Le miracle eucharistique de Lanciano

Un article de Christ-Roi.

Rédaction de l'abbé Jean Ladame, dans "Prodiges Eucharistiques", Edts "Familles et Eucharistie.

Pour plus d'informations voir le livre de Bruno Sammaciccia


Sommaire

Le prodige

Histoire

Le miracle eucharistique de Lanciano est le plus ancien de tous ceux où les saintes Espèces furent changées en chair et en sang : il remonte, en effet, au VIIIe siècle. Mais par les analyses qui furent faites de ses « reliques » en 1970-71 et en 1973-74, ce prodige est redevenu étonnamment actuel et jamais on n'a vu une simple tradition, qui remonte à douze siècles, confirmée par la science avec une telle netteté.

Lanciano (Le nom ancien de Lanciano fut Anxa, Anxanum ou Ansanum. Ce dernier terme se transforma en Lanzanum, mot qui évoque celui de « lancia », la lance : cette arme figurait dans les armes angevines de la cité, par allusion à sa participation aux croisades et peut-être aussi parce que, selon la tradition, le soldat Longin était originaire de ce pays), petite cité des Abruzzes, est située à 4 km environ de l'autoroute Pescara-Bari qui longe l'Adriatique, un peu au sud de Chieti. Dans une petite église dédiée à saint Legonziano - (que l'on a voulu identifier à saint Longin, le soldat qui transperça le côté et le Coeur du Christ mort en croix) - un moine basilien, qui célébrait la messe en rite latin (Il utilisait en tout cas, comme les latins, une hostie de forme ronde et non point comme les grecs une hostie carrée de pain fermenté), après la consécration se mit à douter de la présence réelle du Christ sous les saintes Espèces. C'est alors que, sous les yeux de ce prêtre, l'hostie se changea en un morceau de chair et le vin consacré en du sang réel qui se coagula en cinq caillots irréguliers de formes et de grosseurs différentes.

Le miracle fut consigné sur un très ancien parchemin, mais celui-ci, dans la première moitié du XVe siècle, fut volé aux franciscains par deux moines basiliens. On ne possède aujourd'hui sur le miracle que des textes remontant aux XVIe et XVIIe siècles, c'est-à-dire au moins huit cents ans après l'événement. Mais une tradition constante garda le souvenir du prodige et surtout les reliques en furent conservées.

Le culte des reliques eucharistiques

Les moins basiliens qui desservaient l'église de San Legonziano quittèrent Lanciano au XIIe siècle ; le couvent passa ensuite aux bénédictins, puis, en 1253, aux franciscains conventuels qui, en 1258, reconstruisirent l'église et la dédièrent à saint François. Ces religieux durent à leur tour quitter les lieux en 1809, lorsque Napoléon Ier supprima les ordres religieux. Ils ne réoccupèrent leur antique couvent qu'en juin 1953.

Quant aux reliques, enfermées dans un reliquaire d'ivoire, elles furent conservées d'abord en l'église Saint-Legontien, puis en celle de Saint-François. Au moment des incursions turques dans les Abruzzes, un frère mineur, du nom de Jean-Antoine de Mastro Renzo, voulut les sauver et, le 1er août 1566, partit en les emportant. Mais après avoir marché toute la nuit, il se retrouva le lendemain matin aux portes mêmes de Lanciano. Il comprit alors que lui et ses compagnons devaient y demeurer pour garder les reliques. Celles-ci, une fois passé le danger, furent placées sur un autel digne d'elles, à droite de l'unique nef de l'église conventuelle. Elles étaient encloses en un vase de cristal, déposé lui-même dans une armoire de bois fermée par quatre clés. En 1920, elles furent placées en arrière du nouvel autel majeur. Depuis 1923 la « chair » est exposée dans le soleil d'un ostensoir, tandis que les caillots de sang desséché sont contenus dans une sorte de calice de cristal dans le pied de cet ostensoir.

Avant celle de 1970, plusieurs reconnaissances de ces reliques avaient eu lieu, en 1574, 1637, 1770 et 1886. Lors de celle de 1574, l'archevêque Rodriguez constata que le poids total des cinq caillots de sang équivalait au poids de chacun d'eux. Ce fait extraordinaire ne fut pas vérifié ultérieurement. Le poids actuel de l'ensemble des caillots est de 16,505 g et celui de chacun d'eux est de 8 g, 2,45 g, 2,85 g, 2,05 g, 1,15 g ; il faut y ajouter 5 mg de poussière de sang. Divers documents attestent à partir du XVIe siècle, la vénération rendue aux « reliques » et l'habitude que l'on avait de les porter en procession lors des nécessités graves et urgentes.

L'examen scientifique

Premier examen

En novembre 1970, sur les instances de l'archevêque de Lanciano, Mgr Perantoni, et du ministre provincial des conventuels des Abruzzes, et avec l'autorisation de Rome, les franciscains de Lanciano décidèrent de faire procéder à un examen scientifique de ces « reliques » qui dataient de près de douze siècles. L'entreprise était osée assurément mais ni la foi catholique (qui ici n'était pas en jeu), ni une tradition historique certaine, n'ont rien à redouter de la science, chacune de ces disciplines restant néanmoins dans son domaine propre.

L'entreprise fut confiée au docteur Odoardo Linoli, chef de service à l'hôpital d'Arezzo et professeur d'anatomie, d'histologie, de chimie et de microscopie clinique, aidé du professeur Ruggero Bertelli de l'Université de Sienne. Le Dr Linoli effectua des prélèvements sur les saintes reliques le 18 novembre 1970, puis il fit les analyses en laboratoire. Le 4 mars 1971, lé professeur produisit un compte-rendu détaillé des diverses études qu'il avait effectuées. Nous en tirons les conclusions essentielles :

  1. La « chair miraculeuse » est vraiment de la chair, constituée de tissu musculaire strié du myocarde.
  2. Le « sang miraculeux » est du sang véritable : l'analyse chromatographique le démontre avec une certitude absolue et indiscutable.
  3. L'étude immunologique manifeste que la chair et le sang sont bien de nature humaine et l'épreuve immunohématologique permet d'affirmer en toute objectivité et certitude que l'un et l'autre appartiennent au même groupe sanguin AB. Cette identité du groupe sanguin peut indiquer l'appartenance de la chair et du sang à la même personne, la possibilité demeurant néanmoins d'une appartenance à deux individus différents de même groupe sanguin.
  4. Les protéines contenues dans le sang sont normalement réparties, dans un pourcentage identique à celui du schéma séro-protéique du sang frais normal.
  5. Aucune section histologique n'a révélé la trace d'infiltrations de sels ou de substances conservatrices utilisées dans l'antiquité aux fins de momification. Certes, la conservation les protéines et des minéraux observée dans la chair et le sang de Lanciano n'est ni impossible, ni exceptionnelle : des analyses répétées ont permis de trouver des protéines dans des momies égyptiennes de 4 et 5 000 ans. Mais il convient de souligner que le cas d'un corps momifié grâce aux procédés connus est bien différent de celui d'un fragment de myocarde laissé à l'état naturel pendant des siècles, exposé à l'action d'agents physiques atmosphériques et biochimiques.


Le professeur Linoli écarte, de même, l'hypothèse d'un faux opéré dans les siècles passés : « En effet, dit-il, à supposer que l'on ait prélevé le cceur d'un cadavre, j'affirme que seule une main experte en dissection anatomique aurait pu obtenir une "tranche" uniforme d'un viscère creux (comme on peut encore l'entrevoir sur la "chair") et tangentielle à la surface de ce viscère, comme donne à penser le cours prévalamment longitudinal des faisceaux de fibres musculaires, visible en plusieurs points dans les préparations histologiques. De plus, si le sang avait été prélevé sur un cadavre, il se serait rapidement altéré, par déliquescence ou putréfaction. »


Nouvel examen scientifique

La relation du professeur Linoli fut publiée dans Quaderni Sclavo in Diagnostica, 1971, fasc. 3 (Grafiche Meini, Siena) et suscita un grand intérêt dans le monde scientifique. Aussi en 1973, le Conseil supérieur de l'organisation mondiale de la Santé, O.M.S./O.N.U., nomma une commission scientifique pour vérifier, par des expériences de contrôle, les conclusions du clinicien italien. Les travaux durèrent quinze mois pour un total de cinq cents examens. Les recherches furent les mêmes que celles qu'avait effectuées le Dr Linoli, avec d'autres complémentaires. La conclusion de toutes les réactions et de toutes les recherches confirmèrent ce qui avait été déclaré et publié en Italie. De façon précise, il fut affirmé que les fragments prélevés à Lanciano ne pouvaient être assimilés à des tissus momifiés. Leur conservation depuis près de douze siècles en des reliquaires de verre et en l'absence de substances conservatrices, antiseptiques, antifermentatives et momisubstances conservatrices, antiseptiques, antifermentatives et momifiantes, n'est pas scientifiquement explicable : en effet, les vases qui les renferment n'empêchent pas l'accès de l'air et de la lumière, ni l'entrée de parasites d'ordre végétal ou animal, véhiculés d'habitude par l'air atmosphérique. Quant à la nature du fragment de chair, la commission déclare sans hésitation qu'il s'agit d'un tissu vivant en tant qu'il répond rapidement à toutes les réactions cliniques propres aux organismes vivants.

Un tel diagnostic, on le constate, confirme pleinement les conclusions du professeur Linoli. Et il n'est pas moins surprenant de voir comment un miracle italien du haut moyen âge a intéressé à ce point l'O.M.S. et les Nations Unies ! Mais - et c'est une autre surprise - l'extrait-résumé des travaux scientifiques de la commission médicale de l'O.M.S./O.N.U., publié en décembre 1976 à New York et à Genève, déclare en sa conclusion que la science, consciente de ses limites, s'arrête devant l'impossibilité de donner une explication. Le dernier paragraphe n'est certes pas une déclaration de foi religieuse, mais c'est, du moins, l'apologie de l'humilité que doit posséder celui qui s'adonne à la recherche scientifique. Le savant, à un certain point de ses investigations, doit se souvenir qu'il n'est rien de plus qu'un homme sur la planète terre.



Deux remarques d'ordre spirituel

La chair et le sang miraculeux de Lanciano sont donc tels que si on les avait prélevés le jour même sur un vivant. Or, dans l'Eucharistie, c'est bien un vivant qui se donne à nous, jésus, le ressuscité de Pâques, qui avait déclaré : « Je suis le Pain vivant descendu du ciel et ce que je donne, c'est ma chair pour la vie du monde. » Lorsque nous communions, nous mangeons vraiment, de manière sacramentelle, une chair réelle, animée et glorieuse, et nous buvons le sang vivant de l'Homme-Dieu qui, sorti du tombeau, ne peut plus mourir.

D'autre part, la chair de Lanciano est un tissu du coeur. Or, celui-ci symbolise, plus que toute autre partie du Corps du Christ, l'amour que ce dernier nous témoigne. Certes, en communiant, c'est le Corps tout entier du Seigneur que nous recevons sous les saintes Espèces, mais c'est d'abord son Coeur qui se donne à nous dans le « sacrement de son amour ». Se réalise alors pour chacun de nous la parole de saint Jean : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin », jusqu'à sa mort sur la croix assurément, mais surtout jusqu'à se donner à eux en nourriture, leur communiquant ainsi le bénéfice de sa mort rédemptrice et de sa vie glorieuse.

Le miracle de Lanciano, attesté historiquement par une longue tradition, authentiqué par la science elle-même, a, plus encore, une portée spirituelle et mystique : il nous fait saisir que le Christ est bien vivant et que son Coeur passionnément nous aime. Quel adjuvant par conséquent pour notre foi qu'un tel prodige ! Et comme il nous porte à rendre grâces à Celui qui nous a aimés le premier et jusqu'à nous donner sa chair et son sang en nourriture et en breuvage !


BIBLIOGRAPHIE

Bruno SAMMACICCIA, Il miracolo Eucaristico di Lanciano, Libreria del Santuario del Miracolo Eucaristico di Lanciano, 1973. Cet ouvrage a été traduit en français par Roland Bourdariat et publié en 1977 aux Editions du Cèdre, Paris.

Revue « Il Tesoro Eucaristico » de janvier-février 1979, Basilica di S. Francesco, Siena, pp. 65-69.

Spécial