L'escalier de Santa Fe

De Christ-Roi
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Introduction

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A la fin du XIX° siècle, à Santa-Fé (Nouveau Mexique, Etats-Unis), un mystérieux charpentier réalise un escalier à la tenue inexplicable.

Parmi les miracles reconnus, ceux qui sont attribués à Saint Joseph sont rares. L’Escalier de Santa Fé, malgré la prudence des uns et l’hostilité des autres, est pourtant toujours debout : inexplicable, étonnant, magnifique. Il continue de susciter, selon les sensibilités, l’admiration ou le doute dont la controverse s’alimente.

Article de Sœur M. Florian, O.S.F

Voici la traduction d’un article de la Sœur M. Florian, O.S.F, paru dans le Magazine Saint Joseph, avril 1960.

Des soeurs catholiques s'installent au Nouveau Mexique

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Voici plus d’une centaine d’années, en septembre 1852 pour être tout à fait exact, les Sœurs de Lorette vinrent dans le sud ouest des Etats-Unis, voyageant en fourgon bâché et en bateau à aubes. Leur voyage avait débuté au mois de mai précédent, dans le Kentucky, sur un vapeur baptisé le « Lady Franklin », qui leur fit remonter le Mississipi jusqu’à Saint Louis ; de Saint Louis à Independance (Missouri), elles prirent le « Kansas » : mais en trajet, un grand malheur fondit sur la petite communauté. La Supérieure, Mère Mathilde, fut terrassée par le choléra et mourut peu après leur arrivée à Independance. Deux autres des Sœurs contractèrent aussi la maladie, mais en guérirent.

Après plusieurs autres mois de difficultés et de frayeurs, d’essieux et de roues cassés, de journées torrides et d’os blanchis entrevus, ce qui restait du groupe finit par arriver à Santa Fe, Nouveau Mexique. Les Sœurs Madeleine, Catherine, Hilaire et Roberte fondèrent la communauté. À la requête de Monseigneur Lamy, Sœur Madeleine fut désignée comme supérieure du groupe par la maison mère. C’était une femme résolue, fervente, et la situation à laquelle elle dut faire face avec ses Sœurs était une situation difficile.

Ces sœurs de Lorette étaient de grandes dames, parfaitement pénétrées de l’amour de Dieu, et c’est uniquement cela qui leur permit d’affronter les épreuves de ces premières années. La contrée étant encore rude et mal installée, il n’y avait pas, à leur arrivée, de couvent confortable qui les attendait. À cette époque, la ville de Santa Fe était habitée principalement par des indiens et par des mexicains. Elles vécurent tout d’abord, dans une petite maison d’une seule pièce en briques brutes. Santa Fe est désormais une ville de bonne taille, bien qu’avec ses rues étroites et pittoresques, elle conserve vivante l’ancienne atmosphère du vieux Santa Fe.


La construction de la chapelle

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Mais revenons en 1852 : il devint rapidement évident que si les sœurs voulaient répondre aux intentions de Monseigneur Lamy, qui souhaitait en les amenant à Santa Fe, qu’elles instruisent les gens, qu’elles auraient besoin d’un couvent et d’une chapelle. Les charpentiers mexicains commencèrent à travailler pour les Sœurs. L’école fut terminée, et on l’appela le Collège de Lorette, de Notre Dame de Lumière. Des plans en vue de la construction d’une magnifique chapelle furent ensuite élaborés. Selon les annales des Sœurs pour cette année-là, la chapelle fut commencée le 25 juillet 1873. C’est le même architecte qui avait dessiné la cathédrale de Santa Fe, M Mouly, qui en fit les plans. Monseigneur Lamy venait de France, et il avait voulu que les Sœurs aient une chapelle similaire à la Sainte Chapelle de Paris, qu’il affectionnait particulièrement. Cela signifie qu’elle devrait être strictement gothique, et de fait, elle sera la première structure gothique à l’ouest du Mississipi.

Les constructeurs mexicains se remirent à travailler sur la nouvelle bâtisse. Elle serait grande ; plus grande en fait que la plupart les chapelles des missions de cette contrée. Elle devait faire 25 pieds de large (8 mètres environ) 75 pieds de long (23 mètres environ) et 85 pieds de haut (26 mètres environ). Sœur Madeleine note dans les annales que la construction de la chapelle était placée sous le patronage de Saint Joseph, «  en l’honneur duquel nous recevions chaque mercredi la Sainte Communion afin qu’il nous prête assistance ». Puis elle ajoute : « nous avons été témoins de la puissance de son aide en plusieurs occasions ».

L'erreur de l'architecte

Les travaux de construction de la chapelle se réalisèrent non sans quelques difficultés financières, et de la part des Sœurs, avec un maximum de Foi. Ce n’est que lorsqu’elle fut presque terminée qu’elles se rendirent compte qu’une horrible erreur avait été faite. La chapelle en elle-même était magnifique : et la tribune pour la chorale ne l’était pas moins. Mais aucune liaison entre les deux n’avait été prévue ! Il n’y avait pas de cage d’escalier, et l’exceptionnelle hauteur de la tribune ne laissait pas la place d’en positionner un ordinaire. Mère Madeleine fit appel à de nombreux charpentiers pour essayer de construire un escalier : mais les uns après les autres, ils prenaient les mesures, réfléchissaient, puis ils hochaient la tête en disant tristement : « c’est infaisable, ma Mère ». Il semblait n’y avoir de choix qu’entre deux solutions : mettre une échelle pour atteindre le chœur, ce qui paraissait dans tous les cas peu pratique, ou raser tout l’édifice, pour le reconstruire différemment. La dernière solution eût été un crève-cœur.

Le mystérieux charpentier

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Pourtant, quiconque connaît les Sœurs, quelles qu’elles soient, sait qu’elles ne se résoudront pas à des solutions aussi drastiques sans d’abord avoir dit quelque chose comme « attendons un peu, et faisons une neuvaine ». Et parce qu’elles avaient une grande dévotion à Saint Joseph, les Sœurs de Lorette lui adressèrent une neuvaine, afin qu’il trouve une solution convenable à la question.

Le dernier jour de la neuvaine, un homme aux cheveux gris se présenta au couvent, avec son âne et sa caisse à outils. Lorsqu’il vit Mère Madeleine, il lui demanda s’il pourrait aider les Sœurs à construire un escalier ! La Mère donna volontiers son accord, et il se mit au travail. Selon la tradition orale, passée par les sœurs présentes à l’époque aux suivantes, les seuls outils en sa possession étaient un marteau, une scie et une équerre en té. Il mit entre six et huit mois pour terminer le travail. Lorsque Mère Madeleine chercha à le payer, il avait disparu. Elle se rendit alors à la scierie locale pour payer au moins le bois utilisé. Là, personne ne savait quoi que ce soit à ce sujet. Il n’y a, à ce jour, aucune trace, aucun document établissant que ce travail n’ait jamais été payé.

L'extraordinaire escalier

L’escalier en colimaçon laissé par le vieil homme aux Sœurs est un chef d’œuvre, aussi magnifique qu’étonnant. Il fait deux tours complets (2 x 360°) sur lui-même. C'est un escalier colimaçon à noyau creux, il n’y a aucun pilier pour le soutenir, comme la plupart des escaliers circulaires en ont. Cela signifie qu’il est suspendu sans aucun support. Tout son poids repose sur sa première marche. Plusieurs architectes ont avancé qu’il aurait dû s’effondrer sur le sol au moment même où la moindre personne se serait aventurée sur la première marche : et il a cependant été utilisé quotidiennement pendant plus de cent ans. L’escalier a été assemblé exclusivement par des chevilles en bois : il n’y a pas un seul clou. La partie située sous les marches et entre le limon et la crémaillère ressemble maintenant à du bois léger : c’est en réalité du plâtre mélangé à du crin de cheval destiné à donner de la rigidité. Trop nombreux sont les visiteurs à avoir succombé à la tentation de rapporter chez eux un souvenir, et d’avoir pour cela arraché à l’escalier des morceaux de plâtre. En 1952, lorsque les sœurs ont fêté le centenaire de leur arrivée à Santa Fe, elles ont remplacé le plâtre, et l’ont peint de manière à lui donner l’aspect du bois vernis.

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À l’époque de sa construction, l’escalier n’avait pas de rampes. Elles furent ajoutées quatre ou cinq ans plus tard. L’une des jeunes filles qui se trouvaient alors dans ce collège, avait à l’époque environ treize ans. Elle devint plus tard Sœur Marie, dans cette congrégation des Sœurs de Lorette, et ne se fatiguait jamais de raconter comment elle et ses amies furent parmi les premières à grimper à cet escalier. Elle disait aussi qu’elles avaient tellement peur de monter à la tribune, qu’elles en redescendaient sur les mains et sur les genoux.

L’actuelle Supérieure de la communauté Sœur Januarius, m’a dit que des visiteurs sont venus du monde entier voir cet escalier merveilleux. Parmi eux, de nombreux architectes qui, sans exception, lui ont dit qu’ils ne comprenaient pas comment l’escalier avait été construit, ni comment il demeurait en aussi bon état après quasiment un siècle d’utilisation.

Expertises

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J’ai parlé de l’escalier avec Monsieur Urban C. Weidner, architecte de la région de Santa Fe, et expert en boiseries. Il m’a dit qu’il n’avait jamais vu un escalier circulaire sur 360° qui ne soit pas supporté par un pilier central. Les autres escaliers colimaçons à noyau creux ont des dimensions nettement plus réduites. L’une des choses les plus surprenantes à propos de cet escalier, c’est, selon Monsieur Weidner, la perfection des courbes des limons. Il m’a expliqué que le bois est raccordé (en menuiserie on dit « enté ») sur les côtés des limons par neuf entures sur l’extérieur, et sept sur l’intérieur. La courbure de chaque pièce est parfaite. Comment cela a-t-il été réalisé dans les années 1870, par un homme travaillant seul, dans un endroit retiré, avec des outils des plus rudimentaires ? Cela n’a jamais été expliqué.

De nombreux experts on tenté d’identifier le bois utilisé, et de deviner son origine. Personne n’a encore été capable de produire un rapport satisfaisant sur la question. Les marches ont constamment été piétinées depuis plus de cent ans. Elles ne présentent des signes d’usure que sur les bords. Monsieur Weidner identifie ce bois comme « une sorte de pin granuleux sur les bords ». Il sait cependant avec certitude que ce bois au grain dur ne provenait pas du Nouveau Mexique. La nature exacte du bois utilisé, et l’endroit où le vieux charpentier se l’est procuré restent un mystère. Notre Mère la Sainte Eglise est toujours très circonspecte lorsqu’il s’agit de juger des choses surnaturelles. C’est pourquoi les Sœurs et les prêtres de la région de Santa Fe ont évité, dans le même esprit, de dire quelque chose de définitif à propos de l’escalier. Les Sœurs du Collège de Notre Dame de Lorette savent aujourd’hui, comme le disaient déjà Sœur Madeleine et sa communauté, que l’escalier était la réponse de Saint Joseph à leurs prières. Beaucoup se plaisent à penser que le charpentier était Saint Joseph lui-même. Pourtant les annales de la communauté comme les archives diocésaines sont silencieuses sur le sujet : les annales nous apprennent cependant que la chapelle Notre Dame de Lumière a été dédicacée le 25 avril 1878.

Tous ceux qui visitent l’édifice pour voir ce magnifique escalier circulaire, sont stupéfaits de sa beauté et de son caractère merveilleux. Mais personne ne peut donner d’explication satisfaisante pour sa construction et pour sa conservation. C’est vraiment un escalier inexplicable. Sœur M. Florian, O.S.F


Informations Internet

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Il y a très peu d’articles ou de livres écrits sur le sujet. Pourtant, tous ceux qui peuvent avoir accès aux moyens modernes de communication pourront s’assurer qu’en recherchant suivant la requête "loretto chapel" staircase OR stairway, il y a 11 300 sites Internet qui répondent.

L’exploitation de quelques unes de ces sources d’information plus ou moins sûres permet de compléter l’article ci-dessus.

Techniquement, l’escalier mesure 22 ft de haut (6.71 mètres environ) et compte 33 marches. Aucun des sites exploités ne mentionne son diamètre. La durée pendant laquelle l’escalier est resté sans rambarde varie selon les sites de 2 à 10 ans. Le nom du menuisier ayant procédé à cette adjonction est connu (Philippe Auguste Hesch).

La controverse s’alimente à trois sources au moins :

  • un livre de Mary Jean Cook (dont le titre ne figure pas dans les sites exploités). Elle attribue, au terme d’une enquête privée et non authentifiée, la construction de l’escalier à Jean François Rochas à partir de la rubrique nécrologique parue le 06 janvier 1896 dans le journal « New Mexican Santa Fe » et qui, rendant compte de la découverte du cadavre assassiné de l’intéressé, mentionne qu’il était « honorablement connu à Santa Fe comme expert en bois, et qui avait construit le bel escalier de la chapelle de Lorette ».
  • un article de Joe Nickel, paru dans le magazine de l’enquêteur sceptique (nov-dec 1998), intitulé : « La spirale vers le Ciel : l’escalier tient debout, mais le mythe s’effondre ». Beaucoup d’explications techniques pour étayer un raisonnement partial et assez pauvre.
  • un autre site fait mention d’un certain Oscar Hadweiber, maître charpentier, qui en 1965 est subjugué par la beauté de l’escalier. Il annonce avoir trouvé en 1970 dans le grenier de sa sœur, la preuve que son grand père Johan, lui aussi maître charpentier, et qui avait circulé au Colorado et au Nouveau Mexique à l’époque de la construction de la chapelle de Lorette, était bien l’auteur de l’escalier. Rien n’a été authentifié, et Oscar est décédé en 1980.

Le collège de Lorette a été fermé en 1968, et la propriété a été vendue aux enchères. Au moment de la vente, en 1971, la Chapelle de Notre Dame de Lumière fut dé-consacrée, et retirée du culte catholique. L’accès à la tribune a été interdit en 1970, non pas à cause de la vétusté de l’escalier ; mais en raison de l’application stricte des normes de sécurité : la tribune n’avait pas d’issue de secours !

La Chapelle de Lorette est désormais un musée privé maintenu et entretenu, en partie, pour la conservation de l’Escalier Miraculeux et de la Chapelle elle-même. Sa visite vous coûtera 2$. Elle sert encore aux mariages « romantiques ».

Références

  • Albach, Carl R, 1965 Miracle ou merveille de la construction ? Réimpression à partir d’un mémoire d’Ingénieur Conseil, décembre, n.p.
  • Bobin, Jay. 1998. « L’escalier ». rétrospective télévisée, The Buffalo News, 12 avril, pp.1, 24-25.
  • Bullock, Alice. 1978. « Lorette et l’escalier miraculeux ». Santa Fe, N.M. : Sunstone Press. ISBN 0913270806
  • Easley, Forrest N. 1997. « Une montée d’escalier du Ciel ? ». Impression privée.
  • Knight, Christopher. 1997. « Juste quelle sorte de bois… ? » Wall Street Journal, 22 octobre
  • La Chapelle de Lorette. N.d. Texte de cartes de présentation, photographiées par l’auteur, 1993
  • The Staircase Ann Rinaldi (roman) Gulliver books (ISBN 0152024301)
  • The staircase. Téléfilm CBS 12 04 98. Barbara Herschley. David Caradine.
  • “La Escalera de San Jose”, page 17-19 in San Jose revue (Buenos Aires) 1986. Cuentos Ejemplares
  • “The Mysterious Staircase of Santa Fe”, page 21-24 in Liguorian revue 1979 (Liguori-Missouri)


Chronologie

Santa Fe est fondée par les espagnols, dix ans avant que les Pilgrims Fathers n’accostent en Nouvelle Angleterre.

  • 1622 l’église Saint Francis de Santa Fe est construite
  • 1812 l’ordre des Sœurs de Lorette est fondé le 25 avril dans le Kentucky
  • 1823 le Mexique gagne son indépendance sur l’Espagne
  • 1848 la partie sud-ouest des Etats-Unis leur est cédée
  • 1849 le Vicariat du nouveau Mexique est établi, et confié à Monseigneur Jean-Baptiste Lamy
  • 1852 les Sœurs de Lorette répondent à l’appel de Monseigneur Lamy qui demande des renforts pour instruire ses ouailles, en envoyant six sœurs enseignantes
  • 1853 premiers bâtiments du collège
  • 1854 le collège reçoit ses premières élèves
  • 1855 des Sœurs supplémentaires arrivent à Santa Fe
  • 1856 un troisième groupe de sœurs arrive à Santa Fe
  • 1870-1880 ? ? construction de l’actuelle Cathédrale Saint Francis
  • 1873 début des travaux de la Chapelle
  • 1878 fin des travaux de construction de la chapelle


Liens