Notre Père:Traduction oecuménique : Différence entre versions

De Christ-Roi
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Début de 1964, une Commission mixte (catholiques, orthodoxes, protestants) entreprit, dans un esprit d’œcuménisme, de faire adopter une traduction commune du " Notre Père ".
 
  
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==Introduction==
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Début de 1964, une commission mixte (catholiques, orthodoxes, protestants) entreprit, dans un esprit d’œcuménisme, de faire adopter une traduction commune du " Notre Père ". La nouvelle traduction fût adoptée le 4 Janvier 1966.
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==Décison de la commission==
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COMMUNIQUE CONJOINT DES DIVERSES CONFESSIONS
  
La traduction commune du "Notre Père"
 
COMMUNIQUE CONJOINT
 
DES DIVERSES CONFESSIONS
 
  
 
Les autorités catholiques, orthodoxes et protestantes ont décidé d'adopter une traduction commune du Notre Père en langue française.
 
Les autorités catholiques, orthodoxes et protestantes ont décidé d'adopter une traduction commune du Notre Père en langue française.
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Ainsi, dans une commune recherche de l'unité voulue par le Christ, tous les chrétiens pourront dire ensemble la prière que leur unique Seigneur leur a enseignée.
 
Ainsi, dans une commune recherche de l'unité voulue par le Christ, tous les chrétiens pourront dire ensemble la prière que leur unique Seigneur leur a enseignée.
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Pour la France:
 
Pour la France:
  
 
Le président de l'Assemblée plénière de l'Épiscopat catholique de France : cardinal Joseph LEFEBVRE.
 
Le président de l'Assemblée plénière de l'Épiscopat catholique de France : cardinal Joseph LEFEBVRE.
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Les prélats suivants, représentant les différentes juridictions de l'Église orthodoxe en France: métropolite MELETIOS; archevêque ANTOINE, de Londres ; archevêque GEORGES ; archevêque ANTOINE, de Genève.
 
Les prélats suivants, représentant les différentes juridictions de l'Église orthodoxe en France: métropolite MELETIOS; archevêque ANTOINE, de Londres ; archevêque GEORGES ; archevêque ANTOINE, de Genève.
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Les présidents des Conseils des Églises luthériennes et réformées en France: Pierre BOURGUET; Marcel JOBON; Étienne JUNG; Édouard WAGNER.
 
Les présidents des Conseils des Églises luthériennes et réformées en France: Pierre BOURGUET; Marcel JOBON; Étienne JUNG; Édouard WAGNER.
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La traduction adoptée est la suivante:
 
La traduction adoptée est la suivante:
  
Notre Père qui es aux cieux,
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:Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
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:que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
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:que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite
+
:que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel.
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:sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui
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:Donne-nous aujourd'hui
notre pain de ce jour.
+
:notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
+
:Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi
+
:comme nous pardonnons aussi
à ceux qui nous ont offensés.
+
:à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
+
:Et ne nous soumets pas à la tentation,
mais délivre-nous du Mal.
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:mais délivre-nous du Mal.
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N.-B. Les catholiques de rite latin ajoutent au Notre Père, Amen. Les chrétiens d'Orient et les protestants conservent les conclusions (doxologies) qui leur sont propres.
 
N.-B. Les catholiques de rite latin ajoutent au Notre Père, Amen. Les chrétiens d'Orient et les protestants conservent les conclusions (doxologies) qui leur sont propres.
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Du côté catholique, la décision a été ratifiée par le Siège apostolique, et le texte entrera en usage dans la messe à Pâques. Du côté protestant, la ratification sera demandée aux synodes de 1966.
 
Du côté catholique, la décision a été ratifiée par le Siège apostolique, et le texte entrera en usage dans la messe à Pâques. Du côté protestant, la ratification sera demandée aux synodes de 1966.
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4 janvier 1966.
 
4 janvier 1966.
  
COMMENTAIRE
 
  
Historique
 
  
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==Commentaire==
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===Historique===
 
Dès le début de l'année 1964, des contacts avaient été pris entre diverses Églises et, sur l'avis favorable des autorités compétentes, au mois de mai de cette même année, une Commission mixte (catholiques, orthodoxes, protestants) fut constituée pour étudier la question et rechercher un accord. De nombreux exégètes furent consultés sur les points les plus difficiles, spécialement sur la sixième demande.
 
Dès le début de l'année 1964, des contacts avaient été pris entre diverses Églises et, sur l'avis favorable des autorités compétentes, au mois de mai de cette même année, une Commission mixte (catholiques, orthodoxes, protestants) fut constituée pour étudier la question et rechercher un accord. De nombreux exégètes furent consultés sur les points les plus difficiles, spécialement sur la sixième demande.
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En juin 1964, le Synode général de l'Église évangélique luthérienne en France approuva le principe d'une version commune. En mai 1965, le Synode national de l'Église réformée de France fit de même, et donna son avis sur le texte proposé.
 
En juin 1964, le Synode général de l'Église évangélique luthérienne en France approuva le principe d'une version commune. En mai 1965, le Synode national de l'Église réformée de France fit de même, et donna son avis sur le texte proposé.
  
Durant l'été, tous les évêques catholiques de France, puis les épiscopats francophones furent consultés. L'Assemblée plénière de l'épiscopat français, ainsi que les autres épiscopats francophones ont approuvé le texte durant la dernière session du deuxième Concile du Vatican. La confirmation par le Siège apostolique a été donnée le 20 décembre 1965. Les évêques orthodoxes intéressés ont été respectivement consultés avant de donner leur accord.
 
  
Dès la prochaine Semaine de prière pour l'Unité, du 18 au 25 janvier, les chrétiens de langue française pourront utiliser ce texte. Pour la France, il entrera en usage dans la liturgie romaine à la nuit pascale 1966.
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Durant l'été, tous les évêques catholiques de France, puis les épiscopats francophones furent consultés. L'Assemblée plénière de l'épiscopat français, ainsi que les autres épiscopats francophones ont approuvé le texte durant la dernière session du deuxième Concile du Vatican. La confirmation par le Siège apostolique a été donnée le 20 décembre 1965. Les évêques orthodoxes intéressés ont été respectivement consultés avant de donner leur accord.
 
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I. - Les changements textuels.
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A. – Les raisons du changement
 
  
l° Fidélité plus grande aux paroles du Seigneur. Le texte usuel des catholiques français laissait à désirer sur plusieurs points. Il est significatif que les Bibles modernes et les ouvrages d'exégèse lui ont généralement préféré d'autres traductions pour mieux serrer l'original.
 
  
2° L'introduction du français dans la liturgie catholique entraîne des modifications dans certains textes qui servaient déjà à l'usage privé, mais dont la formulation doit être revue en fonction des exigences du culte public. Il en est ainsi du Notre Père dans la messe.
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===Les changements textuels===
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====Les raisons du changement====
  
L'unité des chrétiens qui, disant ensemble la prière qu'ils ont également reçue du Seigneur, est mieux manifestée et est facilitée s'ils peuvent le faire dans les mêmes termes.
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# Fidélité plus grande aux paroles du Seigneur. Le texte usuel des catholiques français laissait à désirer sur plusieurs points. Il est significatif que les Bibles modernes et les ouvrages d'exégèse lui ont généralement préféré d'autres traductions pour mieux serrer l'original.
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# L'introduction du français dans la liturgie catholique entraîne des modifications dans certains textes qui servaient déjà à l'usage privé, mais dont la formulation doit être revue en fonction des exigences du culte public. Il en est ainsi du Notre Père dans la messe.
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# L'unité des chrétiens qui, disant ensemble la prière qu'ils ont également reçue du Seigneur, est mieux manifestée et est facilitée s'ils peuvent le faire dans les mêmes termes.
  
B. – Le texte nouveau et les textes anciens
 
  
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====Le texte nouveau et les textes anciens====
 
Ni les catholiques ni les protestants ne possédaient de versions qui, par leur ancienneté et leur stabilité, puissent être dites "traditionnelles". Les catholiques ont usé de textes multiples jusqu'au XIXe siècle avancé. (Voir J.-C. Dhôtel, "Note sur les anciennes traductions françaises du "Pater", la Maison-Dieu, 83.) Le texte catholique du XXe siècle a été fixé pour la dernière fois en 1952. L'usage protestant a été plus stable: c'est le texte de la Bible de Segond qui, depuis près d'un siècle, a été généralement utilisé.
 
Ni les catholiques ni les protestants ne possédaient de versions qui, par leur ancienneté et leur stabilité, puissent être dites "traditionnelles". Les catholiques ont usé de textes multiples jusqu'au XIXe siècle avancé. (Voir J.-C. Dhôtel, "Note sur les anciennes traductions françaises du "Pater", la Maison-Dieu, 83.) Le texte catholique du XXe siècle a été fixé pour la dernière fois en 1952. L'usage protestant a été plus stable: c'est le texte de la Bible de Segond qui, depuis près d'un siècle, a été généralement utilisé.
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Le nouveau texte retient tout ce qui était commun entre les versions actuellement reçues chez les catholiques et chez les réformés, comme on peut en juger en comparant les deux textes (les italiques marquent les changements ou suppressions et les parenthèses marquent les additions):
 
Le nouveau texte retient tout ce qui était commun entre les versions actuellement reçues chez les catholiques et chez les réformés, comme on peut en juger en comparant les deux textes (les italiques marquent les changements ou suppressions et les parenthèses marquent les additions):
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Texte des catholiques
 
Texte des catholiques
  
Notre Père, qui êtes aux cieux,
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:Notre Père, qui êtes aux cieux,
Que votre nom soit sanctifié,
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:Que votre nom soit sanctifié,
Que votre règne arrive,
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:Que votre règne arrive,
Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
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:Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.
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:Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.
Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons (...) à ceux qui nous ont offensés.
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:Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons (...) à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laissez pas succomber à la tentation,
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:Et ne nous laissez pas succomber à la tentation,
mais délivrez-nous du mal.
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:mais délivrez-nous du mal.
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Texte des réformés
 
Texte des réformés
  
Notre Père, qui es aux cieux,
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:Notre Père, qui es aux cieux,
(...) ton nom soit sanctifié,
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:(...) ton nom soit sanctifié,
(...) ton règne vienne,
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:(...) ton règne vienne,
(...) ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
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:(...) ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien.
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:Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien.
Pardonne-nous nos offenses, comme aussi nous pardonnons (...) à ceux qui nous ont offensés.
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:Pardonne-nous nos offenses, comme aussi nous pardonnons (...) à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous conduis pas dans la tentation, mais
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:Et ne nous conduis pas dans la tentation, mais
délivre-nous du Malin (ou du mal).
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:délivre-nous du Malin (ou du mal).
  
C. – Les modifications
 
  
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====Les modifications====
 
Pour les catholiques, les modifications du nouveau texte, par rapport au texte usuel, se ramènent à quatre mots, une lettre et une option stylistique.
 
Pour les catholiques, les modifications du nouveau texte, par rapport au texte usuel, se ramènent à quatre mots, une lettre et une option stylistique.
  
QUATRE MOTS
 
  
"Que ton règne vienne". Le mot "venir" est le terme constant de la Bible pour désigner l'avènement personnel du Seigneur et son règne ("Celui qui vient" est une expression messianique). Il est préférable au verbe "arriver" qui désigne souvent un événement impersonnel et occasionnel souvent inattendu.
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=====QUATRE MOTS=====
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# "Que ton règne vienne". Le mot "venir" est le terme constant de la Bible pour désigner l'avènement personnel du Seigneur et son règne ("Celui qui vient" est une expression messianique). Il est préférable au verbe "arriver" qui désigne souvent un événement impersonnel et occasionnel souvent inattendu.
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# "Le pain de ce jour". L'adjectif grec qui est traduit ici par "de ce jour" est un mot très rare caractérisant le temps qui court ou qui va suivre immédiatement. Le sens n'est pas d'abord distributif, comme dans "quotidien" ou "de chaque jour", mais nous demandons à Dieu la nourriture (temporelle, mais aussi spirituelle) qui subvienne aux besoins présents ou imminents, nous confiant à lui pour le reste.
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# "Comme nous pardonnons aussi". Le "aussi" traduit une particule du grec en latin: "sicut et nos") utile pour faire comprendre le vrai sens du "comme": ce n'est pas "parce que" nous pardonnons que nous attendons le pardon de Dieu; c'est à l'image de Dieu, qui est le pardon même, que nous devons pardonner, nous "aussi".
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# "Et ne nous soumets pas à la tentation". Les versions françaises anciennes comportaient toutes "et ne nous induis pas en tentation". Le mot induire étant devenu rare et difficile, des divergences se sont introduites. La variante "ne nous laisse pas succomber à la tentation" est particulièrement défectueuse. Elle laisse à penser que la tentation n'est qu'un mal moral auquel il faut résister. Or, la tentation biblique est aussi une mise à l'épreuve voulue par Dieu. Nous le prions donc de ne pas nous placer dans une situation telle que notre fidélité envers lui soit en péril – ce qui implique de nous garder de tout péché.
  
2° "Le pain de ce jour". L'adjectif grec qui est traduit ici par "de ce jour" est un mot très rare caractérisant le temps qui court ou qui va suivre immédiatement. Le sens n'est pas d'abord distributif, comme dans "quotidien" ou "de chaque jour", mais nous demandons à Dieu la nourriture (temporelle, mais aussi spirituelle) qui subvienne aux besoins présents ou imminents, nous confiant à lui pour le reste.
 
 
3° "Comme nous pardonnons aussi". Le "aussi" traduit une particule du grec en latin: "sicut et nos") utile pour faire comprendre le vrai sens du "comme": ce n'est pas "parce que" nous pardonnons que nous attendons le pardon de Dieu; c'est à l'image de Dieu, qui est le pardon même, que nous devons pardonner, nous "aussi".
 
 
4° "Et ne nous soumets pas à la tentation". Les versions françaises anciennes comportaient toutes "et ne nous induis pas en tentation". Le mot induire étant devenu rare et difficile, des divergences se sont introduites. La variante "ne nous laisse pas succomber à la tentation" est particulièrement défectueuse. Elle laisse à penser que la tentation n'est qu'un mal moral auquel il faut résister. Or, la tentation biblique est aussi une mise à l'épreuve voulue par Dieu. Nous le prions donc de ne pas nous placer dans une situation telle que notre fidélité envers lui soit en péril – ce qui implique de nous garder de tout péché.
 
 
UNE LETTRE
 
  
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=====UNE LETTRE=====
 
"Mais délivre-nous du Mal". La majuscule du mot Mal veut exprimer qu'il ne s'agit pas seulement ici du péché, mais aussi de celui qui est derrière le péché, l'adversaire personnel du règne de Dieu, Satan, le "Malin" ou le "Mauvais".
 
"Mais délivre-nous du Mal". La majuscule du mot Mal veut exprimer qu'il ne s'agit pas seulement ici du péché, mais aussi de celui qui est derrière le péché, l'adversaire personnel du règne de Dieu, Satan, le "Malin" ou le "Mauvais".
  
UNE OPTION STYLISTIQUE: le tutoiement.
 
  
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=====UNE OPTION STYLISTIQUE: le tutoiement=====
 
Le tutoiement fut d'usage commun dans le Notre Père en français jusqu'au XVIIe siècle. Il a été conservé par les protestants. Les versions bibliques le maintiennent. Il a été adopté pour la prière liturgique en français. L'usage du Notre Père dans la messe (où il est suivi de la prière "Délivre-nous, Seigneur, du mal..." et sa récitation œcuménique supposent nécessairement l'emploi du tutoiement.
 
Le tutoiement fut d'usage commun dans le Notre Père en français jusqu'au XVIIe siècle. Il a été conservé par les protestants. Les versions bibliques le maintiennent. Il a été adopté pour la prière liturgique en français. L'usage du Notre Père dans la messe (où il est suivi de la prière "Délivre-nous, Seigneur, du mal..." et sa récitation œcuménique supposent nécessairement l'emploi du tutoiement.
  
CONCLUSION DE LA PRIERE
 
  
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=====CONCLUSION DE LA PRIERE=====
 
L'usage antique, dont témoigne au début du IIe siècle la Didaché, était de conclure la prière du Seigneur par une doxologie: "Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles". Dans la messe, la plupart des liturgies orientales comportent des conclusions analogues. Dans le rite romain, le Notre Père est suivi d'une prière développant la dernière demande, avec la conclusion habituelle à laquelle on répond Amen. En dehors de la messe, la tradition des catholiques occidentaux est d'ajouter Amen à la récitation du Notre Père. Les protestants terminent généralement la prière par la doxologie ancienne.
 
L'usage antique, dont témoigne au début du IIe siècle la Didaché, était de conclure la prière du Seigneur par une doxologie: "Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles". Dans la messe, la plupart des liturgies orientales comportent des conclusions analogues. Dans le rite romain, le Notre Père est suivi d'une prière développant la dernière demande, avec la conclusion habituelle à laquelle on répond Amen. En dehors de la messe, la tradition des catholiques occidentaux est d'ajouter Amen à la récitation du Notre Père. Les protestants terminent généralement la prière par la doxologie ancienne.
  
II – Signification de l'événement
 
  
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===Signification de l'événement===
 
Dans l'effort des chrétiens vers l'unité, l'adoption d'un texte commun pour la prière du Seigneur est un signe d'une grande portée œcuménique.
 
Dans l'effort des chrétiens vers l'unité, l'adoption d'un texte commun pour la prière du Seigneur est un signe d'une grande portée œcuménique.
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Tous ceux qui, par le baptême au nom de Jésus ont reçu l'Esprit d'adoption qui crie en eux "Père", doivent pouvoir dire ensemble "notre Père" sans que la diversité des formules les divise. Pour prier avec ses frères chrétiens, nul n'aura plus à prendre la formule de "l'autre", parce que le même Notre Père sera celui de chacun.
 
Tous ceux qui, par le baptême au nom de Jésus ont reçu l'Esprit d'adoption qui crie en eux "Père", doivent pouvoir dire ensemble "notre Père" sans que la diversité des formules les divise. Pour prier avec ses frères chrétiens, nul n'aura plus à prendre la formule de "l'autre", parce que le même Notre Père sera celui de chacun.
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Grâce à cette formule, le Notre Père pourra devenir la grande et incessante prière pour l'unité, jusqu'à ce que vienne l'unité parfaite des fils du même Père, dans le Fils unique venu pour nous rassembler.
 
Grâce à cette formule, le Notre Père pourra devenir la grande et incessante prière pour l'unité, jusqu'à ce que vienne l'unité parfaite des fils du même Père, dans le Fils unique venu pour nous rassembler.
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A l'occasion de cet événement, on peut espérer que par la prédication, les publications et la méditation personnelle, seront mieux mises en valeur les richesses de la prière par excellence du chrétien.
 
A l'occasion de cet événement, on peut espérer que par la prédication, les publications et la méditation personnelle, seront mieux mises en valeur les richesses de la prière par excellence du chrétien.
IVe ordonnance
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de l'épiscopat français sur le liturgie (I)
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===IVe ordonnance de l'épiscopat français sur le liturgie ===
  
 
Les évêques de France, en vertu de l'article 22 de la Constitution De Sacra Liturgia et conformément aux dispositions du Motu proprio "Sacrare Liturgiam" et de l'instruction Inter OEcumenici, ont décidé ce qui suit:
 
Les évêques de France, en vertu de l'article 22 de la Constitution De Sacra Liturgia et conformément aux dispositions du Motu proprio "Sacrare Liturgiam" et de l'instruction Inter OEcumenici, ont décidé ce qui suit:
  
I. – Pater
 
  
Article premier – Le texte liturgique français du Pater est remplacé par celui qui est publié en annexe de la présente ordonnance.
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:Article premier – Le texte liturgique français du Pater est remplacé par celui qui est publié en annexe de la présente ordonnance.
  
Art. 2. – Le nouveau texte du Pater entrera dans l'usage liturgique à la vigile pascale 1966.
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:Art. 2. – Le nouveau texte du Pater entrera dans l'usage liturgique à la vigile pascale 1966.
  
Art. 3. – Pour le chant du Pater en français seront seules utilisées les mélodies officielles qui seront approuvées au nom de l'épiscopat par la Commission de liturgie.
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:Art. 3. – Pour le chant du Pater en français seront seules utilisées les mélodies officielles qui seront approuvées au nom de l'épiscopat par la Commission de liturgie.
  
 
Bourges, le 29 décembre 1965.
 
Bourges, le 29 décembre 1965.
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LA DOCUMENTATION CATHOLIQUE, No 1442, 21 février 1965, p. 384
 
LA DOCUMENTATION CATHOLIQUE, No 1442, 21 février 1965, p. 384
 
(4) Le Robert
 
 
tentation - n. f. temptacium 1120; lat. temptatio
 
 
1) Ce qui porte à enfreindre une loi religieuse, morale; impulsion qui pousse au péché, au mal, en éveillant le désir. La tentation, les tentations de la chair. Succomber à des tentations; résister à la tentation. Induire en tentation.
 
2) Action du tentateur. La tentation de Jésus dans le désert. La tentation de saint Antoine.
 
3) (av. 1650)  Ce qui incite (à une action) en éveillant le désir. Tendance qui se manifeste alors. envie; désir. On avait envie de tout acheter, que de tentations! " Ne cède point à la tentation de briller, garde le silence " (Stendhal). fam. Attachez-le au cas où il aurait la tentation de s'évader.
 
 
Le Larousse
 
 
1) Attrait vers quelque chose de défendu par une loi morale ou religieuse; incitation au péché ou à la révolte contre les lois divines.
 
2) Tout ce qui tente, attire, incite à quelque chose, crée le désir, l’envie. Résister à la tentation de fumer.
 
 
(5) Tenter - Tentation - Tentateur
 
 
Tenter traduit parfois le même verbe grec que l'expression mettre à l'épreuve, et tentation le même terme qu'épreuve. La distinction est parfois difficile à établir.
 
 
En général, on a traduit par épreuve lorsqu'il s'agit d'une difficulté à traverser dont la foi doit sortir affermie (Jn 6.6; 2 Co 13.5; Jc 1.2-3; 1 P 1.6; Ap 2.10, etc.). On a traduit par tentation quand la mise à l'épreuve est accompagnée d'une mauvaise intention. Par exemple, l'homme peut en venir à tenter Dieu. (1 Co 10.9); mais Dieu ne tente pas l'homme (Jc 1.13); c'est le Tentateur (voir Satan) qui essaie d'exploiter l'épreuve de l'homme (1 Co 7.5; 1 Th 3.5) ou de Jésus pour le détourner de Dieu.
 
 
TOB, Glossaire, p. 1727.
 
(6) Sainte Thérèse d'Avila
 
 
Chapitre XL
 
 
Ce chapitre expose le besoin extrême que nous avons de supplier le Père éternel de daigner nous accorder ce que nous lui demandons par ces paroles: Et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal, et explique quelques tentations. C' est un chapitre important.
 
 
Ce sont de hautes faveurs, mes sœurs, que nous devons considérer ici et nous efforcer de comprendre, puisque nous allons les demander à Dieu. Considérez d'abord un point absolument certain pour moi. Ceux qui arrivent à la perfection ne demandent pas à Dieu d'être délivrés des souffrances, des tentations, des persécutions ni des combats. C'est là une autre preuve absolument sûre et des plus évidentes qu'ils sont dirigés par l'esprit de Dieu, et qu'ils ne sont point dans l'illusion, quand ils regardent comme venant de sa main la contemplation et les grâces dont ils sont favorisés. Car, je le répète, ils désirent plutôt les épreuves, ils les demandent et les aiment. Ils ressemblent aux soldats, qui sont d'autant plus contents qu'ils ont plus d'occasions de se battre, parce qu'ils espèrent un butin plus copieux; s'ils n'ont pas ces occasions, ils doivent se contenter de leur solde, mais ils voient que par là ils ne peuvent pas s'enrichir beaucoup. Croyez-moi, mes sœurs, les soldats du Christ, c'est-à-dire ceux qui sont élevés à la contemplation et qui vivent dans la prière, ne voient jamais arriver assez tôt l'heure de combattre. Ils ne redoutent jamais beaucoup leurs ennemis déclarés; ils les connaissent et les savent impuissants contre ceux que Dieu arme de sa force; ils sortent toujours vainqueurs du combat, riches de butin, et ne prennent jamais la fuite devant eux. Ceux qu'ils redoutent, et ils ont raison de les redouter et de demander au Seigneur d'en être délivrés, ce sont les traîtres, les démons qui se transforment en anges de lumière, ces ennemis qui se déguisent jusqu'à ce qu'ils aient causé d'immenses ravages dans l'âme. Ils ne se font point connaître, mais sucent notre sang peu à peu et dissolvent les vertus, de telle sorte que nous tombons dans la tentation sans même nous en apercevoir. Voilà les ennemis, mes filles, dont nous devons souvent prier et supplier le Seigneur de nous délivrer, en récitant le Notre Père; demandons-lui qu'il ne permette pas que nous succombions à la tentation, ni que nous soyons victimes de l'illusion; conjurons-le de nous découvrir le poison; en un mot, que nos ennemis ne nous empêchent pas de voir la lumière et la vérité. Oh ! comme notre bon Maître a eu raison de nous enseigner à faire cette demande, et de l'adresser pour nous à son Père !
 
Considérez, mes filles, que nos ennemis cachés peuvent nous nuire de beaucoup de manières; ce n'est pas seulement en nous faisant croire que les goûts spirituels et les délices qu'ils peuvent produire en nous viennent de Dieu; c'est là, à mon avis, l'un des moindres dommages qu'ils sont capables de causer aux âmes. Peut-être même les stimuleraient-ils par là à réaliser plus de progrès au service de Dieu. Car ces délices de l'oraison les attireraient à s'y consacrer davantage; comme elles ignorent que c'est là l'œuvre du démon, et qu'elles se reconnaissent indignes de telles faveurs, elles ne cessent d'en rendre grâce à Dieu, se croient plus rigoureusement tenues de le servir et s'efforcent de lui montrer plus de fidélité, afin que le Seigneur ajoute de nouvelles faveurs à celles qu'elles croient avoir déjà reçues de lui.
 
Appliquez-vous, mes sœurs, à être toujours humbles. Considérez bien que vous n'êtes pas dignes de si hautes grâces et ne les recherchez point. C'est par là, j'en suis persuadée, que le démon voit lui échapper un grand nombre d'âmes qu'il se flattait de perdre. Du mal qu'il voulait nous faire, Sa Majesté tire notre bien. Le Seigneur, en effet, voit que notre intention, en demeurant près de lui à l'oraison, est de le contenter et de le servir; or il est fidèle dans ses promesses. Nous devons néanmoins nous tenir sur nos gardes, veiller à ce que rien ne fasse une brèche dans notre humilité, et surtout pas la vaine gloire. Suppliez le Seigneur de vous préserver de ce danger, et ne craignez pas, mes filles, que Sa Majesté vous laisse longtemps recevoir de consolations d'un autre que de lui-même.
 
Le démon cependant peut nous causer, à notre insu, de graves préjudices, lorsqu'il nous fait croire que nous possédons certaines vertus, quand, en fait, il n'en est rien. C'est là un véritable fléau. Lorsqu'on reçoit de Dieu des joies et des délices, il semble que nous ne faisons que recevoir, et nous nous sentons obligés de servir Dieu avec plus de fidélité. Dans le cas présent, au contraire, il nous semble que c'est nous qui donnons à Dieu, qui lui rendons service, et qu'il doit nous récompenser. Le démon cause ainsi peu à peu les plus grands préjudices à l'âme. D'un côté, il affaiblit l'humilité; de l'autre, il nous rend négligents à acquérir cette vertu que nous croyons posséder déjà. Quel remède avons-nous, mes sœurs, contre cette tentation ? Le meilleur semble être celui que notre Maître nous enseigne. Il nous dit de prier et de supplier le Père éternel de ne pas permettre que nous succombions à la tentation.
 
Mais je veux vous en donner un autre. S'il vous semble que le Seigneur vous a déjà donné une vertu, considérez-la comme un bien reçu qu'il peut vous reprendre, ainsi que cela arrive souvent, et non sans un effet spécial de sa providence. Ne l'avez-vous jamais vu par vous-mêmes, mes sœurs ? Pour moi, je le sais par mon expérience personnelle. Parfois il me semble que je suis très détachée des choses de ce monde, et à l'occasion je montre bien que je le suis. D'autres fois, au contraire, je suis très attachée sur des points dont peut-être j'aurais ri le jour précédent, de telle sorte que je ne me reconnais pour ainsi dire plus moi-même. Parfois il me semble que j'ai beaucoup de courage et que je suis prête à ne reculer devant aucun obstacle, s'il s'agit de servir Dieu; et dans quelques occasions j'ai montré qu'il en était ainsi. Or, le jour suivant, je n'aurais pas eu le courage de tuer une fourmi pour l'amour de Dieu, si j'avais rencontré la moindre difficulté. Parfois encore, il me semble que je serais insensible à toute sorte de médisances et de calomnies, et dans plusieurs occasions j'ai montré que telles étaient bien mes dispositions, et que j'en éprouvais même de la joie. Puis, viennent des jours où la moindre parole m'afflige, et où je voudrais m'en aller de ce monde, parce qu'il me semble que tout devient pour moi une épreuve. Je ne suis pas la seule à éprouver ces changements d'état, car je les ai observés également chez beaucoup de personnes bien meilleures que moi.
 
Puisqu'il en est ainsi, quelle est celle d'entre nous qui pourrait dire qu'elle a de la vertu ou qu'elle est riche en vertus, puisque, à l'heure où nous en aurions le plus besoin, nous nous en trouvons complètement dépourvues ? Personne, mes sœurs. Croyons toujours, au contraire, que nous sommes pauvres; n'allons pas contracter des dettes sans avoir de quoi les payer. C'est d'une autre source que doit nous venir notre trésor. Nous ne savons pas à quelle époque le Seigneur voudra nous laisser dans la prison de notre misère sans rien nous donner. Que l'on nous tienne pour vertueuses, que l'on nous accorde de l'estime et de la considération (c'est là le bien d'emprunt dont je viens de parler), et nous serons tournés en dérision, nous et nos admirateurs, dès que Dieu nous retirera sa main. A coup sûr, si nous servons Dieu en toute humilité, il nous prêtera secours dans nos besoins; toutefois si cette vertu n'est pas très enracinée en nous, le Seigneur nous délaissera à chaque pas, comme on dit; et ce sera là encore une très grande faveur; car il nous montrera par là qu'il veut que nous travaillions à l'acquisition de cette vertu et que nous comprenions bien que nous ne possédons rien, si ce n'est ce que nous recevons de lui.
 
Voici encore un autre avis. Le démon nous donne à croire que nous possédons une vertu, par exemple, celle de la patience, parce que nous prenons la résolution de souffrir beaucoup pour Dieu, que nous lui en exprimons très souvent le désir et qu'il nous semble réellement que nous souffririons tout pour sa gloire. Nous voilà tout heureuses d'avoir de telles dispositions, et le démon ne néglige rien pour nous persuader que nous les avons; mais ne faites aucun cas des vertus de cette sorte; ne croyez pas les connaître encore autrement que de nom, ni les avoir reçues de Dieu, tant que vous ne les aurez pas vues à l'épreuve; car il vous arrivera qu'à la moindre parole que l'on vous dira et qui vous déplaira, toute votre belle patience tombera. Lorsque vous aurez beaucoup souffert, alors oui, bénissez Dieu de ce qu'il commence à vous enseigner cette vertu et prenez courage pour souffrir encore, car c'est un signe qu'il veut que vous le payiez, puisqu'il vous en a fait don; et il vous faut la regarder, ainsi que je l'ai dit, comme un dépôt qu'il peut vous retirer quand il voudra.
 
Voici encore une autre tentation. Il nous semble être très pauvres d'esprit, et nous répétons que nous ne désirons rien, que nous ne nous soucions de rien. Or, à peine quelqu'un nous fait-il don d'un objet qui ne nous est pas même nécessaire, que toute notre pauvreté d'esprit s'en va. Comme nous avons pris l'habitude de dire que nous sommes pauvres en esprit, nous avons fini par nous persuader que nous le sommes.
 
Il est très important de nous tenir sur nos gardes pour comprendre que c'est là une tentation, aussi bien pour les vertus dont je parle que pour une multitude d'autres. En effet, quand le Seigneur nous donne vraiment une seule de ces vertus solides, elle semble attirer toutes les autres à sa suite; c'est là un fait très connu. Je vous en préviens donc encore, mes filles, alors même que vous croiriez posséder une vertu, craignez de vous faire illusion; car celui qui est véritablement humble doute toujours de ses propres vertus; il lui semble même que celles qu'il découvre dans le prochain sont plus solides et plus profondes que les siennes.
 
 
Sainte Thérèse d'Avila, Le chemin de la perfection, Seuil, 1961
 
 
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Version du 16 mars 2006 à 11:20

Document copié de maranatha


Introduction

Début de 1964, une commission mixte (catholiques, orthodoxes, protestants) entreprit, dans un esprit d’œcuménisme, de faire adopter une traduction commune du " Notre Père ". La nouvelle traduction fût adoptée le 4 Janvier 1966.


Décison de la commission

COMMUNIQUE CONJOINT DES DIVERSES CONFESSIONS


Les autorités catholiques, orthodoxes et protestantes ont décidé d'adopter une traduction commune du Notre Père en langue française.


Ainsi, dans une commune recherche de l'unité voulue par le Christ, tous les chrétiens pourront dire ensemble la prière que leur unique Seigneur leur a enseignée.


Pour la France:

Le président de l'Assemblée plénière de l'Épiscopat catholique de France : cardinal Joseph LEFEBVRE.


Les prélats suivants, représentant les différentes juridictions de l'Église orthodoxe en France: métropolite MELETIOS; archevêque ANTOINE, de Londres ; archevêque GEORGES ; archevêque ANTOINE, de Genève.


Les présidents des Conseils des Églises luthériennes et réformées en France: Pierre BOURGUET; Marcel JOBON; Étienne JUNG; Édouard WAGNER.


La traduction adoptée est la suivante:

Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui
notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi
à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
mais délivre-nous du Mal.


N.-B. Les catholiques de rite latin ajoutent au Notre Père, Amen. Les chrétiens d'Orient et les protestants conservent les conclusions (doxologies) qui leur sont propres.


Du côté catholique, la décision a été ratifiée par le Siège apostolique, et le texte entrera en usage dans la messe à Pâques. Du côté protestant, la ratification sera demandée aux synodes de 1966.


4 janvier 1966.


Commentaire

Historique

Dès le début de l'année 1964, des contacts avaient été pris entre diverses Églises et, sur l'avis favorable des autorités compétentes, au mois de mai de cette même année, une Commission mixte (catholiques, orthodoxes, protestants) fut constituée pour étudier la question et rechercher un accord. De nombreux exégètes furent consultés sur les points les plus difficiles, spécialement sur la sixième demande.


En juin 1964, le Synode général de l'Église évangélique luthérienne en France approuva le principe d'une version commune. En mai 1965, le Synode national de l'Église réformée de France fit de même, et donna son avis sur le texte proposé.


Durant l'été, tous les évêques catholiques de France, puis les épiscopats francophones furent consultés. L'Assemblée plénière de l'épiscopat français, ainsi que les autres épiscopats francophones ont approuvé le texte durant la dernière session du deuxième Concile du Vatican. La confirmation par le Siège apostolique a été donnée le 20 décembre 1965. Les évêques orthodoxes intéressés ont été respectivement consultés avant de donner leur accord.


Les changements textuels

Les raisons du changement

  1. Fidélité plus grande aux paroles du Seigneur. Le texte usuel des catholiques français laissait à désirer sur plusieurs points. Il est significatif que les Bibles modernes et les ouvrages d'exégèse lui ont généralement préféré d'autres traductions pour mieux serrer l'original.
  2. L'introduction du français dans la liturgie catholique entraîne des modifications dans certains textes qui servaient déjà à l'usage privé, mais dont la formulation doit être revue en fonction des exigences du culte public. Il en est ainsi du Notre Père dans la messe.
  3. L'unité des chrétiens qui, disant ensemble la prière qu'ils ont également reçue du Seigneur, est mieux manifestée et est facilitée s'ils peuvent le faire dans les mêmes termes.


Le texte nouveau et les textes anciens

Ni les catholiques ni les protestants ne possédaient de versions qui, par leur ancienneté et leur stabilité, puissent être dites "traditionnelles". Les catholiques ont usé de textes multiples jusqu'au XIXe siècle avancé. (Voir J.-C. Dhôtel, "Note sur les anciennes traductions françaises du "Pater", la Maison-Dieu, 83.) Le texte catholique du XXe siècle a été fixé pour la dernière fois en 1952. L'usage protestant a été plus stable: c'est le texte de la Bible de Segond qui, depuis près d'un siècle, a été généralement utilisé.


Le nouveau texte retient tout ce qui était commun entre les versions actuellement reçues chez les catholiques et chez les réformés, comme on peut en juger en comparant les deux textes (les italiques marquent les changements ou suppressions et les parenthèses marquent les additions):


Texte des catholiques

Notre Père, qui êtes aux cieux,
Que votre nom soit sanctifié,
Que votre règne arrive,
Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.
Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons (...) à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laissez pas succomber à la tentation,
mais délivrez-nous du mal.


Texte des réformés

Notre Père, qui es aux cieux,
(...) ton nom soit sanctifié,
(...) ton règne vienne,
(...) ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien.
Pardonne-nous nos offenses, comme aussi nous pardonnons (...) à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous conduis pas dans la tentation, mais
délivre-nous du Malin (ou du mal).


Les modifications

Pour les catholiques, les modifications du nouveau texte, par rapport au texte usuel, se ramènent à quatre mots, une lettre et une option stylistique.


QUATRE MOTS
  1. "Que ton règne vienne". Le mot "venir" est le terme constant de la Bible pour désigner l'avènement personnel du Seigneur et son règne ("Celui qui vient" est une expression messianique). Il est préférable au verbe "arriver" qui désigne souvent un événement impersonnel et occasionnel souvent inattendu.
  2. "Le pain de ce jour". L'adjectif grec qui est traduit ici par "de ce jour" est un mot très rare caractérisant le temps qui court ou qui va suivre immédiatement. Le sens n'est pas d'abord distributif, comme dans "quotidien" ou "de chaque jour", mais nous demandons à Dieu la nourriture (temporelle, mais aussi spirituelle) qui subvienne aux besoins présents ou imminents, nous confiant à lui pour le reste.
  3. "Comme nous pardonnons aussi". Le "aussi" traduit une particule du grec en latin: "sicut et nos") utile pour faire comprendre le vrai sens du "comme": ce n'est pas "parce que" nous pardonnons que nous attendons le pardon de Dieu; c'est à l'image de Dieu, qui est le pardon même, que nous devons pardonner, nous "aussi".
  4. "Et ne nous soumets pas à la tentation". Les versions françaises anciennes comportaient toutes "et ne nous induis pas en tentation". Le mot induire étant devenu rare et difficile, des divergences se sont introduites. La variante "ne nous laisse pas succomber à la tentation" est particulièrement défectueuse. Elle laisse à penser que la tentation n'est qu'un mal moral auquel il faut résister. Or, la tentation biblique est aussi une mise à l'épreuve voulue par Dieu. Nous le prions donc de ne pas nous placer dans une situation telle que notre fidélité envers lui soit en péril – ce qui implique de nous garder de tout péché.


UNE LETTRE

"Mais délivre-nous du Mal". La majuscule du mot Mal veut exprimer qu'il ne s'agit pas seulement ici du péché, mais aussi de celui qui est derrière le péché, l'adversaire personnel du règne de Dieu, Satan, le "Malin" ou le "Mauvais".


UNE OPTION STYLISTIQUE: le tutoiement

Le tutoiement fut d'usage commun dans le Notre Père en français jusqu'au XVIIe siècle. Il a été conservé par les protestants. Les versions bibliques le maintiennent. Il a été adopté pour la prière liturgique en français. L'usage du Notre Père dans la messe (où il est suivi de la prière "Délivre-nous, Seigneur, du mal..." et sa récitation œcuménique supposent nécessairement l'emploi du tutoiement.


CONCLUSION DE LA PRIERE

L'usage antique, dont témoigne au début du IIe siècle la Didaché, était de conclure la prière du Seigneur par une doxologie: "Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles". Dans la messe, la plupart des liturgies orientales comportent des conclusions analogues. Dans le rite romain, le Notre Père est suivi d'une prière développant la dernière demande, avec la conclusion habituelle à laquelle on répond Amen. En dehors de la messe, la tradition des catholiques occidentaux est d'ajouter Amen à la récitation du Notre Père. Les protestants terminent généralement la prière par la doxologie ancienne.


Signification de l'événement

Dans l'effort des chrétiens vers l'unité, l'adoption d'un texte commun pour la prière du Seigneur est un signe d'une grande portée œcuménique.


Tous ceux qui, par le baptême au nom de Jésus ont reçu l'Esprit d'adoption qui crie en eux "Père", doivent pouvoir dire ensemble "notre Père" sans que la diversité des formules les divise. Pour prier avec ses frères chrétiens, nul n'aura plus à prendre la formule de "l'autre", parce que le même Notre Père sera celui de chacun.


Grâce à cette formule, le Notre Père pourra devenir la grande et incessante prière pour l'unité, jusqu'à ce que vienne l'unité parfaite des fils du même Père, dans le Fils unique venu pour nous rassembler.


A l'occasion de cet événement, on peut espérer que par la prédication, les publications et la méditation personnelle, seront mieux mises en valeur les richesses de la prière par excellence du chrétien.


IVe ordonnance de l'épiscopat français sur le liturgie

Les évêques de France, en vertu de l'article 22 de la Constitution De Sacra Liturgia et conformément aux dispositions du Motu proprio "Sacrare Liturgiam" et de l'instruction Inter OEcumenici, ont décidé ce qui suit:


Article premier – Le texte liturgique français du Pater est remplacé par celui qui est publié en annexe de la présente ordonnance.
Art. 2. – Le nouveau texte du Pater entrera dans l'usage liturgique à la vigile pascale 1966.
Art. 3. – Pour le chant du Pater en français seront seules utilisées les mélodies officielles qui seront approuvées au nom de l'épiscopat par la Commission de liturgie.

Bourges, le 29 décembre 1965.

JOSEPH. cardinal LEFEBVRE, archevêque de Bourges.

LA DOCUMENTATION CATHOLIQUE, No 1442, 21 février 1965, p. 384