Le pape, les Juifs et Hitler

De Christ-Roi
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Résumé

Qui est Costa-Gavras ? Amen, une fiction.

Qu’est-ce que les nazis pensaient de Pie XII ?

Sur quoi s’appuie la propagande contre Pie XII.

L’action de Pie XII en faveur des Juifs.


L'ex-grand rabbin de Rome parle...

(Eugenio Zolli, Avant l'aube, Editions François-Xavier de guibert, 2002)


"Le Saint-Père envoya une lettre remise en mains propres aux évêques, leur ordonnant de lever la clôture dans les couvents et monastères, pour que ces lieux deviennent un refuge pour les Juifs.


"Je connais un couvent où les religieuses dormaient dans la cave, afin de céder leurs lits aux réfugiés juifs. Admirable exemple de charité qui a su adoucir le destin tragique de tant de gens persécutés".


A l'heure où l'immonde propagande déverse à flot cinématographique, mensonges et avanies contre Pie XII, un homme se dresse pour témoigner. Cet homme parle en parfaite connaissance des lieux, des personnes et des circonstances de ce qu'il relate: il était là, à Rome, en tant que Grand Rabbin de la Ville Eternelle, lors des persécutions de 1943.


"Son témoignage est bouleversant par le portrait sobre et lumineux qu'il trace d'un pasteur épris de charité, de prière et d'humilité. Il l'est également par l'inventaire éclatant qu'il établit des démarches entreprises par le Saint-Père pour sauver les fils de la première Alliance. Il l'est enfin par le récit de sa propre conversion catholique, à l'aune d'une étude jamais interrompue des Saintes Ecritures, et d'un attrait tout évangélique pour la figure du Christ crucifié. Ce chemin de Damas aboutit au baptême, au choix délibéré du prénom d'Eugenio par gratitude naturelle et surnaturelle vis-à-vis du pasteur angélique" (Benoît Mancheron, L'ex-grand rabbin de Rome parle, Fideliter, Juillet-août 2002, n° 148, p. 71.)



Le document DICI

Voilà plusieurs semaines que la propagande anti-cléricale bat son plein.


L’occasion en est le film de Costa-Gravas sur Pie XII, une caricature fondée sur le mensonge historique. [1]


La thèse est simple : Pie XII savait et s’est tu, et il s’est tu parce que c’était un politique obnubilé par la menace communiste, obnubilé par la survie de sa propre Eglise et de ses intérêts mesquins et peut-être aussi, parce qu’il était raciste et antisémite. Depuis la pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire, qui date de 1963, cette calomnie est entretenue par des livres (Le Pape et Hitler de John Cornwell, 1999) ou articles qui n’ont d’autre but que de souiller l’Eglise. En réalité, il ne s’agit plus d’une question historique, car les faits sont là et prouvés de longue date. Le Père Blet, jésuite français, a coordonné les travaux de recherche sur les archives vaticanes, travaux qui ont abouti à l’édition en douze volumes des Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale (cette œuvre monumentale contient 5.100 documents). Dans un ouvrage remarquable publié chez Perrin, le Père Blet a résumé cette portion d’histoire en un seul volume sous le titre Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d’après les archives du Vatican. Tout ouvrage un tant soit peu sérieux sur ce sujet, ne peut que faire référence aux travaux de recherche de l’équipe à laquelle appartenait le Père Blet. Nous renvoyons donc à ce livre le lecteur désireux d’en savoir davantage.


En fin de compte, à travers Pie XII, c’est l’Eglise qui est attaquée. Le film Amen l’illustre.


Ce ramdam autour de Pie XII est purement idéologique. On pourrait le comparer à la question de l’évolutionnisme. Depuis belle lurette, les scientifiques sérieux démontrent l’imposture de la thèse darwinienne. Cette thèse est cependant utilisée comme missile idéologique pour pénétrer dans les cerveaux, y détruisant l’idée de création par Dieu et d’ordre naturel. Le même processus est utilisé contre l’Eglise avec le dossier "Pie XII et les Juifs".


L’affiche fut autant un scandale que le film. On regrette la trop molle réaction de Mgr Ricard, président de la conférence épiscopale de France, qui n’a pas osé demander l’enlèvement des affiches en référé. Il est triste de constater comment l’on peut déshonorer notre Sainte mère l’Eglise sans que les évêques ne cherchent à la faire respecter. Et si le président du tribunal de grande instance de Paris, Jean-Claude Magendie, a débouté l’AGRIF de sa demande de voir les affiches retirées, nous le devons encore aux valeureux évêques de France (du moins une trentaine d’entre eux) qui, le 30 septembre 1997 à Drancy, ont battu leur coulpe sur la poitrine de leurs prédécesseurs (Le 13 mai 1942, le président du Consistoire central des rabbins s’adressant aux prélats et aux prêtres français, avait dit : « Jamais le judaïsme ne pourra être assez reconnaissant de ce que font pour nous, sans aucune arrière-pensée, prélats, prêtres, pasteurs et fidèles catholiques et protestants. Ma gratitude s’adresse spécialement au cardinal Gerlier, compatissant et charitable à toutes les infortunes » (Cité par Adrien Némoz, dans La Croix du 1er octobre 1997) : "Aujourd’hui nous confessons que le silence fut une faute, nous reconnaissons que l’Eglise de France a alors failli à sa mission d’éducatrice des consciences." Une perche trop belle tendue au juge qui fondera son refus sur le fait que l’affiche est en adéquation "avec la pensée actuelle de l’épiscopat français dans sa déclaration de repentance". Et pourtant, pour une fois, les ennemis de l’Eglise étaient ses alliés : Henri Hajdenberg, ancien vice-président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Samuel-René Sirat, ancien grand rabbin de France furent les premiers signataires d’une pétition contre l’affiche, pétition où figurent aussi les noms de Gérard Israël, Emmanuel Weintraub, président de la section française du Congrès juif mondial… Qui sème la repentance, récolte l’injustice.


Qui est Costa-Gravas ?

Cinéaste politique, champion des droits de l’homme, il a trouvé dans le brûlot anti-papal de Rolf Hochhuth une matière à provocation et à scandale. Déjà dans Music Box (1990), il diffusait une thèse équivalente : la peur obsessionnelle du communisme a conduit à la complaisance envers les nazis.


Costa-Gravas n’a pas voulu faire preuve d’honnêteté historique. Il le dit lui-même :


"Dans votre film, il n’y a pas de conseiller historique. C’est voulu ? – Oui. J’ai eu des conseillers historiques dans certains films, Z (1969), l’Aveu (1971). Le problème avec les spécialistes, c’est que chacun a sa propre interprétation. On n’en sort pas. Si j’en avais pris un – ou deux – c’était le meilleur moyen d’avoir des problèmes. Avec mes lectures, j’ai construit ma propre interprétation. Et puis, le cinéma c’est, d’abord, quand même, un spectacle. Les gens viennent voir un spectacle." (Propos recueilli par J-Y Riou, Histoire du Christianisme Magazine, n° 9 : "La Shoah et Pie XII: les trois tentations de Costa-Gavras")


Amen : une fiction


Dans Amen, il y a un personnage historique, Kurt Gerstein, ensuite un pape recréé pour en faire un pantin ridicule, manipulé par son entourage ; enfin, le jésuite Fontana qui, le premier, parvient à informer le pape de la "solution finale". Or, ce personnage est tout simplement inventé.


Kurt Gerstein, officier SS, rencontre le nonce à Berlin Mgr Orsenigo et le met au courant du traitement réservé aux juifs en Pologne. Cette rencontre est déterminante, car la suite du film en dépend. Or, Gerstein le dit lui-même dans son rapport cité au procès de Nuremberg : il n’a jamais rencontré le nonce.


Si le public croit ce qui est relaté comme historique, il croira ce qui est fictif. Et Costa-Gravas mêle si bien la réalité et la fiction qu’on ne voit plus la différence. "Tout le film est centré sur les deux personnages : Gerstein et Fontana. L’un, SS, résiste au nazisme ; l’autre, prêtre, résiste à l’Eglise. Pour le réalisateur, qui les fait se rejoindre, c’est le même combat et la même démonstration : la résistance était possible. En reléguant le personnage du pape au second plan (toujours filmé de loin, dans un Vatican de carnaval), Costa-Gravas laisse voir clairement que son intention n’est pas de s’approcher au plus près de la vérité sur Pie XII, mais, en tronquant, déformant, manipulant l’histoire, d’illustrer une imposture : “Le fiasco moral de l’Eglise” (expression employée par le journal La Vie)." (Analyse de Dominique Gardes, Le Spectacle du Monde, nº 477)


Qu’est-ce que les nazis pensaient de Pie XII ?

Berlin fut la seule capitale à ne pas envoyer de représentant spécial au couronnement de Pie XII, en 1939. Après le radio-message de Noël 1942, une note du Service de sécurité du Reich – qui avait la haute main sur toute l’Europe occupée – affirma : "Il (le pape) se fait le porte-parole des Juifs criminels de guerre."


Sur quoi s’appuie la propagande contre Pie XII ?

De l’extérieur l’on pourrait penser à un semblant de connivence de l’Eglise avec le régime. C’est qu’en face de problèmes, les hommes n’ont pas toujours les mêmes solutions, mêmes s’ils sont tous animés du même esprit. Il y eut des divergences au sein de l’épiscopat allemand. D’un côté, le cardinal Bertram, président de la Conférence épiscopale de Fulda, qui pour sauver des vies humaines, pouvait être porté à une certaine complaisance – purement extérieure – avec le régime. C’est ainsi qu’il envoya une lettre de vœux au Führer pour son anniversaire en avril 1940. De l’autre, l’évêque de Berlin, cardinal von Preysing, partisan d’une distanciation complète avec le régime. Pie XII était très lié au cardinal von Preysing, à tel point qu’il eut avec lui un échange épistolaire abondant, dans lequel il lui demandait souvent avis et informations sur la situation.


Cependant Pie XII ne modifia pas son attitude quand l’Allemagne entra en guerre contre la Russie, et ne parla jamais, fût-ce par allusion, de "croisade" contre le bolchévisme ou de "guerre sainte". Ses efforts pour la paix, après juin 1941, ne se différenciaient en rien de ceux qu’il avait déployés auparavant.


"Nous faisons de Notre côté, écrivait-il le 15 octobre 1942, ce qui est en notre pouvoir pour épargner au peuple allemand des représailles pour des choses dont il n’est pas, dans son ensemble, responsable, et dont la plupart peut-être ne savent même rien du tout."


Au milieu des peuples en guerre, la position du Saint-Siège devenait chaque jour plus délicate. Pie XII y revient toujours plus longuement dans ses lettres. Il constate, le 20 février 1941, "que les temps sont durs, particulièrement pour le vicaire du Christ, et que la papauté et l’Eglise se trouvent peu à peu placées dans une situation complexe et périlleuse, telle qu’elles en virent peu au cours de leur longue et douloureuse histoire." Le Vicaire du Christ se trouve confronté à des choix très pénibles, écrit-il le 20 février 1941, et placé entre les exigences contradictoires de sa charge pastorale : "Là où le pape voudrait crier haut et fort, c’est malheureusement l’expectative et le silence qui lui sont souvent imposés ; là où il voudrait agir et aider, c’est la patience et l’attente qui s’imposent."


La presse officielle, qui s’était jadis acharnée contre le cardinal Pacelli, s’attachait aujourd’hui à représenter le pape Pie XII comme un ennemi de l’Allemagne. Non seulement chacune de ses paroles pouvait déchaîner une vague de représailles, mais, présentée artificieusement par la propagande du parti, elle risquait encore de lui aliéner le cœur et l’âme des catholiques. (Cf. Père Blet, Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d’après les archives du Vatican, chapitre III.)



L’action de Pie XII en faveur des Juifs

90 % des juifs d’Italie ont été cachés et protégés par l’Église, c’est-à-dire par des prêtres, des religieux, des religieuses et des laïcs. Pie XII avait ordonné de cacher tous les juifs possibles dans les couvents et monastères. A cet effet, il fait lever la clôture canonique des maisons religieuses de Rome. A Rome même 40 000 réfugiés juifs sont cachés dans les églises, les couvents, et 7 000 dans la cité du Vatican. Les plus menacés, qui étaient cachés dans les séminaires, étaient revêtus de soutanes (!) en cas de perquisition.


En 1944, Pie XII fait publier une protestation publique dans L’Osservatore Romano, contre la déportation des juifs. En représailles, le commandant SS de Rome convoque le grand rabbin Zolli et exige une rançon de 50 kg d’or dans les 36 heures sinon 200 juifs seront immédiatement déportés. Les juifs ne purent réunir que 35 kg. Israël Zolli alla trouver Pie XII qui fit fondre les vases sacrés et donna les 15 kilos restants.


Caché au Vatican dans les derniers mois de la guerre, le grand rabbin se fit baptiser le 13 février 1945 en même temps que sa femme. En signe de respect et de sincère reconnaissance envers Pie XII, il demanda à prendre comme prénom de baptême “Eugène” (c’était le prénom du Pape).


A partir de 1941, le "Catholic Refugee Committee" est organisé à Rome sur l’ordre de Pie XII : il sera le maître d’œuvre de toutes les filières d’évasion des juifs d’Europe vers les Etats-Unis ; 250 000 juifs transitèrent par l’Espagne et le Portugal.


En 1945, M. Pinhas Lapid, alors consul d’Israël à Milan, fut reçu par le Pape et "lui transmit la gratitude de l’Agence juive, qui était l’organisme du mouvement sioniste mondial, pour ce qu’il avait fait en faveur des Juifs"


Après la guerre, ce même Pinhas Lapid estimait à 850 000 le nombre de juifs sauvés par les catholiques dans toute l’Europe. Il déclarait en 1963 : "Je comprends très mal que l’on s’en prenne aujourd’hui à Pie XII tandis que pendant de nombreuses années, on s’est plu ici (en Israël) à lui rendre hommage. Je peux affirmer que le pape personnellement, le Saint Siège et les nonces ont sauvé de 150 000 à 400 000 juifs". (Repris dans Three Popes and the Jews, 1967 – Traduction française : Rome et les Juifs, Seuil.)


Pinhas Lapid déclarera par ailleurs au journal Le Monde du 13 décembre 1963 qu’il ne comprend pas pourquoi l’on s’acharne contre Pie XII qui "ne disposait ni de divisions blindées, ni de flotte aérienne alors que Staline, Roosevelt et Churchill, qui en commandaient, n’ont jamais voulu s’en servir pour désorganiser le réseau ferroviaire qui menait aux chambres à gaz. (…) Lorsque j’ai été reçu à Venise par Mgr Roncalli qui devait devenir Jean XXIII et que je lui exprimai la reconnaissance de mon pays pour son action en faveur des Juifs alors qu’il était nonce à Istanbul, il m’interrompit à plusieurs reprises pour me rappeler qu’il avait à chaque fois agi sur l’ordre précis de Pie XII".


Le rabbin de Jérusalem, Isaac Herzog, dit en 1944 : "Ce que votre Sainteté et ses éminents délégués, inspirés par ces principes religieux éternels qui constituent le fondement même de la civilisation véritable, font pour nos frères et sœurs malheureux, en cette heure tragique de notre histoire, et qui est une preuve tangible de l’action de la Providence en ce monde, le peuple d’Israël ne l’oubliera jamais".


En 1946, 12 rabbins venus d’Israël, d’Europe et des Etats-Unis, vinrent à Rome, rendre un hommage officiel de gratitude au Pape Pie XII pour l’action de l’Eglise en faveur des juifs pendant toute la guerre.


Le 26 mai 1955, 94 musiciens juifs, originaires de 14 pays, sous la direction de Paul Kletzki, jouèrent la neuvième symphonie de Beethoven devant Pie XII "en reconnaissance de l’œuvre humanitaire grandiose accomplie par Sa Sainteté pour sauver un grand nombre de Juifs pendant la Seconde guerre mondiale".


Mme Golda Meir, ministre des Affaires étrangères d’Israël, déclara lors de la mort de Pie XII en 1958 : "Nous partageons la douleur de l’humanité pour la mort de Sa Sainteté Pie XII.(…) Pendant la décennie de la terreur nazie, quand notre peuple a subi un martyre terrible, la voix du Pape s’est élevée pour condamner les persécuteurs et pour invoquer la pitié envers leurs victimes. Nous pleurons un grand serviteur de la paix". (Condoléances de Mme Golda Meir, ministre des Affaires Etrangères d’Israël, à la mort de Pie XII en 1958. Cité in Itinéraires n° 306.)


En 1955, à l’occasion des célébrations du 10ème anniversaire de la Libération, l’Union des Communautés Israélites proclamait le 17 avril "Jour de gratitude" pour l’assistance fournie par le pape durant la guerre.


Le 16 février 2001, dans un long article paru dans la revue The Weekly Standard, le rabbin David Dalin de New York, a demandé que Pie XII soit officiellement reconnu comme un "Juste entre les nations".


"Dans le Talmud, il est écrit : “Qui sauve une vie, sauve le monde entier”, eh bien, plus que tout autre au XXe siècle, Pie XII a respecté ce principe. Aucun autre pape n’a été aussi magnanime avec les juifs. Toute la génération des survivants de l’Holocauste témoigne que Pie XII a été authentiquement et profondément un juste. (…) Contrairement à ce qu’a écrit John Cornwell, selon lequel Pie XII aurait été le “pape de Hitler”, je crois que le pape Pacelli a été le plus grand soutien des juifs".


A noter que David Dalin n’est pas n’importe qui. L’un de ses livres, Religion and State in the American Jewish Experience, a été déclaré l’un des meilleurs travaux académiques en 1998.


"Pie XII, écrit-il, fut l’une des personnalités les plus critiques envers le nazisme. Sur 44 discours que Pacelli a prononcés en Allemagne entre 1917 et 1929, 40 dénoncent les dangers imminents de l’idéologie nazie. En mars 1935, dans une lettre ouverte à l’évêque de Cologne, il appelle les nazis “faux prophètes à l’orgueil de Lucifer”. La même année, dans un discours à Lourdes, il dénonçait “les idéologies possédées par la superstition de la race et du sang”. Sa première encyclique en tant que pape, Summi pontificatus de 1939, était si clairement anti-raciste que les avions alliés en lâchèrent des milliers de copies sur l’Allemagne pour y nourrir un sentiment anti-raciste".


À ceux qui reprochent à Pie XII de n’avoir pas parlé assez fort contre le nazisme, Dalin rapporte les propos de Marcus Melchior, grand rabbin du Danemark, qui a survécu à la Shoah : "Si le pape avait parlé, Hitler aurait massacré beaucoup plus que six millions de juifs et peut-être 10 millions de catholiques". Il rapporte aussi ceux du procureur Kempner, représentant les États-Unis au procès de Nuremberg : "Toute action de propagande inspirée par l’Église catholique contre Hitler aurait été un suicide ou aurait porté à l’exécution de beaucoup plus de juifs et de catholiques".



Le KGB, un complot contre Pie XII ?

ROME, Lundi 19 février 2007 (ZENIT.org) – Véritable tollé à la suite des révélations de l’ancien général des services secrets roumains, Ion Mihai Pacepa, selon lequel la pièce de théâtre « Le Vicaire » de Rolf Hochhuth, aurait été écrite et utilisée par le KGB pour discréditer le pape Pie XII.


Les révélations du lieutenant général Mihai Pacepa, ancien conseiller du président Nicolae Ceausescu, qui s’est par la suite enfui pour se réfugier aux Etats-Unis, ont été publiées par le National Review Online, une revue télématique américaine d’histoire (cf. Moscow’s Assault on the Vatican).


Dans ces mémoires, l’ancien responsable des services secrets roumains fait part de tentatives d’infiltration au Vatican et d’une attitude politique trop souple du cardinal Agostino Casaroli à l’égard des soviétiques.


Interrogé par Zenit sur la pièce de théâtre « Le Vicaire » de Rolf Hochhuth, qui a donné le coup d’envoi à la campagne de calomnies et de discrédit contre le Pape Pacelli, le Père Peter Gumpel, rapporteur de la cause de béatification de Pie XII, a rappelé que l’œuvre originale, qui durait huit heures, avait été, selon les critiques de théâtre, « manifestement écrite par un débutant ».


Pour améliorer la pièce et faire en sorte qu’elle puisse être jouée, Erwin Piscator, un habile metteur en scène et producteur, est venu en aide à Hochhuth. Selon le Père Gumpel, Erwin Piscator était « manifestement communiste. Réfugié en Union soviétique pendant la Deuxième guerre mondiale, il avait travaillé en Allemagne et aux Etats-Unis auprès de bureaux et d’universités notoirement procommunistes ».


Il est évident pour le Père Gumpel, éminent connaisseur de cette période et de la politique du Saint-Siège pendant les années dont parle l’ancien espion communiste, que « la réduction de la pièce à deux heures et le montage du texte avec les calomnies contre Pie XII sont dus à l’influence de Piscator ».


Quant à la responsabilité de l’Union soviétique dans cette opération, le Père jésuite explique qu’ « au Vatican on savait depuis longtemps que la Russie bolchevique était à l’origine de cette campagne de discrédit contre Pie XII ».


Et pour confirmer ses dires, le Père Gumpel ajoute que « dans les pays occupés par les communistes après la seconde guerre mondiale, ‘Le Vicaire’ de Hochhuth était obligatoirement représenté au moins une fois par an dans toutes les grandes villes ».


Le Père Gumpel affirme encore que les quotidiens et les revues communistes comme l’Unità en Italie et l’Humanité en France, ont fait et continuent de faire une grande propagande à l’œuvre de Hochhuth. Aucun doute donc quant à son influence communiste ».


« Je ne peux affirmer que Hochhuth était un agent des russes, - affirme le Père Gumpel - mais il est évident que son œuvre a été fortement influencée par l’appareil communiste ».


A ce propos, le Père Pierre Blet, historien de renom, lui aussi jésuite, a affirmé plus d’une fois que « le drame de Hochhuth ne fait pas partie de l’historiographie et que, par conséquent, c’est comme s’il n’existait pas. S’il a fait tant de bruit c’est parce qu’il s’agit d’un artifice monté de toutes pièces par Moscou pour guider la campagne contre Pie XII et le discréditer ».


Selon le Père Gumpel, grâce au « Vicaire », Hochhuth a bénéficié de la propagande des communistes mais aussi de celle des ennemis de l’Eglise et il est intéressant de noter que la représentation de la pièce a été refusée non seulement à Rome mais également en Israël ».


Quant à la crédibilité du général Ion Mihai Pacepa, le Père Gumpel a déclaré : « Il ne faut pas oublier qu’il est l’un des plus hauts fonctionnaires des services secrets des pays de l’Europe de l’Est à s’être enfui en Occident et que bon nombre de faits qu’il a rapportés exigent des précisions ».


En ce qui concerne les tentatives soviétiques d’infiltrer des agents au Vatican - des tentatives réussies selon l’ancien espion roumain -, le Père Gumpel a rappelé que dans deux institutions de la Compagnie de Jésus, à savoir l’Institut pontifical d’études orientales et le Collège pontifical Russicum, les soviétiques « ont tenté de faire entrer des séminaristes espions ».


« Il s’agit d’une affaire que je connais directement, a-t-il souligné. Il a été facile de les démasquer car leur attitude a éveillé de tels soupçons qu’ils ont fini par être chassés. Il était évident qu’ils n’avaient pas la vocation ».


Le Père Gumpel doute que des espions soviétiques aient pu avoir accès aux archives secrètes du Vatican et s’emparer de matériel pour monter les calomnies contre Pie XII, comme l’affirme le général roumain.


Mgr Sergio Pagano, Préfet des Archives secrètes du Vatican, a écrit au Père Gumpel que « les documents relatifs à Pie XII, pendant la période dont parle l’ancien espion roumain, n’étaient pas encore aux Archives secrètes. Les documents qui les intéressaient se trouvaient aux Archives de la Secrétairerie d’Etat ».


A ce propos, le Père jésuite a expliqué : « Ceux qui ne savent pas comment fonctionnent les choses au Vatican confondent facilement les Archives secrètes du Vatican et les archives de la Secrétairerie d’Etat ».


Le Père Gumpel a donc confié à Zénith que ces révélations « confirment ce que nous savions depuis longtemps et que le Père Pierre Blet a maintes fois souligné ». Cependant, a-t-il ajouté, « nous ignorions que Hochhuth a été influencé par les soviétiques d’une manière aussi explicite ».


Dans la deuxième partie de ses révélations, le général Pacepa affirme avoir rencontré à Genève Mgr Agostino Casaroli, afin de faciliter un modus vivendi entre le Saint-Siège et l’Union soviétique. Il aurait même été question d’argent.


Pour le Père Gumpel « toute cette partie est bien difficile à croire. Même si je dois avouer avoir été personnellement très sceptique sur l’Ostpolitik et cela non seulement en raison de ce que je savais du monde communiste mais aussi pour ce que plusieurs cardinaux qui vivaient dans la partie occupée par les russes m’avaient raconté ».


Le Père Gumpel a ajouté: « Grâce à mes contacts directs avec les cardinaux Alfred Bengsch de Berlin, Làzlò Lékai et Jòzsef Mindszenty de Hongrie, je peux dire que tous trois étaient contraires à l’Ostpolitik et ne voulaient pas en entendre parler » .


Le Père Gumpel a expliqué qu’il « faut être extrêmement prudents et vérifier les faits. Il est des questions pour lesquelles nous n’avons pas de réponses, par exemple quand a-t-il rencontré Casaroli ? dans quel hôtel ? Il dit par exemple qu’ils ont trouvé des documents des Archives secrètes du Vatican, mais des documents écrits par qui ? Adressés à qui ? A quelle date, quel genre de documents ? etc. ».


« Enfin, a conclu le Père Gumpel, il ne faut pas oublier que les espions doivent justifier leur existence et donner de l’importance même à des choses qui n’en ont pas. Ils se vantent souvent et parfois inventent… ».



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