Introduction

De Christ-Roi
Aller à : navigation, rechercher

| Retour à la page de garde

Dieu le veut!

Le présent travail a comme but d'éclairer le public sur une ouvre strictement nécessaire : le Retour de l'Univers, des Nations et de l'Ordre social tout entier, à Dieu et à Jésus par la Sainte Eglise. Il expose la situation faite à la Société moderne, les errements des peuples et des Gouvernements. Il indique le remède, le seul remède à d'aussi grands maux. Il demande que, sans retard on se mette au travail de restauration de toutes choses en Jésus-Christ.

Pourrions-nous demander que ces pages soient lues du commencement à la fin. Sur le sujet capital qu'elles traitent, il faut des convictions. Chacun, nous l'espérons, les puisera dans notre modeste travail.

Nos théories ne sont pas neuves. Elles sont la reproduction des enseignements des Pontifes Romains. À la suite des Vicaires de Jésus-Christ et après eux, nous insistons sur la nécessité de former les esprits au point de vue social selon l'unique doctrine vraie, et sur l'urgence de cette formation pour le bien de la Société, de l'Eglise et des Ames.

Dans nos appréciations, la Foi et la Logique nous ont guidés.

Ne rencontrerons nous que des amis ? Nous le souhaitons. Nous savons que les voies de la Logique et de la Foi, ne sont pas celles où l'on ne trouve que des sympathies. Nous estimons que quiconque sera conduit par les vraies lumières, celle de la raison et de la foi après avoir lu et médité ces pages, avec nous s'écriera :

Il faut rendre l'Univers, la Société et les Nations à Dieu et à Jésus-Christ par la Sainte Eglise ! Dieu le veut !

*
* *

Mais une œuvre aussi considérable et aussi nécessaire ne peut aboutir si elle n'est rendue concrète et agissante dans un organisme constitué.

C'est pourquoi nous avons créé une Ligue. Sa Sainteté le Pape Benoît XV a daigné la bénir, l'approuver, lui accorder de nombreuses Indulgences, et la favoriser du titre significatif de Ligue Apostolique. Sa Sainteté exprime aussi le venu formel qu'à cette Ligue adhèrent tous les catholiques dignes de ce nom. Pie XI Pontife glorieusement régnant, entrant dans les vues de son illustre Prédécesseur a daigné la bénir tout particulièrement.

❦❦❦❦❦❦❦❦❦❦❦❦

But de la Ligue Apostolique

La Société va à l'abîme ; c'est incontestable.

La « Ligue Apostolique » pour le retour des Nations et des Peuples et de l'Ordre social tout entier à Dieu et à son Christ par la Sainte Eglise, est fondée pour la sauver. Toute sa raison d'être est là.

Elle émane d'une double conviction :

La première : C'est qu'il n'y a et qu'il ne peut y avoir de salut pour la Société, pour la Famille et l'Individu, que dans un attachement vrai, sincère, et total à Jésus-Christ et à son Eglise « colonne et puissance de vérité » (I. Tim. 3), c'est qu'en dehors de cet attachement et d'une organisation sociale, qui en découle, il n'y a et il ne peut y avoir que désordre, et un désordre tel que, fatalement, il ira toujours croissant, et aboutira à une ruine sociale complète et irrémédiable. La deuxième : C'est que dans le monde entier, il y a un travail sournois, perfide et constant, d'une part, pour entretenir dans les âmes égarées les erreurs qui les ont séduites, et d'autre part, pour entamer, vicier et corrompre la mentalité des catholiques et achever par ceux-ci, la perte du genre humain.

La première conviction est basée sur le dogme ; la seconde est fondée sur une constatation, qu'ont pu faire ceux-là seuls, qui ont suivi de près, l'entrée et l'action lente, progressive mais sûre de la Franc-Maçonnerie dans l'organisme social. A qui n'a pas étudié cette action il est impossible de porter sur les procédés subtils et hypocrites de la secte, un jugement sain et qui réponde en tout, à la seule réalité vraie. Non prévenues, inconscientes du danger, les meilleures volontés se laissent surprendre, les esprits les mieux intentionnés se laissent contaminer.

L'habileté des ennemis du Christ n'a d'égale que celle de leur chef, Satan. On commence par créer une atmo¬sphère d'opportunisme. La timidité, la crainte de se compromettre, et chez un grand nombre l'espérance que « certaines concessions » offriront un lendemain meilleur, achèvent de préparer le terrain que l'action maçonnique a la mission de cultiver. Ce terrain n'est autre que le milieu social, qu'il faut insensiblement transformer. Une adaptation spécieuse à l'état des esprits, abuse ceux-ci sans les émouvoir. Les idées anti-¬catholiques, prennent corps dans la Société sans que le catholique, sans que le prêtre lui-même s'en aper¬çoive. La presse, les conférences, les organismes sociaux, politiques et économiques ; et pour entrer dans un détail plus particulier, les promesses, les menaces, les mensonges, les accusations ; tout est mis en œuvre pour instiller le venin maçonnique et former la mentalité nouvelle. Que de fois, dans le but d'amener le catholique ou le prêtre à faire un pas de plus dans la voie des concessions, qui sont une trahison déguisée, ne se contente-t-on pas, chez l'ennemi de Dieu, d'affirmations audacieuses qui, on le sait, ne prendront pas sur le public mais qui provoqueront des explications timides. Celles-ci sont le recul attendu et désiré. Le catholique ne s'est aperçu de rien. La franc-maçonnerie elle, est satisfaite. Elle a obtenu son but caché mais vrai l'affaiblissement de la mentalité catholique.

*
* *

N'est-ce pas ce qui a produit la situation effacée et humiliée qui, au point de vue social, est faite à Dieu, à son Christ et à la Sainte Eglise. Pourquoi les catho¬liques se sont-ils retirés, et comme cantonnés dans le domaine privé de la famille et de la conscience ; et pourquoi l'Eglise doit-elle se cacher de plus, en plus avec Jésus-Christ, au fond de ses sacristies ; et pour quoi les catholiques les premiers accusent-ils le prêtre qui fait son devoir, d'ingérence dans le domaine politique ? Parce que, selon l'expression courante, on ne veut pas d'affaires, et ne pas vouloir d'affaires, c'est reculer devant ceux qui avancent. Par mille moyens, l'esprit laïque et Satan — c'est tout un — se sont emparés et s'emparent de la rue, de la place publique, des, organisations sociales et des gouvernements. S'opposer à cette invasion, c'est se créer des misères. Il faut les éviter. L'esprit du mal le sait. Il sait surtout que ses cris seront entendus et il crie fort. Tantôt, ce sera une mainmise sur toutes les institutions publiques et privées qu'on reprochera à l'Église ; tantôt, ce sera son immixtion dans des affaires qu'on dira n'être pas de son ressort ; tantôt, ce sera sa rigueur excessive contre les libertés modernes, etc., etc. : toutes choses, dont on lui fera un crime. Chacune de ces accu¬sations devrait faire affirmer par les catholiques la place qui dans tout domaine, revient à Jésus-Christ et à l'Eglise. Qu'arrive-t-il ? On explique, on justifie, on excuse. L'effet est inévitable : l’Eglise du Christ a reculé ; l'église de Satan a progressé.

C'est ainsi qu'insensiblement le règne de Satan a envahi tout l'Ordre social. C'est ainsi que les catholiques se vouant à l'inertie, donnent à l'esprit du mal d'accomplir son œuvre.

La Ligue Apostolique envisage de face la situation. Elle veut que soit appliquée à la Société, aux Nations et aux Peuples, la vérité apportée au monde par le Verbe de Dieu fait homme.

Appuyée sur le Christ et confiante en Lui, soutenue par Celui qui est la pierre de soutènement de l'Église et dont elle veut être l'instrument, elle s'est fixée comme but Premièrement : D'inspirer aux catholiques des idées vraies sur tout ce qui concerne l'Ordre social ; conséquemment de réformer les idées de ceux dont l'esprit est vicié, en tout ou en partie, par la fausse mentalité moderne.

Deuxièmement : D'obtenir par une action énergique, puissante, soutenue par la prière et par le sacrifice, la conversion de l'Ordre social tout entier, des Nations, des Peuples et des Gouvernements, de toutes les Institutions publiques et privées ; en un mot de réaliser par la prière, le sacrifice et l'action « la restauration de toutes choses dans le Christ » conformément au titre même qu'elle a adopté et que le Saint-Siège a autorisé : Ligue Apostolique pour le Retour des Nations et des Peuples et de l'Ordre social tout entier à Dieu et à son Christ par la Sainte Église » ; conformément aussi à la parole de Pie X : « il s'agit de ramener les Sociétés, égarées loin de la sagesse du Christ à l'obéissance à l'Eglise ; l'Eglise à son tour les soumettra au Christ, et le Christ à Dieu ». (Enc. e Supremi Ap.).

Bref, nous exprimons notre but en ces termes : Nous voulons christianiser au sens le plus catholique du mot tout l'Ordre social et tous les principes de l'Ordre social.

Conséquemment Nous voulons donc que dans l'individu et la famille, soit donnée à Dieu, à Jésus, à la Sainte Eglise, la place qui leur revient.

Nous voulons que Dieu et Jésus-Christ règnent sur l'Univers entier et sur toute Société. Et pour entrer dans un plus grand détail :

1. Nous voulons qu'à la tête de tout. organisme international, à la tête de la diplomatie et des relations des peuples entre eux, se trouvent, Dieu, Jésus-Christ, le Saint Evangile, le Décalogue, le Credo, la reconnaissance de l'Eglise, du Pape, et de leur mission divine dans le Monde. La Ligue des Nations doit devenir la Ligue Apostotique des Nations.

2. Nous voulons, qu'à la tête de tout organisme national, à la tête des empires, des royaumes, des républiques, des confédérations de Peuples, en un mot à la tête de toute Nation, se trouvent Dieu, le Saint Evangile, le Décalogue, le Credo, la reconnaissance de l'Eglise et du Pape, et de leur mission divine dans le Monde.

3. Nous voulons qu'en tête et à la base du pacte social fondamental et de la Charte des Peuples, qu'en tête et à la base des Constitutions des Pays, - se trouvent Dieu, Jésus-Christ, le Saint Evangile, le Décalogue, le Credo, la reconnaissance de l'Eglise et du Pape et de leur mission divine dans le Monde.

4. Nous voulons, qu'à la tête des Gouvernements, des Parlements, des Sénats, de toute assemblée revêtue d'une autorité quelconque, à la tête de l'Armée, à la tête des Etats, des Provinces et des départements, des villes et des communes, à la tête des administrations et de toute institution gouvernementale, fédérale, provinciale, municipale, en un mot de toute institution publique, et même privée, se trouvent Dieu, Jésus-Christ, le Saint Evangile, le Décalogue, le Credo, la reconnaissance de l'Eglise et du Pape, et de leur mission divine dans le Monde.

5. Nous voulons, qu'à la formation, à l'éducation, à la direction des Peuples, qu'aux grands instruments de formation de l'Individu, de la Famille et de la Société, à l'Ecole et à l'Université, à la Presse et aux Elections, aux Organisations et aux Œuvres de quelque nature qu'elles soient, président Dieu, Jésus-Christ, le Saint Evangile, le Décalogue, le Credo, la reconnaissance de l'Eglise et du Pape et de leur mission divine dans le Monde.

6. Nous voulons que disparaisse à jamais l'usurpation inique, et le crime sacrilège accompli par la substitution faite dans tout l'organisme social, de l'homme à Dieu.

Nous enveloppons dans une commune réprobation le droit et les libertés modernes qui sont l'expression pratique de ce crime, le luthéranisme, le kantisme et la déclaration des droits de l'homme qui en sont la source et l'origine. Nous voulons que Dieu, Jésus-Christ et l'Eglise, reprennent partout leurs droits que ces doctrines néfastes ont supprimés.

Nous voulons que partout soit reconnu et admis le principe que tout pouvoir vient de Dieu, qu'aucun pouvoir n'émane de l'homme. Nous voulons, en un mot, que dans l'Ordre social il ne soit attribué aucun droit à l'erreur et au mal, et que tout droit soit attribué à la vérité et au bien seuls, conformément à toute justice.

Tout cela, nous le voulons d'une volonté énergique et décidée. C'est pourquoi nous voulons, qu'on nous passe l'expression, « socialiser » toute vérité manifestée et révélée au monde par Jésus-Christ.

Socialiser la Vérité c'est la rendre concrète dans l'Ordre social. C'est en faire l'application aux principes mêmes de toute Société. Or, dans toute Société se rencontrent trois éléments :

Premièrement l'unité de fin connue et voulue par tous ; deuxièmement l'unité des volontés par l'accord efficace et stable pour poursuivre cette fin ; troisièmement comme conséquence et complément nécessaire, la coordination efficace de certains moyens aptes à atteindre cette fin.

Ces trois éléments ne peuvent subsister comme éléments sociaux que s'ils sont unis par l'autorité légitimement constituée. L'autorité est le droit de diriger les esprits, les volontés et les actions des associés vers la fin propre de la Société dans les limites des exigences de cette fin.

L'autorité est nécessaire. Sans elle il n'est pas possible d'assurer l'obtention de la fin voulue, parce que sans elle il n'y a pas de direction efficace vers cette fin. Appliquons ces notions aux vérités apportées par Dieu au monde et dans ce but faisons voir comment toute vérité a un rôle et une mission à accomplir dans l'Ordre social et dans les éléments qui le constituent.

Ouvrons un manuel de Théologie, nous y trouverons au traité de l'Unité de Dieu et de sa Trinité, la vérité fondamentale du christianisme : Dieu est Un en Essence et Trois en Personnes. Quel rôle social faut-il attribuer à cette vérité. Incontestablement un rôle de premier ordre. En effet, Dieu dans l'Unité de son Essence et la Trinité de ses Personnes est le but suprême et la fin dernière de tout homme dans l'ordre surnaturel. De même que tout homme dans l'ordre naturel doit tendre à Dieu son Créateur, ainsi dans l'ordre surnaturel l'homme doit avoir comme but suprême Dieu dans le mystère profond de son auguste Trinité. Cette vérité domine tout l'Ordre social; elle est la fin suprême de tous les hommes. Il faut donc que toute Société soit organisée de telle façon que chacun de ses membres puisse dans cette Société même connaître et vouloir la fin suprême.

Il faut en outre, que dans toute Société quelle qu'elle soit, les membres de la Société puissent recourir aux moyens de procurer à l'Ordre social la connaissance et la volonté d'atteindre et d'obtenir Dieu fin suprême des êtres.

De même que Dieu est la fin dernière de tout homme de même Il en est le principe. Dans une Société bien organisée on devra nécessairement tenir compte de ces vérités primordiales et l'autorité a la mission comme le droit, de diriger les esprits, les volontés et les actions des associés vers la fin propre de la Société en marquant que la fin propre de chaque société trouve sa fin à elle, dans la fin dernière qui est Dieu. La nature de l'homme surélevée par la Révélation impose cette vérité. L'autorité divine intervenant, impose pareillement et péremptoirement l'obligation stricte pour chaque homme d'assumer comme fin suprême et comme principe directeur de toute vie et de l'Ordre social tout entier, l'Auguste et Indivisible Trinité. Continuons à interroger la Théologie. Après le mystère de la Trinité et les mystères qui s'y rattachent, il y a le mystère du Verbe Incarné et ses profondeurs. Jésus-Christ est le Verbe fait chair. Il y a en Lui la Personne du Verbe, la nature divine et la nature humaine. En tant que Dieu, Il est la fin suprême de tout être avec le Père et l'Esprit-Saint. Ce qui vient d'être dit s'applique à Jésus-Christ, Verbe de Dieu. Mais Jésus-Christ n'est pas seulement Dieu ; Il est Homme et dans son Humanité il y a deux points de vue à considérer.

Jésus Homme est Rédempteur,

Jésus Homme est Roi.

À cela s'ajoutent les mystères non moins profonds des rapports intimes qui existent entre Dieu et l'homme, la vérité et la grâce. Comment, selon l'expression adoptée ci-dessus « Socialiser » ces vérités.

Il est incontestable que l'oeuvre Rédemptrice du Christ a accompli et continue d'accomplir une mission sociale. D'abord ses mérites arrachent les âmes et les sociétés aux horreurs du paganisme. Ensuite Médiateur Universel entre Dieu et l'homme, non content d'effacer le péché, en vertu de ses mérites, Il communique la Révélation surnaturelle, la connaissance et quelque chose de la nature de la Trinité fin suprême de l'homme ; en vertu des mêmes mérites Dieu donne sa grâce. C'est dire en d'autres termes que toute société, comme tout individu doit connaître Dieu et vouloir Lui appartenir par et en Jésus-Christ. L'Ordre social tout entier dépend de Jésus-Christ à ce point de vue. L'Ordre social a une mission à accomplir. Il ne peut l'accomplir que moyennant l'intervention du Fils de Dieu fait Homme et de son Œuvre Rédemptrice. Dès lors il est requis que toute société, comme telle, se rencontre et se forme dans l'unité de la fin suprême ; il est nécessaire pareillement que toute Société et l'Ordre social tout entier se rencontrent et se forment dans l'unité du Christ Rédempteur en qui et en qui seul se trouvent les moyens efficaces qui donnent à l'homme d'atteindre sa fin suprême dans l'Ordre social, comme dans l'Ordre individuel.

Socialiser la Vérité de la Rédemption c'est donc donner à la Rédemption le moyen d'accomplir son œuvre divine et surnaturelle dans toute Société.

De ce fait on comprend la mission de la Vérité et de la grâce apportées par Jésus au Monde et plus spécialement les vérités applicables à l'Ordre social. Mais Jésus-Christ n'est pas seulement Rédempteur, Il est Roi, Il s'est acquis ce titre dans son Incarnation et dans sa Rédemption. Tout pouvoir lui a été donné au Ciel et sur la terre.

Il n'y a d'autorité en ce monde qu'en Dieu et par Dieu. Dieu a communiqué son autorité à Jésus-Christ : Tout pouvoir lui a été donné. Qu'on veuille remarquer la place qu'occupe dans le cycle des vérités surnaturelles chacune des vérités que nous venons d'effleurer. Il y a d'abord Dieu dans le mystère de son Unité et de sa Trinité. Ensuite il y a le Verbe de Dieu fait Homme, dans le mystère de son Incarnation. Ensuite Jésus-Christ dans sa Très Sainte Humanité où Il nous est livré comme Rédempteur et Roi. Roi Universel de droit, Il est le Chef et le Maître des Nations et des Peuples et de l'Ordre social. La terre et les milliards de mondes qui nous entourent Lui appartiennent et Lui sont confiés.

Telle est la caractéristique de la Ligue Apostolique : faire en sorte que l'homme tout entier dans l'Ordre individuel, dans la Famille et dans l'Ordre social, vive et reproduise la vérité surnaturelle ; que dans tous ses actes sociaux il ait comme but et comme fin suprême et en même temps comme principe : Dieu, Dieu dans le mystère de sa Trinité ; Dieu dans le mystère de son Incarnation. Toute vérité surnaturelle procédant de Dieu doit trouver son application dans l'Ordre social en donnant aux associés le moyen d'avoir, par son intermédiaire, Dieu comme principe et comme fin.

Nous voulons donc faire accomplir par toute Société ce prodige divin. Qu'elle serve d'instrument pour donner au monde et à tout individu comme but suprême de leur existence : Dieu.

À cette fin, nous recourons aux vérités surnaturelles connues par la Révélation et nous les rendons concrètes dans tout organisme social en établissant le rôle qu'elles accomplissent en vue de la fin suprême surnaturelle. De la sorte, chaque vérité apportée à la terre par Jésus-Christ, entre pour sa part, comme base dans l'Ordre social. C'est Dieu et sa vérité qui, dans l'Univers entier, reprennent la place que l'homme et la Société humaine ont usurpée.

Troisièmement : De suivre les directions et les mouvements imprimés par l'erreur à l'Ordre social, de les dénoncer par la presse, par les conférences, par tous les moyens de propagande ; plus spécialement d'éclairer les âmes droites sur l'action pernicieuse des idées imprécises, incomplètes, qui entament et ruinent les mentalités catholiques, idées qui ne cessent de circuler dans les masses ; de favoriser tout un mouvement imprimé à l'Ordre social par la vérité ; enfin, de susciter ces mouvements et ces directions selon les circonstances, et selon les impulsions données au monde par le centre de la catholicité, c'est-à-dire par le Chef de l'Eglise et par l'Episcopat. Voilà de quelle manière la Ligue comprend son devoir. Elle demande des adhésions, mais elle demande surtout des convictions et l'action. Elle demande que les idées vraies pénètrent chez l'individu, dans les masses et dans les organismes sociaux. Elle prie chacun de ses membres, et plus spécialement ses propagandistes, de se convaincre eux-mêmes de la vérité surnaturelle qui seule peut garantir l'Ordre social et sauver les Peuples.

Approbations

La Ligue a recueilli avec les plus puissants encouragements les plus hautes approbations [1] . Mais rien n'ira au cœur de ceux qui ont résolu de sauver leur Patrie et l'humanité, comme la parole descendue des hauteurs du Vatican et que le Saint-Siège nous donne si abondante, si forte, si caractérisée, si consolante et si encourageante à la fois. Voici le document pontifical :

SECRETARIA Di STATO

Di SUA SANTITA

N° 84112

Au R. P. Philippe C. ss. R.

Dal Vaticano, le 18 novembre 1918.

MON RÉVÉREND PÈRE,

Notre Saint-Père le Pape Benoît XV n'a pu ne pas apprendre avec une particulière satisfaction, par votre lettre du 9 novembre, la récente fondation d'une « Ligue de prières, de sacrifices et d'action, pour le retour des nations et des peuples et de l'ordre social tout entier à Dieu et à son Christ par la Sainte Eglise. »

Inspiré d'un véritable zèle sacerdotal, d'un profond dévouement à l'Eglise et d'un ardent désir de coopérer à l'Extension du Règne de Jésus-Christ dans les âmes et dans la société tout entière, votre noble et généreux appel répond plus que jamais aux graves nécessités actuelles. Au lendemain des épreuves, des souffrances et des maux inénarrables auxquels les nations et les peuples ont été en butte au cours de la plus affreuse des guerres ; au lendemain de tant de divisions et de haines ; à l'heure où de profondes transformations sociales s'accomplissent ; à l'heure où tant d'erreurs, de principes funestes continuent à pervertir les intelligences et tout le champ social, s'élevant en particulier contre la vérité surnaturelle, s'opposant à la mission de l'Eglise, il est un impérieux devoir pour tous et pour chacun de contribuer à rendre aux individus et aux peuples cette vérité, cette paix, ce bonheur dont ils éprouvent un besoin indéfinissable. Mais, vous l'avez justement dit, ce qui doit rendre et assurer à l'humanité, cette justice, cette fraternité, cette paix qui ont formé et qui forment l'objet des aspirations universelles, ce qui doit restaurer et garantir l'ordre social, ne peut être que le retour des individus et des familles, des nations et des peuples à Jésus-Christ, à sa loi, à son Evangile, et à l'Eglise, dépositaire de sa Doctrine et de sa Grâce. Jésus-Christ, divin Rédempteur de tous les hommes à travers les siècles entiers, doit régner en Souverain sur les individus comme sur les nations et les peuples, puisque tout pouvoir Lui a été donné au ciel et sur la terre, et que toutes les nations Lui ont été données en héritage.

Or, l'Eglise a été chargée par Notre-Seigneur Jésus¬Christ Lui-même de continuer Sa mission, Son œuvre à travers les siècles, qui est de procurer la sanctification et le salut des âmes, de procurer en même temps, dans la plus large mesure possible, le bonheur des individus, et des peuples, en faisant régner parmi eux la vérité,, la justice, la charité et la paix.

Aussi bien, le Saint-Père vous félicite de la très louable et très pieuse pensée qui vous a porté à fonder une Ligue si opportune et si salutaire. IÏ souhaite qu'à cette Ligue adhèrent tous les catholiques dignes de ce nom, qui, par l'exemple d'une vie privée et publique sincèrement chrétienne, par la prière et par l'action, attirent les bénédictions du ciel et hâtent le retour de la société aux vrais principes et la restauration de l'ordre social en Jésus-Christ, par Son Eglise.

C'est pourquoi Sa Sainteté autorise bien volontiers cette Association à prendre le titre de « Ligue Apostolique pour le retour des nations et des peuples et de l'ordre social tout entier à Dieu et à son Christ par la Sainte Eglise. »

Afin d'encourager le clergé et les fidèles à entrer dans cette Ligue et à en promouvoir l'extension, le Souverain Pontife a daigné accorder à ses membres les faveurs suivantes :

I. — Une indulgence de sept ans et de sept quarantaines chaque fois qu'ils font un acte prescrit par les statuts, ou chaque fois qu'eux-mêmes, sous l'impulsion de la grâce, s'imposent une prière spéciale ou un acte de mortification, ou un acte d'apostolat pour obtenir le retour de la société à Jésus-Christ.

II. — Une indulgence plénière, aux conditions ordinaires :1° le jour de leur inscription dans la Ligue ou l'un des huit jours suivants, à leur choix; 2° pareillement aux principales fêtes, qui rappellent que Jésus-Christ est le Roi immortel des peuples et des siècles : la Noël, l'Epiphanie, les Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, la Fête-Dieu, la Fête du Sacré-Cœur, la Fête de l'Immaculée Conception, et des Saints Apôtres Pierre et Paul; 3° pareillement un jour de chaque mois, à leur choix, que, dans leur intention, ils consacreront tout entier et plus spécialement au bien de la Sainte Eglise, en appliquant à ce but toutes leurs prières et œuvres.

III. - Pour les prêtres, la faculté de donner la Bénédiction Apostolique deux fois par an, à l'occasion des réunions plus solennelles des membres de la Ligue. En témoignage de Sa paternelle bienveillance et comme gage d'abondantes faveurs divines, Sa Sainteté vous accorde de tout cœur la Bénédiction Apostolique. Avec mes sincères félicitations et mes meilleurs vœux pour la Ligue, veuillez agréer, mon Révérend Père, l'expression de mes sentiments dévoués en Notre-Seigneur.

(Signé) : P. Card. GASPARRI.

Opportunité

L'acte du Saint-Siège tranche une question que l'opportunisme contemporain n'a pas manqué d'inspirer à plusieurs : « A notre époque de désordre et d'indifférentisme, la fondation d'une Ligue semblable est-elle de saison… » Oui, répond le Saint-Père. « Votre appel répond plus que jamais aux graves nécessités actuelles… »

*
* *

Dans une autre circonstance, le Saint-Siège adressait à l'éminent Archevêque de Tours, une lettre doctrinale, qui établit la même opportunité :

« Au milieu des bouleversements actuels, il importe de redire aux hommes que l'Eglise est, de par son institution divine, la seule arche de salut pour l'humanité.

Etablie par le Fils de Dieu sur Pierre et ses successeurs, elle est non seulement la gardienne des vérités révélées, mais encore la sauvegarde nécessaire de la loi naturelle. Aussi est-il plus opportun que jamais d'enseigner, comme vous le faites, Monseigneur, que la vérité libératrice pour les individus comme pour les sociétés, est la vérité surnaturelle dans toute sa plénitude et dans toute sa pureté, sans atténuation ni diminution, et sans compromission, telle, en un mot, que Notre Seigneur Jésus-Christ est venu l'apporter au monde, telle qu'il en a confié la garde et l'enseignement à Pierre et à l'Eglise. » (Lettre du 16 mars 1917).

Avant Benoît XV, le Souverain Pontife Pie X avait dit :

« Le salut n'est pas ailleurs que dans le Christ... On est tenté à nouveau de traiter les affaires du monde en dehors du Christ ; on a commencé à bâtir en rejetant la pierre angulaire de la société humaine... Vous comprenez facilement par là quelle nécessité presse chacun de nous d'employer la plus grande force d'âme possible et toutes les ressources dont nous disposons, à ranimer cette vie surnaturelle dans tous les rangs de la société humaine, depuis l'humble classe de l'artisan qui gagne chaque jour son pain à la sueur de son front, jusqu'aux puissants arbitres de la terre... » (Jucunda sane, I2 mars I9o4.)

Et le Pape ajoute :

« La prière ne suffit point... il faut entrer dans la mêlée pour combattre vaillamment les combats du Seigneur. »

Avant Benoît XV et avant Pie X, l'immortel Léon XIII avait écrit :

« Retourner aux principes chrétiens et y conformer en tout la vie, les mœurs et les institutions des peuples, est une nécessité qui, de jour en jour, devient plus évidente. Du mépris où ces règles sont tombées, sont résultés de si grands maux que nul homme raisonnable ne saurait considérer, sans une douloureuse anxiété, les épreuves du présent, ni envisager sans crainte les perspectives de l'avenir... »

... Regarder vers Dieu et tendre à Lui, telle est la loi suprême de la vie de l'homme.

« Mais ce qui est vrai de l'homme considéré individuellement, continue Léon XIII, l'est aussi de la société, tant domestique que civile. En effet, si la nature elle-même à institué la société, ce n'a pas été pour qu'elle fût la fin dernière de l'homme, mais pour qu'il trouvât en elle et par elle des secours qui le rendissent capable d'atteindre à sa perfection. Si donc une société ne poursuit autre chose que les avantages extérieurs et les biens qui assurent à la vie plus d'agréments et de jouissances ; si elle fait profession de ne donner à Dieu aucune place dans l'administration de la chose publique et de ne tenir aucun compte des lois morales, elle s'écarte, d'une façon très coupable, de sa fin et des prescriptions de la nature. C'est moins une société qu'un simulacre et une imitation mensongère d'une véritable société et communauté humaine...

« Le temps lui-même dans lequel nous vivons, nous avertit donc de chercher les remèdes là où ils se trouvent, c'est-à-dire de rétablir dans la vie privée et dans toutes les parties de l'organisme social les principes et les pratiques du christianisme ; c'est l'unique moyen de nous délivrer des maux qui nous accablent et de prévenir les dangers dont nous sommes menacés. Voilà Vénérables Frères, à quoi nous devons nous appliquer avec tout le soin et tout le zèle dont nous pouvons être capables. » (Sapientiæ Christianæ, 10 janvier I89o) ».

Et dans sa célèbre encyclique du 19 mars 1902, le même Pontife écrit :

« Tel est le secret du problème. Quand un être organique dépérit et se corrompt, c'est qu'il a cessé d'être sous l'action des causes qui lui avaient donné sa forme et sa constitution. Pour le refaire sain et florissant, pas de doute qu'il ne faille le soumettre de nouveau à l'action vivifiante de ces mêmes causes. Or, la Société actuelle, dans la folle tentative qu'elle a faite pour échapper à son Dieu, a rejeté l'ordre surnaturel et la révélation divine ; elle s'est soustraite ainsi à la salutaire efficacité du christianisme, qui est manifestement la garantie la plus solide de l'ordre, le lien le plus fort de la fraternité et l'inépuisable source des vertus privées et publiques.

« De cet abandon sacrilège est né le trouble qui la travaille actuellement. C'est donc dans le giron du christianisme que cette société dévoyée doit rentrer, si son bien-être, son repos et son salut lui tiennent au cœur. « De même que le christianisme ne pénètre pas une âme sans l'améliorer, de même il n'entre pas dans la vie publique d'un peuple sans l'ordonner. Avec l'idée d'un Dieu qui régit tout, qui est sage, infiniment bon et infiniment juste, il fait pénétrer dans la conscience humaine le sentiment du devoir, il adoucit la souffrance, il calme les haines et il engendre les héros. S'il a transformé la société païenne — et cette transformation fut une résurrection véritable, puisque la barbarie disparut à proportion que le christianisme s'étendit — il saura bien de même, après les terribles secousses de l'incrédulité, remettre dans le véritable chemin et réinstaurer dans l'ordre, les Etats modernes et les peuples contemporains.

« Mais tout n'est point là : le retour au christianisme ne sera pas un remède efficace et complet s'il n'implique pas le retour et un amour sincère à l'Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. Le christianisme s'incarne en effet dans l'Eglise catholique, il s'identifie avec cette société spirituelle et parfaite, souveraine dans son ordre, qui est le corps mystique de Jésus-Christ, et qui a pour chef visible le Pontife romain, successeur du Prince des Apôtres. Elle est la continuatrice de la mission du Sauveur, la fille et l'héritière de sa rédemption : elle a propagé l'Evangile et elle l'a défendu, au prix de son sang; et forte de l'assistance divine, et de l'immortalité qui lui ont été promises, ne pactisant jamais avec l'erreur, elle reste fidèle au mandat qu'elle a reçu de porter la doctrine de Jésus-Christ à travers ce monde, et, jusqu'à la fin des siècles de l'y garder dans son inviolable intégrité. »

Peut-on être plus formel ? « Un être organique » la Société et les Peuples, « dépérit et se corrompt »... La Société a donc cessé d'être sous l'action des causes qui lui ont donné sa forme et sa constitution. Conséquemment, conclut le Pontife, il faut la soumettre de nouveau à l'action vivifiante de ces mêmes causes. — Quelles sont ces causes ? Dieu et son Eglise. Peut-il y avoir des termes plus explicites pour affirmer l'opportunité de notre œuvre.

Avant Benoît XV, avant Pie X, avant Léon XIII, le Souverain Pontife Pie IX, avait dit :

« La cause de l'Eglise catholique, le salut des âmes divinement confiées à notre sollicitude, le bien même de la Société humaine demandent impérieusement que nous excitions de nouveau votre sollicitude à condamner d'autres opinions, sorties des mêmes erreurs comme de leur source. Ces opinions fausses et perverses doivent être d'autant plus détestées que leur but principal est d'enchaîner et d'écarter cette force salutaire dont l'Eglise catholique, en vertu de l'institution et du commandement de son divin Fondateur, doit faire usage jusqu'à la consommation des siècles, non moins à l'égard des particuliers qu'à l'égard des nations, des peuples et de leurs souverains. » (Quanta Cura, 8 décembre 1864.)

Et parlant toujours de l'Ordre social Pie IX ajoute:

« Ne cessez d'inculquer ces seuls vrais principes aux fidèles : inculcare numquam desinite. »

Nous pourrions multiplier les citations. Les Papes sont unanimes : vu l'état actuel de la Société, et précisément en raison de cet état, il faut, actuellement, un travail de restauration dans le Christ, unique salut des Peuples — Ce travail est d'autant plus urgent que le but principal des ennemis de Jésus-Christ est de détruire la force salutaire dont l'Eglise doit faire usage jusqu'à la consommation des siècles — donc aux temps actuels à l'égard des Nations ; — d'autant plus urgent aussi, que c'est ce travail même que Satan veut empêcher. On nous dira : pour ramener l'Ordre social à Dieu, il faut commencer par convertir les individus et les familles. Nous répondons : parfaitement, mais sachons donc que la conversion n'est pas faite quand un individu s'acquitte de ses devoirs d'ordre privé. C'est là un retour partiel à Dieu. Le retour complet comprend la reconnaissance théorique et pratique du souverain domaine de Dieu et de son Christ, non seulement sur la conscience personnelle mais sur toutes les choses visibles et invisibles, sur les sociétés et sur les peuples. Qui n'a pas adopté cette reconnaissance théorique et pratique marche en dehors des sentiers de la vérité et du devoir. Certes, il serait insensé de vouloir aboutir d'un coup à la transformation radicale des gouvernements, des constitutions des pays, des organisations administratives, etc., etc. Il faut commencer par inculquer aux individus, qui forment les nations et l'ordre social, la connaissance et la pratique des devoirs fondamentaux des nations et des sociétés. Voilà, ce qui ne s'est pas fait, ce qui ne se fait pas et ce qui doit se faire. La Ligue Apostolique a assumé la tâche de répandre abondamment dans les consciences individuelles la lumière nécessaire à la transformation de la mentalité générale et sociale. Elle recourt à la prière, aux sacrifices, à l'action de ses membres pour obtenir de la Majesté divine, une puissance efficace d'Apostolat. Insensiblement, elle produira, chez les Dirigeants et chez les Dirigés un état d'esprit franchement catholique, et, conséquence logique, elle obtiendra que, chez tous les Peuples du monde, la Charte fondamentale du Pays soit basée sur Dieu et l'Evangile.

Une constatation stupéfiante

S'il est un fait stupéfiant, c'est que l'insistance constante des Pontifes Romains a rencontré chez les Enfants de l'Eglise si peu de docilité, c'est qu'une direction clairement et formellement donnée par le Saint-Siège, a trouvé dans l'âme catholique aussi peu d'écho. Si, répondant à l'appel de ses Pasteurs Suprêmes, toute la catholicité s'était dressée contre la grande erreur moderne, l'Ordre social offrirait-il le spectacle lamentable de l'anarchie et du désordre qu'aujourd'hui nous déplorons ? [2]

Résultats certains

L'Acte Pontifical de Benoît XV, les directives suprêmes des Chefs de l'Eglise qui ont précédé l'illustre Pontife, tranchent la question d'opportunité. Du même coup, se trouve tranchée une autre question non moins angoissante pour les âmes sincères ; « à quoi aboutirons-nous ? » — puis : « si nous sommes certains de surexciter, sans profit, la haine des ennemis de Jésus-Christ et de l'Eglise, pourquoi commencer »... et encore « Nous sortons du domaine de la pratique pour entrer dans celui de l'idéologie, etc... »

À ces considérations qui sont faites pour effrayer les timides, nous répondons :

Premièrement : Le Saint-Siège, en déclarant que « notre appel répond plus que jamais aux graves nécessités actuelles » et en « souhaitant qu'à cette Ligue adhèrent tous les catholiques dignes de ce nom », exprime implicitement la certitude que, si nous le voulons, nous aboutirons. Ces paroles de haute direction ajoutées à celle de Léon XIII et des autres Papes manifestent que, pratiquement l'Ordre Social n'est pas perdu. Or, celle-ci ne peut être sauvée que dans le Christ. Les Pontifes suprêmes considèrent donc le retour au Christ et à l'Eglise comme possible, et dès lors dépendant de l'Apostolat des Enfants de la Sainte Eglise, c'est-à-dire de chacun d'entre nous. La conclusion est toute indiquée : il faut cet apostolat actuellement.

Les graves paroles prononcées par S. S. Benoît XV le 24 Décembre 1919, confirment cette conclusion d'ordre essentiellement pratique :

« L'enfant de Bethléem, dit-il, sera la paix de la Société, si elle s'incline avec ses organismes sociaux eux-mêmes devant la souveraineté inaliénable du « Roi des rois, du Prince des maîtres de ce monde » ; il sera pour elle la paix, si, adoptant la sagesse chrétienne, elle s'efforce à créer ce que le génie d'Augustin appelle la « cité de Dieu » en opposition avec la « cité du monde ». (Trad. de la Croix.)

À tous les documents pontificaux publiés jusqu'à présent et dont la signification ne peut être douteuse, il faut ajouter les deux immortelles encycliques de S. S. Pie XI : l'encyclique Ubi Arcano Dei (23 Décem¬bre 1922) et l'encyclique Quas Primas (11 Décembre 1925.) [3].

Deuxièmement : Malgré ces paroles des Papes, nous ne nous faisons pas illusion. La corruption des idées est telle, que humainement parlant, il n'y a pas de salut possible pour l'Ordre social. Une entreprise comme la nôtre, nous le comprenons, doit être taxée d'inopportunité, d'imprudence et de folie. Ne vaut-il pas mieux, dira-t-on, abandonner la masse des enfants des hommes appelés au salut par J: C., et se contenter de sauver « les restes d'Israël... » reliquiæ Israël. (Rom. 9. 27).

Eh bien, non ! nous ne pouvons admettre semblable raisonnement.

Un état social, tel le nôtre, est la cause de la damnation d'un nombre incalculable d'âmes ; il est une injustice suprême et permanente à l'égard de Dieu, de Jésus-Christ et de la Sainte Eglise : nous le prouverons.

Cet état est anormal et violent.

De deux choses l'une : devant lui, comme devant l'antique société païenne, l'Eglise reste chargée de sa mission divine, ou elle en est dispensée. Si elle en est dispensée, il nous reste à déchirer la dernière page de l'Evangile, où le divin Maître intime le grand précepte « Allez, enseignez tous les Peuples ». Si, au contraire, l'Eglise doit continuer, comme elle le doit, son œuvre d'apostolat jusqu'à la fin des temps ; si elle doit être et rester catholique, c'est-à-dire universelle et envahissante, le travail demandé par la Ligue est d'une actualité en même temps que d'une urgence totale et unique ; car, ce que nous voulons, c'est rendre à Dieu, à Jésus-Christ, et aux âmes leurs droits et, à la Sainte Eglise, ses droits et les moyens d'accomplir sa mission. — Que si, du point de vue humain, il y a imprudence, inutilité et folie, nous dirons, avec l'Apôtre Saint Paul, que notre œuvre n'est pas basée sur la prudence et la sagesse humaines, mais sur la sagesse de Dieu, qui, seule, peut nous donner et nous donne la certitude d'obtenir le résultat salutaire que nous visons. «S'il en est parmi vous, dont l'esprit semble la sagesse même selon le monde, qu'ils réforment leur mentalité, qu'ils deviennent fous selon le monde et ils seront sages selon Dieu. » (I cor. 3. I8).

Au premier siècle de notre ère, l'expansion de l'Eglise dans l'Univers entier, l'infusion d'une sève nouvelle, la sève de la vérité et de la grâce dans la Société païenne apparaissaient bien comme une œuvre irréalisable.

Le retour de la Société moderne à Dieu et à son Christ est cette œuvre. Devant elle, comme devant la mission d'évangéliser le monde, nous ne pouvons que nous prosterner humiliés, confondus dans notre impuissance ; et nous entendrons la parole du Dieu Eternel qui veut l'accomplir : « Je perdrai la sagesse des sages et je reprouverai la prudence des prudents » (I cor. I. I9).

Selon le monde, l'œuvre est une folie.

Selon Dieu, et parce que nous ne pouvons nous baser que sur Dieu et sur la folie de la Croix, nous avons l'espérance, c'est-à-dire une certitude.

Puisse chacun des membres de la Ligue entretenir cette espérance pour l'Univers et pour sa Patrie !... C'est l'optimisme le plus parfait.

Faveurs

Les faveurs exceptionnelles accordées par S. S. Benoît XV, étant clairement exposées dans la lettre que le Saint. Siège a daigné adresser à la Ligue, nous y renvoyons nos lecteurs.

*
* *

Cette introduction était nécessaire. Il nous faut entrer maintenant dans l'intime de l'œuvre, et comprendre sa nature. On verra mieux qu'elle est la première de toutes les œuvres sociales, l'œuvre sociale par excellence, et, aux temps actuels l'œuvre au but de laquelle tout âme qui possède la foi, a le devoir de collaborer. Nous divisons notre étude en deux parties :

La première établit la nécessité stricte du retour de l'Ordre social à Dieu et à Jésus-Christ, par la Sainte Eglise. La deuxième expose la nature du travail nécessaire pour rendre à Dieu les Sociétés et les Peuples.

| Retour à la page de garde

  1. Citons notamment avec reconnaissance, celles que lui ont fait parvenir : S. E. le Cardinal van Rossum, Préfet de la propagande. S. E. le Cardinal Billot. S. E. le Cardinal Boggiani, Archevêque de Gênes. S. E. le Cardinal Dubois, Archevêque de Paris. S. E. le Cardinal Ferrari, Archevêque de Milan. S. E. le Cardinal Maurin, Archevêque de Lyon. NN. SS. les Archevêques et Evêques de Besançon, Carthage, Montauban, Soissons, Angers, Namur, Tours, Saint-Flour, Bruges, Gand, Rennes, Toulouse, Auch, Châlons, Oran, An¬goulême, Saint-Brieuc, Agen, Nevers, Alife, Evora, Cuneo, Grouard-Alta, Pondichéry, Brindisi, Nicosie, Guadalajara, San Anjelo, Tempio-Pausania, Colombo, Durango. Le Maître Général des Frères Prêcheurs, le Ministre Général des Frères Mineurs, le Prieur Général des Servites de Marie, le Supérieur Général de la Congrégation des Sacré-Cœurs et de l'Adoration, le Supérieur Général des Missionnaires de la Salette, le Supérieur Général des Prêtres du Sacré-Cœur de Bétharram, le Supérieur Général des Pères Maristes, le Supérieur Général de la Société de Marie.
  2. Les citations que nous ferons dans l'exposé de la situa¬tion, manifesteront mieux encore ces directions pontificales. La traduction des documents pontificaux est empruntée à la B. P.
  3. Site du Vatican