Tutoiement de Dieu

De Christ-Roi
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Introduction

Le tutoiement de Dieu a été introduit après Vatican II. Aujourd'hui, le tutoiement a envahi l’ensemble de la liturgie en langue française. Seule Marie est encore habituellement vouvoyée.


Tutoiement/Vouvoiement

Le tutoiement marque l'égalité et la familiarité. Le vouvoiement marque la politesse et le respect. Sous la révolution française (terreur), le vouvoiement était interdit.


Le français vouvoie traditionnellement Dieu, voir par exemple le Notre Père (Mtt VI, 9-15) dans la Vugate de 1667 ou dans la Crampon de 1923. D'autres langues vouvoient aussi Dieu, y compris l'anglais. Depuis Guillaume le Conquérant (1066), les anglais ont essayé de reprendre cette pratique, successivement avec les mots : Ye et Thou.


Les premiers, les protestants ont rompu avec cette pratique. Il semble que le tutoiement systématique de Dieu chez les catholiques ait été inspiré des protestants au moment du concile Vatican II.


En faveur du tutoiement

Tutoyer l'Incarnation

Benoit XVI dit dans son homélie du 18 décembre 2005 : « Dieu est proche de nous, si proche qu'il se fait enfant, et que nous pouvons "tutoyer" ce Dieu ».

Notons d'abord la remarque de l'abbé de Nantes : « En allemand, on s’adresse à Dieu et à la Sainte Vierge en les tutoyant, même dans la religion d’avant le Concile ».

Ensuite, notons que le Saint Père ne dit pas que nous devons mais que nous pouvons.

Finalement, faisons la différence entre Jésus-homme et Jésus-Dieu. Notre Seigneur Jésus-Christ a revêtu notre humanité en s'incarnant. Le touchant mystère de la nativité inspire une proximité telle que le Saint Père admet la familiarité du tutoiement avec Jésus-homme.


Tutoiements mystiques

Extraits de poèmes de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus :

Tutoiements :
Jésus pardonne-moi si je dis des choses qu'il ne faut pas dire, je ne veux que te réjouir et te consoler.
Ô Face Adorable de Jésus, seule Beauté qui ravit mon coeur, daigne imprimer en moi ta Divine Ressemblance, afin que tu ne puisses regarder l'âme de ta petite épouse sans te contempler Toi-Même.
Vouvoiements :
Père Éternel, votre Fils unique, le doux Enfant Jésus est à moi puisque vous me l'avez donné.
Je vous ferai proclamer Roi dans les âmes qui refusent de se soumettre à votre Divine Puissance.


Sante Thérèse tutoierait-elle son Epoux et vouvoierait-elle son Dieu ?


Les justifications de Mgr Dozolme

En 1965, Mgr Dozolme, fraîchement sorti du collège épiscopal statuant, essaie de justifier ce tutoiement.


Mgr Dozolme écrit qu'en « latin, en grec et en araméen c'est la deuxième personne du singulier qui est employée dans les textes bibliques, quand on s'adresse à Dieu. Cette façon de parler à Dieu en grec ou en latin était en usage depuis toujours dans les prières de la messe (Kyrie eleison, Laudamus te...) ». Mais le grec ancien, comme le latin, ne connaissent pas le vouvoiement, comment pourraient-ils vouvoyer ? Et comment l'irrespect du tutoiement existerait si le vouvoiement n'existe pas ?


Mgr Dozolme écrit aussi que « la traduction de Crampon qui date déjà du siècle dernier tutoie Dieu ». On pourra le vérifier dans les psaumes. Monseigneur nous quelques autres exemples.


Finalement, en lisant à travers les lignes, il semble que Mgr Dozolme nous dise que l'épiscopat français ait adopté le tutoiement en partie sur l'argument du cardinal Grente "illustre prélat académicien" qui affirme que « dans la langue française, quand on s'adresse à Dieu, le tutoiement est la forme supérieure du respect ».


On notera au passage le sixième point de la lettre où l'évêque laisse entendre la réticence de certains évêques au « tu » et peut-être une satisfaction d'avoir gardé le « vous » pour le Notre Père. Un an après (fin 1965), l'oecuménisme retirait le « vous » du Notre Père.


En faveur du vouvoiement

Mgr Lefèbvre

Lettre aux catholiques perplexes : « Tutoyer Dieu d’une façon systématique n’est pas la marque d’une grande révérence et ne relève pas du génie de notre langue, qui nous offre un registre différent selon que nous nous adressons à un supérieur, à un parent, à un camarade. (...) Le tutoiement a envahi l’ensemble de la liturgie vernaculaire : le Nouveau Missel des dimanches l’emploie d’une façon exclusive et obligatoire, sans que l’on voie les raisons d’un tel changement si contraire aux mœurs et à la culture françaises ».


Mgr Lefèbvre dit en conférences : « Nous sommes des créatures. Dans la mesure où nous approfondirons la notion de créature, dans cette mesure-là aussi, nous nous mettrons à notre véritable place vis-à-vis de Dieu. (...) Nous devons méditer sur notre état de pécheur et sur la grande miséricorde de Dieu envers nous. Cela nous aidera à nous mettre à notre véritable place vis-à-vis de Notre Seigneur Jésus-Christ. Y a-t-il quelque chose de plus important, ici-bas, que de nous mettre à notre place vis-à-vis de Dieu ? Nous n'avons pas le droit de ne pas être à notre place. (...) Enfin l'humilité marche nécessairement de pair avec la charité (...) Le degré le plus élevé de l'humilité, c'est la charité. Nous recherchons l'humilité pour atteindre la charité (...) Le but c'est la charité, l'union à Dieu ». Source: "La messe de toujours", p41-42, Editions Clovis.


Croyons-nous que le tutoiement nous aidera à trouver notre vraie place face à Dieu ? Le respect du vouvoiement ne nous aidera t-il pas à trouver l'humilité nécessaire à la charité ?


La crainte filiale de Dieu

D'après le théologien Garrigou-Lagrange, l'homme est confronté à trois craintes :

  1. La crainte mondaine qui est la peur de s'avouer catholique devant les hommes
  2. La crainte servile qui est la peur des châtiments de Dieu
  3. La crainte filiale qui est la peur de déplaire à Dieu

La crainte mondaine nous éloigne de Dieu. La crainte servile est utile au salut mais gêne notre sanctification. Seule la crainte filiale est toujours nécessaire.


Garrigou-Lagrange nous dit :

« La crainte filiale non seulement est utile au salut, comme la crainte servile, mais c'est un don du Saint Esprit, qui aide beaucoup à résister à de fortes tentations ».

« Cette crainte filiale est le moins élevé des sept dons du Saint-Esprit, mais elle est le commencement de la sagesse, car elle est comme l'effet initial de ce don supérieur ; c'est une vraie sagesse de redouter le péché qui nous éloigne de Dieu ».

« Avec le progrès de la charité, la crainte filiale augmente, car plus on aime Dieu, plus on redoute le péché qui nous sépare de lui ».

« Au Ciel subsiste la crainte filiale sous la forme de la crainte révérentielle. (...) La sainte crainte du Seigneur restera dans les siècles des siècles. (...) l'âme verra son propre rien et tremblera en quelque sorte de voir sa propre fragilité en comparaison de l'absolue stabilité et nécessité de Dieu, qui seul est l'Être même. Ego sum, qui sum. - En ce sens il est dit dans la Préface de la Messe : « tremunt potestates » ; parmi les anges supérieurs même ceux qui sont appelés « les puissances » tremblent devant l'infinie majesté de Dieu ».

« Ce don de crainte révérentielle existe même en la sainte âme du Sauveur comme les autres dons du Saint-Esprit. La crainte révérentielle apparaît dans les saints en cette vie présente, par exemple lorsque saint Pierre (LUC, V, 8) après la première pêche miraculeuse dit à Jésus : « Éloignez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur ». C'est alors que Jésus lui dit « Ne crains point, car désormais ce sont des hommes que tu prendras ». Pierre, Jacques et Jean à ce moment quittèrent tout pour le suivre ».


Demandons-nous bien si le tutoiement aide la crainte révérentielle qui est le commencement de la sagesse.

Demandons-nous bien si nous tutoierons Dieu lorsque nous tremblerons devant son infinie Majesté.


Conclusion

Nous admettons le tutoiement mystique de l'Epoux-Jésus ou de l'Enfant-Jésus mais nous n'avons pas su justifier le tutoiement de Dieu ou de Jésus-Dieu.

L'argument de innexistence du vouvoiement dans les langues anciennes est futile. Un académicien nous dit que la langue française peut voir le tutoiement comme une marque de suprême respect. Mais pourquoi tutoies t-on aujourd'hui alors qu'on vouvoyait en 1667 et en 1932 ? Le tutoiement suprêmement respectueux est-il mieux compris aujourd'hui qu'hier ? Non.


Nous pensons aux âmes qui méconnaissent Dieu, à celles qui Le cherchent. Nous craignons que le tutoiement leur donne une fausse image de Dieu, une image simpliste, égalitaire, humaine. Nous craignons qu'il leur cache l'Infinie Majesté de Dieu, que cela empêche leur sanctification et sutout, leur salut.