultés sensibles qui donnent au corps de connaître sont les facultés des cinq sens extérieurs [et des quatre sens intérieurs] (q. 78, a. 3).
  • Comment appelez-vous les facultés des cinq sens extérieurs ?
  • On les appelle les facultés de voir, d'entendre, de sentir ou d'odorer, de goûter et de toucher (Ibid .).
  • Et les cinq sens extérieurs, comment les appelez-vous ?
  • On les appelle : la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher (Ibid.).
  • Y a-t-il aussi des facultés sensibles de connaître qui soient intérieures et ne se voient pas au dehors ?
  • Oui, ce sont : le sens central, l'imagination, l'instinct et la mémoire (q. 78, a. 9).


15. Son intelligence et son acte de connaître

  • Y a-t-il d'autres facultés de connaître qui soient aussi dans l'homme ?
  • Oui, il y a une autre faculté de connaître qui est aussi dans l'homme et qui est en lui sa faculté principale.
  • Comment appelez-vous cette faculté principale de connaître qui est ainsi dans l'homme ?
  • Elle s'appelle la raison ou l'intelligence (q. 79, a. 1).
  • La raison ou l'intelligence, est-ce une même faculté de connaître dans l'homme ?
  • Oui, la raison et l'intelligence sont une même faculté de connaître dans l'homme (q. 79, a. 8).
  • Pourquoi l'appelle-t-on de ce double nom ?
  • On l'appelle de ce double nom parce que, dans son acte de connaître, quelquefois elle saisit tout de suite, sans avoir besoin de raisonner, tandis que d'autres fois il faut qu'elle raisonne (Ibid.).
  • Est-ce que le raisonnement est l'acte propre à l'homme ?
  • Oui, le raisonnement est l'acte propre à l'homme ; parce que, de tous les êtres qui sont, il n'y a que lui qui puisse raisonner, ou qui ait besoin de raisonner.
  • Est-ce une perfection pour l'homme de pouvoir raisonner ?
  • Oui, c'est une perfection pour l'homme de pouvoir raisonner, mais c'est une imperfection d'avoir besoin de raisonner.
  • Pourquoi dites-vous que c'est une perfection pour l'homme de pouvoir raisonner ?
  • Parce que de la sorte l'homme peut connaître la vérité, ce que ne peuvent point les êtres inférieurs à lui, comme sont les animaux sans raison.
  • Pourquoi dites-vous que c'est une imperfection pour l'homme d'avoir besoin de raisonner ?
  • Parce que de la sorte il n'arrive à connaître la vérité que lentement et avec possibilité de se tromper, tandis que l'ange et Dieu, qui n'ont pas besoin de raisonner, saisissent la vérité d'un seul coup et sans qu'ils puissent se tromper.
  • Pourriez-vous me dire ce que c'est que connaître la vérité ?
  • Connaître la vérité, c'est savoir ce qui est.
  • Et ne pas savoir ce qui est, qu'est-ce que c'est ?
  • C'est être dans l'ignorance ou dans l'erreur.
  • Y a-t-il une différence entre ces deux choses : être dans l'ignorance ou être dans l'erreur ?
  • Oui, il y a une très grande différence entre le fait d'être dans l'ignorance et celui d'être dans l'erreur ; car être dans l'ignorance, c'est simplement ne pas savoir ce qui est ; tandis qu'être dans l'erreur, c'est affirmer qu'une chose est quand elle n'est pas, ou qu'elle n'est pas quand elle est.
  • Est-ce un mal pour l'homme d'être dans l'erreur ?
  • Oui, c'est un très grand mal pour l'homme d'être dans l'erreur ; parce que le bien propre de l'homme consiste dans la vérité, qui est le bien de son intelligence.
  • L'homme en naissant porte-t-il en lui-même la vérité ?
  • Non, l'homme en naissant ne porte pas en lui-même la vérité ; car, s'il a, dès lors, son intelligence, il ne l'a qu'à l'état de faculté vide, qui doit attendre, pour acquérir la vérité, le développement suffisant des facultés sensibles destinées à la servir (q. 84, a. 5).
  • Quand est-ce que l'homme commence à connaître la vérité ?
  • L'homme commence à connaître la vérité quand il a l'usage de la raison, c'est-à-dire aux environs de sa septième année.
  • Est-ce que l'homme peut tout connaître par sa raison ?
  • Non, l'homme ne peut pas tout connaître, d'une connaissance propre, par sa raison, à considérer cette raison dans les seules limites de ses forces naturelles (q. 12, a. 4 ; q. 86, a. 2 & 4).
  • Quelles sont les choses que l'homme peut connaître naturellement par sa raison ?
  • L'homme peut connaître naturellement par sa raison les choses sensibles et tout ce que ces choses sensibles révèlent.
  • L'homme peut-il se connaître lui-même par la raison naturelle ?
  • Oui, l'homme peut se connaître lui-même par la raison naturelle ; parce qu'il est lui-même un être sensible et qu'à l'aide de ce qui tombe sous ses sens il peut, en se servant du raisonnement, connaître ce qui est requis pour être ce qu'il est (q. 87) .
  • L'homme peut-il connaître les anges ou les purs esprits ?
  • L'homme ne peut connaître qu'imparfaitement les anges ou les purs esprits.
  • Pourquoi dites-vous que l'homme ne peut connaître qu'imparfaitement les anges ou les purs esprits ?
  • Parce qu'il ne peut pas les connaître en eux-mêmes, en raison de leur nature, qui n'appartient pas aux natures sensibles, objet propre de la raison de l'homme (q. 88, a. 1 & 2).
  • Est-ce que l'homme peut connaître Dieu en lui-même ?
  • Non, l'homme ne peut pas naturellement connaître Dieu en lui-même, Dieu étant infiniment au-dessus des natures sensibles, qui sont pour la raison de l'homme le seul objet proportionné, dans l'ordre de sa connaissance naturelle (q. 88, a. 3).
  • C'est donc imparfaitement aussi que l'homme peut connaître Dieu par sa raison, laissée à ses seules forces naturelles ?
  • Oui, c'est aussi d'une manière seulement imparfaite que l'homme peut connaître Dieu par sa raison, laissée à ses seules forces naturelles.
  • Est-ce cependant une perfection pour l'homme de pouvoir ainsi connaître Dieu par sa raison ?
  • Oui, c'est une très grande perfection pour l'homme de pouvoir ainsi connaître, même imparfaitement, Dieu par sa raison ; parce qu'il s'élève par là infiniment au-dessus des autres êtres qui n'ont pas la raison ; et qu'i