PREMIERE PARTIE
Un article de Christ-Roi.
PREMIERE PARTIE
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Pour se rendre compte de la nécessité de ce retour et avoir la conception nette de ce que doit être l'organisation sociale, il faut comprendre la situation faite à la Société contemporaine. C'est pourquoi, nous commençons par l'exposé de cette situation. Nous ne parlons pas d'un état social temporaire, mais de l'état social tel qu'il est actuellement constitué. Nous l'envisageons en lui-même, dans les principes dont il dérive, dans les principes qui le régissent, et qui doivent lui donner de durer aussi longtemps que dure leur application aux Sociétés. Les révolutions sanglantes, les scènes de désordre sont à peine une faible manifestation de la révolution, du désordre et du désarroi produits dans les intelligences des masses, qu'ont égarées les grandes erreurs modernes.
C'est donc le mal social foncier et fondamental que nous envisageons. Pour le pénétrer comme il convient, considérons successivement : d'abord : ce qui doit être et n'est pas — ensuite : ce qui doit ne pas être, et est.
CHAPITRE PREMIER, CE QUI DOIT ÊTRE ET N'EST PAS
Il est un caractère essentiel à toute créature, celui d'une dépendance souveraine et absolue à l'égard de Dieu. Cette dépendance est la conséquence immédiate et nécessaire du fait de la Création et de la Conserva¬tion des êtres par l'Etre Suprême. Toute réalité est et ne peut être, que, dans la mesure où Dieu l'a faite et, la conserve actuellement dans son état de réalité et d'être. Tout être agit dans la même mesure. C'est dire que les choses qui ne sont pas Dieu, qu'elles soient des êtres ou des modalités d'êtres, sont créées et maintenues dans l'être, selon leur totalité par Dieu. C'est donc dans sa totalité que toute chose, en stricte justice, dépend de Dieu d'une dépendance absolue. Nous disons « en stricte justice », parce que l'être de toute chose appartient essentiellement à Celui qui l'a créé. Partant de ce principe incontestable, voici en deux mots notre raisonnement : parce que créature, l'individu se doit à Dieu totalement et en stricte justice ; — parce que créature comme l'individu, la famille, composée d'individus, se doit pareillement à Dieu; parce que créature, la Société, composée de familles et d'individus se doit pareillement à Dieu et au même titre. Reprenons :
§ I. Parce que Créature: l'Homme
I. - L'Homme est essentiellement dépendant de Dieu. L'Univers, la terre et les cieux, les choses visibles et invisibles dépendent de Dieu de cette dépendance absolue. L'Homme dépend de Lui dans tout son être, dans son corps, dans son âme, dans ses facultés, dans son action..., en tout ce qui est lui, de lui ou à lui. En tout, en effet, il relève de l'acte créateur et conservateur de Dieu. Tous ses droits lui sont donnés par Dieu ; et tous ses devoirs découlent du souverain domaine de Dieu.
II. - Parce que créature douée d'intelligence et de volonté, l'homme non seulement est capable d'accomplir les actes propres à ces facultés, mais il est fait pour les accomplir, c'est-à-dire pour comprendre et vouloir, et là encore il est souverainement dépendant [1]. Que doit-il, avant tout, comprendre et vouloir ? Absolument dépendant de Dieu en tout, il est spécialement dans ce caractère distinctif d'être fait pour comprendre et vouloir, parce que là aussi il est créature. Cette dépendance appartient à l'essence même de l'intelligence et de la volonté, comme elle appartient à l'homme lui-même. Elle entraîne conséquemment une double obligation de stricte justice.
Fait pour comprendre, d'abord, l'homme doit savoir que dans sa faculté de comprendre et dans l'exercice de cette faculté il n'est pas indépendant, mais essentiellement dépendant. Son acte clé comprendre doit être accompli en tant que souverainement dépendant. S'il pouvait légitimement ne pas savoir qu'il en est ainsi, il pourrait aussi diriger souverainement et à sa guise, sa puissance de comprendre; ce qui est absurde. Son premier et rigoureux devoir est donc de connaître la dépendance absolue de sa faculté de comprendre, tant en elle-même que dans son exercice... Pour le même motif, il doit savoir que sa volonté et tout son être se trouvent dans les mêmes conditions à l'égard de Dieu.
Fait pour vouloir, l'homme, ensuite, doit appliquer sa volonté à vouloir ce qu'il sait devoir être en stricte justice; c'est-à-dire, à vouloir que sa volonté, que son être, que son corps, son âme, et toutes ses facultés tant en eux-mêmes que dans leurs actes, soient absolument dépendants de Dieu. L'acte de vouloir doit être accompli en tant que souverainement dépendant. Si, en stricte justice, il pouvait, ne fût-ce qu'un instant, ne pas vouloir l'absolu domaine de Dieu sur sa faculté de vouloir sur celle de comprendre, et sur tout lui-même, à ce moment il serait indépendant de Dieu, il cesserait d'être créature. Ce qui serait une contradiction dans l'homme. L'homme est pareillement obligé de reconnaître et de professer que lui-même et l'Univers entier, que la Famille et les Sociétés en un mot, que tout ce qui est, et pourrait jamais être, vient de Dieu, principe de toutes choses, et se doit à Dieu, terme de toutes choses. Ainsi, par l'homme que le Seigneur lui a préposé, la création entière, rend hommage au Tout-Puissant. Conséquemment à ces vérités, il y a pour l'homme, un devoir de la plus rigoureuse justice, et dont personne ne peut le dispenser, d'adorer et d'aimer Dieu de toute la plénitude de son intelligence et de sa volonté - et, dans la même plénitude, de reconnaître qu'il doit, à Celui dont dérive tout bien, l'existence et tout autre bienfait. C'est un devoir aussi d'attendre et de solliciter de la part de Dieu toute faveur. C'est une obligation s'il a failli à ces devoirs, de réparer l'injustice suprême commise. Ce sont les grands devoirs de la créature intelligente à l'égard du Créateur : adoration et amour, reconnaissance, impétration et réparation.
III. — Parce que créature douée d'intelligence et de volonté, souverainement dépendante de Dieu comme telle, l'homme est pareillement astreint en stricte justice d'accepter ce que Dieu voudra lui imposer, soit qu'il impose à son intelligence des vérités à admettre, à sa volonté des résolutions et des lois à accomplir, à son âme un état, une condition à réaliser (tel l'état de grâce), à son être des actes à poser, ou un ordre, tel l'ordre surnaturel à s'appliquer. De par leur nature, la dépendance essentielle de toute créature à l'égard du Créateur et le domaine souverain de Dieu exigent qu'il en soit ainsi. Dieu ayant constitué un ordre surnaturel, les grands devoirs d'adoration et d'amour, de reconnaissance, d'impétration et de réparation, dûs par l'homme en vertu de la création, doivent être surélevés dans cet ordre et offerts surnaturellement à Dieu, comme nous le verrons plus loin.
Si l'homme refuse de reconnaître, ou de professer et sa dépendance et le domaine absolu de Dieu, tels que nous les définissons, s'il refuse l'adoration et l'amour, tels que Dieu les demande, il renie Dieu. Dans sa pensée il le supprime, parce qu'il supprime ce qui est le propre de l'Etre divin, qui est d'être souverainement indépendant, et ce qui est propre de toute créature qui est d'être souverainement dépendante. Pouvoir dire ou penser légitimement la non-dépendance de l'homme, de l'esprit de l'homme, d'une réalité, quelle qu'elle soit, à l'égard de Dieu, c'est pouvoir déclarer légitimement que Dieu n'est pas le Créateur, et dès lors qu'Il n'est pas Dieu, c'est-à-dire qu'Il n'est pas. Pareillement, l'homme se renie lui-même et son être. Qu'il le veuille ou qu'il ne le veuille pas, il appartient à l'essence de l'être humain de dépendre de l'Etre Suprême, c'est-à-dire d'être créature. S'il n'est pas créature, il n'est pas. Tant est profonde l'erreur de l'homme, qui se soustrait à Dieu, tant est capitale son injustice.
Il n'est donc permis à l'homme pour aucune raison, en vertu d'aucune circonstance, d'avoir une pensée consentie de la non-dépendance entière de son être ou d'une réalité quelconque à l'égard de Dieu. Cette pensée ne peut pas ne pas être une injustice totale et une injure souveraine à l'adresse de l'Eternel.
Pareillement, tout procédé, tout acte, toute parole, toute disposition, qui seraient l'expression ou l'affirmation pratique de cette non-dépendance absolue, seraient au même degré, c'est-à-dire dans leur totalité, une injustice et une injure suprêmes. Et toute injustice dans les pensées ou les procédés exigerait une réparation, tant ce devoir d'être à Dieu est intimement attaché à tout ce qui est de l'homme.
- ↑ Nous prions le Lecteur d'excuser ce qu'ont d'aride ces premières considérations. La concision d'un manuel ne nous permet pas les développements, que nous réservons d'ailleurs pour l'exposé de la situation sociale. Celle-ci ne pourrait être comprise parfaitement sans la conviction préalable de la dépendance de toute créature et de l'homme à l'égard de Dieu.
§ 2. Parce que Créature: la Famille
I. - La Famille comme telle, est essentiellement dépendante de Dieu, d'une dépendance souveraine et absolue. D'abord, parce que créature la Famille comme telle, dépend essentiellement de Dieu. La famille est une société, dont les membres sont unis par des liens intimes que forme la nature et que surélève la grâce. La famille est bâtie sur le mariage.
« Or, il faut savoir, dit Léon XIII que le Christ a « élevé le mariage à la dignité de sacrement ; qu'il a voulu, en même temps que les époux, assistés et fortifiés par la grâce céleste, fruit de ses mérites, puisait la sainteté dans le mariage même ; que dans cette union, devenue admirablement conforme au modèle de son union mystique avec l'Eglise, il a rendu plus « parfait l'amour naturel et resserré plus étroitement encore, par le lien de la divine charité, la société, « indivisible par nature (Trid. Sess. XXIV. Cap.I. de reform. matr.), de l'homme et de la femme. « Epoux disait saint Paul aux Ephésiens, aimez vos épouses, comme le Christ aima son Eglise et se sacrifia pour elle afin de la sanctifier... Les maris doivent aimer leur femme comme leur propre corps... car personne n'a jamais haï sa propre chair ; mais chacun la nourrit et en prend soin, comme le Christ le fait pour pour l'Eglise... » (Eph. 5.)
« ... Pour ce qui est des enfants, ils doivent se soumettre et obéir à leurs parents, les honorer par devoir de conscience; et, en retour, il faut que les parents appliquent toutes leurs pensées et tous leurs soins à protéger leurs enfants, et surtout à les élever dans la vertu : Pères, élevez vos enfants dans la discipline et la correction du Seigneur. (Ad. Eph. VL 4.)
D'où l'on comprend que les devoirs des époux sont graves et nombreux ; mais ces devoirs, par la vertu que donne le sacrement, deviennent pour les bons époux, non seulement supportables mais doux à accomplir. » (Arcanum.)
Les liens, qui fondent la Famille, surélevés par la grâce, sont constitués par les relations mutuelles et réciproques qui font que l'époux est époux, c'est-à-dire lié à l'épouse ; que l'épouse est épouse, c'est-à-dire liée à l'époux ; que les parents sont parents, c'est-à-dire liés comme père et mère aux enfants ; que les enfants sont liés à leurs parents. Ces liens rattachent les uns aux autres, tous les membres de la Famille. A sa condition d'homme, qu'il tient de la création, ces liens ajoutent, chez l'homme, une condition nouvelle, celle d'être époux. À sa condition de femme, qu'elle tient de la création, ils ajoutent, chez la femme, la condition d'épouse. Les époux, de l'union desquels est né l'enfant, ajoutent à leur condition d'époux un aspect et un lieu nouveaux, ceux d'être père et mère ; ils sont parents. Cette qualité qui les rattache à l'enfant et réciproquement relie l'enfant aux parents, attribue un caractère spécial aux enfants des mêmes parents, qui sont frères et sœurs. Ces liens multiples font de l'ensemble des personnes qu'ils unissent, ce groupement, ce tout moral, qu'on nomme la Famille ou la société domestique. D'abord, parce que composée de créatures, dont chacune, dans son être, et son action, sa condition et son état, relève du souverain domaine de Dieu, la Famille est souverainement dépendante de Lui.
Ensuite, instituée par Dieu, qui, en vertu de sa Toute Puissance créatrice, a disposé toutes choses dans la nature et y a fondé la Famille, telle qu'elle est, celle-ci dépend totalement de l'Auteur de la Nature. À ce titre encore, sa dépendance à l'égard de Dieu est absolue. Enfin, la Famille, par les liens qui la constituent, forme un tout moral, qui est une réalité. Toute réalité étant essentiellement dépendante de Dieu, la Famille l'est au même titre que tout autre réalité.
II. - Parce que créature résultant de liens qui unissent des êtres intelligents, la Famille est astreinte, en stricte justice, à reconnaître et à professer collectivement et en tant que famille, le souverain domaine de Dieu sur elle. Comme corps moral, elle doit adhérer par la volonté à ce souverain domaine. La raison, c'est qu'elle est créature. Pour elle comme pour l'individu, et au même titre, il y a donc le devoir d'adoration et d'amour, le devoir de reconnaissance, de réparation et d'impétration. Les preuves apportées ci-dessus en parlant de l'individu, s'appliquent à la Famille.
III. - Parce que créature constituée d'êtres intelligents, souverainement dépendante de Dieu, comme telle, la Famille est astreinte pareillement, en stricte justice, à s'adapter à l'ordre surnaturel que Dieu voudra imposer tant à l'individu, considéré dans la Famille, qu'à la Famille, considérée comme corps moral. Celle-ci a le devoir conséquent et rigoureux de vivre, de se développer, de s'organiser, en se conformant non seulement aux dispositions du Créateur, manifestées par la nature, mais encore aux dispositions positives prises par Dieu, à l'effet d'établir sa créature intelligente dans l'Ordre surnaturel constitué par Lui. En d'autres termes, la famille, dans son organisation, ne peut être un obstacle, mais doit être pour chacun de ses membres, un moyen de pratiquer la vie surnaturelle. Elle doit, comme société, être surnaturalisée. C'est la raison pour laquelle Dieu la fait émaner en quelque sorte d'un sacrement. C'est la raison pour laquelle aussi, en tant que famille et par le sacrement, elle est indissolublement rivée à l'Eglise.
« Le Christ, ayant ainsi, avec tant de perfection renouvelé et relevé le mariage, en remit et confia à l'Eglise toute la discipline. Et ce pouvoir sur les mariages des chrétiens, l'Eglise l'a exercé en tout temps et en tous lieux, et elle l'a fait de façon à montrer que ce pouvoir lui appartenait en propre et qu'il ne tirait point son origine d'une concession des hommes, mais qu'il lui avait été divinement accordé par la volonté de son Fondateur. » (Ibid.). Personne ne peut dispenser la Famille d'un de ces devoirs, comme personne ne peut la dispenser d'être créature.
Tous les droits et les devoirs des Epoux, des Parents, des Enfants, de la Famille dans son ensemble, découlent du souverain domaine de Dieu sur eux. Toute pensée consentie de non-dépendance totale de la Famille, à l'égard de Dieu, tout procédé, tout acte, toute attitude, qui en seraient l'expression, seraient une injustice et une injure suprême, qui exigeraient une réparation.
§. 3. Parce que Créature: la Société
Donc au même titre que l'Homme et la Famille :
I. - Toute Société comme telle, est essentiellement dépendante de Dieu d'une dépendance souveraine et absolue. Parce que créature, les sociétés publiques et privées, l'Eglise et l'Etat, les Nations, les Peuples et leurs Constitutions, les Empires, les Royaumes, les Républiques, les Gouvernements, les Parlements, les Sénats, les Provinces; les Départements, les Cités et les Communes, les Armées, les Chefs et les Subordonnés, les Unions, Associations, Ligues patronales, ouvrières, scientifiques, professionnelles, économiques, civiles, religieuses, la Société ou Ligue des Nations, et toute Organisation ou Institution enfin, par lesquelles des volontés unies tendent à un but commun, dépendent essentiellement de Dieu, qui est le Créateur de l'Ordre social, comme Il l'est de l'Univers, de l'homme et de la famille — et sont soumis, comme toute créature, à son domaine souverain. Toute Société est « Créature de Dieu ». Dans sa superbe encyclique « Immortale Dei », le Souverain Pontife Léon XIII l'établit en ces termes : « L'homme est né pour vivre en Société, car ne pouvant, dans l'isolement, ni se procurer ce qui est nécessaire et utile à la vie, ni acquérir la perfection de l'esprit et du cœur, la Providence l'a fait pour s'unir à ses semblables, en une société tant domestique que civile, seule capable de fournir ce qu'il faut à la perfection de l'existence. Mais, comme nulle société ne saurait exister sans un chef suprême et qu'elle imprime à chacun une même impulsion efficace vers un but commun, il en résulte qu'une autorité est nécessaire aux hommes constitués en société pour les régir ; autorité qui, aussi bien que la société, procède de la nature, et par suite a Dieu pour auteur. Il en résulte encore que le pouvoir public ne peut venir que de Dieu. Dieu seul, en effet, est le vrai et souverain Maître des choses; toutes, quelles qu'elles soient, doivent nécessairement lui être soumises et lui obéir, de telle sorte que, quiconque a le droit de commander, ne tient ce droit que de Dieu, Chef suprême de tous. Tout pouvoir vient de Dieu. » [2]: La société est donc faite de l'union des volontés qui, sous l'impulsion d'une autorité, tendent à un but commun. Le raisonnement de Léon XIII la montre procédant de la Nature, et conséquemment, de Dieu, auteur de la Nature. Ajoutons que cette union des volontés, tendant à un but commun sous une direction commune, en d'autres termes que toute Société est une réalité qui n'est pas Dieu. Toute réalité, qui n'est pas Dieu, est « chose créée ». Au titre de créature, la Société, toute Société est souverainement dépendante de Dieu. Serait-il nécessaire encore d'insister sur cette vérité, que l'homme, qu'il soit considéré comme individu ou comme être social, est, partout et en tout, créature. S'il pense, il est une créature qui pense ; s'il agit, il est une créature qui agit ; s'il organise, il est une créature qui organise ; s'il est en rapport avec ses semblables ou s'il ne l'est pas, il est et reste dans son action et dans sa passivité, comme dans tout son être, créature de Dieu. Ainsi en est-il aussi de la famille. Toute famille, comme tout homme, entrant en relation de société avec d'autres familles ou avec des individus, reste dans ses rapports, comme en elle-même, créature de Dieu. La dépendance de l'Ordre social à l'égard du Créateur, comme la dépendance de l'Univers et de l'homme, est donc, à ces trois titres, absolue. La nier est une erreur, une injustice suprêmes.
II. — Parce que créature résultant de l'Union d'êtres doués de raison, toute Société, comme telle, a le devoir rigoureux de reconnaître et de professer le domaine souverain de Dieu sur elle et sa dépendance totale.
Le sens de notre proposition est tel : il ne suffit pas que chaque membre de la société reconnaisse et professe la dépendance de celle-ci ; il faut que ces intelligences et ces volontés unies dans un but commun et qui forment ce tout moral créé, qu'on nomme la Société, il faut, disons-nous, que ces intelligences et ces volontés, eu tant qu'unies et tendant au but, reconnaissent et professent le domaine absolu de Dieu sur elles, et leur dépendance tant dans leur union que dans leur tendance au but. Il est aisé de se rendre compte de cette obligation. De même que l'homme, non seulement est capable de comprendre, mais fait pour comprendre, la Société d'êtres intelligents est faite pour comprendre. Que doit-elle comprendre avant tout ? Elle doit comprendre, évidemment, qu'elle constitue une union intelligente des volontés dans un but, mais elle doit savoir que dans leur union, comme dans leur but, ces intelligences et ces volontés relèvent, de manière absolue, du souverain domaine de Dieu, qu'unies elles sont dépendantes de l'Etre suprême, au même titre que toute créature.
La Société, comme corps, ne peut pas ne pas connaître sa dépendance, la vouloir et la professer.
Comme l'Homme et la Famille, toute Société, par le seul fait de son existence, contracte l'obligation de justice d'adorer et d'aimer Dieu, de réparer ses fautes, de reconnaître les bienfaits divins et d'implorer les secours dont elle a besoin, pour accomplir sa mission, et atteindre sa fin propre. Par conséquent, de par le droit naturel et en stricte justice, il faut un culte social, un culte national, et si jamais la Société des Nations se forme, un culte international, mondial et universel.
« La société politique, dit Léon XIII, étant fondée sur ces principes, il est évident qu'elle doit, sans faillir, accomplir, par un culte public, les nombreux et importants devoirs qui l'unissent à Dieu. Si la nature et la raison imposent à chacun l'obligation d'honorer Dieu d'un culte saint et sacré, parce que nous dépendons de sa puissance, et que, issus de lui, nous devons retourner à lui, elles astreignent à la même loi la société civile. Les hommes en effet, unis par les liens d'une société commune, ne dépendent pas moins de Dieu que pris isolément ; autant au moins que l'individu, la société doit rendre grâce à Dieu, dont elle tient l'existence, la conservation et la multitude innombrable de ses biens. C'est pourquoi, de même qu'il n'est permis à personne de négliger ses devoirs envers Dieu, et que le plus grand de tous les devoirs est d'embrasser d'esprit et de cœur la religion, non pas celle que chacun préfère, mais celle que Dieu a prescrite et que des preuves certaines, indubitables, établissent comme la seule vraie entre toutes, ainsi les sociétés politiques ne peuvent, sans crime, se conduire comme si Dieu n'existait en aucune manière, ou se passer de la religion comme étrangère et inutile, ou en admettre une indifféremment, selon leur bon plaisir. En honorant la Divinité, elles doivent suivre strictement les règles et le mode, suivant lesquels Dieu lui-même, a déclaré vouloir être honoré. Les chefs d'État doivent donc mettre au nombre de leurs principaux devoirs, celui de favoriser la religion, de la protéger de leur bienveillance, de la couvrir de l'autorité tutélaire des lois, et ne rien statuer ou décider qui soit contraire à son intégrité. Et cela, ils le doivent aux citoyens dont ils sont les chefs. Tous, tant que nous sommes, en effet, nous sommes nés et élevés en vue d'un bien suprême et final, auquel il faut tout rapporter, placé qu'il est aux cieux, au delà de cette fragile et courte existence. Puisque c'est de cela que dépend la complète et par¬faite félicité des hommes, il est de l'intérêt suprême de chacun d'atteindre cette fin. Comme donc la société civile a été établie pour l'utilité de tous, elle doit, en favorisant la prospérité publique, pourvoir au bien des citoyens, de façon non seulement à ne mettre aucun obstacle, mais à assurer toutes les facilités possibles à la poursuite et à l'acquisition de ce bien suprême et immuable, auquel ils aspirent eux-mêmes. La première de toutes, consiste à faire respecter la sainte et inviolable observance de la religion, dont les devoirs unissent l'homme à Dieu » (Immortale Dei.)
Et dans son encyclique « Libertas » :
« La société civile, dit-il, en tant que société, doit nécessairement reconnaître Dieu comme son principe et son auteur, et, par conséquent, rendre à sa puissance et à son autorité l'hommage de son culte. Non, de par la justice, non, de par la raison, l'Etat ne peut être athée, ou, ce qui reviendrait à l'athéisme, être animé à l'égard de toutes les religions, comme on dit, des mêmes dispositions, et leur accorder indistinctement les mêmes droits. Puisqu'il est donc nécessaire de professer une religion, dans la société, il faut professer celle qui est la seule vraie, et que l'on reconnaît sans peine, au moins dans les pays catholiques, aux signes de vérité dont elle porte en elle l'éclatant caractère. Cette religion, les chefs de l'Etat doivent donc la conserver et la protéger, s'ils veulent, comme ils en ont l'obligation, pourvoir prudemment et utilement aux intérêts de la communauté. Car la puissance publique a été établie pour l'utilité de ceux qui sont gouvernés, et quoiqu'elle n'ait pour fin prochaine que de conduire les citoyens à la prospérité de cette vie terrestre, c'est pourtant un devoir pour elle de ne point diminuer, mais d'accroître, au contraire, pour l'homme, la faculté d'atteindre à ce bien suprême et souverain, dans lequel consiste l'éternelle félicité des hommes, ce qui devient impossible sans la religion. »
Ce qui, dans ces lignes, est dit de la Société en général, constitue un principe fondamental et doit s'entendre de toute société — de l'Eglise comme de l'Etat — de la société civile, de la société religieuse, de toute société publique ou privée. L'auteur du célèbre commentaire sur la somme théologique de Saint Thomas, le R. P. Pègues O. P., applique ces principes à la société qu'on appelle l'Armée :
« Voici le point précis de la question, dit-il, qui ne permet absolument pas de réponse négative. Aucun Etat n'a le droit d'engager une guerre, quand cette guerre est juste ou qu'il la croit telle de bonne foi, sans appeler publiquement et solennellement la protection du ciel sur la guerre qu'il entreprend. Il doit tout mettre en œuvre pour attirer sur soi et sur les armées les bénédictions de Dieu, et ne rien faire qui puisse, en l'irritant, soit compromettre le succès final, soit retarder ce succès et le rendre plus coûteux... » (Comm. litt.).
Et le Cardinal Mercier, dans sa magnifique pastorale La leçon des événements, écrit :
« Les nations doivent donc reconnaître et confesser la souveraineté de Dieu. »
III. - Parce que Créature intelligente absolument dépendante de Dieu. Toute Société est tenue, par une obligation de stricte justice, d'accueillir l'ordre surnaturel établi par Dieu et de s'y conformer. Léon XIII vient de le dire. Il n'est pas loisible à l'individu de servir, comme il l'entend, son Créateur. Pareillement et au même titre, il n'est pas loisible à la Société de servir Dieu comme elle l'entend. Maître souverain et absolu, Dieu fait de sa créature l'usage qu'il veut. L'homme, créature intelligente, doit au Seigneur un culte signifié par la Nature elle-même, la Société lui doit le même culte. Si Dieu se plaît à signifier qu'il veut être servi par toute créature d'une façon déterminée, la Société, comme l'individu a le devoir de le servir, selon la forme et les rites indiqués par Lui. Dès lors, si Dieu se plaît à établir un ordre surnaturel, auquel Il veut que s'adaptent la Société et l'homme, la Société et l'homme sont obligés de s'établir dans cet ordre, d'y servir Dieu et même de recourir aux moyens, constitués par Lui, pour le réaliser en eux.
Ces considérations déterminent les limites des droits, des devoirs, tant des sociétés entre elles que de chaque société à l'égard de ses membres, et de chacun des membres de la société à l'égard de celle-ci. Tout ce qui n'est pas basé sur Dieu n'a aucun fondement. Seule, la loi éternelle est la base de tout droit comme de tout devoir social.
Parlant spécialement des Etats, Léon XIII écrit :
« Quelle que soit la forme de gouvernement, tous les chefs d'Etat doivent absolument avoir le regard fixé sur Dieu, souverain Modérateur du monde, et, dans l'accomplissement de leur mandat, le prendre pour modèle et règle. De même, en effet, que dans l'ordre des choses visibles, Dieu a créé des causes secondes, en qui, se reflètent, en quelque façon, la nature et l'action divine, et qui concourent à mener au but, où tend cet univers ; ainsi a-t-Il voulu que, dans la société civile, il y eût une autorité, dont les dépositaires fussent comme une image de la puissance, que Dieu a sur le genre humain, en même temps que de sa Providence. Le commandement doit être juste ; c'est moins le gouvernement d'un maître que d'un père, car l'autorité de Dieu sur les hommes est très juste et se trouve unie à une paternelle bonté. Il doit d'ailleurs s'exercer pour l'avantage des citoyens, parce que ceux qui ont autorité sur les autres en sont exclusivement investis pour assurer le bien public. L'autorité civile ne doit servir, sous aucun prétexte, à l'avantage d'un seul ou de quelques-uns, puisqu'elle a été constituée pour le bien commun. Si les chefs d'Etat se laissent entraîner à une domination injuste, s'ils péchaient par abus de pouvoir où par orgueil, s’ils ne pourvoyaient pas au bien du peuple, qu'ils le sachent, ils auront un jour à rendre compte à Dieu, et ce compte sera d'autant plus sévère, que plus sainte est la fonction qu'ils exercent, et plus élevé le degré de la dignité dont ils sont revêtus. Les puissants seront puissamment punis. » (Sap. VI, 7.) (Immortale Dei.)
« De cette manière, la suprématie du commandement entraînera l'hommage volontaire du respect des sujets. En effet, si ceux-ci sont une fois bien convaincus que l'autorité des souverains vient de Dieu, ils se sentiront obligés en justice, à accueillir docilement les ordres des princes et à leur prêter obéissance et fidélité, par un sentiment semblable à la piété qu'ont les enfants envers les parents. Que toute âme soit soumise aux puissances plus élevées. (Rom-XIII, I). Car il n'est plus permis de mépriser le pouvoir légitime quelle que soit la personne en qui il réside, que de résister à la volonté de Dieu : or, ceux qui lui résistent, courent d'eux-mêmes, à leur perte. Qui résiste au pouvoir résiste à l'ordre établi par Dieu, et ceux qui lui résistent s'attirent à eux-mêmes la damnation. (Ibid. V, 2.) Ainsi donc, secouer l'obéissance et révolutionner la société par le moyen de la sédition, c'est un crime de lèse-majesté, non seulement humaine, mais divine. » (Immortale Dei.)
Les devoirs sociaux, que nous venons de définir sommairement, sont rigoureux comme la justice elle-même. Avoir la pensée consentie que toute société, qu'une institution n'est pas absolument et totalement dépendante à l'égard de Dieu, est une injustice grave. Avoir la pensée consentie que toute société n'est pas obligée, en stricte justice, d'admettre la forme religieuse, prescrite et imposée par Dieu, est une injustice grave.
De même, toute intention d'une société de se considérer comme indépendante, de se placer sur un pied d'indépendance ou d'indifférence, à l'égard de Dieu et de la Loi éternelle, est une souveraine injustice que la société devra réparer. Tout acte social, tout procédé social, toute disposition ou toute attitude sociale, qui serait l'expression de cette indépendance voulue à l'égard de Dieu par la société, serait pareillement une injustice grave, qui exigerait une réparation sociale. Or, ce Dieu souverainement indépendant, Créateur de l'Univers, de l'homme, de tout être et de toute réalité, infiniment juste, mais aussi infiniment bon, a voulu donner à l'homme de participer à son infinie Béatitude.
A cette fin, Il a établi l'Ordre surnaturel.
C'est pourquoi :
- ↑ Nous prions le Lecteur d'excuser ce qu'ont d'aride ces premières considérations. La concision d'un manuel ne nous permet pas les développements, que nous réservons d'ailleurs pour l'exposé de la situation sociale. Celle-ci ne pourrait être comprise parfaitement sans la conviction préalable de la dépendance de toute créature et de l'homme à l'égard de Dieu.
- ↑ Nous appelons sur les diverses citations, empruntées aux lettres pontificales, l'attention de nos lecteurs. L'opportunité, autant que la nécessité du travail de la Ligue, en ressortiront visiblement. Dans le but de rendre service à nos Propagandistes, nous multiplions ces citations.
§ 4. Parce que, en vertu de son domaine souverain, Dieu a établi dans le monde l'ordre surnaturel et destiné l'homme à une fin suprême surnaturelle.
l'Homme contracte des obligations d'Ordre surnaturel, la Famille contracte des obligations d'Ordre surnaturel, nous l'avons dit, la Société, toute société, contracte des obligations sociales d'ordre surnaturel et en rapport avec cet ordre. — Si la société a un but surnaturel immédiat, telle l'Eglise, ses droits et ses devoirs sont définis par son Auteur. En raison du souverain domaine de Dieu sur toute créature, l'homme et toute société humaine sont obligés d'accorder à l'Eglise et à son organisation tous les droits que Dieu leur donne sur eux. Si la société n'a pas une fin surnaturelle immédiate, tel l'Etat, qui a comme fin immédiate le bien temporel de ses membres, elle contracte des obligations conséquentes à l'institution faite par Dieu d'un ordre surnaturel dans le monde. Dieu veut être servi par sa créature dans le cadre qu'Il établit Lui-même. La société est obligée de pratiquer ses devoirs conformément aux volontés divines, c'est-à-dire, selon les préceptes de la religion naturelle surélevés dans l'ordre surnaturel et selon les voies tracées par l'ordre surnaturel que Dieu a constitué. L'adoration, l'amour, la réparation, la reconnaissance et l'impétration seront donc adressés socialement à Dieu dans l'ordre surnaturel, c'est-à-dire, comme nous le verrons, dans le Christ par l'Eglise.
Toute société contracte aussi des obligations conséquentes aux devoirs surnaturels personnels de l'homme. Non seulement elle ne pourra pas être un obstacle à l'obtention de la Fin Suprême de l'homme ; il faut qu'elle-même, dans l'obtention de sa fin immédiate et dans la manière de l'atteindre, devienne socialement une aide pour l'homme dans la tendance de celui-ci au but suprême de son existence. La raison en est manifeste. La société est créature de Dieu ; elle doit se conformer aux volontés divines. Dans l'ordre social, et dans chacun de ses actes sociaux, comme dans chacun de ses actes individuels, l'homme a, comme fin suprême, l'infinie Béatitude de Dieu. Par conséquent, la société, qui a le devoir strict de se soumettre à la volonté expresse de son Créateur, a le devoir strict aussi de s'organiser de telle sorte, que l'homme puisse trouver dans chacun de ses actes sociaux sa Fin Suprême. La Société, toute société doit donc tenir compte de la fin surnaturelle de l'homme. Ces obligations sociales surnaturelles s'adressent aux Nations et aux Peuples, aux Gouvernements et aux assemblées législatives et enfin à l'Ordre social tout entier. Elles sont la conséquence nécessaire des dispositions, prises par Dieu, dans la constitution de l'Ordre surnaturel. Positivement et directement voulues et imposées par Lui, la société doit s'y conformer en stricte justice.
§ 5. L'Homme, la Famille, la Société effectivement établis en Dieu et dans le Christ par la Sainte Eglise.
Dieu a pris, à l'égard de l'homme et de la société, des dispositions spéciales. Pour sa gloire éternelle dans l'homme, pour la gloire éternelle de l'homme en Lui, Il veut unir l'homme à son éternelle Béatitude, c'est-à-dire, à sa Trinité Sainte.
C'est une œuvre de suprême Amour. En vertu de sa bonté et de son amour, Dieu envoie son Fils. Le Verbe, sans perdre ses prérogatives divines, étant et restant l'Infini, l'Eternel, le Souverain Créateur du ciel et de la terre, se fait Homme.
Verbe de Dieu, souverainement indépendant. Il exerce sur toute créature un domaine absolu, et toute créature est souverainement dépendante de Lui : l'individu, la Famille, la Société, les Nations, l'Univers entier.
Verbe de Dieu fait homme, Il a, selon le conseil éternel, apporté au monde la vérité et la grâce, destinées à élever l'homme en Lui au niveau de la Nature divine et de l'Eternelle Béatitude en Dieu. Par sa passion et sa mort, Il a mérité de les accorder, de les appliquer au genre humain tout entier.
Verbe de Dieu fait homme, comme Dieu, Il est Maître Suprême de la création ; comme homme, Il a mérité de régner sur les Nations ; Il est le Roi des rois. Le document, pontifical du 18 novembre 1918, le constate :
« Jésus-Christ, Divin Rédempteur de tous les hommes à travers les siècles entiers, doit régner en Souverain sur les individus comme sur les nations et les peuples, puisque tout pouvoir Lui a été donné au ciel et sur la terre, et que toutes les nations Lui ont été données en héritage. »
« Il a plu à l'Eternel, dit le cardinal Mercier de confier sa royauté sur le monde au Verbe incarné, notre Christ Jésus. Le voyant de l'Apocalypse le contemple aux cieux, dans l'attitude d'un triomphateur et d'un justicier. Ses yeux jettent des flammes ; il porte, au front, de nombreux diadèmes, insigne de son universelle royauté ; son manteau est teint de sang ; son nom est le Verbe de Dieu. Les milices angéliques l'accompagnent, lorsque la justice l'oblige à venir visiter la terre. De sa bouche sort une épée aiguë, qui frappera les nations coupables. Sa houlette pastorale est armée de fer. Il foule lui-même, dans le pressoir, le vin de la colère du Dieu tout-puissant. Sur son vêtement et sur ses membres, il porte l'inscription : Roi des rois, et Souverain des souverains, « Rex regum et Dominos dominantium. » (Apoc. XIX, 12-16) [3].
En un mot :
Dieu Eternel, Il est le dominateur des choses et des temps. Tout ce qui est comme ce qui n'est pas, dépend essentiellement de Lui. Rédempteur du Monde, tout pouvoir Lui a été donné au ciel et sur la terre, (Mat. XXVIII, 18.) Son domaine est souverain, Il est le Roi immortel des siècles, le Roi des Rois, le Maître des dirigeants de ce monde (Apoc). Il est le Roi des Etats, de la Société et de l'Univers. Partout où Il est, Il est Dieu, et Il est Roi.
Dieu et Roi dans la petite crèche de Bethléem, comme dans l'humble maison de Nazareth ; Dieu et Roi dans sa vie publique, dans sa passion ignominieuse, comme sur l'autel de la Croix ; Dieu et Roi dans ses humbles tabernacles, sous les voiles eucharistiques, comme dans les splendeurs des cieux ; partout il est Dieu et Roi immortel d'amour [4].
Dieu Eternel, Rédempteur et Roi Immortel, Il veut sauver l'humanité que le péché a perdue. En vertu de son pouvoir absolu sur sa créature, Il impose à l'homme ce que, de toute éternité, l'infinie bonté a conçu pour lui, sous peine de damnation éternelle. Il l'oblige de se revêtir de la vérité et de la grâce, c'est-à-dire, de Lui-même. « Nous avons tous reçu de sa plénitude ». « La grâce et la vérité ont été faites par Jésus-Christ ». (jean. I). Il l'oblige pareillement à faire de son être et spécialement de son intelligence et de sa volonté, un usage conforme à ses desseins d'éternel amour. Cet usage doit être la préparation de l'infinie béatitude. Il lui donne tous les moyens, toutes les facilités, en un mot les grâces, pour que son précepte d'amour soit accompli.
Mais d'une part, selon le Conseil Eternel, Jésus-Christ doit quitter ce monde ; d'autre part, se revêtir de la vérité et de la grâce est la condition de la Béatitude Eternelle jusqu'à la fin des temps pour tous les hommes. Le divin Maître devra pourvoir au bien de ses Enfants et des peuples. Il établira sur la terre une société qui, en sa place et en son nom, accomplira son œuvre. Cette société se nomme l'Eglise. C'est en vertu de son Pouvoir infini, en vertu aussi de ses mérites qui Lui ont donné en héritage tous les Peuples de l'Univers, que Jésus-Christ fonde et organise son Eglise, Société vraie et parfaite, qui, sous l'autorité du Pape, de droit divin, doit posséder tous les moyens particuliers et publics d'atteindre sa fin. Société visible, dont la vérité rayonne et doit rester manifeste. Société immortelle et infaillible, dont la mission de vérité et de grâce ne peut finir sur la terre qu'avec l'homme lui-même. Société dès lors nécessaire, parce que, de par la volonté divine, à sa mission parmi les peuples sont atta¬chées la vérité et la grâce c'est-à-dire, le salut : « Allez par le monde entier, prêchez l'Evangile à toute créa¬ture » (Marc. XVI, .I5.) « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie » (Jean XX, 21.) « Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles » (Mat. XXVIII, 20).
De par Dieu, l'Eglise a tous les droits et tous les devoirs d'une société vraie, parfaite, visible, immortelle, infaillible et nécessaire, à qui seule est confiée la redoutable mission d'enseigner, de former tous les hommes dans le Christ par la vérité et la grâce [5]. Le devoir pour l'homme, pour la famille, pour la Société, pour les Etats de l'accepter telle que Jésus-Christ l'a faite, avec son organisation, sa hiérarchie, son Chef auguste, infaillible et jouissant d'une juridiction suprême comme elle, ainsi que le devoir de lui faciliter l'usage des moyens que Jésus-Christ lui a confiés pour amener ses membres au salut, et cela jusqu'à la fin des temps, sont des devoirs de justice rigoureuse.
C'est à ce propos que l'Eminentissime Cardinal Billot daignait écrire à la Ligue :
« Vous dites, et on ne saurait mieux dire : le retour de tout l'ordre social à Dieu et à son Christ par la Sainte Eglise. En effet, l'Eglise est le royaume de Dieu sur la terre ; elle est, de ce chef, l'unique moyen, par lequel l'ordre chrétien peut être réalisé dans le monde. La première chose à faire, la plus pressée, la plus urgente et la plus essentielle aussi, sans laquelle tout effort serait inutile et porterait à faux, sera donc de restaurer la notion même de l'Eglise, notion, hélas ! si diminuée, si dégradée, si faussée dans l'esprit de beaucoup. Vous le constatiez dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. La corruption des esprits, me disiez-vous, s'accentue chaque jour, au point que, pour certains catholiques, quiconque n'est pas libéral et indifférentiste en matière religieuse, n'est pas catholique, mais sectaire. »
« Voilà donc où nous en sommes venus, et jusqu'où nous sommes tombés ! Nous ne savons plus ce que c'est que l'Eglise, nous en avons perdu de vue la divine transcendance, nous avons oublié l'enseignement du catéchisme, qui est, qu'il n'y a qu'une seule vraie religion sur la terre ; une seule véritable Eglise, catholique, apostolique, romaine, à laquelle, pour être sauvé, il est absolument nécessaire d'appartenir, sinon par le fait, du moins au regard de ceux, à qui une invincible ignorance assure le bénéfice de la bonne foi, par le désir implicite du cœur et la préparation de la volonté ; que, du reste, toutes les communions séparées ne sont que des sectes retranchées du tronc, d'où s'épanche la sève avec la vie, et que, si nous devons en aimer les membres comme des frères rachetés, eux aussi, par le sang de Jésus-Christ, c'est pour les amener en toute prudence et discrétion, de l'erreur où ils sont, à la vérité que nous possédons, mais jamais pour les admettre à je ne sais quelle fraternité de religion que condamnent expressément l'enseignement de l'Eglise elle-même et la sincérité de l'Evangile. Nous avons, dis-je, oublié toutes ces choses. A cette mentalité déplorable nous ont conduits insensiblement, l'affaiblissement des convictions religieuses, la diminution progressive de la foi, le régime de libéralisme, où nous vivons depuis si longtemps, et l'infiltration toujours plus étendue des idées protestantes. »
Si la bonne foi excuse d'appartenir au corps de l'Eglise, rien ne peut dispenser d'appartenir à l'âme de l'Eglise, c'est-à-dire, rien ne peut dispenser quelqu'un de vouloir s'attacher sincèrement et de s'attacher effectivement, à la seule vérité qui sauve.
« Le Fils unique de Dieu, dit Léon XIII, a établi sur la terre une société qu'on appelle l'Eglise, et Il l'a chargée de continuer, à travers tous les âges, la mis¬sion sublime et divine que Lui-même avait reçue de son Père. Comme mon Père m'a envoyé, moi je vous envoie. (Jean, XX, 21.) Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. (Matth., XXVIII, 2o.)
De même donc que Jésus-Christ est venu sur la terre afin que les hommes eussent la vie et l'eussent plus abondamment. (Jean, X, Io), ainsi l'Église se propose comme fin, le salut éternel des âmes ; et, dans ce but, telle est sa constitution, qu'elle embrasse dans son extension, l'humanité toute entière, et n'est circonscrite par aucune limite, ni de temps, ni de lieu. Prêchez l'Evangile à toute créature. (Marc XVI, I5.) »
« À cette immense multitude d'hommes, Dieu lui-même a donné des chefs, avec le pouvoir de les gouverner. À leur tête, il en a préposé un seul, dont il a voulu faire le plus grand et le plus sûr maître de la vérité, et à qui il a confié les clés du royaume des cieux. Je te donnerai les clés du royaume des cieux. (Matth., XVI, I9.) — Pais mes agneaux... pais mes brebis. (Jean, XXI, 16-17.) — J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. (Luc., XVII, 32.) — Bien que composée d'hommes comme la société civile, cette société de l'Eglise, soit pour la fin qui lui est assignée, soit pour les moyens qui lui servent à l'atteindre, est surnaturelle et spirituelle. Elle se distingue donc et diffère de la société civile. En outre, et ceci est de la plus grande importance, elle constitue une société juridiquement parfaite dans son genre, parce que, de l'expresse volonté et par la grâce de son Fondateur, elle possède en soi et par elle-même toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action. Comme la fin, à laquelle tend l'Eglise, est de beaucoup la plus noble de toutes, de même son pouvoir l'emporte sur tous les autres et ne peut en aucune façon être inférieur, ni assujetti au pouvoir civil. En effet, Jésus-Christ a donné plein pouvoir à ses Apôtres dans la sphère des choses sacrées en y joignant, tant la faculté de faire de véritables lois que le double pouvoir, qui en découle, de juger et de punir. « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre ; allez donc, enseignez toutes les nations... Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. » (Matth. XXVIII, I8-I9-20.) — Et ailleurs : « S'il ne les écoute pas, dites-le à l'Eglise. » (Matth., XVIII, 17). Et encore : « Ayez soin de punir toute désobéissance. » (II Cor., X, 6.) — De plus « Je serai plus sévère en vertu du pouvoir que le Seigneur m'a donné pour l'édification et non pour la ruine. » (Ibid., XIII, Io.) - C'est donc à l'Église, non à l'Etat, qu'il appartient de guider les hommes vers les choses célestes, et c'est à elle que Dieu a donné le mandat de connaître et de décider de tout ce qui touche à la religion ; d'enseigner toutes les nations, d'étendre, aussi loin que possible, les frontières du nom chrétien ; bref, d'administrer librement, et tout à sa guise, les intérêts chrétiens. » (Immortale Dei.)
« A cette société, il a voulu confier toutes les vérités qu'il avait enseignées avec mission de les garder, de les défendre, de les développer avec une autorité légitime ; et en même temps, il a ordonné à toutes les nations d'obéir aux enseignements de son Eglise, comme à lui-même, avec menace de la perte éternelle pour ceux qui y contreviendraient. D'où il ressort clairement que le maître le meilleur et le plus sûr à l'homme, c'est Dieu, source et principe de toute vérité ; c'est le Fils unique qui est dans le sein du Père, voie, vérité, vie, lumière véritable, qui éclaire tout homme, et dont l'enseignement doit tous les hommes pour disciples : et ils seront tous enseignés de Dieu. (Jean., VI, 45.)
«Mais pour la foi et la règle des mœurs, Dieu a fait participer l'Eglise à son divin magistère et lui a accordé le divin privilège, de ne point connaître l'erreur. C'est pourquoi elle est la grande, la sûre maîtresse des hommes et porte en elle un inviolable droit à la liberté d'enseigner. » (Libertas).
«Assurément l'Eglise est spirituelle, mais, si nous considérons les membres dont elle se compose, et les moyens mêmes, par lesquels les dons spirituels arrivent jusqu'à nous, l'Eglise est extérieure et nécessairement visible. » (Libertas.)
«C'est par des signes, qui frappaient les yeux et les oreilles, que les Apôtres ont reçu la mission d'enseigner ; et cette mission, ils ne l'ont point accomplie autrement que par des paroles et des actes également sensibles. Ainsi, leur voix, entrant par l'ouïe extérieure, engendrait la foi dans les âmes : « La foi vient par l'audition et l'audition par la parole du Christ. » Et la foi elle-même, c'est-à-dire, l’assentiment à la première et souveraine vérité, de sa nature sans doute, est renfermée dans l'esprit, mais elle doit cependant éclater au dehors par l'évidente profession qu'on en fait : «Car on croit de cœur pour la justice, mais on confesse de bouche pour le salut. » De même, rien n'est plus intime à l'homme que la grâce céleste, qui produit en lui la sainteté, mais extérieurs sont les instruments ordinaires et principaux, par lesquels la grâce nous est communiquée : nous voulons parler des sacrements, qui sont administrés avec des rites spéciaux, par des hommes nommément choisis pour cette fonction ; Jésus-Christ a ordonné aux Apôtres et aux successeurs perpétuels des Apôtres, d'instruire et de gouverner les peuples ; il a ordonné aux peuples de recevoir leur doctrine et de se soumettre docilement à leur autorité. Mais ces relations mutuelles de droits et de devoirs dans la société chrétienne, non seulement n'auraient pas pu durer mais n'auraient même pas pu s'établir, sans l'intermédiaire des sens, interprètes et messagers des choses.
« C'est pour ces raisons que l'Eglise, dans les saintes Lettres, est si souvent appelée un corps et aussi le corps du Christ. Vous êtes le corps du Christ. Parce que l'Eglise est un corps, elle est visible aux yeux; parce qu'elle est le corps du Christ, elle est un corps vivant, actif, plein de sève, soutenu qu'il est et animé par Jésus-Christ, qui le pénètre de sa vertu, à peu près comme le tronc de la vigne nourrit et rend fertiles les rameaux, qui lui sont unis. Dans les êtres animés, le principe vital est invisible et caché au plus profond de l'être, mais il se trahit et se manifeste par le mouvement et l'action des membres : ainsi le principe de vie surnaturelle, qui anime l'Eglise, apparaît à tous les yeux par les actes qu'elle produit.
« Il s'ensuit que ceux-là sont dans une grande et pernicieuse erreur, qui, façonnant l'Eglise au gré de leur fantaisie, se l'imaginent comme cachée et nullement visible ; ceux-là aussi qui la regardent comme une institution humaine, munie d'une organisation, d'une discipline, de rites extérieurs, mais sans aucune communication permanente des dons de la grâce divine, sans rien qui atteste, par une manifestation quotidienne et évidente, la vie surnaturelle puisée en Dieu. « L'une et l'autre de ces deux conceptions est tout aussi incompatible avec l'Eglise de Jésus-Christ, que le corps seul, ou l'âme est incapable de constituer l'homme. L'ensemble et l'union de ces deux éléments est absolument nécessaire à la véritable Église, à peu près comme l'intime union de l'âme et du corps est indispensable à la nature humaine. L'Eglise n'est point une sorte de cadavre ; elle est le corps du Christ, animé de sa vie surnaturelle. Le Christ lui-même, chef et modèle de l'Eglise, n'est pas entier, si on regarde en lui, soit exclusivement la nature humaine et visible, comme font les partisans de Photius et de Nestorius, soit uniquement la nature divine et indivisible, comme font les Monophysites ; nais le Christ est un par l'union des deux natures, visible et invisible, et il est un dans toutes les deux ; de la même façon, son corps mystique n'est la véritable Eglise, qu'à cette condition que ses parties visibles tirent « leur force et leur vie des dons surnaturels et des autres éléments invisibles ; et c'est de cette union que résulte la nature propre des parties extérieures elles-mêmes.
« Mais, comme l'Eglise est telle par la volonté et par l'ordre de Dieu, elle doit rester telle sans aucune interruption, jusqu'à la fin des temps, sans quoi elle n'aurait évidemment pas été fondée pour toujours, et la fin même à laquelle elle tend serait limitée à un certain terme et dans l'espace : double conclusion contraire à la vérité. Il est donc certain que cette « réunion d'éléments visibles, étant, par la volonté de Dieu, dans la nature et la constitution intime de l'Eglise, doit nécessairement durer autant que durera l'Eglise elle-même. » (Satis cognitum.)
Nous avons rapporté ces enseignements de l'illustre Pontife, afin de rendre, de façon plus lucide encore, la doctrine de la vérité ; afin aussi de manifester, plus clairement, les devoirs de la société civile et des Etats à l'endroit de l'Eglise.
L'Eglise, société parfaite, est souverainement dépendante de Dieu et de son Christ.
L'État, société parfaite, est souverainement dépendant de Dieu et de son Christ.
L'Eglise et l'Etat sont deux sociétés voulues par Dieu. Chacune d'elles tend respectivement à la fin pour laquelle Dieu l'a faite. Dans cette tendance propre à chacune aussi, il faut, de par la volonté de Dieu, l'accord. Et l'accord est aisé, dès qu'aucun principe n'est sacrifié. C'est Léon XIII encore qui nous l'apprend :
« Dieu a divisé le gouvernement du genre humain « entre deux puissances : la puissance ecclésiastique et la puissance civile ; celle-là est préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d'elles, en son genre, est souveraine ; chacune est renfermée dans les limites, parfaitement déterminées et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial. Il y a donc comme une sphère circonscrite, dans laquelle chacune exerce son action jure proprio. Toutefois, leur autorité s'exerçant sur les mêmes sujets, il peut arriver qu'une seule et même chose, bien qu'à un titre différent, mais pourtant une seule et même chose, ressortisse à la juridiction et au jugement de l'une et de l'autre puissance...
« Il est donc nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui, dans l'homme, constitue l'union de l'âme et du corps. On ne peut se faire une juste idée de la nature et de la force de ces rapports, qu'en considérant, comme Nous l'avons dit, la nature de chacune de ces deux puissances et en tenant compte de l'excellence et de la noblesse de leurs buts, puisque l'une a pour fin prochaine et spéciale de s'occuper des intérêts terrestres, et l'autre de procurer les biens célestes et éternels. » (Immortale Dei.)
L'Etat a le devoir d'accueillir l’Eglise et son Chef, de leur donner chez lui le rang et le pouvoir, qui reviennent à leur dignité et que réclame leur mission : En un mot, l'Etat doit donner à l'Église, au Pape et aux Évêques, la place que Jésus-Christ requiert pour eux, dans l'organisation, la Constitution, les lois du Pays. « Ne négligez pas non plus d'enseigner, dit Pie IX aux Evêques, que la puissance royale n'est pas uniquement conférée pour le gouvernement de ce monde, mais par dessus tout pour la protection de l'Eglise, et que rien ne peut être plus avantageux, ni plus glorieux, pour les chefs des Etats et les rois, que de se conformer à ces paroles, que notre sage et courageux prédécesseur, Saint Félix, écrivait à l'Empereur Zénon : « Qu'ils laissent l'Eglise catholique se gouverner par ses propres lois, et ne permettent à personne de mettre obstacle à sa liberté... Il est certain, en effet, qu'il est de leur intérêt, toutes les fois qu'il s'agit des affaires de Dieu, de suivre avec soin l'ordre qu'Il a prescrit, et de subordonner, au lieu d'imposer, leur volonté royale aux prêtres du Christ, » (Quanta Cura.)
Ces paroles du grand Pape Pie IX rappellent la lettre qu'en 1814, à la date du 29 avril, le Pape Pie VII, adressait à l'Evêque de Troyes. Les libertés modernes venaient d'être introduites dans la Constitution du Pays. Celle-ci avait été signée par le Roi Louis XVIII. La lettre du Souverain Pontife à l'Evêque est un monument doctrinal. Elle rend si parfaitement la situation qui doit être et qui n'est pas, que nous la citons toute entière.
« Vénérable Frère,
« Salut et bénédiction apostolique.
« Après de longues et furieuses tempêtes, qui ont si étrangement agité le vaisseau de Saint Pierre, et qui étaient, semble-t-il, sur le point de Nous renverser et de Nous engloutir Nous-mêmes qui tenons, quoique indigne, le gouvernail, la violence des vents commence enfin à s'apaiser, et Nous pouvons espérer le retour de la tranquillité, depuis si longtemps l'objet de Nos vœux et de Nos prières, aussi bien que de celles de tous les gens de bien.
«Après avoir ainsi recouvré Notre ancienne liberté, au moment où Nous Nous y attendions le moins, Nous Nous réjouissions d'avoir été rendu à Nous-même, ou plutôt à l'Eglise, et Nous rendions au Père des miséricordes Nos humbles actions de grâces pour un si grand bienfait, lorsqu'un nouveau sujet de grande consolation est venu accroître Notre joie Nous avons appris que le roi, désigné pour gouverner la nation française, était un descendant de cette glorieuse race, qui a produit autrefois Saint Louis, et qui s'est illustrée par tant de mémorables services rendus à l'Eglise et à ce Siège Apostolique. A cette nouvelle, Notre contentement a été si grand, que, sans la connaître encore que par la voie de la publicité, et dérogeant à cet égard à l'usage établi, Nous avons résolu d'envoyer un nonce extraordinaire en France, pour féliciter ce prince, en notre nom et dans les termes les plus expressifs, de la puissance royale qui lui est rendue.
« Mais cette joie a été bientôt troublée ; elle a fait place à une grande douleur quand Nous avons vu la nouvelle constitution du royaume décrétée par le Sénat de Paris et publiée dans les journaux. Nous avions espéré, qu'à la faveur de l'heureuse révolution, qui venait de s'accomplir, non seulement la religion catholique serait délivrée sans aucun retard de toutes les entraves, qu'on lui avait imposées en France, malgré Nos constantes réclamations, mais qu'on profiterait de circonstances si favorables, pour la rétablir dans tout son lustre et pourvoir à sa dignité. Or, Nous avons remarqué en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant, par qui règnent les rois, par qui les princes commandent.
« Vous comprendrez facilement, Vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû Nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à Nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre Seigneur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions-Nous pas désolés ? Cette religion catholique, établie en France dès les premiers siècles de l'Eglise, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple à gardé, avec courage et constance, un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, cette religion enfin, que la race, à laquelle appartient le roi désigné, professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France, à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte, même du rétablissement de la monarchie !
« Un nouveau sujet de peine, dont Notre coeur est encore plus vivement affligé et qui, Nous l'avouons, Nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le vingt-deuxième article de la constitution. Non seulement on y permet la liberté des cultes et de la conscience, pour Nous servir des termes même de l'article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme les cultes. Il n'est certes pas besoin de longs discours, Nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mor¬telle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Epouse sainte et immaculée du Christ, l'Eglise, hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplo¬rable hérésie, que saint Augustin mentionne en ces termes : « Elle affirme que tous les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrais, » absurdité si monstrueuse, que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement. « Notre étonnement et Notre douleur n'ont pas été moindres, quand Nous avons lu le vingt-troisième article de la constitution, qui maintient et permet la liberté de la presse, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un fait pleinement constaté : cette liberté de la presse a été l'instrument principal qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'à Dieu ne plaise, on accordait, à chacun la liberté d'imprimer tout ce qu'il lui plairait.
« D'autres points de la nouvelle constitution du royaume ont été aussi pour Nous un sujet d'affliction; en particulier, les articles sixième, vingt-quatrième et vingt-cinquième. Nous ne vous exposerons pas en détail Nos raisons à cet égard. Votre Fraternité, Nous n'en doutons pas, discernera facilement la tendance de ces articles.
« Dans une si grande et si juste affliction de Notre âme, une espérance Nous console, c'est que le roi désigné ne souscrira pas les articles mentionnés de la nouvelle constitution. La piété héréditaire de ses ancêtres et le zèle pour la religion, dont Nous ne doutons pas qu'il ne soit animé, Nous en donnent la plus entière confiance.
« Mais, comme Nous ne saurions, sans trahir Notre ministère, garder le silence dans un si grand péril de la foi et des âmes, Nous avons voulu, Vénérable Frère, vous adresser cette lettre, à vous, dont Nous connaissons la foi et le courage sacerdotal, pour en avoir eu des preuves non équivoques, non seulement afin qu'il soit bien constaté que Nous réprouvons, le plus énergiquement possible, les articles ci-dessus exposés, et tout ce qu'on viendrait à proposer de contraire à la religion catholique, mais encore, afin que, vous concertant avec les autres évêques de la France que vous jugerez à propos de vous adjoindre, et vous aidant de leurs conseils et de leur coopération, vous vous efforciez de conjurer, le plus promptement possible, les grands maux qui menacent l'Église en France et de faire abolir ces lois, ces décrets et ces autres ordonnances du gouvernement, qui sont encore en vigueur, et dont Nous n'avons cessé de Nous plaindre, comme vous le savez, pendant les précédentes années. « Allez donc trouver le roi; faites-lui savoir la profonde affliction dont, après tant de calamités et de tribulations endurées jusqu'aujourd'hui, et au milieu de la joie générale, Notre âme se retrouve assaillie et accablée à cause des motifs mentionnés. Représentez-lui quel coup funeste pour la religion catholique, quel péril pour les âmes, quelle ruine pour la foi seraient le résultat de son consentement aux articles de la dite constitution. Dites-le lui de Notre part : Nous ne pouvons Nous persuader qu'il veuille inaugurer son règne en faisant à la religion catholique une blessure si profonde et qui serait presque incurable. Dieu lui-même, aux mains de qui sont les droits de tous les royaumes, et qui vient de lui rendre le pouvoir, au grand contentement de tous les gens de bien,et surtout de Notre cœur, exige certainement de lui, qu'il fasse servir principalement cette puissance au soutien et à la splendeur de son Eglise. Nous espérons, Nous avons la ferme confiance que, Dieu aidant, Notre voix, transmise par vous, touchera son cœur, et que, marchant sur les traces de ses prédécesseurs, à qui leur dévouement pour la religion catholique et la défense, qu'ils en prirent tant de fois si généreusement, ont valu, de la part de ce Saint Siège, le titre de rois très chrétiens, il prendra en main la cause de la foi catholique, comme c'est son devoir, comme tous les bons l'attendent de lui, comme, Nous le lui demandons Nous-même avec les plus vives instances.
« Déployez, Vénérable Frère, toutes vos forces, tout le zèle dont vous êtes animé pour la religion ; faites servir, à cette grande et sainte cause, l'ascendant que vos qualités vous ont acquis et l'éloquence qui vous distingue. Le Seigneur, Nous n'en doutons pas, vous suggérera les paroles convenables ; et, de Notre côté, Nous implorerons pour vous le secours d'en-haut. En attendant, Nous vous donnons, avec toute l'effusion de Notre cœur, à vous et au troupeau confié à vos soins, la bénédiction apostolique.
« Donné à Césène, le vingt-neuvième jour d'avril de l'année 1814, de Notre pontificat la quinzième.
« PIE VII, Pape. »
§ 6. Conclusion du Chapitre I
Bref, la logique et la justice exigent, qu'à la tête des Nations et de tout Ordre Social, à la tête des Peuples et de leurs Constitutions, à la tête de toute Politique, comme à la tête des familles et dans l'intime des consciences, se trouvent l'Indivisible Trinité, Dieu et Jésus-Christ, le Credo, le Décalogue et l'Evangile. La logique et la justice exigent pareillement, que, œuvre de Jésus-Christ, l'Eglise Catholique et son Pontificat Suprême pénètrent tout l'organisme social, pour donner à celui-ci l'enseignement divin, pour diriger ainsi chacun de ses membres, dans la société elle-même, vers le but suprême Dieu et l'Eternelle Béatitude. Des hauteurs de l'Etat, des hauteurs des Constitutions des Etats illuminés des splendeurs de Dieu par la Sainte Eglise, doit dériver sur tout organisme subalterne — (Sociétés, institutions publiques ou privées, Instruction, Presse, organisations, corporations, etc.) — sur la Famille et sur l'Individu, un rayonnement bienfaisant de la vérité et du bien surnaturels, qui doivent être en eux de par Dieu. Il ne peut qu'en être ainsi. À leur base seront placés Dieu et l'Evangile. Leurs principes et leur législation émaneront de la Loi éternelle et de l'ordre divin apporté par Jésus-Christ au monde. En eux, Jésus-Christ et son Eglise trouveront un appui dans l'accomplissement de leur mission. La logique et la justice. l'exigent. C'est Dieu, de qui toute autorité procède, qui, par la Sainte Eglise, par les Constitutions des Nations, par les Chefs d'Etat, par les Gouvernements, les Sénats et les Parlements, par les Provinces, les Villes et les Communes comme par ses instruments et ses ministres dirige et gouverne les Peuples « Minister Dei in bonum ». C'est l'Eglise, qui, au nom de Dieu, doit éclairer les Etats et la société entière sur leurs graves devoirs d'ordre religieux et moral et sur tout ce qui, directement ou indirectement doit conduire les individus, les peuples à la Fin suprême de l'homme — sur les obstacles à l'obtention de cette Fin, pour les faire éviter — sur les moyens qui y conduisent, dans le but de les faire pratiquer [6].
Nous nous résumons : En stricte justice, l'Homme, dans son corps et dans son âme, la Famille, la Société, l’Etat et l'Eglise se doivent totalement à Dieu. En stricte justice, l'Homme, la Famille, la Société se doivent à l'Eglise et au Pontife Suprême, dans les limites tracées par Dieu en vertu de ses droits infinis.
Toute pensée consentie, toute parole, tout procédé, toute attitude, toute disposition légale ou autre, à plus forte raison toute constitution d'un peuple qui seraient l'expression ou l'affirmation pratique de la non-dépendance absolue des Nations et de l'Ordre Social à l'égard de Dieu, et, dans des limites fixées par Dieu à l'égard de l'Église, seraient une injustice totale et souveraine, parce qu'ils s'adressent à l'Eternel et à l'Infini. Cette injustice appellerait une réparation d'autant plus profonde, que l'acte ou l'attitude injustes sont revêtus d'une culpabilité plus intime et qui s'étend à leur essence même. Le souverain domaine de Dieu s'applique d'abord à l'essence des réalités qui toutes dépendent de Lui et qui par l'homme et en Jésus-Christ sont destinées à proclamer sa gloire. Combien profondément et intimement coupables sont les Constitutions des Peuples mo¬dernes. C'est ce que nous devons considérer [7].
CHAPITRE II CE QUI DOIT NE PAS ÊTRE, ET EST
Toute la situation actuelle se résume en ces deux propositions : Dieu, Jésus-Christ, la Sainte Eglise sont bannis de l'Ordre Social ; l'homme, tel que l'a fait le péché originel; c'est-à-dire, vicié dans ses origines et ses tendances et non surélevé par la vérité et la grâce, a usurpé la place que la Nature et la Révélation attribuent à Dieu et qui Lui revient nécessairement, parce qu'Il est Dieu.
Ce bannissement de Dieu et cet établissement de l'homme maître des destinées du monde et de la société, selon l'expression consacrée, sont officiels. Positivement voulus par les uns, ils sont admis par les autres comme des nécessités inéluctables; auxquelles on se soumet.
Pour se rendre compte du crime de lèse-divinité commis par l'homme et par la Société, crime existant actuellement et dont la malice s'accentue chaque jour, il faut remonter aux origines de cette apostasie générale, qui se trouve dans la révolte de l'ange déchu contre Dieu. L'ennemi du genre humain a entraîné les Peuples dans sa révolte. Malicieux et fourbe, il s'est servi de l'homme contre l'homme. Par ses suppôts et spécialement par son « église » qu'on nomme la franc-maçonnerie, il s'est emparé du pouvoir. Pour corrompre plus sûrement les esprits, il a façonné, avec habileté et de manière à contenter chacun, les Constitutions des Peuples. Les catholiques, les premiers, semblent oublier la parole du Saint-Esprit Satanas qui seducvit universumi orbem ( Apoc XII, 9). Satan séduit l'Univers, cet univers qui appartient à Jésus-Christ. Il le séduit par le pouvoir, en se basant sur les Chartes et les Constitutions des Nations.
« Le Roi-Prophète avait prédit la révolte des nations contre Dieu et contre son Christ. Il les avait entendu s'écrier : Rompons leurs entraves, secouons leur joug. Mais Celui, qui habite dans les cieux, se rit d'elles... » (Ps. 2).
« L'histoire moderne a traduit en réalités la prophétie de David et l'annonce de l'Apocalypse. « En 1517, il y a, date pour date, quatre siècles, le moine Luther s'insurgea contre, l'Eglise du Christ et détacha d'elle un gros tiers des nations européennes. Privée de la direction et de la sauvegarde du magistère infaillible, la raison humaine tomba du protestantisme dans le rationalisme, à telle enseigne qu'il n'y a peut-être plus un seul dogme de foi sur lequel les chefs religieux des églises protestantes demeurent d'accord, et que plus une seule Faculté de « théologie des Universités allemandes ne professe la divinité de Jésus-Christ.
« La Révolution française propagea le rationalisme dans le monde et l'inocula aux pouvoirs publics. »[8]. « Cette audace d'hommes perfides, qui menace chaque jour de ruines plus graves la société civile, et qui excite dans tous les esprits l'inquiétude et le trouble, tire sa cause et son origine de ces doctrines empoisonnées qui, répandues en ces derniers temps parmi les peuples comme des semences de vices, ont donné, en leur temps, des fruits si pernicieux. En effet, vous savez très bien, Vénérables Frères, que la guerre cruelle qui, depuis le seizième siècle, a été déclarée contre la foi catholique par des novateurs, visait à ce but, d'écarter toute révélation et de renverser tout l'ordre surnaturel, afin que l'accès fût ouvert aux inventions, ou plutôt aux délires de la seule raison.
« Tirant hypocritement son nom de la raison, cette erreur, qui flatte et excite la passion de grandir, naturelle au cœur de l'homme, et qui lâche les rênes à tous les genres de passions, a spontanément étendu ses ravages, non pas seulement dans les esprits d'un grand nombre d'hommes, mais dans la société civile elle-même. Alors, par une impiété toute nouvelle et que les païens eux-mêmes n'ont pas connue, on a vu se constituer des gouvernements, sans qu'on tint nul compte de Dieu et de l'ordre établi par Lui ; on a proclamé, que l'autorité publique ne prenait pas de Dieu le principe, la majesté, la force de commander, mais de la multitude du peuple, laquelle, se croyant dégagée de toute sanction divine, n'a plus souffert d'être soumise à d'autres lois que celles, qu'elle aurait portées elle-même conformément à son caprice.
« Puis, après qu'on eut combattu et rejeté comme contraires à la raison les vérités surnaturelles de la foi, l'Auteur même de la Rédemption du genre humain est contraint, par degrés et peu à peu, de s'exiler des études, dans les universités, les lycées et les collèges, ainsi que de toutes les habitudes publiques de la vie humaine. Enfin, après avoir livré à l'oubli les récompenses et les peines éternelles de la vie future, le désir ardent du bonheur a été renfermé clans l'espace du temps présent. Avec la diffusion au long et au large de ces doctrines, avec la grande licence de penser et d'agir, qui a été ainsi enfantée de toutes parts, faut-il s'étonner que les hommes de condition inférieure, ceux qui habitent une pauvre demeure ou un pauvre atelier, soient envieux de s'élever jusqu'aux palais, et à la fortune de ceux qui sont plus riches ? Faut-il s'étonner qu'il n'y ait plus nulle tranquillité pour la vie publique ou privée et que le genre humain soit presque arrivé à sa perte ?» [9]
L'homme substitué à Dieu
En Allemagne, ce rationalisme individuel et social prit une tournure scientifique et devint le kantisme. Dieu et toute vérité qui repose sur son existence, sont indémontrables à la raison; l'homme de science s'en passe. Tout devoir trouve sa source dans la conscience de chacun. Dans l'ordre moral, l'homme ne relève que de lui-même. Il est à lui-même sa loi, son idéal, sa fin. En un mot : une personnalité morale résultant de la conscience, trouvant en elle-même sa grandeur et son tout ; voilà l'homme. Individuellement et socialement, il est son propre dieu. Le dieu de la conscience, c'est l'homme moral, le dieu de la société, c'est l'homme moral encore.
En France, le même rationalisme prit une forme plus accessible au peuple. Grâce au travail intense de J.-J. Rousseau et de Voltaire, il envahit promptement les esprits et se traduisit pratiquement dans la déclaration révolutionnaire des Droits de l'Homme et du Citoyen.
Au sujet de la crise sociale de cette époque S. S. Benoît XV, écrit à la date du 7 mars 1917 :
« Issue des erreurs et des crimes de la prétendue Réforme, une philosophie insensée avait perverti tous les esprits. « Sous son influence, éclata une révolution si radicale qu'elle tendait à saper les bases mêmes de la Société chrétienne, en France d'abord, puis successivement en tout pays. »
La déclaration des droits de l'homme et du citoyen n'est et ne peut être autre chose que la substitution de l'homme à Dieu, substitution officiellement et légalement établie.
De par la loi, seul l'homme doit et peut se trouver là où Dieu précisément, parce qu'Il est Dieu, doit être. Créateur et Maître absolu, de par la nature même des choses, Il est le Dieu de la conscience individuelle, le Dieu de la Société, des Nations, et de l'Univers. On le supprime et, en sa place, l'esprit humain établit l'homme et la pensée de l'homme, mais l'homme en tant que substitué à Dieu, c'est-à-dire, de droit et de par la nature même des choses, l'homme, maître absolu et arbitre de ses destinées personnelles, familiales et sociales, nationales, internationales et mondiales.[10] L'homme est le Maître. Si, dans sa sagesse, il juge opportun de se soumettre à ce que dans sa pensée il estime « Dieu », « le Christ », « l'Eglise », il ne sera pas molesté parce qu’il est maître de sa conscience. Il en doit être tout autrement de l'introduction de ce Dieu et de son Eglise dans la Société et les Etats. L'homme étant officiellement substitué à Dieu, tout quiconque veut rendre à Dieu sa place devient ennemi de l'homme qui est Maître de l'Univers et de l'Ordre Social bâti sur lui.[11] Dieu est nécessairement usurpateur. L'Église est usurpatrice. Tout effort de la part de l'Église pour accomplir sa mission dans l'ordre social est inévitable¬ment une mainmise cléricale sur la société. La laïcisation générale et universelle est une nécessité. L'individu est laïcisé. On ne veut connaître en lui qu'une grandeur hu¬maine, faite des principes naturels d'humanité, de justice, de bonté, etc. Toute institution sociale doit être laïcisée les Etats, les Constitutions des Peuples et leur légis¬lation, les Gouvernements, les Parlements, les Sénats, tout organisme officiel, toute institution publique et même les institutions privées, dès qu'elles entrent en rapport avec un organisme officiel, doivent porter le caractère de l'homme seul. L'empreinte surnaturelle est donc effacée de partout. L'Ordre surnaturel doit être non-existant. L'Eglise, si elle survit en raison de volontés individuelles, sera, tout au plus, une société privée sans aucun droit public. Elle ne peut jouir au point de vue social, que des droits et privilèges que l'homme estime pouvoir lui accorder. Un gouvernement composé d'individualités catholiques pourra lui être favorable, mais cette faveur relèvera nécessairement de l'homme, qui, de droit, la refusera ou l'octroiera à son gré. Toute autre disposition serait usurpatrice à l'endroit (le l'homme ; et officiellement et socialement, L'homme doit être et rester Maître.
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Conséquences immédiates : les libertés modernes : Socialisme, Anarchisme, Tyrannie.
Conséquents avec eux-mêmes, les Constituants et Législateurs des temps modernes ont donné comme base aux Constitutions des Peuples les grandes libertés de conscience, de la presse, des cultes, d'association, d'enseignement et autres. Ces libertés sont l'expression sociale et pratique.des droits que l'homme a acquis par la suppression sociale de Dieu, dont il a pris la place. Elles donnent la sanction officielle, au nom des Etats et des Peuples, au libertinage de l'esprit et au déver¬gondage des passions. Car l'homme n'est pas fait seu¬lement d'esprit, il est fait aussi de corps, de sang et de nerfs. Si l'esprit laissé à lui-même, en vertu des droits de l'homme, est maître de ses conceptions et conséquem¬ment de ses actes, le corps, en vertu des mêmes droits, est maître de ses jouissances. D'ailleurs, cette dernière liberté est comprise dans la première, mais l'entraîne¬ment du corps s'ajoutant aux exigences de la pensée, manifeste jusqu'à quel degré, non seulement d'anarchie, mais de bassesse et de bestialité, l'homme pourra des¬cendre légitimement. En effet, étant le seul Maître, il ne peut logiquement être soumis à aucune contrainte, pas plus que Dieu n'y était soumis alors qu'il régnait. Si quelque contrainte pouvait intervenir, elle devrait procéder de l'homme. Cependant tous les Législateurs et tout homme de bon sens d'ailleurs ont reconnu et proclamé la nécessité d'une loi qui mette un frein aux abus de la liberté. Cette loi est obligatoire sous peine de sanction à l'endroit de ses transgresseurs. Mais toute loi et toute sanction comportent nécessai¬rement une contrainte. Les Législateurs modernes se verront dans la nécessité de recourir à un système qui ne les mette pas trop en contradiction avec eux-mêmes. Or, leurs principes fondamentaux consistent d'une part dans le domaine souverain de l'homme sur son être et sur son activité ; d'autre part dans l'indépendance absolue de l'homme substitué à Dieu. Dès que ces prin¬cipes sont saufs tout est parfait. Conformément à la déclaration des droits de l'homme de 89, il y aura une loi, mais cette loi sera l'expression de la volonté générale, c'est-à-dire que la loi existera pour autant qu'elle exprime la volonté du nombre. La loi votée aujourd'hui par cent députés, peut être supprimée le lendemain ou le jour même par cent un députés. Le nombre crée la loi et met la force à son ser¬vice. De cette manière toutes les horreurs dont on peut se rendre coupable en se basant sur la liberté absolue de l'homme peuvent être reproduites, sous le couvert de la loi. Celle-ci, en effet, n'est que la reproduction des volontés d'un certain nombre d'individus ; elle est dans un pays l'expression de la volonté de la collectivité. Si la volonté de ces individus ou de cette collectivité est mauvaise, la loi sera fatalement mauvaise, mais peu im¬porte ; ainsi appuyés sur leurs principes fondamentaux, les Législateurs modernes croient ne pas faillir en créant la loi et en prenant les moyens de la rendre obligatoire. ( ) En tout et pour tout, l'homme est donc libre ( ). Nous l'avons dit, les libertés modernes sont l'expression sociale des droits de l'homme, qui exclut nécessairement l'adhésion de la société à la vérité, c'est-à-dire, d'abord à Dieu et à l'ordre surnaturel, — et même à toute vé¬rité d'ordre naturel. La société et les Etats se sont établis dans l'impos¬sibilité de reconnaître aucune vérité. C'est la conséquence logique de la liberté d'enseigne¬ment. Tel Maître enseigne les propositions que voici : « Dieu existe » — « Jésus-Christ est Dieu » — « l'Église catholique est une œuvre divine » — L'État, en vertu de ses principes de liberté, doit laisser faire. Tel autre Maître enseigne les doctrines contradictoires des pre¬mières : « Dieu n'est pas » — « Jésus-Christ n'a pas existé, ou n'est qu'un halluciné » — « l'Eglise est une vaste conspiration » — En vertu des mêmes principes, l'Etat doit laisser faire. C'est dire que l'Etat n'adhère à aucun de ces enseignements et doit n'en reconnaître aucun comme vrai. Il doit les protéger tous deux au même titre constitutionnel, et au même degré. La seule vérité pour lui, c'est que chacun est libre d'enseigner. Au point de vue strictement logique, l'Etat moderne est donc nécessairement athée et libre-penseur, parce que les Constitutions sont libres-penseurs, athées, ou plus exactement a-vraies, « sans vérité », c'est-à-dire, pratiquement : contre la vérité, contre Dieu. En effet, quand l'État moderne se trouve en face d'une vérité réellement existante, telle la vérité première : Dieu — quelle doit être son attitude sous peine de renier ses principes ? — Il faut qu'il ne sache pas que dans la proposition, « Dieu est » se trouve la vérité. Il faut qu'il n'adhère pas à cette proposition. S'il y adhérait, il exprimerait sa connaissance de la vérité et sa volonté de lui être attaché. Il ne peut faire ni l'un ni l'autre. Car son attitude doit être semblable devant chacun de ces deux enseignements : « Dieu est », « Dieu n'est pas ». Socialement, l'État moderne, ne peut savoir et doit ne pas savoir s'il y a vérité. Il doit s'opposer à ce que la vérité pénètre en lui, comme principe de direction dans l'enseignement. Cette introduction de la vérité serait une supériorité de celle-ci sur l'Etat et la Constitution des pays. Ce qui ne peut être. Comme la vérité est nécessairement envahissante des esprits, l'Etat doit s'opposer à son action, afin qu'il reste lui-même ce qu'il est, c'est-à-dire, a-vrai, athée, opposé à tout principe qui ne le laisse pas maître et arbitre de ses destinées, et pratiquement contre Dieu, contre la connaissance même de Dieu, parce que cette connais¬sance lui demande la soumission, contre l'Eglise parce qu'elle lui demande d'introduire chez lui Dieu et Jésus-¬Christ. Au contraire, toute pensée, en tant que pensée de l'homme, est de droit enseignable. Elle obtient le suffrage de 1'Etat. Le motif est péremptoire. L'Etat ne connaît que l'homme. Sa constitution ne connaît que l'homme. La pensée humaine, toute idée est un produit de l'esprit humain. En l'enseignant, rien de supérieur à l'homme n'est introduit dans la société. Les pensées : « Dieu est », « l'Eglise catholique est divine » peuvent être enseignées de droit, non parce qu'elles sont l'expression de la vérité objective, mais parce que des sujets de l'Etat estiment ces pensées bonnes et d'utilité privée ou publique. — Les pensées : « Dieu n'est pas », « l'Eglise catholique est une four¬berie » peuvent être enseignées au même titre. Ainsi en doit-il être logiquement de l'enseignement du vol, du meurtre, de l'immoralité et de l'assassinat. Une législation en contradiction avec les principes de l'Etat, condamne et exécute le malheureux qui en vient aux voies de fait, mais n'interdit pas un enseignement, qui conduit à ces voies. Bref, l'Etat enseigne, par ses sujets, la pensée de ses sujets. Il en doit être ainsi, parce qu'il ne connaît que l'homme et ce qui est de l'homme.
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Ce que nous disons de la liberté d'enseignement, il faut le dire de la liberté de la presse. Pour l'ordre social moderne il n'y a pas de vérité, il ne peut exister de presse au service de la vérité. La presse, comme l'en¬seignement, est au service de la pensée de l'homme. Ainsi en est-il de la liberté d'association. — Ainsi en est-il de la liberté des Cultes. Le Paga¬nisme et l'Idolâtrie ont pour 1'Etat moderne ( ) la valeur de l'Eglise du Christ. Tout dépend de l'estima¬tion et de la pensée de l'homme. Bref, l'homme est maître et arbitre souverain. Toute liberté doit lui être accordée, parce que tout principe de liberté est en lui. A lui de déterminer ce qui est vérité et bien, par l'enseignement, par la presse, par les cultes, etc.
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En outre, tout pouvoir doit procéder de l'homme c'est-à-dire de la pensée de l'homme et de sa volonté parce que tout droit est en lui. Dès lors ce pouvoir est au service, non de la vérité et du bien en eux-mêmes, mais de ce que la pensée de l'homme, ou la pensée collective de ceux qui détiennent le pouvoir, estiment le bien de la société. La loi est l'expression de la pensée commune et de la volonté générale sans qu'il soit tenu compte d'un autre facteur. C'est donc en stricte logique que nous pouvons et devons affirmer : l'Etat Moderne, les Constitutions Modernes sont athées, libre-penseurs et conséquemment anti-Dieu, anti-Jésus-Christ, anti-Eglise.
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Résumons-nous : dans l'ordre social, l'homme s'est substitué à Dieu. De tout ce qui est social, il a supprimé l'empreinte divine, toute trace d'œuvre divine. Le Christ et l'Eglise ont disparu. Vis-à-vis de Dieu et des choses de Dieu, l'homme doit jouir de toute liberté et établir sa pensée, unique principe de vérité et de bien. Comme, malgré tout, il faut un certain ordre dans l'organisation des Etats, le pouvoir et la loi sont nécessaires, mais ce pouvoir encore sera une manifestation de l'homme et l'expres¬sion de sa pensée. La loi expression de la volonté générale est la base même du droit moderne. Telle est la condition de la société contemporaine, — telle est la condition d'existence des Nations modernes. Or, nous posons en thèse, qu'au point de vue indi¬viduel, les conditions de la société moderne, sont pour l'homme un mal immense ; au point de vue social, elles sont le mal suprême ; au point de vue de Dieu, de Jésus¬-Christ et de la Sainte Eglise, elles sont une injure et une injustice souveraine. Avant d'entrer dans chacune de ces considérations, rapportons les paroles des Papes; dont l'enseignement constant et uniforme, depuis Pie VII, condamne les conditions de la société moderne, annonce les fléaux qui nous menacent et, avec une insistance marquée, invite Evêques, Prêtres et fidèles à travailler à la recons¬titution de l'Ordre Social Catholique.
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Nous avons relaté toute entière la lettre apostolique de Pie VII, écrite à l'occasion de l'avènement de Louis XVIII au trône de France. Contentons-nous de citations empruntées aux diverses encycliques des Papes, à partir de Grégoire XVI, et qui demandent d'être méditées.
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Grégoire XVI, dans l'encyclique « Mirari vos », condamne les libertés et les principes modernes.
« De cette source empoisonnée de l'indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde, ou plutôt ce délire : qu'on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses, « à laquelle aplanit la voie, cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l'Eglise et de l'Etat, va se répandant de toutes parts, et que certains hommes par un excès d'impudence, ne crai¬gnent pas de représenter comme avantageux à la religion. Eh ! « quelle mort plus funeste pour les âmes que la liberté de l'erreur ! » disait Saint Augustin. En voyant ôter ainsi aux hommes tout frein capable de les retenir dans les sentiers de la vérité, entraînés qu'ils sont déjà à leur perte par un naturel enclin au mal, c'est en vérité que nous disons qu'il est ouvert ce puits de l'abîme, d'où Saint jean vit « monter une fumée qui obscurcissait le soleil, et des sauterelles sortir pour la dévastation de la terre. De là, en effet, le peu de stabilité des esprits ; de là, la corruption toujours croissante des jeunes gens; de là, dans le peuple, le mépris des droits sacrés, des choses et des lois les plus saintes ; de là, en un mot, le fléau le plus funeste qui puisse ravager les Etats, car l'expérience nous l'atteste et l'antiquité la plus reculée nous l'apprend : pour amener la destruction des Etats, les plus riches, les plus puissants, les plus glorieux, les plus florissants, il n'a fallu que cette liberté sans frein des opinions, cette licence des dis¬cours publics, cette ardeur pour les innovations. « A cela se rattache la liberté de la presse, liberté la plus funeste, liberté exécrable, pour laquelle on n'aura jamais assez d'horreur et que certains hommes osent, avec tant de bruit et tant d'audace, demander et étendre partout. Nous frémissons, vénérables Frères, en considérant de quels monstres de doc¬trines, ou plutôt de quels prodiges d'erreurs, nous sommes accablés; erreurs disséminées au loin et de tous côtés par une multitude immense de livres, de brochures et d'autres écrits, petits il est vrai en volume, mais énormes en perversité, d'où sort la malédiction qui couvre la face de la terre et fait couler nos larmes. Il est cependant, ô douleur ! des hommes emportés par un tel excès d'impudence, qu'ils ne craignent pas de soutenir opiniâtrement que le déluge d'erreurs, qui découle de là, est assez abondam¬ment compensé par la publication de quelque livre imprimé pour défendre, au milieu de cet amas d'iniquités, la vérité et la religion. Mais, c'est un crime assurément et un crime réprouvé par toute espèce de droit, de commettre, de dessein prémédité, un mal certain et très grand, dans l'espérance que, peut-être, il en résultera quelque bien; et quel homme sensé, osera jamais dire qu'il est permis de répandre des poisons, de les vendre publiquement, de les col¬porter, bien plus, de les prendre avec avidité, sous prétexte qu'il existe quelque remède qui a parfois arraché à la mort ceux qui s'en sont servis ? »
Pie IX, dans l'encyclique « Quanta Cura » condamne les libertés et les principes modernes :
« En conséquence de cette idée absolument fausse du gouvernement social, ils n'hésitent pas à favoriser cette opinion erronée, on ne peut plus fatale à l'Eglise catholique et au salut des âmes, et que notre prédé¬cesseur d'heureuse mémoire, Grégoire XVI, appelait un délire, savoir que « la liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme ; qu'il doit être proclamé et assuré dans tout Etat bien cons¬titué : et que les citoyens ont droit à la pleine liberté de manifester hautement et publiquement leurs opi¬nions, quelles qu'elles soient, par la parole, par l'im¬pression ou autrement, sans que l'autorité ecclésiastique ou civile puisse le limiter. » Or, en soutenant ces affirmations téméraires, ils ne pensent pas, ils ne considèrent pas qu'ils prêchent une liberté de perdition, et que, « s'il est toujours permis aux opinions humaines d'entrer en conflit, il ne manquera jamais d'hommes, qui oseront résister à la vérité et mettre leur confiance dans le verbiage de la sagesse humaine, vanité extrêmement nuisible, que la foi et la sagesse chrétienne doivent soigneusement éviter, conformé¬ment à l'enseignement de Notre-Seigneur Jésus¬-Christ lui-même. » « Quand la religion est bannie de la société civile, la doctrine et l'autorité de la révélation divine sont rejetées, la vraie notion de la justice et du droit humain s'obscurcit, se perd, et la force matérielle prend la place de la justice et du vrai droit. On voit donc clairement pourquoi certains hommes, ne tenant aucun compte des principes les plus certains de la saine raison, osent publier « que la volonté du peuple manifestée par ce qu'ils appellent l'opinion publique ou de telle autre manière, constitue la loi suprême, indépendante de tout droit divin et humain ; et que, dans l'ordre politique, les faits accomplis, par cela même qu'ils sont accomplis, ont la valeur du droit. » Mais qui ne voit, qui ne sent très bien, qu'une société soustraite aux lois de la religion et de la vraie justice, ne peut avoir d'autre but que d'amasser, d'accumuler des richesses, et, dans tous ses actes, d'autre loi que l'indomptable désir de satisfaire ses passions et de se procurer des jouissances ? Voilà pourquoi, les hommes de ce caractère poursuivent, d'une haine cruelle, des ordres religieux, sans avoir égard aux immenses services rendus par eux à la religion, à la société et aux lettres ; pourquoi ils déblatèrent contre eux en disant qu'ils n'ont aucune raison légitime d'exister : ils font l'écho aux calomnies des héréti¬ques. »
Propositions condamnées par le Syllabus
Prop. 77. ¬— « A notre époque, il n'est plus utile que « la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'Etat, à l'exclusion de tous les autres cultes. » (Alloc. Nemo vestrum, du 26 juillet 1855.) Prop. 78. — « Aussi, c'est avec raison que, dans quel¬ques pays catholiques, la loi a pourvu à ce que les étrangers qui s'y rendent, y jouissent de l'exercice public de leurs cultes particuliers. » (Alloc. Acerbis¬simum, du 27 septembre 1852.) Prop. 79. - « Il est faux que la liberté civile de tous les cultes et que le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jettent plus facile¬ment les peuples dans la corruption des mœurs et de l'esprit et propagent la peste de l'Indifférentisme. » (Alloc. Nunquam fore, du 15 décembre 1856).
Léon XIII, dans l'encyclique « Immortale Dei » condamne les théories modernes sur le pouvoir et la liberté :
« Mais, ce pernicieux et déplorable goût de nouveautés, que vit naître le seizième siècle, après avoir d'abord bouleversé la religion chrétienne, bientôt, par une pente naturelle, passa à la philosophie; et de la philosophie à tous les degrés de la société civile. C'est à cette source qu'il faut faire remonter ces principes modernes de liberté effrénée, rêvés et promulgués parmi les grandes perturbations du siècle dernier, comme les principes et les fondements d'un droit nouveau jusqu'alors, et sur plus d'un point en désac¬cord, non seulement avec le droit chrétien, mais avec le droit naturel. — Voici le premier de tous ces principes : tous les hommes, dès lors qu'ils sont de même, race et de même nature, sont semblables, et, par le fait, égaux entr'eux dans la pratique de la vie ; chacun relève si bien de lui seul, qu'il n'est d'aucune façon soumis à l'autorité d'autrui ; il peut, en toute liberté, penser sur toute chose ce qu'il veut, faire ce qu'il lui plaît ; personne n'a le droit de commander aux autres. Dans une société fondée sur ces principes, l'autorité publique n'est que la volonté du peuple, lequel, ne dépendant que de lui-même, est aussi le seul à se commander. Il choisit ses mandataires, mais de telle sorte qu'il leur délègue, moins le droit, que la fonction du pouvoir, pour l'exercer en son nom. La souveraineté de Dieu est passée sous silence, exactement comme si Dieu n'existait pas, ou ne s'occupait en rien de la société du genre humain ; ou bien, comme si les hommes, soit en particulier, soit en société, ne devaient rien à Dieu, ou qu'on pût imaginer une puissance quelconque dont la cause, la force, l'autorité ne résidât pas toute entière en Dieu même. De cette sorte, on le voit, l'Etat n'est autre chose que la mul¬titude maîtresse et se gouvernant elle-même : et, dès lors que le peuple est censé être la source de tout droit et de tout pouvoir, il s'ensuit que l'Etat ne se croit lié à aucune obligation envers Dieu, ne professe officiellement aucune religion, n'est pas tenu de recher¬cher quelle est la seule vraie entre toutes, ni d'en préférer une aux autres, ni d'en favoriser une prin¬cipalement ; mais, qu'il doit leur attribuer à toutes l'égalité en droit, à cette fin seulement de les empê¬cher de troubler l'ordre public. Par conséquent, chacun sera libre d'embrasser la religion qu'il préfère, ou de n'en suivre aucune, si aucune ne lui agrée. De là, découlent nécessairement la liberté sans frein de toute conscience, la liberté absolue d'adorer ou de ne pas adorer Dieu, la licence sans bornes et de penser et de publier ses pensées. »
Léon XIII, dans l'encyclique « Libertas » condamne les libertés modernes.
« D'autres vont un peu moins loin, mais sans être plus conséquents avec eux-mêmes ; selon eux, les lois divines doivent régler la vie et la conduite des particuliers, mais non celle des Etats ; il est permis, dans les choses publiques, de s'écarter des ordres de Dieu et de légiférer sans en tenir aucun compte; d'où naît cette conséquence pernicieuse de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Mais l'absurdité de ces opinions se comprend sans peine. Il faut, la nature même le crie, il faut que la société donne aux citoyens les moyens et les facilités de passer leur vie selon l'honnêteté, c'est-à-dire selon les lois de Dieu, puisque Dieu est le principe de toute honnêteté et de toute justice ; il répugnerait donc absolument que l'État pût se désintéresser de ces mêmes lois ou même aller contre elles en quoi que ce soit. « De plus, ceux qui gouvernent les peuples doivent certainement à la chose publique, de lui procurer, par la sagesse de leurs lois, non seulement les avantages et les biens du dehors, mais aussi et surtout les biens de l'âme. Or, pour accroître ces biens, on ne saurait rien imaginer de plus efficace que ces lois dont Dieu est l'auteur ; et c'est pour cela que ceux qui veulent dans le gouvernement des Etats ne tenir aucun compte des lois divines, détournent vraiment la puissance politique de son institution et de l'ordre prescrit par la nature. Mais une remarque plus importante et que nous avons nous-même rappelée plus d'une fois ailleurs, c'est que le pouvoir civil et le pouvoir sacré, bien que n'ayant pas le même but et ne marchant pas par les mêmes chemins, doivent pour¬ant dans l'accomplissement de leurs fonctions, se rencontrer quelquefois l'un et l'autre. Tous deux, en effet, exercent plus d'une fois leur autorité sur les mêmes objets, quoique à des points de vue différents. Le conflit, dans cette occurrence, serait absurde et répugnerait ouvertement à l'infinie sagesse des conseils divins : il faut donc nécessairement qu'il y ait un moyen, un procédé, pour faire disparaître les causes de contestations et de luttes et établir l'accord dans la pratique. Et cet accord, ce n'est pas sans raison qu'on le compare à l'union qui existe entre l'âme et le corps, et cela au plus grand avantage des deux conjoints, car la séparation est particulièrement fu¬neste au corps, puisqu'elle le prive de la vie. « Mais, pour mieux mettre en lumière ces vérités, il est bon que nous considérions séparément les di¬verses sortes de libertés que l'on donne comme des conquêtes de notre époque. — Et d'abord, à propos des individus, examinons cette liberté si contraire à la vertu de religion, la liberté des cultes, comme on l'appelle, liberté qui repose sur ce principe qu'il est loisible à chacun de professer telle religion qui lui plaît, ou même de n'en professer aucune. Mais, tout au contraire, c'est bien là, sans nul doute, parmi tous les devoirs de l'homme, le plus grand et le plus saint, celui qui ordonne à l'homme de rendre à Dieu un culte de piété et de religion. Et ce devoir n'est qu'une conséquence de ce fait, que nous sommes perpétuellement sous la dépendance de Dieu, gouvernés par la volonté et la Providence de Dieu, et que, sortis de Lui, nous devons retourner à Lui. « Il faut ajouter qu'aucune vertu, digne de ce nom, ne peut exister sans la religion, car la vertu morale est celle dont les actes ont pour objet tout ce qui nous conduit à Dieu, considéré comme notre suprême et souverain bien ; et c'est pour cela que la religion, qui « accomplit les actes ayant pour fin directe et immédiate l'honneur divin ». (S. Th., 2 2 , qu. LXXXI, a. 6.), est la reine à la fois et la règle de toutes les vertus. Et si l'on demande, parmi toutes ces religions opposées, qui ont cours, laquelle il faut suivre à l'exclusion des autres, la raison et la nature s'unissent pour nous répondre : celle que Dieu a prescrite et qu'il est aisé de distinguer, grâce à certains signes extérieurs par lesquels la divine Provi¬dence a voulu la rendre reconnaissable, car, dans une chose de cette importance, l'erreur entraînerait des conséquences trop désastreuses. C'est pourquoi offrir à l'homme la liberté dont nous parlons, c'est lui donner le pouvoir de dénaturer impunément le plus saint des devoirs, de le déserter, abandonnant le bien immuable, pour se tourner vers le mal : ce qui, nous l'avons dit, n'est plus la liberté, mais une dépravation de la liberté, et une servitude de l'âme dans l'abjection du péché. « Envisagée au point de vue social, cette même liberté veut que l'Etat ne rende aucun culte à Dieu, ou n'autorise aucun culte social ; que nulle religion ne soit préférée à l'autre, que toutes soient considé¬rées comme ayant les mêmes droits, sans même avoir égard au peuple, lors même que ce peuple fait pro¬fession de catholicisme. Mais, pour qu'il en fût ainsi il faudrait que vraiment la communauté civile n'eût aucun devoir envers Dieu ou, qu'en ayant, elle pût impunément s'en affranchir ; ce qui est également et manifestement faux. On ne saurait mettre en doute, en effet, que la réunion des hommes en société ne soit l'œuvre de la volonté de Dieu, et cela, qu'on considère la société dans ses membres, dans sa forme qui est l'autorité, dans sa cause ou dans le nombre et l'importance des avantages qu'elle procure à l'homme. C'est Dieu qui a fait l'homme pour la société et qui l'a uni à ses semblables, afin que les besoins de sa nature, auxquels ses efforts solitaires ne pourraient donner satisfaction, puissent la trouver dans l'association. C'est pourquoi la société civile, en tant que société, doit nécessairement connaître Dieu comme son principe et son auteur, et, par conséquent, rendre à sa puissance et à son autorité l'hommage de son culte. Non, de par la justice ; — non, de par la raison, l'Etat ne peut être athée, ou, ce qui reviendrait à l'athéisme, être animé à l'égard de toutes les religions, comme on dit, des mêmes dispositions, et leur accorder indistinctement les mêmes droits. — Puisqu'il est donc nécessaire de professer une reli¬gion dans la société, il faut professer celle qui est la seule vraie et que l'on reconnaît sans peine, au moins dans les pays catholiques, aux signes de vérité dont elle porte en elle l'éclatant caractère. Cette religion, les chefs de l'Etat doivent donc la conserver et la protéger, s'ils veulent, comme ils en ont l'obligation, pourvoir prudemment et utilement aux intérêts de la communauté. Car, la puissance publique a été établie pour l'utilité de ceux qui sont gouvernés, et quoi qu’elle n'ait pour fin prochaine, que de conduire les citoyens à la prospérité de cette vie terrestre, c'est pourtant un devoir pour elle de ne point diminuer, mais d'accroître, au contraire pour l'homme, la faculté d'atteindre à ce bien suprême et souverain, dans lequel, consiste l'éternelle félicité des hommes et qui devient impossible sans la religion. »
Léon XIII, dans l'encyclique « Immortale Dei », affirme les droits de la seule Eglise, vraie, en face de l'Etat.
« Relativement à la religion, penser qu'il est indifférent qu'elle ait des formes disparates et contraires équivaut simplement à n'en vouloir ni choisir, ni suivre aucune. C'est l'athéisme moins le nom. Qui¬conque, en effet, croit en Dieu, s'il est conséquent et ne veut pas tomber dans l'absurde, doit nécessai¬rement admettre que les divers cultes en usage, entre lesquels il y a tant de différence, de disparité, et d'opposition, même sur les points les plus importants, ne sauraient être tous également bons, également agréables à Dieu. « De même, la liberté de penser et de publier ses pensées, soustraite à toute règle, n'est pas de soi, un bien dont la société puisse se réjouir ; mais c'est la source et l'origine de beaucoup de maux. La liberté, cet élément de perfection pour l'homme, doit s'appliquer à ce qui est vrai et à ce qui est bon. Or, l'essence du bien et de la vérité ne peut changer au gré de l'homme, mais elle demeure toujours la même, et, non moins que la nature des choses, elle est immuable. « Si l'intelligence adhère à des opinions fausses, si la volonté choisit mal et s'y attache, ni l'une, ni l'autre n'atteint sa perfection, toutes deux déchoient de leur dignité native et se corrompent. Il n'est donc pas permis de mettre au jour et d'exposer aux yeux des hommes ce qui est contraire à la vertu et à la vérité, et bien moins encore de placer cette licence sous la tutelle et la protection des lois. Il n'y a qu'une voie pour arriver au ciel, vers lequel nous tendons tous c'est une bonne vie. L'Etat s'écarte donc des règles et des prescriptions de la nature, s'il favorise à ce point la licence des opinions et des actions coupables, que l'on puisse impunément détourner les esprits et les âmes de la vertu. Quant à l'Eglise, que Dieu lui¬-même a établie, l'exclure de la vie publique, des lois, de l'éducation de la jeunesse, de la société domestique, c'est une grande et pernicieuse erreur. Une société sans religion ne saurait être réglée : et, déjà, plus peut-être qu'il ne faudrait, l'on voit ce que vaut en soi et dans ses conséquences cette soi-disant morale civile. La vraie maîtresse de la vertu et la gardienne des mœurs, est l'Eglise du Christ. C'est elle qui conserve, en leur intégrité, les principes d'où découlent les devoirs, et qui, suggérant les plus nobles motifs de bien vivre, ordonne non seulement de fuir les¬ mauvaises actions, mais de dompter les mouvements de l'âme contraires à la raison, quand même ils ne se traduisent pas en actes. Prétendre assujettir l'Eglise au pouvoir civil dans l'exercice de son minis¬tère, c'est à la fois une grande injustice et une grande témérité. Par le fait même, on trouble l'ordre, car on donne le pas aux choses naturelles sur les choses surnaturelles ; on tarit, ou certainement on diminue beaucoup l'affluence des biens dont l'Eglise, si elle est sans entraves, comblerait la société ; et, de plus, on ouvre la voie à des haines et à des luttes dont de trop fréquentes expériences ont démontré la grande et funeste influence sur l'une et l'autre société. Ces doctrines, que la raison réprouve et qui ont une influence si considérable sur la marche des choses publiques, les Pontifes Romains, nos prédécesseurs, dans la pleine conscience de ce que réclamait d'eux la charge apostolique, n'ont jamais souffert qu'elles fussent impunément émises. »
Léon XIII, dans l'encyclique « Libertas » condamne le libéralisme comme rationa¬lisme social
« Il en est un grand nombre qui, à l'exemple de Lucifer, de qui est ce mot criminel : Je ne servirai pas, entendent, par le nom de liberté, ce qui n'est qu'une pure et absurde licence. Tels sont ceux qui appartiennent à cette école si répandue et si puissante et qui, empruntant leur nom au mot de liberté veu¬lent être appelés Libéraux. « Et, en effet, ce que sont les partisans du Naturalisme et du Rationalisme en philosophie, les fauteurs du Libéralisme le sont dans l'ordre moral et civil, puis¬ qu'ils introduisent, dans les mœurs et la pratique de la vie, les principes posés par les partisans du Naturalisme. Or, le principe de tout rationalisme, c'est la domination souveraine de la raison humaine, qui refusant l'obéissance due à la raison divine et éternelle, et prétendant ne relever que d'elle-même, ne se reconnaît qu'elle seule pour principe suprême, source et juge de la vérité. Telle est la prétention des sectateurs du Libéralisme, dont nous avons parlé ; selon eux, il n'y a, dans la pratique de la vie, aucune puissance divine à laquelle on soit tenu d'obéir, mais chacun est à soi-même sa propre loi. De là, procède cette morale que l'on appelle indépendante et qui, sous l'apparence de la liberté, détournant la volonté de l'observation des divins préceptes, conduit l'homme à une licence illimitée. « Ce qui en résulte finalement, surtout dans les sociétés humaines, il est facile de le voir. Car, une fois cette conviction fixée dans l'esprit, que personne n'a d'autorité sur l'homme, la conséquence est que la cause efficiente de la communauté civile et de la société doit être cherchée, non pas dans, un principe extérieur ou supérieur à l'homme, mais dans la libre volonté de chacun, et que la puissance publique émane de la multitude comme de sa source première ; en outre, ce que la raison individuelle est pour l'individu, à savoir, la seule loi qui règle la vie privée, la raison collective doit l'être pour la collectivité dans l'ordre des affaires publiques ; de là, la puissance appartenant au nombre, et les majorités créant seules le droit et le devoir. Mais, l'opposition de tout cela avec la raison ressort assez de ce qui a été dit. En effet, vouloir qu'il n'y ait aucun lien entre l'homme ou la société civile et Dieu créateur et, par conséquent suprême législateur de toutes choses, répugne abso¬lument à la nature, et non seulement à la nature de l'homme, mais à celle de tout être créé ; car, tout effet est nécessairement uni par quelque lien à la cause d'où il procède : et il convient à toute nature, et il appartient à la perfection de chacune qu'elle reste au lieu et au rang que lui assigne l'ordre naturel, c'est-à-dire, que l'être inférieur se soumette et obéisse à celui qui lui est supérieur. « Mais, de plus, une pareille doctrine apporte le plus grand dommage tant à l'individu qu'à la société. Et, en réalité, si l'on fait dépendre du jugement de la seule et unique raison humaine, le bien et le mal ; on supprime la différence propre entre le bien et le mal ; le honteux et l'honnête ne diffèrent plus en réalité, mais seulement dans l'opinion et le jugement de chacun ; ce qui plaît sera permis. »
Pie X, dans l'encyclique « E Supremi », dénonce l'Apostasie des Nations et de la Société moderne et la condamne :
« Nous éprouvons une sorte de terreur à considérer « les conditions funestes de l'humanité à l'heure pré¬sente. Peut-on ignorer la maladie si profonde et si grave qui travaille, en ce moment, bien plus que par le passé, la société humaine, et qui, s'aggravant de jour en jour et la rongeant jusqu'aux moelles, l'en¬traîne à sa ruine ? Cette maladie, vénérables Frères, vous la connaissez, c'est, à l'égard de Dieu, l'abandon et l'apostasie ; et rien, sans nul doute, qui mène plus sûrement à la ruine, selon cette parole du prophète :Voici que ceux qui s'éloignent de vous périront, (Ps. LXXII, 27.) A un si grand mal, Nous compre¬nions qu'il Nous appartenait, en vertu de la charge pontificale à Nous confiée, de porter remède ; Nous estimions qu'à Nous s'adressait cet ordre de Dieu : Voici qu'aujourd'hui je t'établis sur les nations et les royaumes pour arracher et pour détruire, pour édifier et pour planter (Jérém. I, Io) ; mais pleinement conscient de Notre faiblesse, Nous redoutions d'assumer une œuvre hérissée de tant de difficultés, et qui, pourtant, n'admet pas de délais. Ce¬pendant, puisqu'il a plu à Dieu d'élever, Notre bas¬sesse jusqu'à cette plénitude de puissance, Nous pui¬sons courage en Celui qui nous réconforte; et mettant la main à l'œuvre, soutenu de la force divine, Nous déclarons que Notre but unique dans l'exercice du suprême Pontificat, est de tout restaurer dans le Christ (Ephes. I, Io.), afin que le Christ soit tout et en tout. (Coloss. III, 17.) « Il s'en trouvera, sans doute, qui, appliquant aux choses divines la courte mesure des choses humaines, chercheront à scruter Nos pensées intimes et à les tourner à leurs vues terrestres et à leurs intérêts de parti. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être et que, avec le secours divin, Nous ne serons rien autre, au milieu des sociétés humaines, que le ministre du Dieu qui Nous a revêtu de son autorité. Ses intérêts sont nos intérêts : leur consacrer Nos forces et Notre vie telle est Notre résolution inébranlable. C'est pourquoi, si l'on Nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ. « Voulant donc entreprendre et poursuivre cette grande œuvre, Vénérables Frères, ce qui redouble Notre ardeur, c'est la certitude que vous Nous y serez de vaillants auxiliaires. Si Nous en doutions, Nous semblerions vous tenir, et bien à tort, pour mal informés ou indifférents, en face de la guerre impie qui a été soulevée et qui va se poursuivant presque partout contre Dieu. De nos jours il n'est que trop vrai, les nations ont frémi et les peuples ont médité des projets insensés (Ps. II, i.) contre leur Créateur ; et presque commun est devenu ce cri des ennemis : Retirez-vous de nous (Job. XXI, 14). De là, en la plupart, un rejet total de tout respect de Dieu. De là, des habitudes de vie, tant privée que publique, où nul compte n'est tenu de sa souveraineté. Bien plus, il n'est effort ni artifi