Serpent

De Christ-Roi
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"Outre les mille formes différentes sous lesquelles les peuples païens d'autrefois et d'aujourd'hui ont honoré le démon, tous l'ont adoré sous la forme privilégiée du serpent, serpent vivant, serpent en chair et en os, serpent rendant des oracles; et cela, non pas une fois, mais toujours" (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 342).

Le culte du Serpent

"... pour les peuples du haut Orient, voisins du Paradis terrestre, les Perses, les Mèdes, les Babyloniens, les Phéniciens, le grand Dieu, le Dieu suprême, le père des lois, l'oracle de la sagesse, c'était le serpent à la tête d'épervier. A lui les plus beaux temples, les prêtres d'élite, les victimes choisies, la solution des questions difficiles. Les siècles ne lui avaient rien fait perdre de sa gloire et de son autorité" (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 342).

En Perse, Babylonie

"Au temps de Daniel, son culte s'était conservé dans toute sa splendeur. Le célèbre temple de Bel, bâti au milieu de Babylone, servait de sanctuaire à un énorme serpent, que les Babyloniens entouraient de leurs adorations (Et erat draco magnus in loco illo, et colebant eum Babyloni... Tulitque Daniel picem, et adipem, et pilos, et coxit pariter : fecitque massas, et dedit in os draconis, et diruptus est draco. Dan., XIV, 22 et seq.) Au sommet de ce temple de proportions colossales, apparaissait la statue de Rhéa. Cette statue d'or, faite au marteau, pesait 400 talents, environ 31 000 kilogrammes. Assise sur un char d'or, la déesse avait à ses genoux deux lions, et à côté d'elle deux énormes serpents d'argent, chacun du poids de 30 talents, environ 330 kilogrammes (Diodore de Sicile, Hist., liv. XI, c, ix.)

Ces monstrueuses figures annonçaient au loin la présence du serpent vivant et la gigantesque idolâtrie dont il était l'objet... Pour les anciens Perses, le grand Dieu était le serpent à la tête d'épervier. Tour à tour adoré comme génie du bien et comme génie du mal, sous ce dernier rapport il était la cause de tous les maux de l'humanité. La tradition lui donnait le nom d'Ahriman. Ce monstre, après avoir combattu le ciel, à la tête d'une tourbe de mauvais génies, saute sur la terre sous la forme du serpent, couvre la face du monde d'animaux venimeux, et s'insinue dans toute la nature" (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 342-343).

En Chine

"Les traditions chinoises font remonter l'origine du mal à l'instigation d'une intelligence supérieure, révoltée contre Dieu et revêtue de la forme du serpent. Tchiseou est le nom de ce dragon. Enfin, lorsque le Japon nous peint la scène de la création, il emprunte l'image d'un arbre vigoureux autour duquel s'enroule un serpent" (G. des Mousseaux, Les hauts phénomènes de la magie, Paris, 1864, in-8, p. 45 cité in Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 343).

En Egypte

"L'Égypte nous offre, trait pour trait, le même Dieu et le même culte. « Le symbole de Cnouphis ou l'âme du monde, dit M. Champollion, est donné sous la forme d'un énorme serpent, monté sur des jambes humaines, et ce reptile, emblème du bon Génie, le véritable Agathodaemon est souvent barbu. A côté de ce serpent, les monuments égyptiens portent l'inscription : Dieu grand, Dieu suprême, seigneur de la région supérieure (Panth. égypt., texte 3 et liv. 11, p. 4.)

Longtemps avant Champollion, Elien, parlant de la religion des Égyptiens, avait dit: « Le serpent venérable et sacré a en lui quelque chose de divin, et il n'est pas bon de se trouver en sa présence. Ainsi, à Météli, en Égypte, un serpent habite une tour où il reçoit les honneurs divins. Il a ses prêtres et ses ministres, sa table et sa coupe. Chaque jour ils versent dans sa coupe de l'eau de miel, détrempée de farine, et ils se retirent. En revenant le lendemain, ils trouvent la coupe vide. « Un jour, le plus âgé de ces prêtres, poussé par le désir de voir le Dragon, entre seul, met la table du dieu et sort du sanctuaire. Aussitôt le Dragon arrive, monte sur la table et fait son repas. Tout à coup le prêtre ouvre avec fracas les portes que, suivant l'usage, il avait eu soin de fermer. Le serpent en courroux se retire ; mais le prêtre ayant vu, pour son malheur, celui qu'il désirait voir, devient fou. Après avoir avoué son crime, il perd l'usage de la parole et tombe mort. » (AElian., De natur. animal., lib XI, c. XVII, édit. Didot, 1858.)

Le célèbre papyrus Anastasi, récemment découvert en Égypte, confirme les affirmations d'Elien, de Clément d'Alexandrie et de Champollion. Il dit: Il ne faut invoquer le grand nom du serpent que dans une absolue nécessité et lorsqu'on n'a rien à se reprocher. Après quelques formules magiques, IL ENTRERA UN DIEU A TÊTE DE SERPENT QUI DONNERA LES RÉPONSES. » (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 343-344).

En Égypte, "dans ce pays de primitive idolâtrie, on ne voyait que des serpents adorés ou familiers. Leurs temples s'élevaient sur tous les points du territoire. Là, comme à Babylone, on les nourrissait avec soin, on les adorait, on les consultait. Les Égyptiens en gardaient dans leurs maisons, les regardaient avec plaisir, les traitaient avec déférence et les appelaient à partager leurs repas. « Nulle part, dit Phylarque, le serpent n'a été adoré avec tant de ferveur. Jamais peuple n'a égalé l'Égyptien dans l'hospitalité donnée aux serpents. » (Phylarchus libro duodecimo in valgus edidit, aspides ab AEgyptiis vehementer coli, easdem ex eo cultu prorsus mansuescere. AEgyptii in aspidum nationem hospitalissimi, etc. Apud AElian, lib XVII, c. V.)

En conséquence le serpent entrait dans l'idée ou la représentation de toute autorité divine et humaine. « En signe de divinité, dit Diodore de Sicile, les statues des dieux étaient entourées d'un serpent; le sceptre des rois, en signe de puissance royale; les bonnets des prêtres, en signe de puissance divine » (Lib. V.) Les statues d'Isis, en particulier, étaient couronnées d'une espèce de serpents nommés thermuthis, qu'on regardait comme sacrés et auxquels on rendait de grands honneurs (AEgyptii basiliscum ex auro conflatum diis circumponunt. Horus Apollo, Hierogl. I, apud Pierium. « Le serpent était l'emblème et le signe de la puissance royale. Aussi les Grecs traduisirent son nom par basiliskos, mot dérivé de basileus, qui veut dire roi. » Panth. égypt., par M. Champollion, liv. II, p. 4. - Voir, dans cet ouvrage, la représentation des dieux égyptiens.)

Suivant les Égyptiens, ces serpents étaient immortels, servaient à discerner le bien du mal, se montraient amis des gens de bien et ne donnaient la mort qu'aux méchants. Pas un coin des temples, où il n'y eût un petit sanctuaire souterrain destiné à ces reptiles, qu'on nourrissait avec de la graisse de boeuf (AElian., De natur. animal., lib. X, c. XXXI; et Diod. Sicul., ubi supra.)

De là, les paroles si connues de Clément d'Alexandrie : « Les temples égyptiens, leurs portiques et leurs vestibules sont magnifiquement construits; les cours sont environnées de colonnes; des marbres précieux et brillant de couleurs variées en décorent les murs, de manière que tout est assorti. Les petits sanctuaires resplendissent de l'éclat de l'or, de l'argent, de l'électron, des pierres précieuses de l'Inde et de l'Éthiopie : tous sont ombragés par des voiles tissus d'or. Mais, si vous pénétrez dans le fond du temple, et que vous cherchiez la statue du dieu auquel il est consacré, un pastophore ou quelque autre employé du temple s'avance d'un air grave, en chantant un paean en langue égyptienne, et soulève un peu le voile, comme pour vous montrer le dieu. Que voyez-vous alors? Un chat, un crocodile, un serpent! Le dieu des Égyptiens paraît... c'est une affreuse bête se vautrant sur un tapis de pourpre. » (Champollion, ibid.)

Le savant philosophe aurait pu ajouter : un bouc. En effet, c'est jusqu'à l'adoration de cet animal immonde, sous les noms divers de faune, de satyre, de bouc, de poilu, pilosi, comme l'appelle l'Écriture, que Satan avait conduit l'humanité. « Le culte du bouc, dit le savant Jablonski, n'était pas particulier à la ville égyptienne de Mendès ; toute l'Égypte le pratiquait, et tous les adorateurs avaient chez eux le portrait plus ou moins fidèle de leur dieu. Son domicile principal n'en était pas moins à Mendès, préfecture dont il était le dieu tutélaire. Son temple y était aussi grand que splendide, et là seulement était un bouc vivant et sacré. Il était placé au rang des huit grands dieux antérieurs aux douze autres » (Jablonski, Panthéon égyptien, liv. II, c. VII.), et honoré par des pratiques que nous nous abstiendrons de décrire. Comme Elien nous l'apprend, chat, bouc ou crocodile, le dieu principal était toujours accompagné d'un cortège de serpents. L'Égypte était donc bien la terre du Serpent. Il y régnait, sur la vie publique et sur la vie privée, avec une puissance dont le christianisme nous a mis dans l'heureuse impossibilité de mesurer l'étendue. Serait-il sans fondement d'attribuer les prestiges exceptionnels, rapportés dans l'Écriture, à ces relations, plus habituelles et plus intimes que dans aucun pays, des médiums égyptiens avec le terrible père du mensonge ? Comme il est constant que le paganisme occidental est venu du paganisme oriental, nous ne devrons pas être surpris de trouver le culte solennel du serpent dans la Grèce, en Italie et même chez les peuples du Nord" (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 345-347).

En Grèce

En Grèce, "dans les bacchanales il (le culte du serpent) avait pour but de célébrer l'alliance primitive du serpent avec la femme. Écoutons Clément d'Alexandrie : « Dans les orgies solennelles en l'honneur de Bacchus, les prêtres, qu'on dirait piqués par un coestre furieux, déchirent des chairs palpitantes, et couronnés de serpents, appellent Ève par de vastes hurlements, Ève qui la première ouvrit la porte à l'erreur. Or, l'objet particulier des cultes bachiques est un serpent consacré par des rites secrets. Maintenant, si vous voulez savoir au juste la signification du mot Éva, vous trouverez que, prononcé avec une aspiration forte, HEVA veut dire serpent femelle. » (Cohortat. ad Gentes, c. II.)

Sans cesse rappelée, célébrée, figurée, accomplie dans l'initiation aux mystères de certains cultes, cette alliance était chantée par la poésie et racontée par l'histoire, qui n'osait la révoquer en doute, ni en elle-même ni dans ses conséquences. Comme il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et que la religion de Satan a toujours le même but, on peut affirmer que c'est en la contractant, que les jeunes filles devenaient, dans l'antiquité païenne, comme aujourd'hui en Afrique, prêtresses du serpent (Arnob., lib. V. - Athenag., Legat., n. 20. - Voir Boettiger, Sabina, t. I, p. 454; xx, 2, 15, 16; et num. xxv, 2; et Lamprid. in Adrian cité in Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 348).

"Comme le serpent oriental, le serpent Python... est représenté comme un monstre énorme, un prodige effrayant. Ovide l'appelle le grand Python, Serpent inconnu, la terreur des peuples. Quoique tué en apparence par Apollon, c'était toujours lui qui, sous le nom d'Apollon, rendait les oracles" (Ovide, Métam., liv. I, v. 438, cité in Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 332). Aucun animal n'a obtenu en Grèce les honneurs divins, à la seule exception du serpent. Dans cette terre, prétendu berceau de la civilisation, il avait un grand nombre de temples. Les Athéniens conservaient toujours un serpent vivant et le regardaient comme le protecteur de leur ville : parodie de Jéhovah gardien de son peuple dans l'arche d'alliance. Ils lui attribuaient la vertu de lire dans l'avenir. C'est pour cela qu'ils en nourrissaient de familiers, afin d'avoir toujours à leur portée les prophètes et les prophéties (Pausanias, lib. II, p. 175; et Dict. de la Fable, art. Serpents.)

Afin de continuer magnifiquement ce culte, si glorieux pour la sage Athènes, Adrien fit bâtir dans cette ville un temple resplendissant d'or et de marbre, dont la divinité fut un grand serpent apporté de l'Inde (Dion., in Adrian.) Nous avons donc eu raison de le dire et nous ne cesserons de le répéter : aux beaux jours de la Grèce et même au temps d'Adrien, la civilisation d'Athènes, la métropole des lumières, dit-on dans les collèges, était au-dessous de la civilisation d'Haïti, où l'on condamne à mort, comme nous le verrons bientôt, les adorateurs du serpent.

Selon Plutarque, le culte du serpent était pratiqué dans la Thrace jusqu'au délire, par les Edoniennes. « La mère d'Alexandre, dit-il, Olympias, aimant telles fureurs divines, attirait après elle dans leurs danses de grands serpents privés, lesquels se glissaient souvent entre les lierres, dont les femmes sont couvertes en telles cérémonies, et s'entortillaient à l'entour des javelines qu'elles tiennent en leurs mains, et des chapeaux qu'elles ont sur leurs têtes : ce spectacle épouvantait les hommes. » (Vie dAlexandre, trad. d'Amyot.) Leurs cris étaient la répétition continuelle de ces mots Evoe, saboe, flues, altis.

Chez les Épirotes, l'affreux reptile jouissait des mêmes honneurs et de la même confiance. Son sanctuaire était un bois sacré, entouré de murs. Une vierge était sa prêtresse. Seule elle avait accès dans la redoutable enceinte. Seule elle pouvait porter à manger aux dieux et les interroger sur l'avenir. Suivant la tradition du pays, ces serpents étaient nés du serpent Python, seigneur de Delphes (Voir Dict. de la Fable, et le savant ouvrage : Dieu et les dieux, ch. I, par M. le chevalier Desmousseaux.) A Délos, Apollon était adoré sous la forme d'un dragon qui rendait pendant l'été des oracles sans ambiguïté.

A Épidaure, le dieu Esculape était un serpent. On le croyait le père d'une race de serpents sacrés, dont les colonies épidauriennes avaient soin d'emporter avec elles un individu, qu'elles installaient dans leur nouveau temple (AElian., lib. XI, c. II.)

Que, dès la plus haute antiquité, il y ait eu à Delphes un monstrueux serpent tenu pour un dieu, c'est ce qu'affirment les premiers habitants du pays. Que, suivant la fable, ce serpent ait été tué par Apollon, il n'en reste pas moins que Delphes était devenu le lieu fatidique le plus célèbre de l'ancien monde. Sous une forme ou sous une autre, l'antique serpent y régnait en maître, et de là sur toute la Grèce et sur une grande partie de l'Occident. Telle était la confiance qu'il inspirait, que les villes grecques et même les princes étrangers envoyaient à Delphes leurs trésors les plus précieux et les mettaient en dépôt sous la protection du Dieu-reptile.

Par une nouvelle insulte à Celle qui devait un jour lui écraser la tête, à Delphes comme en Épire, à Lavinium et partout, Satan voulait une vierge pour prêtresse : et comme il la traitait! Jeune dans le principe, elle dut plus tard, à cause de la lubricité des adorateurs, être d'un âge mûr. Lorsque le Dieu voulait parler, les feuilles d'un laurier planté devant le temple s'agitaient ; le temple lui-même tremblait jusque dans ses fondements. Après avoir bu à la fontaine de Castalie, la Pythie, conduite par les prêtres, entrait dans le temple, et s'avançait vers l'antre, qui était renfermé dans le redoutable sanctuaire. Plusieurs auteurs ont écrit que cet antre était toujours habité par un serpent et que dans le principe c'est le serpent lui-même qui parlait (Grand dict. de la Fable, art. Serpents.) L'orifice supportait le fameux trépied. C'était une machine d'airain composée de trois barres, sur laquelle la Pythie se plaçait de la manière la plus indécente, afin de recevoir le souffle prophétique (S. J. Chrys., in Ep. 1 ad Cor., homil. XXIX, n. 1.) Bientôt quelque chose de mystérieux se répandait dans ses entrailles, et l'accès fatidique commençait. La malheureuse fille d'Ève n'était plus maîtresse d'elle-même et donnait tous les signes de la possession. Ses cheveux se hérissaient; sa bouche écumait, ses regards devenaient farouches ; un tremblement violent s'emparait de tout son corps, et l'on était obligé de la maintenir par force sur le trépied. Elle faisait retentir le temple de ses cris et de ses hurlements. Au milieu de cette agitation extraordinaire, elle proférait les oracles, que des copistes écrivaient sur des tablettes. De ces fureurs diaboliques résultait souvent la mort de la pythie qui, pour cette raison, avait deux compagnes. La scène infernale que nous venons de décrire avait lieu tous les mois. Elle a duré des siècles. Elle a été vue par des millions d'hommes, entre lesquels figure tout ce que l'antiquité connaît de plus grave et de plus illustre (Lucan. Pharsal., lib. V; Virgil., lib. VI; Grand dict. de la Fable, etc., etc.; Strab., lib. VIII.) D'après ce fait et mille autres du même genre, accomplis dans toutes les parties du monde, sur quel fondement révoquer en doute le succès fabuleux obtenu, sous le règne de Marc-Aurèle, par le magicien Alexandre de Paphlagonie? Disciple d'Apollonius de Tyanes, ce medium parcourut, comme son maître, différentes provinces de l'empire, en montrant un serpent apprivoisé et qui faisait mille tours amusants. Il le donna pour un dieu, et un dieu rendant des oracles. A cette nouvelle, on vit les habitants de l'Ionie, de la Galatie, de la Cilicie, les Romains eux-mêmes et jusqu'à Rutulius qui commandait l'armée, accourir en foule à l'oracle vivant, an Python voyageur. Ses réponses lui gagnèrent la confiance. Dans ces provinces, comme dans le reste de la terre, on se prosterna devant le dieu-serpent; on lui offrit des sacrifices et des dons précieux ; on lui éleva des statues d'argent. L'empereur lui-même voulut voir le dieu. Alexandre fut mandé à la cour, où il fut reçu avec de grands honneurs (Lucian., in Pseudomate.) (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 349-353).

A Rome

"Pas plus que les Grecs, si vantés pour leur philosophie, les Romains, maîtres du monde, n'ont échappé à la domination de l'odieux reptile. Dès l'origine ils ont adoré le dieu-serpent, et leurs hommages ne se sont pas démentis (Proper., Eleg. in Cynthia.) Enée, leur père, fonda près de Rome une ville appelée Lavinium, qu'on peut appeler l'aïeule de Rome. Non loin de Lavinium était un bois sacré, large et obscur, où, dans une caverne profonde, habitait un grand serpent (AElian., lib. XI, c. XVI.) Ici encore, c'étaient des jeunes filles qui étaient les prêtresses de ce dieu. Quand elles entraient pour lui donner à manger, on leur bandait les yeux, mais un esprit divin les conduisait droit à la caverne. Si le serpent ne mangeait pas les gâteaux, c'était une preuve que la jeune fille qui les avait présentés avait cessé d'être vierge, et elle était impitoyablement mise à mort (ibid.) Comme si le culte perpétuel du serpent indigène n'eût pas suffi, les Romains, dans les circonstances difficiles, recouraient à un serpent étranger, regardé comme plus puissant. Ainsi, l'an 401, leur ville étant, depuis trois ans, désolée par une peste dont rien ne pouvait arrêter les ravages, ils consultèrent les vieux livres sibyllins, inspectis sibyllinis libris. On y trouva que l'unique moyen de faire cesser le fléau était d'aller chercher Esculape, à Épidaure, et de le conduire dans la ville. En conséquence, une galère est équipée et une députation, conduite par Quintus Ogulnius, se rend à Épidaure. Quand les députés eurent présenté leur requête, un grand serpent sortit du temple, se promena dans les endroits les plus fréquentés de la ville, avec des yeux doux et une démarche calme, au milieu de l'admiration religieuse de tout le peuple. « Bientôt, continue l'historien romain, poussé par le désir d'occuper l'illustre sanctuaire qui lui était réservé, le dieu accéléra sa marche et vint monter sur la galère romaine. Il choisit pour sa demeure la chambre même d'Ogulnius, se roula en cercles multipliés et se livra aux douceurs d'un repos profond. Les Romains, qui l'avaient reçu avec un respect mêlé de frayeur, le conduisirent à Rome. La galère ayant abordé au-dessous du mont Palatin, le serpent s'élança dans le fleuve qu'il traversa à la nage et vint se reposer dans le temple qui lui était préparé, sur Pile du Tibre. A peine le dieu fut dans son sanctuaire que la peste disparut. » (Tunc legati perinde atque exoptatae rei compotes, expleta gratiarum actione, cultuque anguis a peritis accepto, laeti inde solverunt... Atque in ripam Tiberis egressis legatis, in insulam, ubi templum dicatum est, transnatavit, adventuque suo tempestatem, cui remedio quaesitus erat, dispulit. Valer. Maxim., De Miracul., lib. I, c. VIII, n. 2, édit. Lemaire, Paris, 1832. - Les paroles d'Aurélius Victor ne sont pas moins explicites : et pestilentia mira celeritate sedata est.) Lactance confirme le récit de Valère Maxime et admet la disparition subite de la peste qu'il attribue sans hésiter à l'influence d'un démon puissant, sous la forme du serpent d'Épidaure (Eduntque saepe Daemones prodigia quibus obstupefacti homines fidem commodent simulacris divinitatis ac numinis. Inde est quod serpens urbem Romam pestilentia liberavit Epidauro quaesitus. Nam illuc ôxeµonàp%~ hac ipse in figura sua sine dissimulatione perductus est. Siquidem legati ad eam rem missi draconem secum mirae; magnitudinis attulerunt. De Divin. Instit., lib. II, c. 17.) Le premier peuple du monde, la grande république romaine envoyant une ambassade solennelle au Serpent : quelle éloquence dans ce seul fait, et quelle sinistre lueur il jette sur l'antiquité païenne ! Même à l'époque de l'histoire romaine, décorée dans les collèges du nom de Siècle d'or, le culte de l'odieux reptile n'avait rien perdu de sa splendeur ni de sa popularité : an contraire. Le Serpent était honoré partout, dans les temples du dieu, dans le palais des empereurs, dans le boudoir des dames, dans les maisons des simples particuliers. Attia, mère d'Auguste, étant venue au milieu de la nuit, suivant l'usage pratiqué dans les temples à oracles par songes, dormir dans le temple d'Apollon, fut touchée par le Dieu sous la forme d'un serpent. Son corps fut marqué de la figure indélébile de cet animal, à tel point qu'elle n'osa plus se montrer dans les bains publics. A raison de ce fait, Auguste se prétendit fils d'Apollon, et voulut que ses médailles perpétuassent le souvenir de cette glorieuse descendance (Sueton., in Aug., c. XCIV. - Au revers de ses médailles d'argent, Auguste fit graver Apollon, avec cette inscription : Caesar divi filius.) Les vestales n'avaient pas seulement la garde du feu sacré; elles étaient spécialement chargées de soigner un serpent sacré, vénéré comme le génie tutélaire de la ville de Rome. Elles lui apportaient sa nourriture tous les jours, et lui préparaient un grand festin tous les cinq ans. Ces vierges païennes avaient aussi sous leur garde une autre idole que la pudeur ne permet pas de nommer : idole infâme qu'on tirait du temple de Vesta, les jours de triomphe, pour la suspendre au char des triomphateurs. En sorte que le but de Satan était de conduire la pauvre humanité au dernier degré de la cruauté et de l'impudicité. Il l'avait atteint: et on nous parle de la belle antiquité ! (Paulin, adv. Pagan., v. 143; Doellinger, Paganisme et judaïsme, Trad. fr. in-8°, t. I, p. 105. - Romae quidem quae ignis illius inextinguibilis imaginem tractant, auspicia poena suae cum ipso Dracone curantes, de virginitate censentur. Tertull., ad Uxor., lib. I, c. VI, p. 325, édit. Pamel, in-fol.; id. de Monogam. sub fin. - Quanquam illos religione tutatur et Fascinus, imperatorum quoque, non solum infantium custos, qui Deus inter sacra Romana a vestalibus colitur, et currus triumphantium sub his pendens, defendit medicus invidiae. Plin. Hist. xxvm, c. VII, n. 4. - Voir aussi Culte du phallus et du serpent, par le doct. Boudin, in-8, Paris, 1864.) Héliogabale ne faisait donc rien de nouveau, rien qui fût de nature à surprendre les Romains, moins encore à les choquer, lorsqu'il fit apporter à Rome des serpents égyptiens, afin de les adorer comme de bons génies (AEgyptios dracunculos RomAE habuit quos illi agathodaemones appellant. Lamprid. in Heliogab., p. 111, édit. in-fol. Voir aussi Annales de phil. chr., t. IV, p. 59 et suiv., an. 1832.) Tibère avait son serpent familier qui le suivait partout et ; qu'il nourrissait lui-même de sa propre main, manua sua. Pendant sa retraite à Caprée, il lui prit un jour fantaisie de revoir Rome. Il n'était plus qu'à sept milles de cette capitale, lorsqu'il demande son serpent pour lui donner à manger, quum ex consuetudine manu sua cibaturus. Or, le serpent avait été dévoré par les fourmis; et l'oracle consulté, ayant déclaré cet accident de mauvais augure, l'empereur prit le parti de retourner immédiatement à Caprée (Sueton., in Tiber., c. 72.) Néron portait comme talisman une peau de serpent liée autour du bras (Camerar., ubi suprà.) Mieux que cela : « Plusieurs médailles de Néron, dit Montfaucon, attestent que ce prince avait pris le Serpent pour patron » (Antiq. expliquée, lib. I.) Il faut ajouter : et pour protecteur. Ainsi, à Rome, sur les murs de la maison d'or de Néron, le voyageur lit encore l'inscription qui menace de la colère du Serpent quiconque se permettrait de déposer des ordures près de la demeure impériale (Duodecim deos et Dianam Et Jovem optimum maximum Habeat iratos Quisquis hic minxerit aut cacarit. Au-dessus de l'inscription s'allongent deux grands serpents, tournés l'un contre l'autre et séparés par un faisceau de verges. Pour qui sait lire, cette inscription et cette peinture reviennent à dire que ces douze grands dieux et Diane et Jupiter n'étaient en définitive que l'antique Serpent sous des noms divers, et dont la figure était là pour inspirer la crainte du châtiment, symbolisé par le faisceau de verges.) A l'exemple des empereurs, les dames romaines avaient aussi des serpents familiers. Tantôt elles se les passaient autour du cou en guise de colliers; tantôt elles jouaient avec ces reptiles qui, pendant les repas, montaient sur elles et se glissaient dans leur sein. Dans cette familiarité avec le Serpent, les hommes comme il faut imitaient les femmes (Si gelidum collo nectit Flaccilla draconem. Martial, VII, 71. Aspice repentes inter pocula sinusque innoxio lapsu dracones. Senec., De ira, XI, c. 31. - Sueton., c. 72, id. in Neron., c. v, n. 6.) Les provinces imitaient la capitale. A Pompéi, on voit encore les sanctuaires des dieux, tutélaires des rues, appelés Lares compitales. Les fresques représentent les sacrifices offerts à ces divinités. Or, presque partout, ces divinités sont deux serpents qui engloutissent les mets consacrés. Babylone et Pompéi se ressemblent : l'Orient et l'Occident pratiquent le même culte. Dans la même ville, sur les murailles de Pistrinae, lieux où l'on manipulait la pâte, est peint le sacrifice à la déesse Fornax. La scène est couronnée par les deux serpents, qui jouent un si grand rôle parmi les divinités de Pompéi. L'image de la divinité favorite se retrouve jusque dans les ornements de toilette. C'est par nombre que nous avons compté les bracelets d'or en forme de serpents, dont les dames de Pompéi s'ornaient le haut du bras et le poignet" (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 353- 359).

"Voilà cependant ce qu'étaient, en plein siècle d'Auguste, ces fiers Romains, ces matadors de la liberté : des esclaves muets et tremblants sous le joug de fer du démon. En célébrant la puissance absolue des augures, que fait Cicéron, sinon la proclamation solennelle de la servitude, la plus honteuse et la plus dure qui fut jamais, de ce peuple prétendu libre, de ce peuple souverain, comme on dit dans les collèges? N'était-ce pas la démonocratie pure, la démonocratie à sa plus haute puissance? Et, nous le répétons, on nous donne les Romains comme le peuple le plus libre qui ait jamais existé. 0 éducation menteuse !" (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 353- 412).

En Gaule

  • "Dans les Gaules, les Druides portaient des amulettes en pierre, représentant un serpent. Le culte de l'odieux reptile y était tellement répandu, que les premiers missionnaires du Christianisme eurent à combattre, ainsi que nous l'avons vu, des Dragons monstrueux, redoutables divinités du pays. Aux faits déjà cités ajoutons le suivant : Saint Armentaire arrivant dans le Var fut obligé de combattre un Dragon. Le lieu du combat s'appelle encore le Dragon; et le combat même a donné son nom à la ville de Draguignan. Suivant les circonstances et le génie des peuples, le Père du mensonge, sous la forme préférée du serpent, s'est manifesté comme une divinité bienfaisante ou comme un dieu malfaisant. L'amour ou la crainte ont enchaîné l'homme à ses autels. De là cette judicieuse remarque du savant M. de Mirville : « Le Serpent ! Toute la terre l'encense ou le lapide. » (Pneumatalog. 11, mém., t. II, p. 431.) (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 359).

Chez les peuples du Nord

  • "Les Lithuaniens, les Samogitiens et autres peuples du Nord, n'étaient pas moins fidèles adorateurs du Serpent. Ils l'appelaient surtout à sanctifier leur table. Dans un coin de leurs huttes, comme dans les temples de l'Égypte, étaient entretenus des serpents sacrés. A certains jours, on les faisait monter sur la table, au moyen d'un linge blanc qui descendait jusqu'à leur repaire. Ils goûtaient à tous les mets, puis rentraient dans leur trou. Les viandes étaient sanctifiées et les barbares mangeaient sans crainte (Stuckins, Antiquit. cenvivial, lib. II, c. XXXVI, p. 432, in-fol.) Chez les Lithuaniens, en particulier, le culte du Serpent existait encore au quatorzième siècle. En 1387, le roi de Pologne, étant venu à Wilna, convoqua une assemblée pour le jour des Cendres. De concert avec les évêques qui l'accompagnaient, il s'efforça de persuader aux Lithuaniens de reconnaître le vrai Dieu. Pour leur montrer que ce n'était pas la vérité qu'ils abandonnaient, il fit éteindre le feu perpétuel qu'on entretenait à Wilna et tuer les serpents, qu'on gardait dans les maisons et qu'on adorait comme des dieux. Les Barbares, voyant qu'il n'arrivait aucun mal à ceux qui exécutaient les ordres du prince, ouvrirent les yeux à la lumière et demandèrent le baptême (Voir aussi Annal. de phil. chr., décembr. 1857, p. 242 et suiv.) Nous ne pousserons pas plus loin notre voyage d'investigation chez les peuples anciens. Remarquons seulement que le culte du Serpent était si universel et si éclatant dans la belle antiquité, que les temples avaient pris le nom de Draconies : ce qui signifie que pour désigner un temple on disait une demeure de serpents (Quin et serpentibus tantum cultum tribuit gentilitas, ut Draconia templa nominaret, teste Strab., lib. XIV, quod prima circa serpentes extiterint idololatriae semina, et quod Diabolus hanc speciem in deliciis haberet. Corn. a Lap. in Dan. XIV, 22.) Aussi le culte du serpent vivant, du serpent en chair et en os, a été un des plus difficiles à déraciner : nous en donnerons bientôt la preuve. En effet, suivant la pensée de saint Augustin, le démon aime de préférence la forme du serpent, parce qu'elle lui rappelle sa première victoire (Gaudent enim daemones hanc sibi potestatem dari, ut ad incantationem hominum serpentes moveant, ut quolibet modo fallant quos possunt. Hoc autem permittuntur ad primi facti memoriam commendandam, quod sit eis quaedam cum hoc genere familiaritas. De Gen. ad Litter., lib. XI, n. 35, édit. Gaume.) Que toutes les nations de l'antiquité, sans exception aucune, aient payé au Serpent le tribut de leurs adorations, c'est un fait acquis à l'histoire. Si étrange qu'il soit, il n'en est pas moins incontestable. Or, quand un culte d'une si évidente identité s'observe à travers un si grand nombre de siècles, dans toutes les parties du monde connu, sous tous les climats, chez les nations les plus différentes de moeurs et de civilisation, comment ne pas reconnaître que les conditions de race sont sans influence sur la religion des peuples? Comment ne pas reconnaître que c'est la religion des peuples qui engendre leur civilisation et leurs moeurs, loin d'être produite par ces dernières, comme on ne craint pas de nous le répéter chaque jour? En un mot, comment ne pas reconnaître la vérité de cet axiome : Dis-moi ce que tu crois, je te dirai ce que tu fais. (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 359-361).

En Afrique

  • En Afrique, "parmi toutes les nations noires qu'il a connues, dit un voyageur allemand, il n'y en a pas une qui n'adore le serpent... Les Fidas, outre le grand serpent qui est la divinité de toute la nation, ont chacun leurs petits serpents, adorés comme des dieux pénates, mais qui ne sont pas estimés beaucoup près, aussi puissants que l'autre, dont ils ne sont que les subordonnés. Quand un homme a reconnu que son dieu lare, son serpent domestique, est sans force pour lui faire obtenir ce qu'il demande, il a recours au grand serpent. « Les sacrifices qui, chez ces peuples, forment la partie la plus importante des cultes, consistent en boeufs, vaches, moutons, etc. Quelques nations offrent aussi des sacrifices humains. Au nombre des fêtes annuelles, A faut compter le pèlerinage de la nation des Fidas au temple du grand serpent. Le peuple réuni devant la demeure du serpent, prosterné la face contre terre, adore cette divinité, sans oser lever les yeux sur elle. A l'exception des prêtres, il n'y a que le roi qui ait droit à cette faveur et pour une fois seulement » (Otdendrop, cité par le docteur Boudin, dans le Culte du Serpent, p. 51 et suiv., in-8, 1864.) (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 367).

En Amérique du Sud

  • Dans les annales les plus reculées des Mexicains, la première femme, appelée par eux la mère de notre chair, est toujours représentée comme vivant en rapport avec un grand serpent. Cette femme, figurée dans leurs monuments par une sorte d'hiéroglyphes, porte le nom de CIKUACOHUATL, ce qui signifie mot à mot: femme au serpent. Entre autres présents, on lui offrait des épines teintes du sang des prêtres et des nobles, puis des victimes humaines (Hist. des nat. civil. du Mexique, par l'abbé le Brasseur de Bourgbourg, t. III, p. 504.) C'est ici le lieu de consigner une observation qui se reproduit plusieurs fois dans notre étude. Toute croyance religieuse se traduit par des actes spéciaux qui la caractérisent. Et rien n'est plus vrai que le mot cité plus haut: Dis-moi ce que tu crois, je te dirai ce que tu fais. En ce qui concerne le culte du serpent, l'expérience montre que chez presque tous les peuples, son infaillible corollaire a été le sacrifice humain. N'est-ce pas la preuve évidente que le culte du serpent n'est autre chose que le culte du grand Homicide ? (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 376).

Conclusion

"L'Ecriture... l'appelle Serpent, Serpens, vieux Serpent, Serpens antiquus. Ce nom convient à Lucifer, et parce que, comme serpent, il est âgé de six mille ans, et qu'une longue pratique le rend on ne peut plus redoutable ; et parce qu' il se servit, pour tenter Éve, du ministère du serpent; et parce qu'il a toutes les qualités de l'odieux reptile. Serpent par la ruse, serpent par le venin, serpent par la force, serpent par la puissance de fascination. Telle est cette puissance, qu'il séduit le monde entier : seducit universum orbem, en sorte que le culte du démon, sous la forme du serpent, a fait le tour du globe.

"Les Babyloniens, les Égyptiens, les Grecs, les Romains, tous les grands peuples, prétendus civilisés, de l'antiquité païenne, ont adoré le serpent, comme l'adorent encore aujourd'hui les nègres dégradés de l'Afrique" (Corn. a Lap., in Gen. III, 15; et Dan. XIV, 22, cité in Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 166).

"Ennemi implacable de l'âme de l'homme qu'il pousse à tous les genres de dégradation, Satan ne l'est pas moins de son corps. Chez les différents peuples anciens et modernes, le sacrifice humain est le corollaire infaillible du culte du serpent. Les Vaudoux continuent fidèlement la cruelle tradition. On ne saura jamais le nombre des victimes qu'ils ont égorgées" (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Premier tome, Paris 1890, p. 381).