Modernisme

Un article de Christ-Roi.

Erreur qui "dérive de l'américanisme" (Léon XIII, Lettre au Cardinal Gibbons, 22 janvier 1899, cité in Abbé Augustin Aubry, Contre le modernisme, Etude de la Tradition, le sens catholique et l'esprit des Pères, Pierre Tequi Editeur, Gand 1927, réédité aux ESR, p. 28)

  • "Le modernisme dont les malheureuses victimes soutiennent que la vérité des dogmes n'est pas absolue mais relative, c'est-à-dire qu'elle s'adapte aux besoins changeants des époques et des lieux et aux diverses tendances des esprits, puisqu'elle n'est pas contenue dans une révélation immuable, mais qu'elle est de nature à s'accomoder à la vie des hommes" Pie XI, in Mortalium animos, 1928.)

Saint Pie X a condamné cette erreur dans:

  • Le Décret du St Office "Lamentabili sane exitu" (du 3 juillet 1907)
  • et surtout l'encyclique "Pascendi Dominici gregis" (du 7 septembre 1907) [1]
  • ainsi que la "Lettre au Sillon" à Marc Sangnier, directeur du Sillon (août 1910).

La première mesure prise sous le pontificat de St Pie X avait été la mise à l'Index dès la fin de 1903, des ouvrages de l'abbé Loisy, professeur à l'Institut Catholique, puis de ceux d'autres modernistes français (Houtin, Laberthonnière, Le Roy).

Ces erreurs en question sont caractérisées dans leur ensemble par :

  • l'engouement de certaines manières dites modernes de philosopher sur les choses religieuses

Bien que distinctes les unes des autres, elles sont solidaires par leur unité d'inspiration et aussi par l'acharnement d'une certaine presse à les promouvoir. Qu'il s'agisse alors de philosophie, d'exégèse, d'histoire des dogmes, d'apologétique, d'orientation politique ou sociale, on retrouve les mêmes organes empressés à redonner la même note, à formuler les mêmes revendications avec l'ambition plus ou moins avouée d'arracher à l'Eglise enseignante des mises au point déclarées nécessaires.

Le "modernisme" étant caractérisé par la subtilité de ses agissements en vue de s'infiltrer insidieusement dans les esprits et dans les sociétés, il redoute la définition claire et précise.

Par son étymologie, "modernisme" évoque bien la tendance à s'inspirer des préoccupations reconnues ou supposées "actuelles", avec comme inévitable conséquence, une prédilection pour la nouveauté et le changement.

"L'idée qu'il faut donc se faire du "modernisme" est celle d'un renouvellement doctrinal qui aboutit à saper pratiquement les fondements objectifs du dogme catholique, sous prétexte de le moderniser pour l'adapter aux mentalités du jour" (Mère Marie de St Paul) [2]

"Le modernisme

  • consiste essentiellement à affirmer que l'âme religieuse doit tirer d'elle-même, l'objet et le motif de sa Foi.
  • Il rejette toute communication révélée qui, du dehors, s'imposerait à la conscience, et ainsi il devient, par une conséquence nécessaire, la négation de l'Autorité doctrinale de l'Eglise établie par Jésus-Christ,
  • la méconnaissance de la hiérarchie divinement constituée pour régir la société chrétienne" (S. E. Cardinal Mercier, Le modernisme, sa position vis-à-vis de la science, sa condamnation par le pape Pie X, de l'éd. de Bloud, Paris 1909, p. 24)

Or cette espèce d'"auto-conscientisation" de la foi a d'abord été condamné par le Syllabus dans les propositions condamnées suivantes:

  • «Toutes les vérités de la religion découlent de la force de la raison humaine» (prop. condamnée N° 4 du Syllabus).
  • «La Révélation divine est imparfaite et par conséquent sujette au progrès continu et indéfini [ Tradition vivante lubacienne - voir de Lubac] - qui correspond à la marche en avant de la raison humaine...» (prop. condamnée N° 5). En filigrane se profile l’immanence vitale, principe que dénoncera saint Pie X dans Pascendi" [3] (Sources: Revue FIDELITER, septembre-octobre 2004, N° 161, Le Syllabus ou l’anti-Vatican II).

Sommaire

Abbé Augustin Aubry, Contre le modernisme, Etude de la Tradition, le sens catholique et l'esprit des Pères, Pierre Tequi Editeur, Gand 1927, réédité aux Editions Saint-Rémi

Le modernisme est le succédané du libéralisme: il subvertit d'abord les idées saines, puis l'unité et la paix religieuse et sociale... (prophétique!)

""Or, la doctrine du modernisme revêt exactement la même caractéristique que le libéralisme dont il est le succédané et qu'il aggrave: même défaut de principes catholiques, même mépris de la tradition catholique, même opiniâtreté aveugle, orgeuilleuse et jalouse de ses théories, subversives des idées saines d'abord, et puis de l'unité et de la paix religieuse et sociale.

"Ce qui afflige votre pays..., c'est le mélange des principes..., ce système fatal qui rêve toujours d'accorder deux choses irréconciliables, l'Eglise et la Révolution" (Pie IX)

"Ce qui afflige votre pays - disait Pie IX, en 1871, à un groupe de pèlerins français - ce qui l'empêche de mériter les bénédictions de Dieu, c'est le mélange des principes.

"Je dirai le mot et ne le tairai pas, ce que je crains pour vous, ce ne sont pas ces misérables de la Commune, vrais démons échappés de l'enfer; c'est le libéralisme catholique, c'est-à-dire ce système fatal qui rêve toujours d'accorder deux choses irréconciliables, l'Eglise et la Révolution. Je l'ai déjà condamné; mais je le condamnerais quarante fois, s'il le fallait...

"C'est ce jeu de bascule qui finirait par détruire la Religion chez vous. Il faut aimer ses frères errants, mais, pour cela, il n'est pas permis d'amnistier l'erreur et de supprimer, par égard pour elle, les droits de la vérité."

(Source: Pie IX cité in Abbé Augustin Aubry, Contre le modernisme, Etude de la Tradition, le sens catholique et l'esprit des Pères, Pierre Tequi Editeur, Gand 1927, réédité aux ESR, p. 9.)

"Des esprits avides de ce qui peut chatouiller leurs oreilles, qui ne supportent plus la sainte doctrine, se donnent des docteurs suivant leurs convoitises, ferment leurs oreilles à la vérité pour les ouvrir à des fables" (Benoît XV, Ad beatissimi Apostolorum Principis)

"Peut-être nous taxera-t-on d'exagération et de pessimisme. Et pourtant, nous ne croyons pas nous écarter des déclarations et des avertissements de Benoît XV, lorsqu'il dénonce ces esprits "dont le nombre n'est pas médiocre, et qui, comme dit l'Apôtre, avides de ce qui peut chatouiller leurs oreilles, lorsqu'ils ne supportent plus la sainte doctrine, se donnent des docteurs suivant leurs convoitises, ferment leurs oreilles à la vérité pour les ouvrir à des fables. Enflés et enorgeuillis dans la haute opinion de l'esprit humain, certains, préférant leur propre jugement à celui de l'Eglise, en sont venus, dans leur témérité, jusqu'à juger à la mesure de leur intelligence les divins mystères et toutes les vérités révélées, n'hésitant pas à les adapter au goût des temps actuels" (v. aggiornamento, "l'ouverture au monde" chère aux modernistes du concile Vatican II)


(Source: Benoît XV, Encyclique Ad beatissimi Apostolorum Principis, cité in Abbé Augustin Aubry, Contre le modernisme, Etude de la Tradition, le sens catholique et l'esprit des Pères, Pierre Tequi Editeur, Gand 1927, réédité aux ESR, p. 15.)

Et de fait, l'erreur moderniste a pééntré largement dans le sanctuaire, sous le manteau et à la faveur du Sillon

"Elle a trouvé un appoint considérable dans cet organe de propagande et dans les nombreuses publications plus ou moins clandestines (Citons entre autres publications: Le trait d'union. Correspondance entre groupes d'études pastorales et sociales démocratiques, imprimé à Lyon, circulait dans 18 séminaires. Le lien, rédigé à Orléans et imprimé à Lyon: dans 10 séminaires. La chaîne, rédigé à Auch: dans 14 séminaires. Caritas, pour le Nord, dans 5 séminaires. L'idée chrétienne, correspondance circulaire, et le Bulletin d'Etudes sociales, affectées au diocèse de Paris. La Revue Demain, publiée à Lyon, etc.), qui, sous des titres suspects, ont pullulé un peu partout, et se sont glissées subrepticement dans nombre de séminaires, pour y créer l'état d'esprit le plus dangereux. A plusieurs reprises, Rome fut obligée de condamner cette sorte de croisade.

"Je n'aime pas, disait un jour Pie X à Mgr l'Evêque de Bayonne, je n'aime pas que les prêtres entrent dans cette association (du Sillon) ; ils paraissent se laisser guider et conduire par des laïques... Or, ils sont constitués, eux, pour guider et conduire. En outre, c'est un mouvement purement laïque, nullement confessionnel. En définitive, les hommes du Sillon poursuivent un idéal politique et pas autre chose, tout en se plaçant en dehors de la hiérarchie (catholique). Les prêtres ne doivent pas se mêler à ce mouvement."

(Source: Abbé Augustin Aubry, Contre le modernisme, Etude de la Tradition, le sens catholique et l'esprit des Pères, Pierre Tequi Editeur, Gand 1927, réédité aux ESR, p. 15-16.)

Un mouvement qui tend à introduire cette même idée démocratique dans l'Eglise et "à subsituer au gouvernement de l'Eglise un gouvernement mixte et modelé sur le parlementarisme" (Mgr Isoard)

"On n'a pas oublié la condamnation du mouvement silloniste qui ne visait à rien de moins qu'à introduire dans l'Eglise l'idée démocratique - mouvement généralisé par le modernisme, qui tend à introduire cette même idée démocratique dans l'Eglise et "à subsituer au gouvernement de l'Eglise un gouvernement mixte et modelé sur le parlementarisme."

(Source: Lettre de Mgr Isoard, à Mgr Servonnet, 20 janvier 1901, cité in Abbé Augustin Aubry, Contre le modernisme, Etude de la Tradition, le sens catholique et l'esprit des Pères, Pierre Tequi Editeur, Gand 1927, réédité aux ESR, p. 16.)

Ils (les modernistes) agissent exactement "comme si les enseignements et les ordres promulgués à tant de reprises par les Pontifes romains, surtout par Léon XIII, Pie X et Benoît XV, avaient perdu leur valeur première ou même n'avaient plus du tout à être pris en considération!]" (Pie XI, Encyclique Ubi Arcano, 1922)

Ils (les modernistes) agissent exactement "comme si les enseignements et les ordres promulgués à tant de reprises par les Pontifes romains, surtout par Léon XIII, Pie X et Benoît XV, avaient perdu leur valeur première ou même n'avaient plus du tout à être pris en considération!."

(Source: Pie XI, Encyclique Ubi Arcano, 23 décembre 1922, cité in Abbé Augustin Aubry, Contre le modernisme, Etude de la Tradition, le sens catholique et l'esprit des Pères, Pierre Tequi Editeur, Gand 1927, réédité aux ESR, p. 19.)

"C'est ainsi que les modernistes font toujours appel au vieil esprit libéral et prétendent que leurs doctrines seront inévitablement celles de demain. En attendant (leur heure), ils s'efforcent de les mettre à la mode, car ils veulent paraître dans le mouvement et visent à la popularité, tout en s'obstinant à demeurer dans l'Eglise et à contester ou même à supprimer les dogmes qui leur sont une gêne...

"Ou ils savent qu'ils sont les ennemis de l'Eglise, et, alors, quelle hypocrisie! Ou ils ne le savent pas, et, alors quelle démence! Qu'ils sortent donc de l'Eglise, comme tant d'autres renégats!" (Abbé Augustin Aubry, ibid., p. 19.)

Le modernisme : une "sorte de Protée insaisissable, dont les formes sont multiples" (Cardinal de Cabrières)

"Les nouveautés, les formules indécises, l'espérance chimérique de baptiser, de canoniser même des opinions très éloignées de la foi véritable - écrivait le Cardibal de Cabrières - tout cet ensemble de notions confuses au sein desquelles se débattent les intelligences, ce modernisme, en un mot, sorte de Protée insaisissable, dont les formes sont multiples, mais dont l'essence ne varie pas, doivent nous inquiéter profondément, parce qu'ils menacent la Religion des plus grands périls."

(Cardinal de Cabrières, Lettre du 10 mai 1907, cité in Abbé Augustin Aubry, Contre le modernisme, Etude de la Tradition, le sens catholique et l'esprit des Pères, Pierre Tequi Editeur, Gand 1927, réédité aux ESR, p. 22.)

Abbé Dominique BOURMAUD, Cent ans de modernisme, Généalogie du concile Vatican II, Clovis, Étampes 2003

P 145-150: "La doctrine pessimiste de Luther est née d’une expérience intime mais faussée. Sombrant dans le désespoir de jamais éviter le péché, la seule issue qu’il découvre pour s’exonérer de la faute est d’affirmer que l’homme déchu est dépourvu de liberté, rendant Dieu responsable du mal... Cette solution, cependant porte atteinte à la sainteté de Dieu et ruine la morale chrétienne. Mais le pire, c’est que Luther endosse une telle position en suivant ses propres lumières plutôt que la saine raison et de la foi catholique. Il rejette d’emblée toute autorité qui ne soit pas sa conscience autonome. Cette inversion volontariste et individualiste, Luther va l’étendre à toute la doctrine catholique qu’il passe au crible du libre examen. Tout homme réformé est pape et fait sa propre vérité... De même tout protestant, après avoir rejeté le magistère de l’Église, s’érige en prêtre et prophète de la parole de Dieu... Le dogme luthérien fait que l’homme est son propre sauveur, et Dieu devient superflu, d’autant plus que ce Dieu est le décalque de l’homme déchu de Luther, cruel, injuste et impuissant. Le libre examen fait toute la trame de l’hérésie doctrinale de Luther et c’est celui qu’il professe hautement pour amorcer la Réforme. Mais son sens politique le fait vite déchanter, en comprenant que l’application pure et simple du principe individualiste serait la ruine de la société. La religion qu’il fonde, le luthéranisme avec son Église, son autorité et ses dogmes faits sur mesure, renie en fait le libre examen qui est pourtant la Magna Charta de toute la "Réforme". Le luthéranisme établit une demi-révolution, qui se trouve en porte-à-faux avec les principes impraticables de Luther.

"Luther est le père du modernisme protestant en ce qu’il fournit les principes nouveaux en matière de dogme à ses successeurs. Cependant, de son vivant, il ne les met pas strictement à exécution lui-même: de la sorte, il y a un véritable fossé entre Luther et le Luthéranisme, entre les principes qui sont à l’origine de toute la Réforme et l’établissement d’une Église qui est l’opposé des principes réformistes. De la même manière, nous allons voir un fossé se creuser entre les idées de Luther et celles de ses successeurs les plus avancés, les protestants modernistes dits «libéraux» des XVIIIe et XIXe siècles.

Le libre examen contient en germe tout le modernisme

"Luther n’est donc pas tout à fait assimilables à ses successeurs libéraux. Mais, malgré les différences, entre Luther et ses successeurs les plus radicaux, il y a profonde communion de pensée. C’est bien lui qui a lancé le Non serviam, le cri de révolte contre toute autorité et toute doctrine qui ne sort pas de l’homme, qui ne sort pas de l’individu... Le libre examen individualiste et volontariste contient en germe tout le modernisme. Le ver est dans le fruit protestant et produira la corruption doctrinale et morale de la religion selon Kant et Schleiermacher. Luther, s’il n’est pas un moderniste à part entière, mérite à juste titre le nom de père du modernisme. Ses fils ont de qui tenir et ils se glorifient d’une telle parenté".

les modernistes visent la ruine de la raison et de la religion

P 221: "Sous couvert de la critique, du progrès scientifique et de la civilisation, les modernistes visent la ruine de la raison, de la religion [et du véritable progrès, celui qui repose en Christ, vie et vérité.]

l'égoût collecteur de toutes les hérésies

"Ils prônent la destruction totale de toute vérité sous prétexte que a vérité évolue avec l’homme, par lui et en lui: l’homme fait la vérité. C’est la vieille erreur des sophistes [Protagoras : «L’homme est la mesure de toute chose»], travestie en progrès pour les besoins d’une cause toujours perdue. Ainsi, en niant à jamais la vérité et la réalité des choses, on nie la Révélation de Jésus-Christ, on nie la réalité de Dieu et l’autorité de son porte-parole, l’Église. C’est à juste titre, l’apostasie radicale ou, comme le dit le pape, "l’égoût collecteur de toutes les hérésies". Contre un tel assaut, armé de la parole divine, saint Pie X répond que seul la vérité rend libre et qu’il faut tout restaurer dans le Christ. Son premier devoir est d’arracher le masque à cet ennemi caché. Le saint pape va mettre en pleine lumière ce monstre apocalyptique à sept têtes:

  • Le philosophe moderniste est ignorantiste (ignorantisme = les choses sont inconnaissables) et égologiste (toute vérité vient de notre propre tréfonds): la vérité est révolutionniste, car elle évolue tout autant que le sujet d’où elle est tirée...
  • Le croyant, à l’encontre du philosophe, a la certitude que Dieu existe en soi, indépendamment de l’homme. Cette certitude s’appuie sur une certaine réalité du cœur, grâce à laquelle l’homme atteint la réalité de Dieu: c’est une expérience supérieure à toutes les expériences rationnelles [ = principe du charismatisme de recherche de l'expérimentation, de la sensation de la présence de Dieu et l’Esprit saint = c'est l'exaltation des sens cependant que Notre Seigneur nous avertit: "heureux ceux qui croiront sans voir"].
  • La théologie moderniste est logique avec ses principes: la foi et le dogme, le corps de la religion et les sacrements sont tous le fruit d’une perception de Dieu présent en l’homme qui doit penser sa foi. Les livres saints sont un album des expériences vécues par les premiers Juifs et les premiers apôtres du christianisme. L’Église est le fruit de la conscience collective...
  • L’historien moderniste fait pure œuvre de philosophe – agnostique s’entend –, ce qui lui fait une loi d’écarter tout surnaturel pour retrouver le "pur évangile" [c'est le leitmotiv maçonnique du prétendu retour aux sources, aux origines...] L’élément humain originel a été soumis à la double loi de transfiguration et de déformation par la communauté primitive qui a enjolivé l’histoire en écrivant les quatre évangiles mythiques. [C’est sans compter le respect par les apôtres du commandement selon lequel «tu ne mentiras pas»].
  • Le critique vient accommoder à cette conception mythique les documents scripturaires, qui sont classés suivant les besoins dont ils procèdent et selon les lois de l’immanence et de l’évolution vitale.
  • L’apologiste moderniste se ressent de la doctrine immanentiste. Il s’agit pour lui d’amener le non-croyant à faire l’expérience de la religion catholique, expérience qui est le seul vrai fondement de la foi. Il invite à entrer dans cette Église-royaume de Dieu après avoir assimilé parmi les formes dogmatiques et cultuelles celles qui lui convenaient davantage…
  • Le "réformateur" prétend ôter la poussière de 1900 ans de conformisme pour retrouver la fraîcheur de l’Église apostolique... Il prétend réformer l’enseignement des séminaires, purifier les catéchismes et les dévotions populaires, adapter le gouvernement ecclésiastique à la démocratie moderne, supprimer le faste ecclésiastique et le célibat des prêtres, etc., le tout au nom du progrès...

"Si à l’époque, Loisy accusa de faux les théologiens du pape, il ne tarda pas à confesser que … «L’Encyclique Pascendi [4] n’est que l’expression totale, inéluctablement logique, de l’enseignement reçu dans l’Église depuis la fin du XIIIe siècle».

"Belle lucidité même si, quoi qu’en pense l’apostat, l’essentiel de l’enseignement de l’Église remonte en fait à ses origines. Il est intéressant de voir Loisy donner une leçon de traditionalisme aux papes et aux évêques: Depositum custodi!, Garde le dépôt! Telle est en effet la fonction essentielle du Vicaire du Christ et des évêques. C’est exactement ce qu’a accompli saint Pie X en montrant les limites à ne pas franchir en matière de foi, et en ôtant le masque qui couvrait l’apostasie moderniste. Vraiment, cette encyclique datée du 8 septembre 1907 était la parfaite réplique d’un certain 9 septembre 325 où le concile de Nicée avait porté un coup mortel à l’arianisme.

"Le modernisme, convaincu du bien-fondé de sa position, a la prétention de réformer l’Église de l’intérieur. Le modernisme n’est pas seulement une hérésie ou une apostasie, c’est une cinquième colonne. Pascendi parle des pseudonymes utilisés pour mieux tromper le lecteur averti, par la multitude simulée des auteurs. Le moderniste, on ne le saura jamais assez, est un apostat doublé d’un traître en droit et en fait. La traîtrise et la duplicité sont parties intégrantes du système lui-même. Le moderniste de race est celui qui peut affirmer sa foi personnelle du haut de la chaire et la contredire aussitôt en tant que savant et historien dans ses écrits.

Le teilhardisme

"L’homme fait Dieu à son image: Dieu est la créature de l’homme ; il est l’homme qui prend conscience de lui-même. Tout est contenu dans l’homme qui, par évolution progressive, devient «Dieu» par ses propres forces. La religion où l’homme s’auto-divinise et s’adore lui-même est le rejet du péché originel et le refus du Sauveur. Nous sommes au cœur de l’hérésie moderniste.

"En fait, depuis le péché originel où le premier homme succomba à la tentation de Lucifer de vouloir devenir comme un Dieu, l’histoire des religions, l’histoire tout court, est un perpétuel recommencement. Les Perses suivent Zoroastre et la religion manichéenne des deux dieux du bien et du mal; les bouddhistes suivent les hindouistes avec leur philosophie panthéiste ( = le monde est Dieu), et tendent vers la «perfection» du néant qu’ils nomment nirvana – extinction – par le truchement de l’autoconscience et de l’esprit seul .

"Au IIIe siècle, la gnose manichéenne reprend les mêmes idées panthéistes en enseignant tout le contraire de la doctrine chrétienne. Trois principes conjugués lui donnent sa cohésion: la dévaluation du cosmos; le viol mystique vers l’au-delà; le moyen de ce vol cosmique, la gnose ou la connaissance ésotérique. Les gnostiques refusent absolument le péché originel universel et le besoin d’un Rédempteur.

"Dans la vue gnostique loin d’être déchus, nous sommes des êtres divins qui, sans faute de notre part, avons été jetés dans un univers cruel, étranger et chaotique... De la création mauvaise, les gnostiques déduisent que l’homme doit se libérer de ce monde pour se diviniser, par un «exode» ou voyage mystique. Le seul chemin rationnel qui mène à Dieu, la Création bonne lui étant fermée, l’homme doit inventer un chemin gnostique, la découverte du «sacré» qui l’élève par ses propres forces à la divinité" (Abbé Dominique BOURMAUD, Cent ans de modernisme, Généalogie du concile Vatican II, Clovis, Étampes 2003, p. 269).

Le panthéisme

Le panthéisme répète chez l’homme le péché de Lucifer et des anges, et il n’y a rien d’étonnant à ce que toutes les hérésies y plongent leurs racines. La même tentation du Dieu immanent, de l’homme qui fait Dieu à son image, existe depuis plus de vingt siècles. Elle est passée successivement chez Confucius et Bouddha au VIe siècle av. J.-C., dans la cabale pharisaïque, dans le manichéisme aux IIe et IIIe siècles, dans le brahmanisme. On le retrouve dans le millénarisme puis le catharisme au XVIIIe siècle, enfin chez Jakob Böhme et Baruch Spinoza au XVIIe siècle.

"On voit une recrudescence des mêmes tendances panthéistes et immanentistes au XVIIIe siècle, le siècle de la franc-maçonnerie, le siècle des "philosophes" déistes qui seraient mieux nommés athées. Les nouveaux mages sont légion : Rousseau, Voltaire, les encyclopédistes, Kant, Hégel, Nietzsche et Marx. Leur parler est direct quand ils décrivent le «meurtre de Dieu», le Dieu est mort de Nietzsche...

"Les modernistes catholiques au début du XXe siècle ont été contaminés par ces idées délétères. Bergson, Le Roy, Hébert, Loisy, Blondel, Tyrell, ont tous professé de façon plus ou moins nuancée leur foi en Dieu au creux de la conscience humaine. En fait, la synthèse de Teilhard fait progresser la cause panthéiste en lui donnant toute sa cohésion. Les maîtres, jusqu’alors, avaient du mal à réunir les deux bouts de la chaîne, la chute de la Création matérielle et le salut terrestre.

"C’est à Teilhard que revient le mérite de joindre les deux extrémités. Il est le héraut de l’Église syncrétiste où l’homme se sauve par lui-même en atteignant le Point Oméga. Mais pour que cette bonne nouvelle du «salut par soi» soit reçue, encore faut-il qu’elle soit présentée sous les auspices de la «Création par soi» darwinienne...

"Mieux que les manichéens et que les allemands, Teilhard décrit parfaitement la relation intime entre la «Création par soi» et le «salut par soi», grâce au processus incessant de l’évolution. La Jérusalem apocalyptique, c’est le corps mystique du Christ, le «super-Homme» qui est en train de se former sous nos yeux, par l’effort de l’homme seul, à travers les exploits de la technologie et la naissance des super-États. Et cette super-évolution prétend continuer l’évolution darwinienne des formes organiques" (Abbé Dominique BOURMAUD, Cent ans de modernisme, Généalogie du concile Vatican II, Clovis, Étampes 2003, p. 270-271).

Le New Age

"Si la religion panthésite a toujours existé comme phénomène occulte véhiculé par la franc-maçonnerie et les sectes, désormais elle a pignon sur rue dans le mouvement récent mais déjà très puissant du New Age.

"Il suffit de citer la profession de foi d’un journaliste partisan de ce Nouvel Âge du Verseau pour comprendre l’influence panthéiste, hégélienne, teilhardienne, et pourquoi ne pas l’avouer, luciférienne, de ce mouvement: « L’univers tout entier est un être spirituel, vivant et conscient, dont nous faisons tous partie. Cette conscience, l’on peut l’appeler «Dieu» ou d’un nom qui nous convient, est habitée par des aspects d’elle-même, c’est-à-dire des êtres conscients. L’univers n’est qu’une seule et même vibration, l’Amour! A partir de l’Amour, les consciences veulent être générées comme autant de sources lumineuses. Les êtres humains se sont créés pour expérimenter l’amour, l’intelligence, la matière et l’action. Nous traversons une suite de vies incarnées et désincarnées qui vont nous mener à la fusion finale avec la Conscience unique, qui est l’identité sous-jacente de tout ce qui existe dans l’univers et qui est l’origine et la destinée de tous les êtres séparés. Il faut préparer le futur de l’humanité, l’ « Homme nouveau », un être dont on ne peut avoir aucune idée de ce qu’il sera, de la même manière qu’on ne soupçonne pas ce que peut être l’originalité de la Conscience collective humaine. Notre mission à nous, gens du Nouvel Âge, est de ramener à un état de conscience d’avant la chute tous les êtres humains capables d’êtres réceptifs. Peu à peu, cette nouvelle conscience s’infiltrera dans les activités quotidiennes des hommes et, de plus en plus, les cellules humaines individuelles prendront conscience de ce qui se passe. Le changement s’accélérera à une vitesse exponentielle»

«Theilhard a commis le péché de Lucifer : dans le phénomène de l’ «humanisation», c’est l’homme qui est au premier plan. Quand la conscience atteint son apogée, le Point Oméga comme dit Teilhard, l’homme est tel que nous le désirons, libre dans sa chair et dans son esprit. Ainsi Teilhard a élevé l’homme sur l’autel et, l’adorant, il n’a pu adorer Dieu».

"Theilhard a-t-il consciemment servi l’anti-Église pour détruire le Royaume du Christ de l’intérieur? Rien n’est moins sûr. Mais le fait qu’il ait agi en cavalier seul sur le terrain miné de l’évolution a fait avancer la cause des ennemis de l’Église bien plus que n’aurait pu le faire un homme du dehors.

"Jamais personne n’a infiltré le poison moderniste de la science «pure» et du révolutionnisme religieux comme Teilhard l’a fait. Son système arrive à point pour servir les projets à la fois maçonniques et modernistes, puisque la refonte teilhardienne des dogmes chrétiens est le moyen de faire muer l’Église et de l’intégrer – ou plutôt de la désintégrer – dans une super-Église universelle" (Abbé Dominique BOURMAUD, Cent ans de modernisme, Généalogie du concile Vatican II, Clovis, Étampes 2003, p. 270-271).

L'existentialisme

"L’existentialisme voit la liberté absolue – qui serait le tout de l’homme – comme la concurrente de Dieu. Admettre que Dieu existe, c’est perdre sa liberté et s’aliéner, c’est se voir affublé du titre peu honorable de « salaud ». C’est pourquoi les existentialistes les plus radicaux font choix de la liberté et renient Dieu. Et pourtant, cette liberté n’est pas tout de rose : c’est un instinct irrationnel, sans idéal, sans guide et sans but. Cette existence existentialiste est dramatique, c’est l’homme jeté dans une situation concrète, absurde et sans raison, l’homme qui n’a pas demandé à Dieu de naître. C’est l’homme condamné à la liberté, condamné à vivre sans étalon, ni règle du bien ou du mal, condamner à choisir sa destinée en sachant qu’elle ne conduit à rien, [en sachant qu’elle conduit au néant]. On comprend que le sentiment le plus révélateur de l’existence soit La nausée, titre d’un roman de Sartre. Les existentialistes mettent le point final en disant : « Je suis la source absolue ». L’homme s’érige effectivement en absolu sur les ruines de l’Absolu…" (Abbé Dominique BOURMAUD, Cent ans de modernisme, Généalogie du concile Vatican II, Clovis, Étampes 2003, p. 282).

L’exégèse spirituelle selon de Lubac

"Après avoir écrit Surnaturel (1946), de Lubac est suspect de néo-modernisme et doit s’exiler pour un temps à Paris. C’est là qu’en 1960, de Lubac sera publiquement réhabilité, quand Jean XXIII le nommera théologien pour la préparation du Concile. Il participe activement au Concile, suscitant l’admiration de nombreux disciples, entre autres les futurs papes Montini et Wojtyla. Ce dernier devenu Jean-Paul II, le crée cardinal en 1983, en récompense des mérites de ce théologien qui aurait su recueillir le meilleur de la Tradition catholique dans sa méditation sur l’Église et le monde moderne. Il meurt en 1991, salué par la clameur universelle comme l’un des plus grands théologiens du siècle...

"Ils sont toute équipe de penseurs réunis autour de la figure discrète mais entraînante du père de Lubac: les futurs cardinaux Daniélou et Balthasar (traducteur de ses œuvres en langue allemande), les pères Fessard et Bouillard (qui seront impliqués dans les condamnations romaines). Mais les idées lubaciennes ont une influence chez nombre d’amis de marque, particulièrement le personnaliste Mounier (de la revue Esprit), le jésuite Teilhard de Chardin, les dominicains Chenu et Congar.

"Nombre de ses ouvrages sont consacrés à des hauteurs hétérodoxes avec lesquels il ouvre le débat. Outre les athées, il y a Pic de la Mirandole , Joachim de Flore, Proudhon. De Lubac se fait le champion de la liberté religieuse [entendue selon le concile] et du dialogue inter-religieux. Si de Lubac est célébré aujourd’hui comme le théologien du ressourcement, l’un des pionniers de Vatican II, unissant indéfectiblement amour pour l’Église et amour pour l’homme , sous Pie XII, en revanche, son étoile ne jouissait pas d’un tel lustre... On l’appelait le chef de la «nouvelle théologie», c’est-à-dire du néo-modernisme.

"Avant d’étudier les circonstances de sa disgrâce auprès de la Rome de Pacelli, nous pouvons déjà constater qu’il y a des côtés par trop suspects chez notre «théologien». En étudiant ses œuvres, on peut se demander s’il a jamais assimilé les principes fondamentaux de la saine philosophie, et s’il n’a pas été un de ces maîtres qui n’ont jamais été disciples. Plus érudit que sage, plus curieux qu’assoiffé de la vérité, plus chercheur qu’ami des grands principes, cet étudiant aspirait à «un retour aux vrais médiévaux», Saint Augustin et Saint Thomas, contre la tendance suarézienne en vogue au scolasticat. En réalité, le thomisme dont se grisait notre théologien en herbe était celui d’auteurs douteux comme Rousselot et Maréchal, qui prétendaient partir de Kant pour terminer chez saint Thomas… De Lubac prétend que le bouddhisme est le plus grand évènement spirituel dans l’histoire du christianisme lui-même. On est en droit de se demander si ce contact avec les religions n’est pas à l’origine de la thèse du «salut universel»...

Le mépris de de Lubac pour les directives pontificales

"On est surtout navré de constater que celui qu’on cite comme un exemple de religieuse obéissance a parfois affiché du mépris pour les directives pontificales. Non content de publier plus tard ses écrits interdits sous Pie XII en matière de surnaturel, il soutiendra aussi la liberté religieuse condamnée formellement par tous les papes depuis Grégoire XVI. Le pire est que même après le monitum contre Teilhard, il écrira encore deux livres pour le défendre… C’est que de tous les protecteurs de Teilhard, de Lubac a été certes le plus zélé et le plus habile avec son livre La pensée religieuse de Teilhard de Chardin publié en 1962, qui recevra le Monitum en guise de réponse romaine.

"On objecte à ce livre, à bon droit semble-t-il, que l’auteur fait œuvre de prestidigitateur et non d’historien, car le livre ne remplit pas ses promesses de faire connaître la pensée de Teilhard, mais au contraire révèle la pensée que de Lubac voudrait qu’on ait de lui. C’est un diagnostic d’autant plus surprenant qu’il s’applique à un auteur qu’on dit expert en études historiques...

"Muni d’une telle protection, les thèses teilhardiennes ont pu se répandre sans condamnation jusqu’à sa mort, minant les intelligences naïves des jeunes scolastiques trop avides de sensationnel.

Pour de Lubac, si la Vérité est la vie, et si la tradition doit transmettre la Vérité, alors la Tradition se doit d’être vivante (c'est-à-dire qu'elle évolue...) ou n’être pas. Autrement dit, le passé, parce que passé, n’est pas vrai parce qu’il ne vit pas l’instant présent… C’est une des «découvertes» géniales de notre théologien qui à l’instar des modernistes, vide de son sens une expression catholique pour lui donner une signification ambiguë.

"Il explique que le fleuve de la Tradition ne peut parvenir jusqu’à nous si son lit n’est pas perpétuellement désensablé. En quoi consiste cette tradition vivante? C’est la simple expression de son relativisme dogmatique qui refuse les dogmes reçus tels quels (la Révélation chrétienne par exemple). La Tradition vivante lubacienne [et conciliaire], prise chez Blondel, rappelle la loi de la vie de Loisy selon laquelle l’Église se déforme et se transforme dans la plus parfaite contradiction. Ses successeurs, Ratzinger (connu pour être le défenseur du teilhardisme) et Jean-Paul II, s’en accommodent à merveille. Une fois que le modernisme aura triomphé sur le dôme de saint Pierre, la Tradition vivante va s’identifier à l’Église conciliaire, sans aucun lien logique nécessaire avec la transmission de la Révélation passé. La tradition vivante appelle faux aujourd’hui ce qui était vrai hier, et vrai ce qui était faux. Elle a bon dos. Elle permet d’évincer vingt siècles de magistère constant et de taxer de «dispositions provisoires» l’enseignement infaillible condamnant la liberté religieuse, le modernisme et les déviations bibliques. Elle permet d’excommunier les rares évêques fidèles à la vraie Tradition . Vraiment, les néo-modernistes peuvent se féliciter de cette invention géniale qui fait une pierre deux coups : elle protège le modernisme et pourfend la Tradition apostolique au nom de… la tradition vivante.

L’exégèse spirituelle chez de Lubac

"La sainte Écriture, le seul livre qui ait Dieu pour auteur, a droit à une double interprétation. Elle comprend la chose désignée par les mots comme dans tout langage humain et elle désigne une chose future. De Lubac prétend que les Pères de l’Église auraient cru que les mêmes paroles pouvaient exprimer deux sens et deux réalités distinctes, l’une humaine et l’autre spirituelle. La nuance est de taille ! Car il ne peut y avoir ambiguïté dans la Bible puisque Dieu déteste le double langage.

"Cette thèse hétérodoxe affirme que les paroles bibliques peuvent avoir un double sens, de multiples sens et, pourquoi pas ? Des contresens…

"Une telle théorie sied comme un gant à la thèse de la tradition vivante et des interprétations spirituelles, d’autant plus fructueuses que le texte est gros de sens variés.

"Ainsi sans en avoir l’air, ce maître à penser des évêques et des papes modernes a repris les grandes thèses scripturaires des modernistes les plus fameux, Strauss et Schleiermacher, Loisy et Bultmann".

Le tournant anthropologique de Rahner

"Nous considérons Rahner comme l’apogée du modernisme antécédent et la principale clef de lecture pour comprendre Vatican II et Jean-Paul II" (Abbé Dominique BOURMAUD, Cent ans de modernisme, Généalogie du concile Vatican II, Clovis, Étampes 2003, p. 310).

"L’apport le plus original de Rahner à Vatican II a été la collégialité qui signe la démocratisation de l’Église" (Abbé Dominique BOURMAUD, ibid., p. 324).

Les innovations du néo-modernisme

"Si le protestantisme était osé dans ses idées (libre examen), si le modernisme en épousait parfaitement les principes, ces doctrines (libre examen, plus évolutionnisme, tradition vivante lubacienne etc.) n’avaient pas toute la cohésion et la structure qu’offre à nos yeux le système de l’entre-deux-guerres. Surtout, elles n’avaient pas énoncé clairement et ouvertement leurs principes conducteurs. Ces principes ont déjà été signalés : ce sont le cogito-volo-est (ce que je veux, est) des existentialistes qui en arrive à nier les essences des choses, car l’être précède l’essence et pose comme principe suprême la liberté créatrice et absurde, l’instant présent créateur. C’est aussi le principe dialectique de Hegel selon lequel l’infini se déverse dans le fini pour devenir l’infini conscient.

Évolution ou révolution face à la culture chrétienne?

"Le néo-modernisme se présente comme l’anti-thèse du catholicisme. Il donne une définition de la vérité qui détruit la raison (infraction au principe de non-contradiction) qui est ouverte à la contradiction et qui prépare une vision œcuménique révolutionnaire.

"Les existentialistes et les néo-modernistes détruisent la raison puisqu’ils nient que les choses aient en elles-mêmes une certaine nature, et ensuite parce qu’ils prétendent que connaître c’est informer l’objet ou plutôt le déformer, alors que le contraire est vrai. Sartre dit sa gratitude à Kant: la pensée moderne a réalisé un progrès considérable en réduisant l’existant à la série des apparitions (sensitives) qui le manifestent.

L’Encyclique de Pie XII, Humani generis résonne en 1950 comme un nouveau Syllabus d’erreurs condamnées une seconde fois pour les mêmes raisons et avec les mêmes arguments. La divine Providence voulait confirmer que le modernisme, même propagé par la suite par les plus hautes sphères romaines, est une hérésie cancéreuse doublement conspuée, exécrée et condamnée à tout jamais par l’unique Église de Jésus-Christ, l’Église catholique, apostolique et romaine.

La recherche du consensus à tout prix...

"Un point propre aux sociétés idéologiques est la recherche de l’unité à tout prix. Il faut obtenir le consensus, vrai ou non. La méthode du consensus, c’est le dialogue.

"Jean Guitton explique que lorsque les hommes dialoguent avec l’intention de s’entendre enfin, ils fixent d’abord les zones communes, puis tâchent d’étendre le plus possible ces zones d’accord. Telle est la méthode oecuméniste. Evidemment ? le dialogue est la méthode qui convient les deux partis en recherche sont sur le même pied.

"Mais comment les catholiques peuvent-ils sérieusement dialoguer pour rechercher la vérité, sachant qu’ils en jouissent pleinement? On ne lit pas d’ailleurs dans l’Évangile que Jésus-Christ ait commandé d’aller dialoguer avec les païens, mais bien plutôt de les enseigner et les convertir. Cependant, c’était la mentalité du dialogue œcuménique qui résonnait dans l’aula conciliaire.

"Le schéma Dei Verbum sur les sources de la Révélation marque bien l’enjeu de la lutte et le travail de sape des modernistes touts-puissants au sein de la Commission chargée du schéma. Ils s'agissait ni plus ni moins que de nier la tradition orale comme seconde source de la Révélation, de nier l’innérance universelle de la sainte Bible en la confinant aux seules questions de foi et de morale, et finalement de jeter le doute sur l’historicité des évangiles : «Les auteurs sacrés écrivirent les quatre Évangiles… toujours de telle sorte qu’ils nous disent des choses vraies et sincères au sujet de Jésus».

"Les rhanériens bloquèrent systématiquement tout amendement dans le sens traditionnel jusqu’au jour où Paul VI, se rendant compte, sur le tard, de l’ambiguïté sous-jacente, se vit contraint en conscience d’exiger une formulation plus orthodoxe. Mais la plupart des équivoques furent maintenues. Tous les grands textes dogmatiques sur l’Église, l’œcuménisme, la Révélation, la liberté religieuse, étaient minés de phrases 'équivoques' savamment dosées par les experts révolutionnaires.

"Le schéma sur la Vierge était pour Rahner une source de vives inquiétudes, puisqu’il en résulterait un mal inimaginables du point de vue œcuménique. Le point qu’il attaquait en particulier était l’enseignement du schéma sur la médiation de la très sainte Vierge, et plus précisément le titre de «Médiatrice de toutes grâces». Le diktat de Rahner devint manifeste quand il fit savoir que les évêques d’Autriche, d’Allemagne et de Suisse étaient contraints de déclarer ouvertement qu’il leur était impossible d’accepter le schéma sous sa forme actuelle... Après la victoire de ses vues sur la mariologie, il devint l’homme le plus puissant du Concile.

"Le thème de la collégialité était étudié en se basant sur son livre Episkopat und Primat nouvellement édité par Ratzinger. C’est là surtout que Rahner marqua le texte final de son empreinte indélébile. Il s’en félicitait ouvertement comme étant la plus grande innovation du Concile. Congar confirma la chose en ajoutant que les intérêts de Rahner étaient universels: « Il n’a pas eu la chance de collaborer, comme moi, à la rédaction des textes sur l’œcuménisme, la liberté religieuse (où sa collaboration aurait été importante) et sur les religions non chrétiennes, au sein du Secrétariat pour l’unité des Chrétiens. Mais il était dévoré par le souci œcuménique .

La Magna charta

"La Déclaration des Droits de l’homme avait été préparée de longues dates avant de gagner l’assentiment de l’assemblée révolutionnaire. De même pour la Magna charta consacrée par Vatican II: Vatican II ne fut pas tant le point de départ d’une nouvelle théologie que le point final et le sceau officiel des théories modernistes.

"La théologie qui triompha au concile fut celle des mêmes théologiens qui auparavant avaient été condamnés, éloignés de l’enseignement, envoyés en exil. La théologie des docteurs conspués triompha en effet sur toute la ligne. En règle générale, les textes conciliaires n’étaient pas ouvertement hérétiques, sinon ils n’auraient jamais reçu l’approbation de l’assemblée conciliaire.

"A Schillebeecks qui se plaignait d’un texte trop conservateur, on répondit qu’ils s’étaient exprimés de façon diplomatique, mais qu’après le Concile, on en tirerait les conclusions implicites . Les textes étaient simplement ambigus, constituant de véritables bombes à retardement. Les trois bombes les plus importantes de nos artificiers modernsites correspondent parfaitement à la trilogie révolutionnaire:

  • Liberté,
  • Égalité,
  • Fraternité.

"L’œcuménisme conciliaire est l’équivalent de la fraternité révolutionnaire. Le liberté religieuse, traitée dans Dignitatis humanae, connut des débats passionnés dès avant le Concile. Le cardinal Ottaviani, bouledogue de la foi, défendait la liberté de la religion catholique qui est amenée, selon les circonstances, à tolérer l’erreur.

"Le cardinal Béa au contraire, parlait de la liberté des religions, et accordait la liberté par principe à tous les cultes, en public comme en privé. C’était reconnaître le droit à l’erreur et au vice selon le rêve du père Murray, condamné par le Saint-Office avant de triompher au Concile.

"Pie IX avait déjà fulminé des condamnations contre ceux qui affirment que la liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme, ou que la meilleure condition de la société est celle où le pouvoir n’a pas le droit de réprimer par des peines légales les violateurs de la religion catholique, si ce n’est lorsque la paix publique le demande. Ce que Pie IX condamne, Vatican II l’affirme exactement dans la déclaration Dignitatis humanae:

2. Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part soit des individus, soit des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu'en matière religieuse nul ne soit forcé d'agir contre sa conscience, ni empêché d'agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d'autres.

«Le Concile du Vatican déclare que la personne a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce... qu'en matière religieuse, nul ne soit forcé d'agir contre sa conscience, ni empêché d'agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d'autres» (DH 2) [5].

"Congar ne peut s’empêcher d’avouer qu’un tel texte dit à peu près le contraire des propositions 15 et 17-19 du Syllabus de 1864.

"Comment les modernistes justifient-ils leur innovation ? En prétendant simplement que la condamnation était valable pour le XIXe siècle, mais n’a aucune valeur perpétuelle, car selon Murray, Vatican II se situer en fait dans la continuité de l’évolution de l’enseignement traditionnel.

"Face au tollé de nombreux pères, le pape, pour briser l’opposition, décida d’ajouter une note prétendant que rien dans le texte ne contredisait la Tradition. Par ces beaux mots qui ne changeaient rien à rien, la révolution libérale allait passer comme une lettre à la poste.

"Et n’allons pas croire qu’il s’agit là de querelles byzantines. Grâce à la liberté religieuse, les derniers pays catholiques, l’Espagne, la Colombie, certains cantons de Suisse et l’Italie, se voient obligés à la laïcisation de l’État.

"Grâce à la liberté religieuse, le divorce s’est introduit dans ces pays. Grâce à la liberté religieuse, les enfants ne pourront plus apprendre qu’ils ont un Père au Ciel qui les aime. Grâce à la liberté religieuse, les sectes et les nouveaux mouvements religieux offrent une réponse facile d’emploi aux catholiques déboussolés par l’ouragan conciliaire. Grâce à la liberté religieuse, plus de soixante millions de catholiques du continent sud-américain ont déjà apostasié. Sont-ce là les beaux fruits du Concile proclamé comme le printemps de l’Église?

"Dans le triptyque maçonnique de la Magna charta des Droits de l'homme, figure l’égalité. En termes religieux, cela signifie la démocratisation de l’Église «monolitihique».

"Notre divin Rédempteur a créé l’Église en la fondant sur Pierre: «Et moi, je te le dis que tu es Pierre et sur cette pierre, j’édifierai mon Église». Rahner allait proposer en revanche la doctrine collégiale où le pape n’est que l’égal des évêques – primus inter pares. Sa fonction se limiterait à faire la police entre les membres d’un pouvoir synarchique et non plus monarchique, selon une thèse condamnée par l’Église.

"On fit voter ainsi le 30 octobre 1963 la collégialité qui invitait le pape à partager le gouvernement de l’Église avec les évêques. Congar déclarait, triomphant, que l’Église avait fait sa révolution d’octobre!

"Le pape, plusieurs fois averti des intentions perverses des rédacteurs, avait laissé courir, jusqu’au jour où l’un des experts commit l’erreur de mettre par écrit l’interprétation que les modernistes tireraient des passages suspects, une fois le concile terminé. Ce papier tomba entre les mains des conservateurs qui le portèrent au pape. Le pape Paul, comprenant finalement qu’il avait été trompé, en fut ému et pleura. Ce fut en cette occasion qu’il appela, un soir de novembre 1964, le cardinal Ruffini, convoqué d’urgence : «Éminence, sauvez le Concile! Sauvez le Concile! Il gémissait et pleurait: Sono i periti che fanno il Concilio!... Il est nécessaire de faire front face à la prépotence de ces employés».

Le pape fit inclure en appendice une Nota explicativa qui excluait l’interprétation hérétique. Au moins, pour la constitution de l’Église, la doctrine catholique était-elle sauvée in extremis. Néanmoins, l’ajout d’une telle note restera pour toujours un témoignage muet mais éloquent de l’ambiguïté des textes conciliaires. Il est évident que des fruits amers allaient sortir de ces théories démocratisantes. L’autorité personnelle des évêques se trouvait désormais écartelée entre l’autorité du pape et celle des puissantes conférences épiscopales, ce qui menaçait de ruiner l’Église. Un évêque voyait son autorité dissoute dans celle de la conférence épiscopale.

«Comme évêque isolé, je suis absolument impuissant… Dans l’Église, les choses sont manipulées de telle sorte aujourd’hui que l’appel d’un évêque non seulement ne serait pas écouté, mais serait tourné en ridicule… Ce qui est commun à tous les synodes, diocésains ou nationaux, c’est leur propension à l’indépendance, et d’avoir établi des thèses et proposé des réformes en opposition avec la pensée déclarée du Saint-Siège, en demandant par exemple l’ordination d’hommes mariés, la prêtrise pour les femmes, l’admission aux sacrements des divorcés bigames (synodes allemands et suisses )».

"Le concile Vatican II, au dire du cardinal Suenens, a été «1789 dans l’Église»; la révolution voulue par Jean XXIII, selon le franc-maçon Marsaudon. Après le Concile, les révolutionnaires ont eu la présence d’esprit de sceller leur victoire en empêchant tout retour à l’Ancien régime. Paul VI affirme que le Concile est, sous certains aspects, plus important que celui de Nicée.

"Quiconque considère aujourd’hui le Concile comme simplement pastoral est taxé d’hérétique et de schismatique. Pourtant, la Commission théologique a suffisamment défini que le Concile n’est pas "dogmatique". Il peut donc paraître très surprenant que les théologiens néo-modernistes qui, la veille encore, haïssaient le magistère ordinaire universel, l’encensent aujourd’hui et l’utilisent à tout moment pour renforcer l’acceptation du Concile. C’est qu’il y a eu entre temps la prise de la Bastille. Désormais, les «intégristes» ont été ligotés et sont traités comme des pestiférés, de sorte qu’il existe de facto un consensus universel moderniste.

"Les révolutionnaires ont donc beau jeu aujourd’hui d’invoquer le magistère ordinaire universel, de le taxer d’infaillible selon la définition de Vatican I, afin que les hérésies modernistes reçoivent le sceau de l’infaillibilité… C’est pourtant aller un peu vite en besogne. Car, à moins d’avoir les schèmes mentaux d’un moderniste pur, le magistère universel ne saurait se contredire et rester infaillible. L’universalité dont on parle à propos du magistère ne concerne pas seulement la vérité dans l’espace (partout), mais aussi dans la vérité dans le temps (vrai en tout temps), selon le canon de Lérins : «Quod semper et ubique» (toujours et partout). Si on enlève le caractère de perpétuité à l’infaillibilité, rien n’empêche que l’Église tombe prisonnière d’un de ces rassemblements idéologiques qui imposent leurs erreurs à la masse, sous la motion d’un groupe de pression. Or, c’est précisément ce qui s’est passé à Vatican II. Et pas seulement à Vatican II: l’après-concile avec Paul VI, Ratzinger et Jean-Paul II, sous les mêmes couleurs oecuménistes, est tout aussi moderniste.

Le fossoyeur de la Tradition, Paul VI

"Cela fait plus d’un siècle que les Carbonari, la franc-maçonnerie italienne, avait projeté de miner la papauté:

«Le travail que nous allons entreprendre n’est l’œuvre ni d’un jour ni d’un mois, ni d’un an; il peut durer plusieurs années, un siècle peut-être; mais dans nos rangs, le soldat meurt et le combat continue… Ce que nous devons chercher et attendre, comme les Juifs attendent le Messie, c’est un pape selon nos besoins… Et ce pontife, comme la plupart de ses contemporains, sera nécessairement plus ou moins imbu des principes humanitaires que nous allons commencer à mettre en circulation… Vous voulez établir le règne des élus sur le trône de la prostituée de Babylone, que le clergé marche sous votre étendard en croyant toujours marcher sous la bannière des clefs apostoliques… Tendez vos filets… au fond des sacristies, des séminaires, des couvents… Vous aurez prêché une Révolution en tiare et en chape marchant avec la croix et la bannière, une révolution qui n’aura besoin que d’être un tout petit peu aiguillonnée pour mettre le feu aux quatre coins du monde».

"À défaut d’un révolutionnaire en tiare et en chape, Paul VI a été comparé à Moïse guidant le peuple élu hors d’Égypte vers la terre inconnue de la Promesse. Souvent aussi on l’a présenté en Hamlet qui avait fini sur le trône de Pierre. Ce tempérament indécis venait peut-être d’un manque de formation intellectuelle solide, Giovanni Battista Montini (1897-1978) n’ayant pas suivi de séminaire, réalité d’autant plus regrettable que son père, homme influent, éditait une revue au ton libertaire. De là venaient ses utopies juvéniles qu’avec la gauche on peut collaborer, mais qu’avec la droite on ne peut pas.

Pie XII prit d’ailleurs des mesures disciplinaires contre Montini, qu’il éloigna de Rome en le nommant archevêque de Milan – promoveatur ut amoveatur. Il lui refusa le chapeau de cardinal et ne voulut jamais le recevoir en audience.

Alors que de Lubac recevait les foudres du Saint-Office et voyait ses livres dénoncés, de Milan venaient des paroles d’adhésion et d’encouragement... Montini fut créé cardinal par son ami Jean XXIII, qui lui ouvrit enfin la voie vers le pontificat que Pie XII lui avait fermée.

Élu pape, Montini put utiliser l’autorité suprême au service des forces modernistes. Plus encore que Jean XXIII, il ou vrit les portes du Concile aux nouveaux théologiens. Leur nombre passa de 201 en septembre 1962 à 480 à la fin du Concile, grâce à l’influence discrète de Paul VI qui leur montrait son approbation en les recevant en audiences privées, en concélébrant avec eux, en louant leur collaboration . Il exerça la même influence discrète sur les Pères conciliaires pour qu’ils ratifient la nouvelle théologie condamnée par Pie XII peu avant. Le cardinal cardinal Daniélou voyait en Paul VI "un pape libéral". Paul VI savait ce qu’il voulait et utilisait la discrétion pour écarter les réactions prévisibles des récalcitrants, ainsi que l’atteste Bugnini.

Il guidait la barque, le cap imperturbablement dirigé droit sur le modernisme œcuménique. C’est ainsi qu’il fit plier le père Charles Boyer, recteur de la Grégorienne, pour réhabiliter tant Teilhard de Chardin que de Lubac, en le forçant à inviter ce dernier à un congrès thomiste. C’est avec la même fermeté que le pape fit plier toute résistance des exégètes, en réadmettant des professeurs de l’Institut biblique, repaire moderniste sous la protection du néfaste cardinal Tisserant. Zerwick et Lyonnet, ceux-là mêmes qui avaient été expulsés par le Saint-Office en 1961, reprirent triomphalement, grâce à Paul VI, leur chaire d’Écriture sainte au cœur de Rome. Bien sûr ces professeurs n’avaient rien amendé de leurs erreurs: la négation de la prophétie d’Isaïe 7.14: «Voici que la Vierge concevra et enfantera…»; le refus de voir Rm 5.12 dans le sens du péché originel, comme le définit le Concile de Trente; la négation du primat de Pierre de Mt 16.17-19, «Heureux es-tu Simon…» Congar dit que Paul VI parlait à droite et agissait à gauche. C’est lui aussi qui noya la Commission Biblique avec de nouveaux membres éclairés pour introduire la Formgeschichte de Bultman. Le pape jugeait les écarts théologiques de Hans Küng, qui avait milité à ses côtés au Concile, avec le même préjugé moderniste. La condamnation fut des plus bénignes puisqu’il était autorés à poursuivre son enseignement .

"En revanche, quand Mgr Lefebvre décida de former les séminaristes d’Écône dans la tradition catholique, il reçut la suspens a divinis et l’ordre de dissoudre la Fraternité et son séminaire dans les trente jours. C’est que Mgr Lefebvre était anti-moderniste. Paul VI, très Clément pour tous ceux qui étaient modernistes, ressuscite l’Inquisition et les condamnations pour les «intégristes».

"Il est vrai qu’il n’y a pas plus sectaire qu’un libéral. À la suite de son protecteur Jean XXIII, Paul VI fut le plus ardent promoteur de l’idée œcuménique. Flanqué des cardinaux Béa, Frings et Liénart, il croyait de son devoir d’ouvrir une voie nouvelle pour universaliser l’Église, pour la rendre acceptable au monde moderne tel qu’il est, avec sa fausse philosophie, ses faux principes sociaux et ses fausses religions. Il semble que tous ces hommes souffrent de la crainte de toute supériorité et de tout exclusivisme. Ils ont peur d’être le sel de la terre et la lumière du monde, ce serait s’opposer au monde. Leur fausse humilité les amène à rejeter tout ce qui fait la fierté des catholiques: le fait d’appartenir à la vraie religion, à la seule religion sur terre qui défende les lois du Décalogue, la seule qui défende ses principes de façon rationnelle et logique, la seule qui satisfasse la conscience humaine par sa sainteté et sa charité. Non, tout cela doit disparaître!

"Le mirage de l’union de l’humanité, la foi en l’homme (évolutionnisme et progrès) croyant ou non, va obnubiler le chef spirituel de l’humanité au point d’y sacrifier son rôle de Vicaire du Christ. Il va abandonner le primat de la vérité divine et le primat du pape. Ainsi peut-il faire fi du primat de Jésus-Christ et de l’Église" (Abbé Dominique Bourmaud, Cent ans de modernisme, Généalogie du concile Vatican II, Clovis, Étampes 2003, p. 402).

Abandon du primat de la foi

"L’abandon majeur est certes celui du primat de la vérité et des vérités de foi. La démission de l’autorité fut patente avec le Catéchisme hollandais, qui serait mieux nommé Catéchisme des hérésies! négateur des anges, du sacerdoce, de l’Incarnation et de la Présence réelle. Rome le laissait circuler de par le monde. Avec la condition d’y ajouter en appendice le décret de condamnation romaine. Ce renoncement grave au devoir de protéger la foi allait se reproduire à l’occasion de la publication du catéchisme des évêques français, Pierres vivantes, publié subrepticement avant de recevoir l’approbation romaine.

"Chose surprenante, après avoir parlé de la «misère de la catéchèse nouvelle» et de «dégradation» au sujet de ce catéchisme infesté d’hérésies, ce qui déchaîna un tollé épiscopal, le cardinal Ratzinger retira immédiatement sa critique, laissant entendre qu’il voulait simplement traiter de la situation globale de la catéchèse, et non désavouer le travail catéchétique en France.

"Les évêques français purent alors crier victoire. En réalité, bien avant d’infiltrer la catéchèse, l’enseignement révolutionnaire avait déjà miné les universités et les séminaires. Le cardinal Decourtray confesse que, vers les années 50-60, l’écoute et le dialogue étaient monnaie courante dans l’Église et particulièrement dans les séminaires de France.

"Les enseignants des universités étaient eux aussi pris de plein de fouet dans la tempête des techniques et des idéologies, y compris celle de la laïcisation. Il s’y pratiquait surtout la dynamique de groupe, l’apprentissage des systèmes modernes d’information, allant de l’expression libre aux techniques de communication... En clair, le lavage de cerveau fonctionnait à merveille. D’autant plus que Teilhard de Chardin était l’auteur le plus lu, tant dans les séminaires que dans les loges... Au cas où le sabotage des institutions et de l’enseignement n’aurait pas suffi, les modernistes s’en prirent à la sainte Bible elle-même, et voulurent mettre entre les mains des croyants une Bible en accord avec leurs fantaisies maintes fois dénoncées. C’est là la raison de la nouvelle Bible dite «œcuménique», une traduction frauduleuse avec des notes infestées d’indifférentisme.

"Il n’est pas difficile d’imaginer la partialité et les impasses faites sur les passages trop catholiques. Exemple: Luc I.28, l’Annonciation de l’Ange à Marie. La parole de Dieu doit se plier elle aussi au diktat des «frères séparés». Dieu et sa parole gênent. De telles publications peuvent se multiplier et nier les doctrines de l’Église en toute impunité, puisque le pape a supprimé l’index en 1965 et paralysé le Saint-Office, suivant à la lettre l’agenda moderniste qui exigeait que l’autorité fût diluée: réforme des congrégations romaines, surtout celle du Saint-Office et de l’Index. Fini les condamnations et les procédures juridiques. Désormais, le pape se refuse à condamner qui que ce soit . Sauf Mgr Lefebvre, anti-moderniste, défenseur de la Tradition. Par contre, le père Léon-Xavier Dufour, professeur d’exégèse à Fourvière, qui niait la résurrection du Christ, fut protégé par ses confrères jésuites…

Abandon du primat du pape

"En réalité, le premier anti-papiste était le pape lui-même. Le principe de collégialité admis au Concile Vatican II, consacrait le principe de coresponsabilité et permettait en théorie que tous puissent juger de tout, y compris des décisions papales. Dès lors, ce fut l’abdication de fait.

"Au lieu de lois préceptrices, Rome se contenta de simples conseils et directives. Au lieu d’ôter l’erreur et les hérésies d’entre la foi, le Vatican pratiqua la politique de l’autruche, notamment en matière liturgique. Là, beaucoup de prêtres faisaient ce qui leur plaisait. Les initiatives prises sans autorisation étaient hors de contrôles. C’était le droit à l’expérience. C’est ainsi que les évêques français imposèrent illégalement la communion dans la main et forcèrent son extension au monde entier.

"Avec cette phobie de l’autorité propre aux libéraux, Paul VI trouvait commode de remettre le gouvernement de l’Église en d’autres mains que les siennes. Le remaniement de la Curie pontificale mettait toutes les Congrégations romaines sous le contrôle du Secrétaire d’État qui pouvait dès lors agir comme le vrai chef, le pape étant relégué au rang de monarque honorifique.

Abandon du primat de Jésus-Christ et de l’Église

"Négligeant le mot de saint Pie X : «Tout restaurer en Jésus-Christ», l’Église va tendre à suivre la clameur des Juifs au moment de la Passion : «Nous ne voulons pas qu’Il règne!», répudiant de facto le royaume du Christ sur terre. Cette politique romaine consiste à supprimer les derniers États catholiques pour se satisfaire du droit commun.

"Après l’Espagne, la Colombie, certains cantons suisses, ce fut le tour de l’Italie. Paul VI, dès 1976, prépara le traité de 1984 abrogeant l’article qui spécifiait que l’Italie reconnaissait la religion catholique comme la seule religion d’État... Ce que Paul VI demandait, c’était qu’on reconnaisse l’Église catholique comme une forme d’expression religieuse importante dans l’histoire de l’Italie, rien de plus. Un tel abandon du primat du Christ-Roi dans la société allait ouvrir la porte aux mesures laïcistes qui ont déferlé sur ces pays autrefois chrétiens: le divorce, l’avortement, l’enseignement non-obligatoire du catéchise, etc.

"Comment ne pas mentionner aussi la trahison de Rome vis-à-vis des catholiques en pays communistes? Ainsi, Paul VI retira au cardinal Mindszenty ses fonctions de primat de Hongrie pour plaire aux autorités locales. Ainsi, il montra sa sympathie pour l’Église catholique schismatique de Chine condamnée par Pie XII en 1956. Ainsi il se rendit en Colombie pour soutenir les campesinos et indirectement les guerilleros. Ainsi il embrassa l’agent du KGB Athénagoras en levant l’excommunication. Ainsi eurent lieu de multiples contacts entre Casaroli et le gouvernement soviétique, qui servirent la cause communiste.

Discours de clôture du Concile Vatican par Paul VI

« La religion de Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il advenu ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait être, mais ce n’est pas arrivé. L’histoire antique du bon samaritain a été le paradigme de la spiritualité du Concile. Une sympathie immense l’a envahi tout entier  ».

Ce texte, déjà important dans le cadre du Concile, l’est encore plus parce qu’il semble donner une clef pour déchiffrer le pontificat énigmatique d’un pape non moins énigmatique. Paul VI, malheureusement, n’a-t-il pas servi la religion de l’homme qui se fait Dieu plus que la religion du Dieu qui s’est fait homme ? (Abbé Dominique BOURMAUD, Cent ans de modernisme, Généalogie du concile Vatican II, Clovis, Étampes 2003, p. 417).

Applications pratiques

"Le doute jeté sur le célèbre texte de la femme qui écrase le serpent. Le 9 mai 1996, en citant le texte protoévangélique Gn 3.15, le pape dit que:

«nous avons déjà eu l’occasion de rappeler précédemment que cette version ne correspond pas au texte hébreu dans lequel ce n’est pas la femme, mais plutôt sa descendance, son descendant, qui doit écraser la tête du serpent. Ce texte attribue donc non pas à Marie, mais à son Fils la victoire sur Satan ».

"Aussitôt la presse s’en empara pour déclarer que l’image de Marie écrasant le serpent sous ses pieds était fausse. Le pape Jean-Paul II sait pourtant que son interprétation va contre la tradition patristique unanime, et spécialement contre la Bulle dogmatique (donc infaillible car donnée sous contrôle du Saint-Esprit) de Pie XII pour la définition de l’Assomption. Serait-ce que Notre-Dame écrasant Satan n’est plus de mise à l’heure œcuménique?

"Le changement de la prophétie de Isaïe 7.14, entériné par la Commission Biblique en 1993 : « Voici que la Vierge concevra et enfantera » devient « Voici que la femme concevra et enfantera… » La Commission Biblique nie aussi le Primat de Pierre de Mt 16.17-19 : « Heureux es-tu Simon… », et refuse de voir Rm 5.12 (« C’est pourquoi, comme le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, ainsi la mort a passé dans tous les hommes par celui en qui tous ont péché »), dans le sens du péché originel, comme le définit le Concile de Trente. Mc Cool nie Mt 18.23 : « C’est pourquoi le royaume des cieux est comparé à un homme-roi qui voulut compter avec ses serviteurs » Abbé Dominique BOURMAUD, Cent ans de modernisme, Généalogie du concile Vatican II, Clovis, Étampes 2003, p. P 432).

Von Balthasar ou la thèse hérétique de l'enfer vide

"Plus grave encore est le discours du pape sur l’enfer qui sent vraiment le soufre:

«Il ne s’agit pas (l’enfer) d’un châtiment de Dieu infligé de l’extérieur, mais du développement de prémices déjà posées par l’homme dans cette vie (l’enfer ne serait qu’en cette vie terrestre)… Pour décrire cette réalité, l’Écriture sainte utilise un langage symbolique… En ayant recours à des images, le Nouveau Testament présente le lieu destiné aux personnes qui se sont rendues coupables d’injustice comme une fournaise ardente, où «seront les pleurs et des grincements de dents» (Mt 13.42 ; 25.30 et 41)… Elles [les images] indiquent la frustration et le vide complet d’une vie sans Dieu. Plus qu’un lieu, l’enfer indique la situation dans laquelle se trouve celui qui s’éloigne librement et définitivement de Dieu, source de vie et de joie».

"Le pape va ici à l’encontre de la théologie catholique constamment enseignée : le feu de l’enfer est réel ; le feu est la peine du sens qui se distingue de la peine du dam ou perte de Dieu ; l’enfer, le ciel et le purgatoire sont des lieux et pas seulement une condition de vie. Mais le pire vient ensuite:

«La damnation demeure une possibilité réelle, mais il ne nous est pas donné de connaître, sans révélation divine particulière, si les êtres humains – et lesquels – sont effectivement concernés ».

Donc, contre l’enseignement constant de l’Église, pour le pape actuel, l’enfer est le lieu de supplice des démons, mais on ne peut savoir s’il y aura jamais d’hommes damnés. C’est implicitement reprendre l’autre thèse wojtylienne du salut de tous les hommes, même malgré eux, du seul fait de l’Incarnation du Fils de Dieu fait homme. C’est admettre l’hérésie de l’enfer vide soutenue par Rahner et von Balthasar, lequel déclarait que Ratzinger et Wojtyla partageaient son avis … Or, la négation de l’enfer mène loin. Elle mène à la négation du péché originel, à la négation du surnaturel et à la relativisation du mystère de la Rédemption" (Abbé Dominique BOURMAUD, Cent ans de modernisme, Généalogie du concile Vatican II, Clovis, Étampes 2003, p. P 433).

"Un coup très médiatisé était porté également par Jean-Paul II dans son message à l’Académie pontificale des Sciences, qui faisait d’une pierre deux coups, ou plutôt trois. Non seulement le message fait violence au texte de la Genèse sur la création de l’homme à partir de la poussière, mais il endosse l’évolutionnisme à part entière:

«Aujourd’hui (31 octobre 1992), environ un demi-siècle après la publication de l’encyclique [Humani generis], de nouvelles connaissances conduisent à ne plus considérer la théorie de l’évolution comme une simple hypothèse… La convergence, non recherchée ni provoquée, des résultats de travaux conduits indépendamment les uns des autres, constitue en soi un argument significatif en faveur de cette théorie».

"En réalité, la position moderniste qui suit Darwin sur l’origine simiesque de l’homme est en pleine déconfiture et a été désormais contredite. Toutes les disciplines annexes, embryologie, génétique, géologie, paléontologie, éprouvent de graves difficultés à intégrer l’évolutionnisme. C’est même ce que concluaient les scientifiques évolutionnistes au Congrès de Chicago en 1980.

"Pourquoi dans ces conditions le pape s’acharne-t-il à ressusciter un mythe mort et enterré? C’est que, parmi les mythomanes de l’évolutionnisme, il y a Teilhard de Chardin, qui prétendait fonder sa théologie de l’évolutionnisme christique de l’homme sur l’évolution des espèces...

"Or, la théologie évolutionniste teilhardienne est partagée par Ratzinger et reçoit les éloges du pape . Jean-Paul II serait-il le pape du teilhardisme, la religion non pas de l’Incarnation de Dieu, mais de « la montée de l’homme » ? C’est la dernière question qu’il nous faut examiner avant de clore notre enquête. (Abbé Dominique BOURMAUD, Cent ans de modernisme, Généalogie du concile Vatican II, Clovis, Étampes 2003, p. P 433).

Un autre Paul, Jean-Paul II

"En 1963, à Rome durant le Concile Vatican II, Jean-Paul II ne tarissait pas d’éloges envers les néo-modernistes :

«En moins de quatre années, la situation à l’intérieur de l’Église a incroyablement changé… Des théologiens aussi éminents que Henri de Lubac, J. Daniélou, Y. Congar, H. Küng, Ratzinger (Ratzinger nous est connu comme le défenseur des idées teilhardiennes, p. 449), Lombardi, K. Rahner et d’autres ont joué un rôle extraordinaire dans ces travaux préparatoires.

"L’objectif de Jean XXIII était avant tout l’unité des chrétiens ; on a fait des pas de géants sur ce chemin...

"La nostalgie de l’unité des chrétiens fait corps avec celle de l’unité de tout le genre humain [ !!!]...

"Cette donnée [« la Rédemption en dehors des frontières visibles de l’Église »] montre l’attitude de l’Église envers les autres religions, qui est basée sur la reconnaissance des valeurs spirituelles, humaines et chrétiennes à la fois, contenues dans des religions [on parle maintenant de "traditions", çà fait mieux...] telles que l’islam, le bouddhisme, l’hindouisme… L’Église veut entreprendre un dialogue avec les représentants de ces religions. Et ici, le judaïsme occupe une place tout à fait particulière».

"Assise pointait déjà à l’horizon de l’esprit wojtylien dès 1963. Cet esprit mondialiste, de Lubac montre combien Wojtyla en était imbu en contribuant à la rédaction du schéma de l’Église dans le monde moderne ainsi qu’à celui de la "liberté religieuse" (Dignitatis Humanae) [6]

"C’est grâce à lui, peut-être plus qu’à tout autre que Gaudium et spes, après ses nombreux avatars, fut tiré de l’enlisement à une heure où beaucoup commençaient à désespérer de le faire aboutir. C’est dans le même esprit d’ouverture qu’il avait abordé les deux grands thèmes de l’"œcuménisme" et de la "liberté religieuse".

"Créé pape en 1978, il restera fidèle à ses amis et maîtres à penser.

"En 1981, centenaire de la naissance de Teilhard, le Secrétaire d’État envoya au nom du Saint-Père une lettre qui exaltait « le merveilleux retentissement des recherches de Teilhard, cet homme saisi par le Christ dans la profondeur de son être, empressé à honorer en même temps la foi et la raison, répondant par là, presque par anticipation à l’appel de Jean-Paul II: ‘N’ayez pas peur, ouvrez, ouvrez toutes grandes au Christ les portes, les immenses espaces de la culture, de la civilisation, du développement’».

"En 1984, Jean-Paul II envoie ses vœux personnels à Rahner avant sa mort, ainsi qu’à Balthasar; En visite en France en 1980, il tient à honorer particulièrement ses amis français Yves Congar et Jacques Maritain, le défenseur de la "liberté religieuse". Il enverra deux télégrammes à la mort du «vénérable cardinal de Lubac... me rappelant le long et fidèle service accompli par ce théologien qui a su recueillir le meilleur de la 'tradition catholique' dans sa méditation sur l’Église et le monde moderne [son Gaudium et spes]. Au cours des ans, j’avais vivement apprécié la vaste culture, l’abnégation et la probité intellectuelle qui ont fait de ce religieux exemplaire un grand serviteur de l’Église, notamment à l’occasion du Concile Vatican II».

"Les sympathies du pape vont aussi aux pionniers de la théologie de la libération, entre autres le communisant Helder Camara. Mais c’est surtout en nommant Ratzinger comme défenseur attitré à la Doctrine de la foi que Jean-Paul II manifeste le penchant de son cœur: Ratzinger pratique la technique de l’encordée. Grâce à lui, c’est tout un régiment de théologiens modernisants qui contrôlent le magistère de l’Église. Comment douter de l’orientation que le pape donne à toute l’Église quand tout s’aligne sur lui ?

La gloire de l’homme

"Il serait fastidieux de vouloir définir la pensée dogmatique de Jean-Paul II à partir de ses encycliques fleuves. S’il apparaît souvent difficile de comprendre le pape, c’est qu’il est littéralement «compliqué», au sens de replié, dédoublé. Il se trompe lourdement le lecteur qui croit que le pape parle pour tous. Le message du pape est masqué de façon à n’être compris que des initiés. Utilisant les mêmes mots, il joue sa mélodie sur deux registres différents, l’un orthodoxe, l’autre moderniste. Saint Pie X dénonçait la tactique moderniste d’amalgamer le rationaliste et le catholique (Pascendi). Dans les grandes encycliques, il ne serait pas difficile d’illustrer l’utilisation d’une terminologie à double sens, ce qui permet une double lecture, traditionnelle et moderniste à la fois.

"L’Encyclique Redemptor hominis va donner le ton au pontificat de Jean-Paul II. La Révélation divine, c’est simplement l’homme qui se révèle à l’homme ; la rédemption du Christ a justifié tous les hommes automatiquement par le seul fait qu’elle leur fait prendre conscience de leur dignité; le péché n’est qu’une incohérence de la conscience; la liberté, fruit de la conscience et fondement de la dignité humaine, est inviolable même en matière de religion; l’Église du Christ s’identifie parfaitement avec l’humanité; l’Église romaine doit être médiatrice pour l’avènement de la fraternité universelle; le dialogue est nécessaire pour chercher l’unité même au prix de la vérité. À titre d’exemples, quelques extraits suffiront pour illustrer suffisamment le tournant anthropocentrique de Jean-Paul II: «Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est uni d’une certaine manière à tout homme… Dieu a donc envoyé un rédempteur pour révéler l’homme à lui-même et l’invite à rencontrer le Christ qui par son acte rédempteur s’est uni chaque homme à lui-même pour toujours [question: même celui qui ira en enfer?]]. La "liberté religieuse" constitue donc le cœur même du droit humain. Elle est tellement inviolable qu’elle exige que les autres reconnaissent la liberté de changer de religion si sa conscience lui demande… L’Église est dans le Christ comme un sacrement, un signe ou un instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain».

"Or, affirmer le salut inconditionnel de tous les hommes [du seul fait de l’Incarnation du Fils de Dieu et de sa mort sur la Croix], ruine de fond en comble les principes de la morale chrétienne. Si tous les hommes sont déjà sauvés, à quoi bon se fatiguer?

"Pourquoi ne pas se laisser aller au laxisme du «Pèche fortement et crois plus fortement»?

"C’est le dogme de l’enfer qui est radicalement travesti, car alors l’enfer existe peut-être , mais il est certainement vide...; Si le salut ne dépend pas de la foi et du baptême, à quoi sert l’Église?...

Assise 1986

L’installation du Bouddha sur un autel de l’église Saint-Pierre (27 octobre 1986)

"Tout le pontificat de Jean-Paul II n’est que l’ouverture urbi et orbi de l’Église catholique aux religions, en abattant toutes les murailles élevées par Jésus-Christ.

"L’histoire sainte ne fait que répéter qu’Israël sera prospère si elle sert son Dieu et sera punie si elle va vers les faux dieux qui sont des démons (Ps 95).

"Pie XI dans Mortalium animos [7], numéro 82, condamne sévèrement les congrès des religions pour des raisons de foi, car c’est prétendre que toutes les religions se valent, qu’elles sont toutes plus ou moins dignes de louange puisqu’elles manifestent le sens inné de tous les hommes qui se dirigent vers Dieu. Non seulement ceux qui ont de telles opinions errent et se trompent, mais il rejettent en la faussant l’idée de la vraie religion et, petit à petit, ils tombent dans le naturalisme et l’athéisme. De tout cela, il suit clairement que quiconque soutient ces théories et les met en pratique, abandonne purement et simplement la religion divinement révélée .

"Du rassemblement convoqué à Assise par le pape le 27 octobre 1986, l’évènement le plus spectaculaire fut l’installation du Bouddha sur un autel de l’église Saint-Pierre par le Dalaï-lama.

"Comment le pape justifie-t-il ce scandale, que des protestants condamnèrent comme un péché contre le premier commandement et une étape vers la religion syncrétiste mondiale?

"Le pape répond: Comprenez Assise à la lumière de Vatican II! C’est donc Vatican II qui va justifier le blasphème contre la gloire de Dieu.

"Et le pape d’expliquer que le geste d’Assise se fonde sur l’obéissance à la conscience, c’est-à-dire la liberté absolue de conscience quelle qu’elle soit, catholique, protestante ou bouddhiste. Assise se fonde surtout sur le leitmotiv wojtylien de la Rédemption universelle, «ce mystère radieux de l’unité créée de la race humaine et de l’unité de l’œuvre salvatrice du Christ, qui entraîne avec lui la naissance de l’Église comme son ministre et son instrument, s’est manifesté clairement à Assise, malgré les différences entre les professions religieuses, qui n’ont pas été cachées ou diluées»...

"En octobre 1999, le pape répète Assise, mais cette fois-ci devant la basilique Saint-Pierre. L’abomination de la désolation s’approche de plus en plus du sanctuaire. Après de telles manifestations d’impiété pour le Dieu fait homme, qu’attendre de mieux sinon le déluge ou pire, le châtiment de Sodome et Gomorrhe avec feu et sang ?

"Jean-Paul II se fait l’apôtre non des nations comme saint Paul, mais l’apôtre de toutes les religions de par la nature de l’homme auto-divinisé. Mis à part les congrès des religions, il y a les visites plus personnelles et non moins chaleureuses du pape aux ennemis séculaires de l’Église. Dans cette danse œcuménique effrénée, tous y gagnent, hormis l’honneur de Dieu et de son Église. Ainsi on a

  • les déclarations de Francfort où le pape va en pèlerin vers l’héritage spirituel de Martin Luther (1980);
  • le refus de tout prosélytisme chez les orthodoxes de Dimitrios Ier d’Istambul (1988)
  • ainsi que par les accords de Balamand (1993);
  • la visite d’une synagogue à Rome (1986)
  • et plusieurs réceptions officielles au Vatican des B’naî B’rith, franc-maçons juifs;
  • la réception des cendres sacrées vibhuti et du signe du tilac propre aux hindouistes adorateurs de Shiva (1986);
  • l’abandon du Filioque nié par les orthodoxes (1996);
  • la bénédiction pour l’ouverture d’une mosquée à Rome;
  • le baiser du «saint livre» du Coran (1999).
  • Et la liste ne fait que s’allonger au cours des innombrables voyages du pape, à rebours des tournées apostoliques de saint Paul qui prêchait aux païens la conversion à la foi catholique: « Si je vais parcourant le monde, pour rencontrer des hommes de toutes civilisations et religions, c’est parce que j’ai confiance dans les germes de sagesse que l’Esprit suscite dans les consciences des peuples: de là jaillit la vraie ressource pour le futur humain de notre monde».

"Dès 1983 apparaît le nouveau Code de droit canonique qui supplante celui de saint Pie X. Ce code oecuménique entérine l’ecclésiologie protestante du «peuple de Dieu», de l’Église de Dieu qui ne fait que «subsister» dans l’Église catholique, qui accorde la sainte communion aux protestants. C’est le code de la collégialité épiscopale qui démocratise l’Église et paralyse pratiquement le pouvoir du pape dans l’Eglise.

"Le même esprit préside au nouveau Catéchisme de l’Église catholique de 1992, que le pape présente comme un appel affectueux à tous ceux qui ne font pas partie de la communauté catholique. Son ami Schönborn avertit que le texte clef du nouveau catéchisme est le leitmotiv wojtylien: «Le Fils de Dieu, par son incarnation, s’est uni d’une certaine façon à chaque homme».

"Le projet du pape n’est ni la conversion ni le syncrétisme, mais le «pluralisme légitime», qui fait que toutes les religions offrent leurs prières pour la paix par profonde loyauté envers leurs traditions religieuses respectives.

"En réalité, ce fameux «pluralisme légitime» n’est qu’un euphémisme pour désigner le syncrétisme dont on s’excuse un peu vite. Il n’y a rien de légitime à un pluralisme des credos si on admet pas comme seul terrain d’entente commune cette poussée vers le divin, qui est l’essentiel de la religion. À ce compte, il ne fait pas de doute que Lucifer, qui a plus que toute créature désiré devenir Dieu, est le plus religieux de tous . L’idée qui préside toujours des réunions inter-religieuses est l’union morale des religions, ce qui suppose qu’on n’en privilégie aucune. Cela ruine l’exclusivisme et la véracité de l’Église de Jésus-Christ. Mais c’est la définition même de la maçonnerie, qui dit avoir une morale et une religion riches parce qu’elles ne sont pas exclusives . Catholiques, orthodoxes, protestants, israélites, musulmans, hindouistes, bouddhistes, libres penseurs, libres croyants, ne sont que des prénoms ; c’est francs-maçons le nom de famille . Après Assise, les loges jubilent : « Notre inter-confessionalisme nous a valu l’excommunication reçue de la part de Clément XI (1738, In Eminenti [8]). Mais l’Église était certainement dans l’erreur, s’il est vrai que, le 27 octobre 1986, l’actuel Pontife a réuni à Assise des hommes de toutes les confessions religieuses pour prier ensemble pour la paix. Et que cherchaient d’autre nos Frères quand ils se réunissaient dans les temples, sinon l’amour entre els hommes, la tolérance, la solidarité, la défense de la dignité de la personne humaine, se considérant égaux, au-dessus des credos politiques, des credos religieux et des couleurs de la peau  ? »

"Aujourd’hui, si la religion catholique n’a pas encore été complètement absorbée par la religion de l’homme qui fait Dieu à son image, c’est seulement parce que le fruit n’est pas encore assez mûr. On est dès lors tout prêt d’adopter le modèle bouddhiste, dont la plus parfaite expression vient de Teilhard: la montée de l’homme vers le christ cosmique…

"Le seul commandement de la nouvelle religion est l’exclusion de l’exclusivisme: liberté absolue pour tout et pour tous, sauf pour ceux qui croient en la vérité. L’Église catholique y est même chaleureusement invitée, à la condition d’abdiquer sa prétention d’être seule sainte, vraie et une… La conséquence logique de l’œcuménisme conciliaire est la «liberté religieuse» que l’on trouve dans Dignitatis humanae [9].

"Cette liberté est tout simplement la négation publique de la distinction du bien et du mal, du vrai et du faux, de la vérité et de l’erreur. La liberté religieuse, c’est le refus d’accepter Jésus-Christ et son Église comme autorités suprêmes sur les hommes; c’est refuser au Christ Sa royauté. La liberté religieuse, c’est l’affirmation pratique de la conscience égologiste moderniste, indépendante de toute règle extérieure, la rébellion contre toute autorité… C’est l’affirmation de la liberté comme principe et droit souverain de l’homme par-dessus Dieu et ses lois.

"La collégialité refuse à l’Église la constitution monarchique que Notre-Seigneur lui avait donnée. Elle signe la démission de l’autorité ecclésiale, de haut en bas, car ni le bon évêque conservateur ni le pape ne peuvent s’opposer au lobby des Conférences épiscopales (C.E.F.) modernistes. C’est la paralysie du système de défense et d’attaque de l’Église catholique, au profit d’une cryptocratie moderniste d’autant plus puissante qu’elle est plus cachée. C’est la destruction du principe d’autorité avec son corollaire nécessaire, l’obéissance catholique. C’est l’installation du despotisme le plus tyrannique qui soit, sans foi ni loi, avec son corrélatif inséparable, l’obéissance aveugle. La collégialité va dans le sens de l’individualisme égologiste insubordonné; elle sert la cause