Fustel de Coulanges

De Christ-Roi
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Fustel de Coulanges. Historien français (1830-1889).

  • Dans la Cité antique (1864), il a démontré l'importance de la religion et des institutions familiales dans la formation des sociétés grecque et romaine.
  • Dans l'Histoire des institutions de l'ancienne France (publiée à compter de 1874), qui couvre les périodes allant de la Gaule romaine jusqu'aux rois carolingiens, il s'est penché sur l'avènement du système féodal, principe fondamental de la génèse de l'Europe médiévale.

On classe Fustel de Coulanges, non seulement parmi les historiens majeurs du XIXe siècle, mais aussi parmi les meilleurs représentants, aux côtés d'écrivains tels Mérimée et Sainte-Beuve, de la littérature française du XIXe siècle.

En nov. 1853, il fut nommé membre de l'Ecole française d'Athènes; durant son séjour en Grèce, il recueillit les matériaux d'un rapport sur l'histoire de l'île de Chio (Archives des missions scientifiques, 1ère série, t. V).

Professeur de seconde au lycée d'Amiens (1856), il fut reçu agrégé des lettres en 1857. Le 10 avr. 1858, il soutint devant la Faculté des lettres de Paris ses thèses de doctorat; la thèse latine : Quid Vestae cultus in institutis veterum privatis publicisque valuerit est comme le germe de la Cité antique; la thèse française, Étude sur Polybe, a pour objet de montrer comment, au IIe siècle av. J.-C., «le cœur d'un Grec était disposé à se laisser conquérir et comment Rome faisait ses conquêtes». M. Fustel était alors sous l'influence de Montesquieu; son style, qui devait gagner en ampleur et en force, était déjà d'une parfaite et simple élégance, âpre et sans images. Appelé au lycée Saint-Louis, à Paris, en août 1858, il y resta deux ans; mais il n'aimait pas l'enseignement secondaire, et il ne s'entendait guère à maintenir la discipline dans ses classes. Il fut très heureux d'être nommé, en oct. 1860, professeur à la faculté des lettres de Strasbourg. Là, il obtint un vif succès; sa parole excita, suivant ses propres expressions, un véritable «engouement», un «enthousiasme naïf»; il retint autour de sa chaire, où il se proposait d'«embrasser l'histoire entière», plus d'une centaine d'auditeurs, phénomène rare dans une faculté «aux trois quarts morte».

C'est en oct. 1864 qu'il publia à ses frais, chez le libraire Durand, son livre sur la Cité antique, rédigé en six mois, avec les notes d'un cours professé pendant l'année scolaire 1862-1863, qui n'obtint pas d'abord, auprès des académies et des savants, l'accueil favorable qu'il reçut immédiatement du public.

La conférence d'histoire ancienne à l'Ecole normale lui fût confiée (comme suppléant de M. Geffroy) en févr. 1870; et, le 7 août 1872, il en devint titulaire. Dans l'intervalle, et dès son arrivée à Paris, il avait été invité, sur les indications de M. Duruy, à donner des leçons d'histoire à l'impératrice; la déclaration de guerre interrompit brusquement ces entretiens, commencés en juin 1870. A l'Ecole normale, il enseigna l'histoire ancienne, bien que son Histoire des institutions de la France (dont le 1er vol. fut publié en 1874) fût, dès lors, en préparation, suivant une méthode qu'il a lui-même définie en ces termes : «Nulle généralisation, nulle fausse philosophie, pas ou peu de vues d'ensemble; pas ou peu de cadres, mais quelques sujets étudiés dans le plus grand détail et sur les textes.»

En déc. 1875, il entra à la Sorbonne comme suppléant de M. Geffroy, mais il ne changea pas ses procédés d'exposition : « Vous venez chercher ici, disait-il à ses auditeurs, non une distraction ou un pur plaisir d'esprit, mais un véritable enseignement. Il ne s'agit, dans cette maison, ni de leçons attrayantes, ni de beau langage. Un succès de parole serait pour nous un échec.» Quelques mois auparavant, il avait été nommé membre de l'Académie des sciences morales en remplacement de Guizot (15 mai 1875). La faculté des lettres de Paris ne se fatigua pas de demander dès lors, chaque année, la création d'une chaire d'histoire du moyen âge en sa faveur, car il voulait se consacrer désormais tout entier à l'histoire des origines de notre pays. Mais le crédit nécessaire ne fut voté par les Chambres qu'en 1878;

M. Fustel, d'un esprit très indépendant, passait pour clérical, parce qu'il avait écrit un livre sur les institutions religieuses des anciens.

Les six dernières années de sa vie virent paraître trois ouvrages considérables,

  • les Recherches sur quelques problèmes d'histoire (1885),
  • la Monarchie franque (1888)
  • et l'Alleu et le Domaine rural pendant la période mérovingienne (1889),

sans parler de mémoires très importants, dont l'un, intitulé le Problème des origines de la propriété foncière (paru dans la Revue des questions historiques, avr. 1889), a été traduit en anglais par Mrs. Ashley (Londres, 1891).

En outre, c'est pendant ces six années que M. Fustel, en pleine possession de son érudition et de son talent, accumula les matériaux et rédigea la plus grande partie des nombreux ouvrages posthumes que les mains pieuses de ses disciples ont publiés, comme le plus bel hommage à sa mémoire.

Par les soins de M. Camille Jullian ont été publiés, depuis la mort et d'après les papiers de M. Fustel, sans parler de deux recueils d'opuscules et articles (Questions historiques; - Nouvelles Recherches sur quelques problèmes d'histoire), quatre volumes considérables:

  • les Origines du système féodal : le Bénéfice et le Patronat pendant l'époque mérovingienne
  • la Gaule romaine
  • l'invasion germanique et la fin de l'Empire
  • les Transformations de la royauté pendant l'époque carolingienne.

Ces quatre volumes, joints à la Monarchie franque et à l'Alleu, forment en quelque sorte une refonte complète du premier volume de l'Histoire des institutions de la France, publié en 1874, qui, pour employer les expressions de M. Monod, est «une des oeuvres les plus puissantes, les plus compréhensives, les plus profondes, dont l'époque franque ait été l'objet, la plus puissante et la plus profonde peut-être, et dont l'influence se fera longtemps sentir dans les études sur les origines de la société européenne du moyen âge».

Il mourut le 12 sept. 1889, dans sa maison de campagne de Massy, épuisé par le travail, avec la résignation philosophique d'un sage. - L'Académie des sciences morales lui avait décerné, en 1888, le prix Jean Raynaud pour l'ensemble de ses travaux; l'Académie française, à laquelle personne n'aurait été plus digne d'appartenir que ce grand homme, a attribué à son oeuvre le prix quinquennal dont elle disposait en 1891. Cette oeuvre, admirée partout, quoique discutée en Allemagne et en France, il n'appartient à personne de la juger d'un trait de plume. Quant au caractère de l'auteur, c'est assurément l'un des plus nobles de l'histoire littéraire de ce temps. M. Fustel eut à un degré rare l'amour désintéressé de la science, le culte de la vérité, la puissance d'esprit, la simplicité et la grandeur d'âme. Il a laissé des élèves qui aiment et vénèrent sa mémoire, MM. Guiraud, Jullian, Seignobos, pour ne citer que ceux-là; aucun de ceux qui ont eu l'honneur de l'approcher n'oubliera l'exemple d'une si belle vie.»