La Révolution française, Autour du centenaire de 1789 (Mgr Freppel)

De Christ-Roi
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Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du Centenaire de 1789, 1899 [1]

TABLE DES MATIÈRES

AVANT-PROPOS. 1

I. Réformes et Révolution. 5

"la Révolution française [...] est une doctrine et une doctrine radicale, une doctrine qui est l'antithèse absolue du christianisme" (p. 14)

II. La Révolution française et le Christianisme. 15

III. La Révolution française et l'Europe chrétienne. 23

IV. La Révolution française et la Liberté. 33

V. La Révolution française et les Légistes. 44

VI. La Révolution française et l'Égalité. 51

"- Tous les hommes naissent et demeurent égaux en droits. Toutes les charges seront désormais acéssibles à tous, et il n'y aura plus d'autre titre pour y arriver que le talent et le mérit... - Vaine déclamation! Il suffit d'avoir étudié tant soi peu l'histoire depuis cent ans, pour savoir que chaque parti révolutionnaire, une fois maître du pouvoir, n'a rien eu de plus pressé que de réduire sinon de confisquer les droits du arti vaincu, et que, pour arriver à une charge de l'Etat, il faut avant tout se plier aux opinions des gouvernants du jour...

"Devant l'absolutimse de l'Etat dont les progrès ne permettent plus guère de se faire illusion sur ce point, on répète volontiers qu'à défaut de liberté, l'égalité, elle du moins, a dû son triomphe à la Révolution. Il serait facile de répondre qu'il n'est peut-être pas de peuple resté plus avide de distinctions que le peuple français... La vérité est que si la Révolution 'française' a remplacé les libertés réelles par de pures fictions, elle a introduit, au lieu de l'égalité vraie, une égalité fausse et absolument chimérique.

"Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". Il eût été plus exact de dire que tous les hommes naissent dépendants et inégaux. La première de ces dépendances et de ces inégalités a son fondement dans la divine constitution de la famille.

"Quand l'enfant vient au monde, il entre dans une hiérarchie de pouvoirs et de fonctions; il trouve à côté de son berceau, dans les auteurs mêmes de ses jours, non pas des égaux, mais des supérieurs qui ont led roit de lui commander. jamais à aucun âge de sa vie, il ne deviendra l'égal de son père ni de sa mère; jamais ses droits n'équivaudront aux leurs. Entre eux et lui, il y aura toujours un lien de dépendance et de subordination qui, formé par la nature elle-même, est indissoluble. La formule révolutionnaire de l'égalité est donc tout d'abord inapplicable à l'ordre domestique, à moins que l'on ne veuille en venir à cette absurdité de fonder l'autorité paternelle sur le vote des enfants...

Une atteinte à la famille & par contre-coup à la patrie elle-même

"On ne veut pas en arriver là, je le reconnais sans peine; mais la manie de l'égalité, née de la Révolution française, n'a-t-elle pas porté à la famille et, par contre-coup tout naturel, à la patrie elle-même, la plus grave des atteintes?" Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 53 [2]

Une atteinte à la propriété

"La division forcée en parts égales de la fortune immobilière, à la mort du père de famille, n'est-elle pas la cause immédiate de l'émiettement du sol [atteinte à la propriété de père en fils, au fil des générations], du morcellement indéfini de la propriété [partages successoraux...] N'est-elle pas une source d'isntabilité pour le foyer domestique, de ruine pour l'agriculture, le commerce et l'industrie, dont chaque établissement menace de s'effondrer avec chaque succession qui s'ouvre?" (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 52-53 [3]

"Mais comment ne pas reconnaître, d'autre part, que l'égalité dans les proportions d'héritage, et le partage forcé des biens, qui en est la suite, en ne laissant trop souvent aux familles nombreuses d'autre perspective que la misère, favorisent singulièrement des calculs égoïstes qui nous remplissent d'épouvante pour l'avenir du pays? (Mgr Freppel, ibid., p. 54 [4]

Une atteinte à la population de la France

"N'est-ce pas à cette folie égalitaire des rhéteurs et des sophistes de 1789 qu'il faut attribuer en grande partie la dépopulation de la France?" Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 53-54 [5]

Une atteinte à la moralité

"Sans nul doute, l'immoralité, fruit naturel de l'irréligion, entre pour beaucoup dans ce lamentable résultat: ce qui le prouve sans réplique, c'est que les départements où la foi chrétienne et le respect des lois divines sont restés debout, comme le Finistère par exemple, ont échappé à ce fléau, le plus redoutable de tous. L'accroissement et la diminution de la natalité sont en raison directe du progrès ou de l'affaiblissement des convictions religieuses. C'est un fait que les statistiques mettent hors de tout conteste." Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 53-54 [6]

Une rétrogradation de la puissance de la France dans le monde en vue

"C'est donc aux théories égalitaires de 1789, appliquées à l'ordre domestique, que nous sommes en droit d'attribuer un état de choses dont les terribles conséquences se feront sentir à une échénance plus ou moins courte, et qui, si l'on ne parvient pas à y porter remède par une réaction vigoureuse contre les idées révolutionnaires, fera descendre la France au rang de puissance de second ou de troisième ordre" [j'ai envie de dire que si Mgr freppel vit juste, il était loin du compte avec par exemple aujourd'hui une France rattrapée par l'Espagne ou le Portugal!... une france totalement déclassée qui de première puissance mondiale sous Louis XVI est devenue la cinquième ou la sixième sous Jacques Chirac... et encore, en étant optimiste...] (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 54 [7]

VII. La Révolution française et la Fraternité. 61

"Quelle alliance de mots contradictoires! A peine le mouvement révolutionnaire de 1789 a-t-il éclaté, que les haines les plus féroces se donnent libre carrière dans tout le pays. Ce peuple de frères semble n'avoir voulu écrire sur les murs de ses édifices la formule imaginée par la franc-maçonnerie, que pour se donner le plaisir de s'entre-égorger. Girondins et montagnards, hébertistes, thermidoriens, chaque parti marque son avènement au pouvoir par le meurtre de ses adversaires vaincus. Et ce n'est pas seulement au sein d'une capitale tumultueuse et désordonnée que s'inaugure ce règne de fraternité: au signal des nouveaux apôtres, dans chaque ville, dans chaque bourg, des hommes nés côte à côte, et la veille encore unis, s'acharnent les uns contre les autres, se dénoncent réciproquement et s'entre-tuent... Sous le nom de fraternité, une sanglante ironie est devenue le mot d'ordre des plus épouvantables forfaits.

"Tel devait être le résultat inévitable d'une révolution qui, en voulant détruire toute idée religieuse, allait déchaîner les instincts les plus bas et les plus égoïstes de la anture humaine. Car la Religion comme son nom l'indique n'est pas seulement le lien qui unit les hommes à Dieu; elle est encore le lien le plus étroit et le plus fort qui puisse unir les hommes entre eux, parce qu'elle les rapproche les uns des autres et les rallie autour d'une même foi, d'une espérance commune, des exemples et des leçons d'une charité qui a sa source et son modèle au-dessus de l'humaine faiblesse. Brisez ce lien, il ne reste plus en présence que des intérêts contraires, des convoitises et des passions avides de se satisfaire à tout prix, et qui, n'ayant plus d'horizon au-delà de ce monde, détruisent impitoyablement tous les obstacles qu'elles trouvent sur leur chemin.

"Sans l'idée de sacrifice qui fait le fond de la Religion, la patrie elle-même, qui devrait être un liend 'association, devient pour chaque parti, l'exploitation de tous au profit de quelques-uns. Faut-il s'étonner que, tout sentiment religieux une fois écarté, le peuple le plus doux et le plus policé du monde puisse devenir, à un moment donné, le plus cruel de tous?

"Homo homini lupus, avait dit le paganisme après une longue expérience faite sur le vif... Comment ne pas se rappeler le mot de Plaute, devant cette période de dix ans durant laquelle, au siècle dernier, une bande de bêtes féroces, à figure humaine, vulgarisait en France le règne de la fraternité révolutionnaire?

"J'entends bien ce que l'on nous dit pour affaiblir l'impression de ces crimes: c'était l'explosion soudaine de colères long-temps comprimées... Mais nous voici à cent ans de là, et je ne vois pas que les haines de partis, oeuvre de la Révolution française, se soient aucunement apaisées. C'est toujours le même esprit de fraternité, se manifestant par des divisions profondes et peut-être irrémédiables...

"Car là-dessus, il n'y a pas de contestation possible: ces déchirements et ces haines sont l'oeuvre de la Révolution 'française'. Elle a partagé la nation en autant de camps ennemis qu'il y a de compétitions au pouvoir. (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 62-65) [8]

VIII. La Révolution française et la Propriété. 66

"Une des erreurs les plus grossières, que l'on se soit efforcé d'accréditer dans le public, consiste à prétendre que la révolution française a donné ou rendu la terre aux paysans, tandis qu'avant 1789 la propriété du sol aurait été le privilège à peu près exclusif de la noblesse et du clergé. Je ne crois pas que jamais mensonge plus audacieux ait été jeté en pâture à la crédulité des simples. Là-dessus, il n'y a même plus matière à contestation, si l'on excepte ceux qui ont total intérêt à travestir l'histoire... La vérité est que, longtemps avant 1789, les paysans étaient devenus propriétaires fonciers, et cela dans une mesure qui n'a pas été dépassée depuis lors, si tant est qu'elle soit restée la même. Car tandis qu'aujourd'hui (en 1889) les petits cultivateurs ne possèdent que le neuvième ou le huitième des terres cultivées, avant la Révolution, la moitié du sol de la France leur appartenait en propre. Un pareil état de choses si différent de ce qui existait ailleurs frappait d'étonnement les étrangers qui visitaient notre pays (Voir les réflexions du voyageur Arthur Young, dans l'Ancien régime et la Révolution, par M. de Tocqueville, p. 37).

"C'est donc une erreur absolue de prétendre que le paysan est devenu propriétaire par le fait de la Révolution, et que la division de la propriété foncière date de 1789. Ce sont là les naïvetés qu'il faut abandonner aux orateurs de clubs, mais qui ne devraient plus se placer sous la plume d'aucun écrivain sérieux" (Mgr Freppel, ibid., chapitre VIII, la Révolution 'française' et la propriété, p. 66-67) [9]


Ce qui appartient en propre à la Révolution 'française': l'émiettement du sol & une aggravation de charges

"Ce qui appartient en propre à la Révolution 'française', c'est d'avoir porté cette division de la propriété foncière jusqu'à l'émiettement du sol par l'égalité des partages, en y ajoutant de surcroît une aggravation de charges doubles ou triples de celles qui auparavant pesaient sur la terre. Voilà son oeuvre, et cette oeuvre est tellement néfaste que, à l'heure présente [en 1889], nul ne peut dire ce qu'il adviendra de la proriété en France. Elle est accablée sous le poids des exigences fiscales qui achèvent de la ruiner.

"La ruine de la propriété est dans l'exagération de l'idée de l'Etat, tel que le conçoit la Révolution 'française'. Du moment que l'Etat se substituant à l'iniative particulière, l'entravant de mille manières et l'étouffant même, se même de tout faire, crée tout, organise tout, gouverne tout, écoles, justice, administration, finances, il lui faut absolument, pour suffire à tant de charges, pressurer la fotune individuelle et en tirer tout ce que peut, sous forme d'impôts et de contributions de toute sorte, droits d'enregistrement, droits de mutation et de succession, droits sur n'importe quelle transaction... de la vie privée; et comme en difinitive tout part de la propriété foncière et que tout y revient parce qu'elle est le gage de la richesse publique, c'est elle qui porte le poids de tout le système. D'où il résulte qu' au bout d'un certain nombre d'années, à force de taxations et de prélèvements excessifs, la valeur de toute une propriété a passé aux mains de l'Etat devenu le véritable héritier et l'unique bénéficiaire. Si c'est là ce qu'on appelle l'affranchissement de la propriété par la révolution 'française', nous nous demandons si les mots ont encore une signification dans notre langue" (Mgr Freppel, ibid., chapitre VIII, la Révolution 'française' et la propriété, p. 66-68) [10]

"Car c'est bien un coup terrible que le droit de propriété a reçu en 1789, et s'il y a survécu jusqu'ici, s'il est parvenu à s'en relever, c'est uniquement parce que, en dépit des sophistes, la loi divine et l'enseignement de l'Eglise n'ont pas perdu tout leur empire sur les âmes.

"Dans son ouvrage: le Capital, M. Karl Marx, l'un des chefs du socialisme contemporain [en 1889], n'a pas manqué de mettre à profit contre le droit de propriété, l'argument formidable que lui fournissait la confiscation des biens de l'Eglise [en mépris total de la prétendue "liberté religieuse" révolutionnaire...]. Comment, en effet, ce qui est possédé par plusieurs et depuis de longs siècles pourrait-il être moins inviolable que ce qui est possédé par un seul et d'hier seulement? Les communistes de nos jours [en 1889] parlent de nationaliser le sol en transférant à l'Etat les droits des particuliers; mais est-ce que les constituants de 1789 et leurs successeurs ont fait autre chose quand ils déclaraient 'biens nationaux' les propriétés du clergé et d'une grande partie de la noblesse [au mépris donc du droit de la personne à la proriété...]? La formule est exactement la même de part et d'autre pour les spoliations de l'avenir..." (Mgr Freppel, ibid., p. 70-71) [11]

"Un fait reste certain, c'est que le socialisme est en germe dans la Révolution 'française'; et si, comme tout porte à le craindre, ses théories portent leurs fruits au siècle prochain (donc au XXe siècle!), ou plus tard, la faute n aura été tout d'abord, à l'Assemblée constituante de 1789..." (Mgr Freppel, ibid., p. 71-72) [12]

IX. La Révolution française et le Travail. 73

X. La Révolution française et l'Instruction. 82

XI. La Révolution française et le Militarisme. 95

XII. La Révolution française et l'avenir de la France. 103

CONCLUSION. 110