Au Moyen Age et sous l'Ancien Régime, l'homme avait une condition déplorable

Un article de Christ-Roi.

"Quand ont disparu du sol de l'Occident

  • le divorce,
  • la polygamie,
  • l'oppression de la femme,
  • le meurtre légal de l'enfant,
  • les sacrifices humains? Adressez toutes ces questions aux peuples qui composent l'élite de l'humanité : d'une voix unanime, ils vous nommeront Jésus-Christ, sa doctrine et son époque" (Mgr Gaume, Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, tome II, Paris 1890, p. 183).

"Cherchez à quelle époque l'humanité, tirée de la barbarie païenne, a commencé de marcher dans la voie de la véritable civilisation, vous trouverez le jour de la Pentecôte. Partout où il (l'Occident) n'a pas Lui, le monde reste dans son antique dégradation. Partout où Il (Jésus-Christ) baisse, reviennent les anciennes ténèbres, et le genre humain fait halte dans la boue, ou marche aux écueils..." (Mgr Gaume, ibid p. 196).

Sommaire

LE "MOYEN AGE"

L'âge d'or de l'Occident

"En ce temps-là (Xe-XIIIe s.), seigneurs et paysans vivaient l'âge d'or économique de l'Occident, grâce à l'amélioration des alliages metalliques qui leur permettait de remplacer l'araire de bois par un soc de charrue en métal, source de meillures cultures. le paysan partait travailler avec une hache et des outils tranchants, qui lui donnaient l'occasion de défricher, de gagner des surfaces cultivables sur les forêts, et donc d'augmenter ses bénéfices" (Magazine Histoire du Christianisme, Dossier Les Croisés en Terre sainte 1095-1099, N° 28, juin 2005, p. 76).

Une économie "bonne et loyale" (Régine Pernoud)

"Telle est l'économie médiévale qui a bien mérité son nom d'économie "bonne et loyale".

"L'historien Pirenne la déclare "digne des cathédrales dont elle est contemporaine"; et d'énumérer ses caractères:

  • "Elle assuré aux bourgeois le bienfait de la vie à bon marché;
  • elle a impitoyablement poursuivi la fraude,
  • protégé le travailleur contre la concurrence et l'exploitation,
  • réglementé son labeur et son salaire, veillé à son hygiène, pourvu à l'apprentissage,
  • empêché le travail de la femme et de l'enfant (On se reportera avec fruit aux deux volumes qu'Henri Pirenne a consacrés à la question, sous le titre Les villes au Moyen Age)"

(Source: Georges et Régine Pernoud, Le tour de France médiévale, L'histoire buissonnière, Stock, Évreux 1982, p. 283).

"La fraternité fut le sentiment qui présida à la formation des communautés des marchands et d'artisans constituées sous le règne de Saint Louis." (Mgr Gaume)

"La fraternité fut le sentiment qui présida à la formation des communautés des marchands et d'artisans constituées sous le règne de Saint Louis. Dans ce Moyen Âge qu'animait le souffle du christianisme; mœurs, coutumes, institutions, tout s'était coloré de la même teinte. Le style même des statuts se ressentait de l'influence dominante de l'esprit chrétien.

  • La compassion pour le pauvre
  • La sollicitude pour les déshérités de ce monde se font jour à travers les règlements de l'antique jurande.
  • Si l'on reconnaît dans les corporations l'empreinte du christianisme, ce n'est pas seulement parce qu'on les voit dans les cérémonies publiques promenant solennellement leurs religieuses bannières; ces pieuses cérémonies exprimaient les sentiments que fait naître l'unité des croyances. Une passion qui n'est PAS aujourd'hui dans les mœurs ni dans les choses publiques rapprochait alors les conditions et les hommes : LA CHARITE."

(Mgr Gaume, L'Europe en 1848, Editions Saint-Rémi, p. 5-6.)

"Protéger les faibles avait été une des préoccupations du législateur chrétien" (Louis Blanc)
Les métiers formaient autant de groupes pressés dans la même rue ou sur les bords du fleuve, et ne reconnaissaient d'autre rivalité que celle d'une fraternelle concurrence.
  • "Protéger les faibles avait été une des préoccupations du législateur chrétien. Loin de se fuir, les artisans d'une même industrie se rapprochaient l'un l'autre pour se donner des encouragements réciproques et se rendre de mutuels services. Les métiers formaient autant de groupes pressés dans la même rue ou sur les bords du fleuve, et ne reconnaissaient d'autre rivalité que celle d'une fraternelle concurrence."

"Qui écrivit ces lignes, où respire le génie du christianisme dans ses rapports avec l'industrie? Ce n'est ni M. de Chateaubriand, ni M. De Maistre, c'est Louis Blanc!" (Louis Blanc cité par Martin-Doisy in Mgr Gaume, L'Europe en 1848, Editions Saint-Rémi, p. 7-8.)

"L'esprit de charité était très développé dans toutes les corporations industrielles et marchandes" (Luchaire)

"A la même époque, la "frairie" des marchands de drap de la même ville (Valenciennes, vers 1114) publiait ses ordonnances, qui débutaient ainsi:

"Frères, nous sommes images de DIEU, car il est dit dans la Genèse: "Faisons l'homme à l'image et semblance nôtre". Dans cette pensée, nous nous unissons, et, avec l'aide de Dieu, nous pourrons accomplir notre œuvre, si dilection fraternelle est épandue parmi nous; car par la dilection de son prochain, on monte à celle de DIEU. Donc frères, que nulle discorde ne soit entre vous, selon la parole de l'Evangile: "Je vous donne nouveau commandement de vous entr'aimer, comme je vous ai aimés et je connaîtrai que vous êtes mes disciples en ce que vous aurez ensemble dilection."

L'esprit de charité, dit M. Luchaire, était très développé dans toutes les corporations industrielles et marchandes, à plus fortes quand elles se constituaient en confréries.

  • Non seulement les confréries sont, à tous les points de vue, des sociétés de secours mutuel,
  • mais une partie de leur trésor commun est généralement consacrée au soulagement des malheureux.
  • Larges aumônes faites le jour de la fête patronale,
  • invitation d'un certain nombre de pauvres aux repas de corps,
  • argent fourni aux hôpitaux et maladredries,
  • fondations d'hospices:

tels sont les usages bienfaisants qui sont en pratique dans la plupart de ces associations."

(Luchaire, Manuel des Institutions françaises, période des Capétiens directs, p. 368, cité in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux éditions.Saint Rémi p. 96.)

"Le paysan le plus pauvre était assuré de sa subsistance" (A. Barruel)

"La distribution (du blé) se faisait régulièrement toutes les semaines sous l'inspection d'un préposé. Si la provision de quelque loge venait à s'épuiser, ON PRENAIT DANS LE TAS DU SEIGNEUR TOUTE LA QUANTITE NECESSAIRE pour la famille qui en manquait, à charge par elle d'en rendre la même quantité à la moisson nouvelle. AINSI LE PAYSAN LE PLUS PAUVRE ETAIT ASSURE DE SA SUBSISTANCE. Qu'on décide si ce régime ne vaut pas celui des mendiants libres & mourants de faim..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 247) [1]

Il n'y a guère un colon de nos villages "qui n'ait un bon habit de drap et qui ne soit bien chaussé et bien nourri" (Voltaire)

Sur la richesse de l'Ancienne France et la richesse des paysans, notons ce témoignage capital d'un ennemi acharné de l'Eglise, Voltaire:

"Je ne sais comment il est arrivé que, dans nos villages, où la terre est ingrate, les impôts lourds, la défense d'exporter le blé qu'on a semé intolérable, il n'y ait guère pourtant un colon qui n'ait un bon habit de drap et qui ne soit bien chaussé et bien nourri..." (Voltaire cité in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 410-411).

Une nourriture "substantielle et abondante" (Frantz Funck-Brentano)

"Vers le début du règne de Louis XVI, les habitants de Nouans (canton de Marolles-les-Braults, Sarthe)... vivaient ainsi: "La nourriture des habitants, même les moins aisés, était substantielle et abondante. Le pain, dans lequel il n'entrait qu'un tiers d'orge sur deux tiers de blé, était fort bon et le cidre, plus ou moins affaibli par l'eau, ne manquait à personne. La soupe du dîner et au souper était suivie d'un plat de viande ou d'œufs ou de légumes; au déjeuner et à la collation, on avait toujours deux plats, beurre et fromage, puis souvent un troisième de fruits crus, ou cuits, ou secs, pommes, noix, etc." (Bernard, Souvenirs d'un noanagénaire, cité in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 419).

"Legrand d'Aussy parle des paysans d'Auvergne...: les dimanches et fêtes la soupe s'enrichit d'un morceau de lard; les autres jours, elle s'assaisonne de beurre ou simplement de sel. A la table des paysabs aisés on sert du lait et du fromage. Ils mangent tous du pain de sèigle. Quant à la boisson ils ne connaissent, en dehors de l'eau pure, que le 'petit lait'" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 419).

"La vie paisible, souvent aisée, quelquefois large des paysans" (Pierre Gaxotte)

"Au-dessous de la troupe dorée des bourgeois enrichis, y a-t-il une masse énorme de paysans affamés et sans ressources ? Beaucoup l'ont prétendu (évidemment)...

"Et aussitôt de citer le célèbre passage de La Bruyère: "L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles... noirs, livides et tout brûlés par le soleil...", sans réflechir que cette page, vieille d'un siècle, n'était qu'un morceau de littérature fignolé par un moraliste qui, comme tous ses contemporains, prenait la charmante vallée de Chevreuse pour un sauvage désert...

"On a glané aussi à travers les écrits de certains économistes des peintures effrayantes de la vie des champs... on a cité des témoignages de voyageurs, mais en face de chaque note affligeante on a pu décrire une autre qui la contredit. Comment d'ailleurs, tirer de ces indications fugitives une conclusion générale ? En une heure de voiture, on passe d'un bon pays dans un mauvais, d'une terre grasse à un sol ingrat... Il suffit d'un jour de grêle pour mettre un village dans la désolation. Une récolte qui s 'annonce bien en juin est misérable en juillet. un printemps ensoleillé rachète un hiver détestable. D'une année à l'autre, tout change. D'une province à l'autre, tout varie. Il serait imprudent de donner à de menus faits,strictement localisés, une portée qui dépasserait la limite de leur canton.

"Et puis, il faut avoir à présent à la mémoire un fait capital et indiscutable, à savoir que le système d'impôts qui pesait sur le paysan lui faisait des APPARENCES de la pauvreté une nécessité presque absolue. l'impôt rural, la taille, était un impôt sur le revenu grossièrement réparti d'après les signes extérieurs de la richesse, par des collecteurs choisis à tour de rôle entre les paysans eux-mêmes... Malheur au taillable exact et sincère! C'est sur lui que retombera tout le fardeau. Ayant à percevoir une somme fixée globalement à l'avance, désireux d'être débarassés au plus vite de leur horrible mission, enchantés de trouver un naïf de bonne foi, une "poire" comme on dirait aujourd'hui, les taxateurs malgré eux se hâtent de doubler ou de tripler sa cote, tandis qu'ils ménagent ceux dont ils craignent les difficultés: les malins qui ont dissimuler leurs revenus, les mauvais têtes qui ont la réputation de ne pas se laisser faire, les plaideurs endurcis qui ne craignent pas les complications ni les "histoires"!

"C'est un dogme profondément ancré dans les esprits populaires que le seul moyen de ne pas payer pour les autres, la seule façon de ne pas être écrasé par les estimations injustes, c'est de restreindre ses dépenses, de paraître sans ressources, d'affecter les dehors du plus profond dénuement ! "Le plus riche d'un village, écrivait en 1709 le grand bailli de l'Ile de France, n'oserait à présent tuer un cochon que nuitamment, car si cela se faisait en public, on lui augmenterait ses impositions"... Le contribuable de l'Ancien Régime est rétif, dissimulé et hargneux, à un point que nous ne soupçonnons plus. Sa mauvaise volonté est sans bornes. Il ne s'exécute qu'à la dernière extrémité. Le plus souvent, il est en retard de deux ou trois ans. Tel qui a de l'argent caché, dit Boisguillebert, ne se laisse pas arracher un sou avant la quarantième sommation. plutôt que d'avouer son aisance, en payant dans les délais, on préfère être traîné en justice et menacé de saisie. On harcèle l'intendant de réclamations et de plaintes. On fait intercéder le seigneur, le juge et le curé ! On gémit, on crie, on proteste sans arrêt et c'est à qui gémira, criera et protestera le plus fort et le plus longtemps, afin de ne paraître ni plus riche ni plus facile que le voisin...

"Telle est exactement la situation des paysans de l'Ancien Régime: une grande affectation de misère et, derrière ce manteau de guenilles, une vie paisible, souvent aisée, quelquefois large..." ( Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 22-23).

"En 1789, les Français n'étaient pas malheureux. Les documents les plus sûrs nous prouvent, au contraire, que la richesse s'était considérablement accrue depuis un demi-siècle et que l'état matériel de toutes les classes de la société, sauf celui de la noblesse rurale, s'était sensiblement amélioré. Le régime corporatif n'avait pas empêché la naissance et la mise en place de la grande industrie..." ( Pierre Gaxotte, ibid., p. 19).

Et si "en 1789 la partie la moins favorisée de la population paysanne était en révolte virtuelle contre la transformation capitaliste de l'agriculture, il n'en reste pas moins que, depuis un siècle, les campagnes s'étaient enrichies..." ( Pierre Gaxotte, ibid., p. 30).

"Aussi, on peut dire que la vie est devenue plus sûre pour tout le monde. Plus de famines. Les disettes qui au siècle précédent, avaient provoqué une raréfaction des mariages et une restriction des naissances ne sont plus que souvenirs ou imprécises menaces. les meilleurs rendements, le maïs, la pomme de terre, les communciations plus faciles en sont venus à bout. A défaut de signe, l'accroissement régulier de la population suffirait à le prouver" ( Pierre Gaxotte, ibid., p. 31).

Le pauvre avait toujours "pains, vêtements et asile..., un service public et vraiment royal de charité..., le tout sans coûter un denier à l'Etat..." (Mgr Gaume)
"Les splendides caisses d'épargne du travailleur"

"L'Europe, devenue chrétienne, embrassa avec ferveur cette double loi. Le riche fut magnifique dans sa charité; ses fondations en faveur des pauvres couvrirent longtemps le sol de l'Europe et de la France en particulier. Confiées à la garde fidèle de la religion, elles (ces fondations) devinrent les splendides caisses d'épargne du travailleur, l'inépuisable patrimoine du malheureux.

"Non seulement le pauvre eut du pain, des vêtements, un asile; mais encore on créa pour lui un service public et vraiment royal de charité.

"Aussi nombreux que sont les besoins moraux et matériels de l'homme, aussi nombreuses furent les branches de l'admirable service dont nous parlons. L'enfant eut des instituteurs, l'orphelin des pères et des mères, le malade, des médecins et des gardes, le vieillard, le blessé, le lépreux, le pestiféré, le coupable même, en un mot, le malheureux, quel qu'il fut, se vit entouré de soins assidus et d'amis dévoués; tout cela se faisait sans coûter un denier à l'Etat"

(Mgr Gaume, L'Europe en 1848, Editions Saint-Rémi, p. 5-6.)

Grandeur et gloire de la féodalité (Funck-Brentano)

"Telle fut l'âme de la féodalité; en elle la France s'organisa. Tout ce qui en est sorti de grand et glorieux, est-il utile de le rappeler?" (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 17).

Valeur de l'architecture médiévale (Viollet-le-Duc)

"Les XIe, XIIe, XIIIe siècles français sont la plus grande époque de l'histoire du monde. Dans la suite, quand les institutions féodales ne correspondront plus à un Etat social modifié, le terme de "féodalité" sera pris dans un sens défavorable; mais les plus grands esprits lui ont rendu justice, depuis l'économiste Frédéric Le Play, jusqu'à l'architecte et archéologue Viollet-le-Duc" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 18).

"Le château féodal comprend une exploitation agricole. A constuire, ces demeures féodales, patriarcales et militaires, qui formaient les centres multiples autour desquels gravitaient les mille et mille petites sociétés autonomes dont la juxtaposition faisait la société du moyen âge, nos aïeux mirent un art merveilleux. Viollet-le-Duc a placé l'architecture civile et militaire du moyen âge au-dessus même de son architecture religieuse" (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 117).

Protection du faible par le fort: une nécessité (Funck-Brentano)

"La féodalité qui assurait la protection du faible par le fort, avec réciprocité de dévouement du protégé à son patron - le mot est également du temps, - n'a pas seulement engendré les fiefs proprements dits, les domaines agglomérés autour d'un château; elle a formé les villes; de la féodalité sont issues les constitutions urbaines; elle a formé les jurandes et maîtrises; au clergé lui-même elle a donné son inébranlable constitution" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 18).

"Pour le paysan, pour l'artisan, pour le marchand, la protection du seigneur était au XIe s., une nécessité.

Gent sans seigneur sunt malement bailli

lisons-nous dans la chanson de Guillaume d'Orange" (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 117).

"Le seigneur féodal... assure la sécurité sur son domaine; son épée permet aux marchands d'y commercer, aux laboureurs d'y travailler; il y apporte d'utiles améliorations. Le village souvent est entouré par lui de fossés et de palissades, afin que les cultivateurs gardent leur bétail à l'abri; en un lieu infesté par les voleurs, il établit un poste d'hommes d'armes; il bâtit une église, fonde un hôpital, fait aménager une place pour les foires et les marchés. Il fait cosntruire des moulins, et des fours, des pressoirs, que les paysans, abandonnés à leurs seules ressources,seraient impuissants à se procurer. En retour de l'usage que ses tenanciers en feront, il tirera d'eux des "banalités" (loyers).

"Le vassal vient-il à mourir, le seigneur protège sa veuve, il a soin des orphelins; veuves et orphelins ont en lui un tuteur (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 118).

"Les foires et les marchés peuvent se tenir dans la contrée grâce au seigneur: il donne un conduit aux marchands qui s'y rendent et assure leur sécurité dans l'intérieur de ses domaines; il fait garder les marchandises mises en vente ou amenées à la foire, et les dommages qui y peuvent advenir il prend la responsabilité" (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 118).

Une union étroite entre seigneurs et vassaux

Seigneurs et vassaux étaient donc unis entre eux par des liens étroits: ils se sentaient indispensables les uns aux autres.

La seigneurie: une patrie que l'on aime d'un instinct aveugle (Funck-Brentano)

"La seigneurie, dont l'âme palpite à l'intérieur du donjon de pierre, devient une patrie que l'on aime d'un instinct aveugle et pour laquelle on se dévoue. Elle se confond avec le seigneur et sa famille; à ce titre on est fier de lui, on conte ses grands coups d'épée, on l'acclame quand sa cavalcade passe, le joyeux gonfanon baloyant au souffle du vent" (Franz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 119).

La plus belle époque de notre histoire (Funck-Brentano)

"Mais le XIIe siècle s'écoule et la majeure partie du XIIIe: la plus belle époque de notre histoire.

"Sous la douce suzeraineté de Saint Louis la société féodale devait jeter un dernier éclat. "Âge d'or" diront cinquante ans plus tard nobles et roturiers" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 119-120).

La féodalité, "une famille véritable"

La "seigneurie est un Etat en miniature, avec son armée, ses coutumes, son ban qui est l'ordonnance du seigneur, son tribunal" (Seignobos in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 17.)

L'accès libre et facile des sujets au prince

L'accès libre et facile des sujets au prince


Partout, la civilisation a commencé par la famille

"Partout la civilisation a commencé par la famille. Cà et là naissent des hommes chez qui se développent et agissent plus puissamment l'amour paternel et le désir de se perpétuer dans leurs descendants. Ils se livrent au travail avec plus d'ardeur, imposent à leurs appétits u nfrein plus continu et plus solide, gouvernent leur famille avec plus d'autorité, lui inspirent des moeurs plus sévères, qu'ils impriment dans les habitudes qu'ils font contracter. Ces habitudes se transmettent par l'éducation; elles deviennent des traditions qui maintiennent les nouvelles générations dans la voie ouverte par les ancêtres. La marche dans cette voie conduit la famille à une situation de plus en plus haute; en même temps, l'union que cosnervent entre elles toutes les branches issues du tronc primitif, leur donne une puissance quis 'accroît de jour en jour avec le nombre qui se multiplie et avec les richesses qui s'accumulent par le travail de tous.

"[...] Le contrat social, qui fait se rassembler un beau jour des hommes étrangers les uns aux autres et les fait se lier entre eux par un pacte conventionnel, n'a jamais existé que dans l'imagination de Jean-Jacques; et si ses disciples ont tenté quelque part de se constituer ainsi en Etat, leur société factice n'a pas dû tarder à se dissoudre. Rien ne subsiste que ce qui est fait par la nature et selon ses lois. Ces lois, nous les avons vues agir aux origines des civilisations grecques et romaine, comme aux origines de la civilisation moderne. les missionnaires et les explorateurs les cosntatent chez les sauvages. Pas plus chez eux qu'ailleurs, il n'y a de tribu que là où il y a un commencement d'organisation, et cette organisation, elle la tient de la prééminence d'une famille à laquelle les autres sont subordonnées.

"C'est la hiérarchie dans sa première formation et l'aristocratie dans son premier état."

"Chez nous, au milieu des ruines accumulées par les invasions des barbares, il n'y avait plus d'ordre, parce qu'il n'y avait plus d'autorité. Sous l'action des saints, des familles s'élevèrent animées des sentiments que le christianisme commençait à répandre dans le monde:

  • sentiments de dévouement pour les petits et les faibles,
  • sentiments de concorde et d'amour entre tous,
  • sentiments de reconnaissance et de fidélité chez les protégés.

"L'hagiographie de cette époque nous fait assister partout à ce spectacle de familles qui s'élèvent ainsi au-dessus des autres par la force de leurs vertus (v. aristocratie).

"Au-dessus de toutes, surgit, au Xe siècle, la famille de Hugues Capet, qui fit la France par la patience de son génie, par la persévérance de son dévouement, par la continuité de ses services."

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 19-20.)

"Le dommage est à celui qui tient la seigneurie, aussi m'en devez-vous garantir..."

"Le fief apparaît au XIe s., comme une famille "majeure" dont le suzerain est le père; aussi bien, pour désigner l'ensemble des personnes réunies sous le gouvernement d'un chef féodal, les contemporains se servent du mot familia. Le baron - ce mot veut dire "maître" - placé à la tête du fief, est un chef de famille. Celle-ci compte tous ses fidèles, ses sujets, et il conviendrait de reprendre cette expression. Le baron appelle ses sujets sa "parenté". Les membres en sont solidaires les uns des autres, comme ceux d'une même famille, qu'il s'agisse du bien ou du mal. A vous sera la faute, dira un vassal à son seigneur, à moi est le dommage: et vous en aurez une part, car le dommage est à celui qui tient la seigneurie, aussi m'en devez-vous garantir..." (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 16-17).

Le baron est chef de famille

Frantz Funck-Brentano insiste à la p. 116-117: "Le baron féodal est un chef de famille; aussi bien l'ensemble de ses vassaux et tenanciers est nommé par les textes du temps sa famille, familia.

"Grande famille que le baron protège de son épée, et qui, à l'ombre de son donjon, peut vivre et prospérer... Les gens du pays environnant se réfugiaient en cas de danger dans l'enceinte du château. Ils y trouvaient abris pour eux, pour les leurs, pour leur bétail, pour leur 'butin': retrahants de la chatellenie, de retrahere, se retirer.

"Notez ici que nos paysans de l'Ancien Régime appelaient leur maison familiale, la retirance: tel le château du baron aux origines de la féodalité...

"Seigneurs féodaux qui rappelent les rois de la Grèce primitive chantés par Homère, semblables aux guerriers épiques qui combattaient sous les murs de Troie: soldats et laboureurs, pareils à cet Ulysse, roi d'Ithaque, habile à tracer un sillon dans les champs (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 116-117).

"En retour le vassal est lié à son suzerain par les sentiments et les devoirs du fils envers son père: il doit le servir avec amour, le suivre à la guerre, prendre son avis dans les affaires importantes; il lui doit affection, aide, fidélité; et ces sentiments engendrés par cette parenté fictive que créé le lien féodal, mais inspirés par les liens et par les sentiments de la famille véritable, - sont si forts qu'ils l'emporent sur les obligations de la parenté elle-même" (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 17).

"La mesnie (du latin mansionata, maison) est issue de la famille, le fief est sorti de la mesnie; les petits fiefs ont produit les grands fiefs, et de ceux-ci est issu le pouvoir royal, portant au sommet d'une grande nation le caractère et les traditions d'une grande famille.

"Par l'autorité du baron féodal, le pouvoir royal est ainsi sorti de l'autorité paternelle. (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 17).


Le Roi est l'image du Père et le père du peuple

Le Roi traitait ses sujets avec une entière familiarité ( Mgr Delassus)
* Saint Louis: il donnait à manger à grande foison de pauvres, dans sa chambre,... taillait le pain et donnait à boire" (Joinville)

"Tous les jours, dit Joinville, en parlant de saint Louis, il donnait à manger à grande foison de pauvres, dans sa chambre, et maintes fois je vis que lui-même taillait leur pain et donnait à boire."

Ce serait erreur de croire que ces traits aient été particuliers à la magnifique bonté de Saint Louis.

* Robert le Pieux

"Robert le Pieux, entre autres, agissait de même. Ce fut une tradition parmi nos anciens rois, de se montrer accueillants et bienfaisants surtout pour les petits et les humbles.

* François Ier

"Voici ce que François Ier, au début de son règne, écrivait en tête de l'ordonnance du 25 septembre 1523:

"Comme il a plu à Dieu nous appeler à la fleur de notre âge, comme l'un de ses principaux maîtres du gouvernement et administration de ce beau, noble et digne royaume de France, divinement et miraculeusement institué sous la direction et protection de tous les estats d'iceluy: Spécialement pour la conservation, sublévation et défense de l'état commun et populaire, qui est le plus faible, par ce, le plus aisé à fouler, et naturellement a plus grand besoin que tous autres de bonne garde et défense, et singulièrement le pauvre commun peuple de France, qui toujours a été doux, humble et gracieux en toutes choses, et obséquieux à son prince, et seigneur naturel, lequel il a toujours recogneux, ayant servi et obey sans changer, ne varier, vouloir admettre souffrir ne recevoir domination d'autre prince. Tellement qu'entre les rois de France et leurs subjets il y a toujours eu plus grande conglutination, lien et conjonction de vraye amour, naifve dévotion, cordiale concorde et intime affection qu'en quelconque autre monarchie ou nation chrétienne.

"Laquelle amour, dévotion et concorde bien entretenue entre le roy et ses subjets sous la crainte et amour de Dieu (qui a toujours esté servy dévotement en France) a rendu le royaume florissant, triomphant, craint, redouté et estimé par toute la terre...

"Or, le vrai moyen par lequel les roys peuvent et doivent perpétuer et augmenter cet amour consiste en justice et en paix: en justice, la faisant rendre et administrer pure, bonne, esgale et briefve sans aucune acception de personne et sans suspiscion d'avarice à nosdits subjets; en paix dehors et dedans le royaume: sur toute chose en la paix intrinsèque faisant vivre le bonhomme soubs l'aide et protection de son roy, en bonne seure et amoureuse paix manger son pain et vivre sur le sien repos, sans être vexé, ne tourmenté sans propos, qui est le plus grand heur, contenetement et résor qu'un roy puisse acquérir à son peuple..." ([[François Ier|François ier)], cité in ( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux éditions Saint-Rémi, p. 36-36.)

Le roi est l'image du père

" Le roi, dit Hugues le Fleuri, est l'image du père.

"Et gardons-nous de ne voir ici qu'une filiation abstraite, une origine lointaine qui se dessinerait par des formes extérieures, par des mots ou des formules; nous découvrons une origine directe, établie par des faits précis et dont nous verrons les conséquences se poursuivre à travers les siècles de la manière la plus vivante.

"Ce caractère paternel, familial, patronal, féodal, - disons le mot en lui attribuant son sens véritable, - fera la GRANDEUR DE LA MONARCHIE FRANCAISE; il en fera la beauté et la bienfaisance" ( Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 18).

L'ensemble des familles françaises fut gouverné comme une famille ( Mgr Delassus)

"Le territoire sur lequel s'exerçaient ces diverses autorités, qu'il s'agisse d'un chef de famille, du chef de la mesnie, du baron féodal ou du roi, s'appelle uniformément dans les documents: patria, le domaine du père.

"La patrie, dit M. Frantz Funck-Brentano, ce fut à l'origine, le territoire de famille, la terre du père. le mot s'étendit à la seigneurie et au royaume entier, le roi étant le père du peuple. L'ensemble des territoires sur lesquels s'exerçait l'autorité du roi s'appelait donc Patrie.

( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux éditions.Saint-Rémi, p. 17.)

L'amour des Français pour leur roi
"Le mot roi excite, dans l'esprit des Français, des idées de bienfaisance, de reconnaissance et d'amour en même temps que celles de pouvoir, de grandeur et de félicité" ( Mgr Gaume)

Les Lettres d'un Voyageur anglais sur la France, la Suisse, l'Allemagne rendent les mêmes témoignages.... Voici quelques lignes de la citation qu'en fait J. de Maistre dans l'un de ses opuscules:

"L'amour et l'attachement des Français pour la personne de ses rois, est une partie essentielle et frappante du caractère national. Le mot roi excite, dans l'esprit des Français, des idées de bienfaisance, de reconnaissance et d'amour en même temps que celles de pouvoir, de grandeur et de félicité.... Les Français accourent en foule, à Versailles, les dimanches et les fêtes, regardant leur roi avec une avidité toujours nouvelle, et le voient la vingtième fois avec autant de plaisir que la première. Ils l'envisagent comme leur ami, comme leur protecteur, comme leur bienfaiteur."

"Avant la Révolution, dit aussi le géénral de Marmont, on avait pour la personne du roi un sentiment difficile à définir, un sentiment de dévouement avec un caractère presque religieux. Le mot roi avait alors une magie et une puissance que rien n'avait altéré. Cet amour devenait une espèce de culte."

"Souvenez-vous d'aimer avec tendresse la sacrée personne de notre roi, disait en 1681 à ses enfants dans son Livre de Raison, un modeste habitant de Puy-Michel (Basses-Alpes), de lui être obéissant, soumis et tout pleins de respect pour ses ordres." Des recommandations semblables se trouvent dans les autres Livres de Raison, publiés par M. Charles de Ribbes; et les devises des familles seigneuriales expriment souvent les mêmes sentiments.

ils ne se manifestèrent jamais plus bruyamment qu'à l'avènement de Louis XVI.

Les cris de Vive le Roi ! qui commençaient à six heures du matin, n'étaient point interrompus jusqu'au coucher de soleil. Quand naquit le Dauphin, la joie de la France fut celle d'une famille. On s'arrêtait dans les rues, on se parlait sans se connaître, on embrassait tous les gens que l'on connaissait. " (Mr Campan, I, p. 89, III, p. 215.)

M. Aulard, historien officiel de la Révolution, forcé par les réalités qui se sont imposées à son attention, parle ainsi de l'amour des Français pour leur roi et de leur attachement à la monarchie:

"Les maux dont on se plaint, nul ne songe à les attribuer à la royauté ou même au roi. Dans tous les cahiers, les Français font paraître un ardent royalisme, un ardent dévouement à la personne de Louis XVI. Surtout dans les cahiers du premier degré ou cahiers des paroisses, c'est unc ri de confiance, d'amour, de gratitude. Notre bon roi ! Le roi notre Père ! Voilà comment s'expriment les ouvriers et les paysans. la noblesse et le clergé, moins naïvement enthousiastes se montrent aussi royalistes." (Aulard, Histoire politique de la Révolution française, p. 2.)

[...]

"Nommer le roi père du peuple, dit La Bruyère, qui met toujours tant de précision dans tous ses dires, c'est moins faire son éloge que sa définition", et M. de Tocqueville: "La nation avait pour le Roi tout à la fois la tendresse qu'on a pour un père et le respect qu'on ne doit qu'à Dieu."

"La France est passionnément monarchiste", a dit Mirabeau. Et Michelet: "Des entrailles de la France sort un cri tendre d'accent profond: - Mon roi!"

"Ce régime (monarchique), dit Augustin Thierry, la nation ne l'avait point subi, elle-même l'avait voulu résolument et avec persévérance. Il n'était point fondé sur la force ni sur la fraude, mais accepté par la conscience de tous." (Augustin Thierry, Essai sur la formation du Tiers-Etat, p. 89.)


( Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux éditions Saint-Rémi, p. 39-41.)

Fêtes commémoratives, danses & repas pris en commun

"Cette noblesse vit familièrement avec ses vassaux & les plus humbles. Elle se mêle, avec femme & enfants, aux fêtes populaires, où le seigneur et la châtelaine et leurs demoiselles dansent avec les paysans. Aux fêtes commémoratives en des repas en commun, dans la prairie verdoyante, sous les grands ormes de la place, le gentilhomme s'attable avec ses tenanciers, ayant apporté vin et gibier et les épices pour relever le menu" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 133).

Le seigneur joue avec les gars et trinque avec eux

"Le Seigneur joue aux boules, aux quilles avec les gars et trinque avec eux; il intervient dans leurs querelles; apaise leurs différents, familièrement" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 133).

"Jusqu'au coeur de la Révolution, en Vendée, dans le Bocage poitevin et dans le Marais, seigneurs et paysans ont gardé cette union étroite: 'Ils se rencontraient aux champs, à l'église, dans les marchés, écrit Pierre de la Gorce; les jours de fête le château prêtait sa pelouse pour les danses'... Seigneurs et métayers allaient chasser ensemble.

"On vit jusqu'au cœur de la Révolution, en Bourbonnais, les paysans arracher de l'église le banc du maire jacobin qui avait remplacé celui du châtelain.

                          image: Vendéen_des_Armées_catholiques_et_royales.JPG
                          Vendéen Pour Dieu et le Roy

"- ' Ils avont brûlé le banc de not' bon seigneur ', disaient les braves gens pour leur défense" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 437).

Le sens de l'honneur

"la famille formait un bloc dont les diverses parties se tenaient étroitement... L'honneur de l'un des parents rejaillit sur tous, et de même les fautes qu'il a pu commettre, la honte qui a pu tomber sur lui.

"L'origine de ces (nobles) sentiments remontait, comme la constitution de la famille elle-même, aux premiers temps du Moyen Age. Quand, sous la menace de l'innombrable armée sarrasine, Olivier à Ronceveaux demade à Roland de sonner de l'olifant pour rappeler Charlemagne et le gros de l'armée française, Roland s'y refuse de crainte que ses parents n'en soient déshonorés: "A Dieu ne plaise. Que mes parens pur mei seient blasmés!..." (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 89-90).

"La disparition de l'esclavage sous la double action des femmes et de l'Evangile" (Régine Pernoud)

"On est frappé du dynamisme, de la capacité d'invention de ces femmes que l'Evangile a libérées. Un exemple est frappant: celui de Fabiola… Elle fait partie de ces dames de l'aristocratie romaine qui sont devenues les disciples de saint Jérôme; frappées de voir le nombre de pèlerins qui viennent à Rome et là se trouvent sans ressources, elle fonde une "Maison des malades", nosokomïon, à leur intention. Autrement dit, Fabiola fonde le premier hôpital. C'est une innovation capitale et il est inutile de souligner l'importance qu'elle aura au cours des siècles. Un peu plus tard, de nouveau, elle fera preuve d'invention en créant à Ostie, port de débarquement des pèlerins, le premier centre d'hébergement, xenodochion. On a souvent affecté de reprocher à la femme un certain manque d'imagination: Fabiola offre à cette réputation un démenti éclatant, et lorsqu'on visite ces chefs d'œuvres d'architecture fonctionnelle et de réalisation artistique que sont l'hôpital de Tonnerre ou celui de Beaune, on devrait se souvenir qu'ils sont le fruit, l'aboutissement d'une œuvre de femme attentive aux besoins de son temps qui sont ceux de tous les temps… Le système hospitalier du Moyen Age, extrêmement développé, celui des hospices routiers qui jalonnent les routes de pèlerinage, témoignent de la fécondité de cet héritage.

"Il y aurait tout un chapitre à écrire sur les religieuses (p. 28) hospitalières; contentons-nous de rappeler ici la fondation à Paris de l'Hôtel-Dieu, l'an 651, où pendant mille deux cents ans des religieuses et religieux soignèrent gratuitement les malades [pas besoin de sécurité sociale] qui se présentaient. Pour donner une idée de son activité, il suffira de rappeler la requête de la prieure de l'Hôtel-Dieu de paris, sœur de Philippe du Bois, rédigée le 13 décembre 1368, où elle indique que la consommation journalière de l'Hôtel-Dieu s'élève à 3500 draps ou autres de toile. A cette même date de 1368, l'Hôpital parisien de Saint-Jacques, non loin de l'Hôtel-Dieu, donnait asile en un an à 16 690 pèlerins.

"Pour en revenir aux contemporaines de Fabiola, il faut signaler les deux Mélanie, l'ancienne et sa petite-fille, Mélanie la jeune; celle-ci, héritière des immenses domaines de sa grand-mère (on sait que dans la province d'Afrique, la moitié des terres appartenaient à six propriétaires!), donc Mélanie la jeune et Pinien son époux distribuent cet immense territoire à leurs esclaves (plus d'un millier); Pinien devient évêque sur les pas de l'évêque d 'Hippone, saint Augustin, et Mélanie se retire en Terre sainte où sa grand-mère a fondé une communauté de libération des esclaves, Mélanie a eu une action concrète, certaine.

"N'est-il pas surprenant que l'on ait pas souligner cette mutation que représente la disparition de l'esclavage ? Les manuels scolaires sont muets sur un fait social dont l'importance pourtant primordiale semble avoir quelque peu échappé aux historiens...

"Le retour de l'esclavage à l'époque de la Renaissance aurait dû cependant attirer leur attention sur le processus inverse qui s'était amorcé dès le IVe siècle...

"L'esclave, totalement dépourvu de droit, l'esclave-chose, tel qu'il était dans le monde romain, ne pouvait évidemment survivre longtemps à la diffusion de l'Evangile. Déjà l'affranchissement des esclaves était largement facilité au IVe siècle, et dès Constantin Ier, l'une des réformes stipulant que les membres de la famille de l'esclave ne seraient plus séparés impliquaient pour l'esclave ce droit à la famille et au mariage qui lui avait été refusé jusqu'alors… Enfin, le rôle joué par l'Eglise dans les affranchissements de fait est consacré par le Code Justinien pour lequel le séjour au monastère dans le dessein d'y entrer suspend toute servitude. Justinien avait aboli la loi romaine du Bas-Empire interdisant d'affranchir plus de cent esclaves à la fois.

"Les conciles ne cesseront d'édicter des mesures pour humaniser le sort de l'esclave et peu à peu amener à le reconnaître en tant que personne humaine. Ainsi mesure-t-on les progrès entre le concile d'Elvira de 305 qui impose sept ans de pénitence à celui qui aurait tué son esclave jusqu'au concile d'Orléans (511) où le droit d'asile des églises est proclamé pour les esclaves fugitifs, ou celui d'Eauze (551) qui affranchit d'autorité le serf que son maître aurait fait travailler le dimanche.

"Mais pour comprendre l'évolution qui s'est produite, il faut rappeler qu'au moment du concile d'Elvira on se trouve encore en pleine civilisation païenne, où le meurtre d'un esclave n'est aucunement considéré comme un crime puisqu'il est légalement permis.

"On peut aussi relever ces canons des conciles d'Orange (441) et Arles (452) dans lesquels il est précisé que les maîtres dont les esclaves auraient cherché asile dans l'église ne pourront pas compenser cette défection en s'emparant des esclaves des prêtres.

"Il est toute une étude à faire, dont il faut bien constater qu'elle n'a été entreprise que dans le cadre stricte du juridique, pour suivre l'influence de la mentalité chrétienne, imprégnant peu à peu les mœurs, sur la législation civile proprement dite. Au Ve siècle, saint Césaire s'écrie, répondant à ceux qui le blâment d'avoir payé pour l'affranchissement d'esclaves: "Je voudrais bien savoir ce que diraient ceux qui me critiquent s'ils étaient à la place des captifs que je rachète. Dieu, qui s'est donné lui-même pour prix de la rédemption des hommes, ne m'en voudra pas de racheter des captifs avec l'argent de son autel"…

(Source: Régine Pernoud, La femme au temps des cathédrales, Stock, Évreux 1980, p. 27)

L'esclave qui était une chose devient une personne (Régine Pernoud)

"C'est donc une constatation qui s'impose: au cours de cette époque réputée brutale s'accomplit le changement peut-être le plus important de l'histoire sociale: l'esclave, qui était une chose, devient une personne; et celui qu'on appellera serf désormais jouira des droits essentiels de la personne: soustrait à ce pouvoir de vie et de mort qu'avait sur lui son maître, il pourra avoir une famille, fonder un foyer, mener sa vie avec la seule restriction à sa liberté que sera l'obligation de demeurer sur le sol selon des modalités qu'on étudiera plus aisément à l'époque féodale proprement dite.

Enfin, il faut en revenir aussi à ces pieuses femmes groupées autour de saint Jérôme à la fin du IVe s. pour découvrir les racines de la culture religieuse féminine. En effet, le monastère fondé à Bethléem où se sont retrouvées Paula, Eustochium et leurs compagnes est un véritable centre d'étude; il est vrai que sous l'impulsion de l'infatigable traducteur et exégète auquel on doit le texte de la Vulgate l'activité intellectuelle dont elles témoignent est toute naturelle. Il reste que Paula par exemple apprend l'hébreu: "elle y réussit si bien qu'elle chantait les psaumes en hébreu et parlait cette langue sans y rien mêler de la langue latine", écrira saint Jérôme. L'étude des psaumes, de l'Ecriture sainte, de leurs premiers commentateurs, est familière aux moniales de Bethléem, et c'est à leur demande, par exemple, que Jérôme lui-même compose son Commentaire sur Ezéchiel.

Une tradition de savoir va s'établir, dont le point de départ est ce premier monastère féminin de Bethléem. Les monastères d'hommes rassembleront plutôt des êtres désireux d'austérité, de recueillement, de pénitence, les monastères de femmes, à l'origine, ont été marqués par un intense besoin de vie intellectuelle en même temps que spirituelle.

A considérer la vie de l'Eglise dans la perspective de ce qu'elle fut à l'époque féodale, on constate que les femmes en ont été les auxiliaires sans doute les plus dévouées, les plus ardentes. Et il est curieux de trouver en germe parmi ces femmes qui agissent avec un tel esprit d'invention aux IVe et Ve siècles ce qui va caractériser la civilisation féodale: à travers Fabiola qui crée les premiers hôpitaux, Mélanie qui abolit l'esclavage dans ses domaines, Paula qui veille à sa propre instruction et à celle des filles groupées autour d'elle, (p. 31) on discerne les éléments de la vie domaniale, le début des monastères où s'épanouit une haute culture, ceux de la chevalerie où la double influence de l'Eglise et de la femme contribueront à faire l'éducation du mâle, à lui inculquer l'idéal du prince lettré et le souci de la défense du faible.

C'est pourquoi il nous faut commencer par étudier ce type de femme totalement inconnu de l'Antiquité qu'est la religieuse.

(Source: Régine Pernoud, La femme au temps des cathédrales, Stock, Évreux 1980, p. 29-30).

L'abolition de l'esclavage au VIIe siècle par Sainte Bathilde, Reine de France" (Mgr Paul Guérin)

"Elle veille à la régularité du Clergé, elle met des saints sur les sièges épiscopaux, elle relève les monastères et en fonde de nouveaux, elle travaille à l'affranchissement du peuple, crée un grand nombre d'hôpitaux, abolit l'esclavage en France, assure le maintien de la paix, fait rendre exactement la justice, entetient des ambassadeurs en Espagne et en italie, et évangélise l'Allemagne par ses missionnaires.

"[...] Elle s'éteignit... dans le service de Dieu, le 30 janvier de l'an 670. La petite ville de Chelles a le bonheur de posséder encore les reliques de Sainte Bathilde (Mgr Paul Guérin, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Argentré-du-Plessis 2003, p. 64.)

L'idéal humain sous Saint Louis: la "prud'homie"

"L'idéal humain de Saint Louis est ... la "prud'homie", qu'on ne saurait définir autrement que comme une conduite conforme au code de l'honnête homme tel que pouvait le concevoir le XIIIe siècle.

"Parmi ses composantes figurent la courtoisie, l'esprit de justice, la modération, la franchise et le souci d'observer les convenances" (Jean Richard, Saint Louis, Librairie Arthème, Éditions Fayard, Mesnil-sur-l'Estrée 1991, p. 146).

La justice au coeur des institutions médiévales

Dans les instructions laissées par Saint Louis à son fils, on lit:

"Cher fils, s'il advient que tu deviennes roi, prends soin d'avoir les qualités qui conviennent à un roi; c'est-à-dire que tu sois si juste, que, quoi qu'il arrive, tu ne t'écartes pas de la justice. Soutiens de préférence le pauvre contre le riche jusqu'à ce que tu saches la vérité; et, quand tu la connaîtras, fais justice" (Jean Richard, Saint Louis, Librairie Arthème, Éditions Fayard, Mesnil-sur-l'Estrée 1991, p. 304).

Le Roi au service des vraies libertés

La dynastie (royale) incorpora les provinces sans les détruire, leur laissant les coutumes civiles sur lesquelles reposaient leur existence

"Saint Louis se fit une loi de respecter et même de protéger les libertés, les franchises, que les communes avaient acquises aux siècles précédents; dans la mesure où elles n'empiétaient pas sur le domaine du pouvoir souverain, les cités purent s'administrer elles-mêmes... [Ce qui devait changer de la centralisation jacobine...]

(...) Dans leurs communautés naturelles, les hommes n'étaient pas libres de faire n'importe quoi, mais d'épanouir leur personnalité dans le rayon de leurs compétences et dans l'adhésion de la volonté aux commandements de Dieu. N'est-ce pas la liberté ainsi conçue (sans majuscule...) qui fonde la vraie fraternité entre les hommes que, de tout temps, seule la vérité rendra libres ?..." (Michel Fromentoux, Fideliter, Mars-Avril 1996, n° 110, p. 14.)

"La dynastie (royale)... incorpora les provinces sans les détruire, leur laissant les coutumes civiles sur lesquelles reposaient leur existence et une partie des privilèges politiques dont elles jouissaient." Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p 24.)


"L'Etat contre la féodalité? Plutôt l'Etat par la féodalité!" (Jean-Pierre-Poly)

"L'Etat (jacobin) qui nie les corps intermédiaires, peut à présent les dédaigner, ou feindre de dédaigner la soumission d'un homme à un autre (rapports féodo-vassaliques), fiction rituelle d'une paternité toute-puissante. Il n'est pas sûr qu'aujourd'hui encore, il puisse se maintenir sans elle. l'Etat contre la féodalité? Plutôt, l'Etat par la féodalité" (Jean-Pierre-Poly, La Mutation féodale, Xe-XIIe siècle, Nouvelle Clio, l'histoire et ses problèmes, PUF, Vendôme 1991, p. 515).

Les clichés

Cliché le peuple d'illettrés

"...les livres scolaires, au lendemain des lois sur l'obligation scolaire (Lois scolaires Jules Ferry), endoctrinaient les enfants dès leurs jeune âge. Les manuels d'histoire accusaient, sans nuance et sans crainte du ridicule, l'Eglise médiévale d'avoir mis tout en oeuvre pour maintenir les hommes dans un état de totale inculture; tous disaient que, pour le clergé, "la diffusion des livres était le triomphe du diable". À les lire, s'imposait l'idée que l'Eglise avait "réservé jalousement pour ses moines, dans le mystère des cloîtres, des bribes de science qu'elle se garda bien de communiquer au grand public"... Ces responsables de l'enseignement, appliqués à forger des esprits, suivaient de très près leurs maîtres, Michelet surtout qui intitulait les chapitres de son Histoire de France, consacrés à l'Eglise: "De la création d'un peuple de fous" ou encore "La proscription de la nature"... Certains diraient qu'avant Jules Ferry rien n'avait été fait pour l'instruction du peuple! En tout cas, truisme constamment rappelé, aux temps "médiévaux" (pourquoi pas 'moyenâgeux' ?) aucune école ni dans les villages, ni dans les divers quartiers des villes, si ce n'est pour quelques privilégiés... aussitôt destiné aux carrières ecclésiastiques.

"Or nous voici dans l'erreur la plus totale car toutes sortes de documents (archives comptables des municipalités et archives judiciaires, registres fiscaux) témoignent amplement, pour différents pays, de l'existence, outre le curé et ses assesseurs, de maîtres d'école de profession, régulièrement patentés et rémunérés. À Paris, en 1380, Guillaume de Salvadille, professeur de théologie au collège des Dix-Huit, chef des "petites écoles" de la ville, réunit les directeurs de ces écoles où l'on apprenait aux enfants la lecture, l'écriture, le calcul et le catéchisme; sont présents vingt-deux "maîtresses" et quarante et un "maîtres", tous non-clercs, dont deux bacheliers en droit et sept maitres ès arts (J. Hillairet, L'Ile de la Cité, Paris 1969, p. 48)" (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Vérités et Légendes, Perrin, Perrin Malesherbes 2001, p. 217-218).

Cliché, le paysan attaché à sa glèbe

"Le Moyen Age est le théâtre de grandes migrations : pour explorer des terres lointaines, des villages entiers se déplacent" (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 27).

"l'image du paysan attaché à sa terre s'est profondément ancrée dans notre bagage culturel; nous y croyons, nous en parlons volontiers: contraintes seigneuriales qui interdisaient de se dépalcer, impossibilité de s'établir à son gré... L'image s'est largement diffusée et appliquée à toute condition paysanne. C'est à tort. Les hommes de nos campagnes acceptaient alors l'aventure, en de nombreuses occasions. les grandes errances, les déplacements de communautés, les Croisades, les défrichements de terres lointaines, le repeuplement des pays repris aux musulmans jusqu'en Andalousie, tous ces phénomènes parfaitement situés et analysés nous éclairent sur cette aptitude, cette propension parfois à la mobilité; sur ce goût de l'inconnu même" (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 166)

Cliché, le paysan misérable

(p. 27) Certes, quand un accident climatique ruine la récolte, la famine menace. Il en sera ainsi bien au-delà du Moyen Age, donc bien après la fin de la féodalité, tant qu'on aura pas maîtrisé les techniques de fertilisation des sols et de stockage des grains.

Des paysans pauvres, il y en a toujours au XXIe siècle.

Dès le Moyen Age, certains s'enrichissent soit en se mariant, soit en héritant, soit en travaillant beaucoup.

On voit des laboureurs plus fortunés que les petits nobles ruinés par la guerre.

L'alleu, terre (libre) appartenant à un paysan, se rencontre en Languedoc, en Provence, dans le Mâconnais, en Bourbonnais, dans le Forez, en Artois, en Flandre.

Locataires de leur exploitation, les tenanciers ne peuvent en être expulsés. Ils possèdent le droit de le transmettre à leurs héritiers, ce qui institue de facto des tenures héréditaires.

"De nos jours, le locataire d'une maison, d'un champ, d'une exploitation rurale quelconque, est-il assuré de le rester tout le temps lui sied, aux mêmes conditions, sans augmentation de son loyer quelles que soient la conjoncture et l'inflation de la monnaie ? Est-il assuré de ne pas devoir quitter les lieux si le propriétaire veut s'y installer, ou établir l'un des siens, ou vendre à une entreprise qui promettrait d'y construire un plus bel immeuble, de plus fort rapport ? Est-il assuré encore de transmettre cette maison ou cette ferme à ses enfants, ainsi de génération en génération, pour le même prix, sans que le propriétaire puisse rien y contrevenir ? peut-il vendre son droit d'occupation à bon prix, équivalent à la valeur réelle du bien au jour de l'opération, à un tiers qui prendrait sa place, s'y installerait, ne versant au "seigneur" qu'un pourcentage, au demeurant assez faible, du prix de cette vente ? Peut-il sous-louer avec un fort bénéfice et exiger plusieurs fois le loyer qu'il paie, lui, et qui n'a pas varié depuis des lustres ? Partager le terrain en plusieurs lots pour en tirer de meilleurs revenus ? Enfin, vous est-il loisible, locataire d'aujourd'hui, d'hypothéquer ce bien, de le mettre en gage contre un prêt d'argent ? Tout ceci, nombre de tenanciers 'non propriétaires' pouvaient, à la ville comme à la campagne, le faire et ne s'en privaient pas...

La tenure, c'est indiscutable, était non seulement viagère mais héréditaire; seul le preneur pouvait rompre le contrat, fuir, déguerpir ailleurs, là où pouvaient l'appeler de meilleures possibilités. Régulièrement, les fils succédaient aux pères et leurs droits n'étaient pas contestés... De plus, au cours des âges,ces tenures pouvaient subir toutes sortes d'avatars. Face à de pressants besoins d'argent, le paysan laissait en gage la terre qu'il tenait de son seigneur. D'autres n'hésitaient pas à sous-louer si l'occasion s'en présentait... En tout état de cause, de ces analyses des conditions sociales ne se dégagent que des contours assez flous, une teinte d'ambiguïté, qui conduisent à penser que l'idée que les gens de l'époque se faisaient de la propriété seigneuriale différait quelque peu de celle, bien mieux tranchée, que nous en avons aujourd'hui" (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 171)

Cliché les impôts insupportables

Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 171-178: "Mis à part certains manuels récents, pas u nseul ouvrage de grande diffusion qui ne présente inlassablement le même thème de la pauvreté paysanne; tous, des livres de classe pour nos enfants jusqu'aux volumes agrémentés de belles illustrations, publiés sous la garantie d'un grand auteur, insistent, évoquent les "révoltes paysannes" et, surtout, alignent régulièrement d'impressionnantes listes de taxes et d'impôts. Si vous faites le compte de toutes ces retenues, vous vous apercevez qu'il ne restait vraiment à ces malheureux qu'à peine de quoi vivre, de quoi ne pas mourir de faim.

Cependant tout ceci sent trop bien la mauvaise foi ou, plus souvent peut-être, le conformisme et l'ignirance têtue. Certes ces catalogues de redevances complaisamment détaillés, si impressionnants, laissent à juste titre accablé. Mais tout y est truqué, faux, incohérent, truffé d'erreurs grossières et de contradictions. Comment expliquer qu'un auteur, même polygraphe, même très hâtif, ne puisse s'apercevoir que l'on a mis là ensemble, pour faire très lourd, des prélèvements qui n'ont rien à voir avec l'impôt ou qui découlent de taxes perçues non du fait de la seigneurie mais des pouvoirs publics ?

Pour les hommes libres, pour lesquels l'on parle communément d'arbitraire et de charges insupportables, chacun des prélèvements régulièrement cités mérite une attention particulière.

Nos manuels citent presque toujours, en premier lieu, le cens dû par le tenancier. or le cens, enc ertaines occasions d'ailleurs seulement symbolique ou très faible, n'est absolument pas un impôt mais un loyer. Il ne viendrait à aucun de nos contemporains l'idée de comptabiliser le loyer de sa maison ou de son commerce, ou de so natelier, de son champ, au titre des impôts. Manque de discernement ou supercherie? En fait, dès les premières attaques contre la féodalité, cette affectation d'ignorer la véritable nature du cens n'avait rien d'innocent mais participait d'une volonté de combat... Avant même la révolution, plusieurs auteurs, philosophes ou historiens des formes de la vie politique, ont volontairement entretenu la confusion et, pour certains même, laissé entendre que le fait de payer le cens sur ses tenures était une marque de servitude... De telles sornettes se trouvent dans Montesquieu qui écrit, d'une belle assurance: "c'était la même chose d'être serf et de payer le cens, d'être libre et de ne le payer pas".

Les catalogues des droits féodaux, des redevances en tout cas, font état tout naturellement, de la dîme, perçue par l'Eglise ou par des accapareurs. mais, là aussi, l'examen tourne vite court et n'envisage rarement ni le poids de cette levée, ni sa véritable nature. Les mises au point pourtant ne manquent pas. Sur le poids tout d'abord: le prélèvement ne s'appliquait pas à toutes les récoltes mais principalement aux blés et n'atteignait pas toujours les 10 pour cent, loin de là. Sur l'usage ensuite: outre l'entretien du clergé, l'exercice du culte, les messes et prières auxquels nombre de civilisations consacraient et consacrent encore, tout naturellement, des sommes appréciables, l'Eglise assurait alors une part notable de l'assistance publique (hospices, hôpitaux, maisons Dieu, aumônes, enfants abandonnés) et de l'enseignement dans les paroisses. Faut-il comparer ces prélèvements de 5 à 10 % à ceux d'aujourd'hui pour notre sécurité sociale et au coût de nos systèmes d'éducation ?

Quant aux impôts proprement dits, ceux effectivement perçus comme des taxes spécifiques par tel ou tel seigneur "féodal", notons, avant toute chose, que l'impôt royal est apparu en France, non sans grand mal d'ailleurs, relativement tard, à partir de 1357, avec le système fort complexe et très aléatoire des aides. Jusqu'alors l'impôt n'était pas perçu par le roi mais par ceux investis d'une part de l'autorité. Tous les maîtres des seigneuries ne pouvaient y prétendre et nombre d'auteurs, avec en particulier Robert Boutruche, ont bien su distinguer la seigneurie "foncière" (la propriété du sol) de la seigneurie banale (pouvoir de commandement, délégation ou usurpation des droits régaliens). Ces "impôts" étaient donc des "banalités"; ils ne relevaient pas des relations seigneurs-paysans mais de celles entre l'Etat et les sujets. Un long temps accaparés par différents féodaux, ils furent par la suite perçus au profit du roi et, depuis lors, ont connu de belles destinées, end es temps où il n'est question ni de féodalité ni de seigneurie. Il n'est pas nécessaire d'y penser longuement pour constater que nous en connaissons, sous diverses formes, l'équivalent ou la réplique, largement amplifiée et perfectionnée...

On a beaucoup disserté sur ces banalités, liées donc au pouvoir politique, féodaux si l'on veut et non seigneuriaux; nos manuels ne nous laissent rien ignorer ni de leurs diversités, de leurs ridicules même, ni de leur poids, des entraves quec es prélèvements imposaient à la vie économique. Nos temps de barbarie auraient beaucoup souffert de ces taxes abusives, invoquées à tout propos par des seigneurs qui en inventaient toujours quelques nouvelles et ne mettaient aucun frein à leurs exigences...

D'autres banalités frappaient les droits de passages à un carrefour de routes, à l'entrée d'une seigneurie, sur un pont ou sur le cours d'un fleuve. Ces péages ou tonlieux ont eux aussi fait couler beaucoup d'encre, souvent présentés comme les plus graves abus de la féodalité. Le péage féodal fut ainsi, à longueur d'ouvrages, l'objet d'attaques indignées qui ont forgé une image noire... aussi fausse mais aussi solidement ancrée que els autres. Un auteur du XIXe siècle, emporté par sa verve critique et cherchant comment convaincre davantage, n'hésitait pas à montrer à ses elcteurs le commerce ruiné par ces extorsions arbitraires, les communciations devenues impossibles, les routes en mauvais état et cosntamment barrées par des receveurs arrogants... Comment pouvons-nous charger d'un tel discrédit ces taxes et droits de passages seigneuriaux comme s'ils représentaient, dans l'histoire du passé, une malheureuse exception ? Pourquoi clamer de si vertueuses indignations alors que tout au long des siècles à travers le monde, et plus particulièrement en Occident, les droits de circulation, les échanges de ville à ville, les passages sur les ponts, etc. ont été sans cesse soumis à ponctions fiscales de toutes natures, dont on ne parle pas volontiers ? Au temps médiéval, le seigneur n'était certainement pas le mieux organisé. Quant à l'époque moderne et en Europe, faut-il rappeler les droits d'octroi maintenus si longtemps aux portes de nos cités, les péages sur les ponts et ouvrages d'art ? Rien n'a changé et l'habitude de payer paraît acceptée. Aujourd'hui, en Occident et ailleurs, les routes et passages privés, maintenus sans assistance de l'Etat, ne peuvent être empruntés que contre paiment d'un péage, au bénéfice du promoteur et propriétaire, individu ou organisme: droit éminemment privé, fixé ou gré du marché, que nous tolérons naturellement.

Tout indique que l'idée que nous nous faisons, de nos jours encore, des charges fiscales qui, au Moyen Age, pesaient sur les paysans, que ces condamnations des abus que, inlassablement, rappellent nos manuels ou nos récits romancés, résulte d'un parti pris... ou d'un manque de réflexions. celels-ci devraient, pour une vue plus sereine et plus exacte des choses, s'orienter en deux directions.

D'une part, admettre que la ponction fiscale est un procédé inhérent à toute sorte de gouvernement, de quelque nature qu'il soit: aux temps médiévaux, en Occident, les villes marchandes et les princes avaient établi des organismes de perception plus expérimentés et plus contraignants que ceux des seigneurs féodaux aux réputations pourtant si détestables. De toute évidence, les taxes n'étaient ni plus nombreuses ni plus élevées en ces temps de barbarie féodale que dans l'Antiquité ou dans les temps dits modernes. Hors d'Occident, ces organismes et officiers sévissaient certainement avec autant de soin et d'exigence.

D'autre part, considérer comme établi que tout renforcement de l'Etat contre les structures particularistes, en l'occurence la féodalité, a provoqué, au fil des siècles, un alourdissement des prélèvements et, en même temps, une plus grande sévérité dans les processus de perception (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 178-179).

Cliché le seigneur qui pressure le serf en lui confisquant tout

(p. 29) ...jusqu'aux grains à semer ! Quel intérêt aurait un propriétaire agricole à tarir sa propre source de revenu ?

Cliché, les "corvées effrayantes"

(p. 27) Les corvées auxquelles les manuels de jadis faisaient une réputation effrayante, se bornent à un ou deux jours de travail par an, six au maximum (à comparer aujourd'hui avec le nombre de jours que l'Etat nous vole par le biais de l'impôt sur les revenus)... Avant la lettre, c'est une forme de contribution locale.

Cliché, le paysan "taillable et corvéable à merci"

(p. 28) Le paysan paie la taille. Certains "à merci", ce qui signifie que cet impôt direct est fixé par le seigneur (l'impôt royal apparaît relativement tard, à la fin du XIVe s.)

Dans la pratique, la taille est négociée sous forme d'un abonnement communautaire qui fixe la part de chacun.

"La ponction fiscale, remarque Jaques Heers, est de tout gouvernement: les taxes médiévales ne sont pas plus nombreuses ni plus élevées que dans l'Antiquité ou les temps modernes" ([Jacques Heers|Jacques Heers]], Le Moyen Age, une imposture, Perrin, 1992)

Cliché, le serf "esclave"

(p. 28) Un serf n'est certes pas un homme libre. Il n'est pas non plus un esclave. le droit romain reconnaissait le droit de vie et de mort sur l'esclave: rien de tel n'existe au Moyen Age [J'ai envie de dire grâce à l'Evangile qui petit à petit a imprégné les moeurs].

L'étymologie des deux mots a beau être commune (servus), l'esclave est une chose tandis que le serf est un homme, mais un home dont le statut social est grevé d'incapacités. Si le serf est tenu de rester sur le domaine et de le cultiver, s'il peut être vendu avec les terres, il ne peut en être expulsé et reçoit sa part de la moisson. Il est libre de se marier contrairement à l'esclave antique et de transmettre sa terre et ses biens à ses enfants (tenures héréditaires).

Le servage personnel, transmissible à ses descendants, se distingue du servage réel, qui tient à la terre que l'on exploite: prenant l'exploitation d'une terre servile, des hommes libres peuvent volontairement devenir des serfs.

Le mouvement d'émancipation est encouragé par l'Eglise

Au fil du temps, les incapacités frappant les serfs se transforment en taxes. Puis le servage recule.

Encouragé par l'Eglise, le mouvement d'émancipation s'accélère dès le IXe siècle. Le moine Suger, ami et conseiller de Louis VI puis de Louis VII, est fils de serf. Le roi donne l'exemple: il affranchit les serfs de son domaine. À la mort de Saint-Louis, le servage a pratiquement disparu en France (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 29).

"Anatomie d'une propagande républicaine" (Jacques Heers)

"Parmi tant de livres, que personne ou presque ne lit plus, en voici un qui, pour l'historien de ces manipulations [...] Il s'agit d'une volume intitulé les Droits du seigneur sous la féodalité avec pour sous-titre, Peuple et Noblesse. Grand roman historique, et pour auteur Charles Fellens. Quant à l'éditeur, on note simpelment: "Bureaux de la Publication. 78, boulevard Saint-Michel, Paris"... Il n'est pas explicitement mentionné de date mais, dans le cours de l'ouvrage, il apparaît que nous sommes en 1851.

C'est [...] sans doute l'un de ces livres donné aux brillants collégiens des grandes classes lors des distributions des prix ou que les pères de familles bourgeoises, de bon niveau culturel, se plaisaient à acheter et à garder dans leurs bibliothèques pour leur éducation propre et celle de leurs jeunes gens...

Comme tant d'autres avant lui, l'auteur (Charles Fellens) ne fait aucun mystère de son intention de servir une juste cause...; il s'y emploie sans pudeur ni retenue, usant de tous les artifices, frappant tour à tour aux coeurs et aux esprits. Ce qui donne un ensemble à la fois littéraire et historique, fort complexe, d'un genre plutôt bâtard: une juxtaposition de textes quis e situent à différents niveaux et déconcertent quelque peu. Le genre en est perdu et tout porte à croire que, de nos jours, de tels procédés ne rencontreraient que de maigres audiences. Mais, vers 1850, les propagandistes pouvaient semble-t-il, s'y adonner sans crainte de fatiguer ou soulever quelques sarcasmes. La démarche et les procédés méritent de s'y attacher un moment car tout n'était certainement pas neuf et tout n'a pas été, depuis lors, abandonné!...

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 113.)

Le roman historique ou comment exalter la vertu...

Le livre se veut d'abord un "grand roman historique"...

[...] S'y retrouvent tous les registres de l'invention et, pour l'écriture, une manière qui, depuis les premeirs romans d'Alexandre Dumas offerts au public une vingtaine d'année plus tôt [Henri III et sa cour (1829) - La Tour de Nesle (1832) - La Reine Margot (1845)], avait largement fait ses preuves et acquis assez de crédit pour ne pas trop se renouveler.

Le noble pervers, luxurieux, avide, assoiffé de sang et de vengeance; le jeune homme pauvre, mais vaillant, honnête, champion des vertus et des justes revendications; la jeune femme aussi sage et fidèle que belle;... Roman feuilleton donc, grande fresque qui sacrifie à des modèles, roman de cape et d'épée qui se nourrit de facilités et, du point de vue littéraire, ne montre aucune prétention à l'originalité. Celle-ci s'affirme dans l'intention politique et pédagogique: désir d'isntruire et de convaincre, de décrire des abus et des turpitudes, non seulement par le biais d'une histoire et d'une intrigue inventées, mais aussu par de fréquentes références à ce que l'on présente comme des "preuves"...

Le titre dit clairement dans quel registre s'inscrit le chapelet d'aventures, toutes plus invraisemblables les unes que les autres; il s'agit d'opposer "peuple" à "noblesse" et de dénoncer les terribles droits du seigneur. Tableau naturellement d'un manichéisme achevé car il ne pouvait en être autrement; les hommes du peuple, tous honnêtes, tous acharnés au travail, appliqués jusqu'au sacrifice à servir leurs voisins, se trouvent sans cesse en butte aux vexations, aux abus et exactions de maîtres cupides et sans coeur qui les rédusient à une condition misérable, au désespoir, à la révolte. [...] La morgue du "noble féodal", son mépris des "classes laborieuses" étaient des stéréotypes utilisés en toutes occasions jusqu'à satiété, qui se répondaient de page en page jusqu'à l'ennui.

[...] de véritables leçons, appels aux bons sentiments, à l'indignation; des kyrielles d'exemples toujours d'un grand relief mais toujours extravagants. Tout est bon pour rappeler que la fiction romanesque s'appuie sur une documentation "indiscutable"; qu'elle n'est en fait qu'une illustration dans le simple but de rendre des vérités attestées plus accessibles...

[...] La troisième partie de ce volume traite des Impôts singuliers et Redevances byzarres: suite d'anecdotes pêchées ici et là sans discernement qui permettent à l'auteur, toujours animé d'un esprit vengeur et d'une grande fraîcheur d'âme, de tourner en dérision gestes et symboles liés à l'hommage féodal: signes recongnitifs, tombés certes souvent dans l'oubli, mais qui plaçaient le vassal ou le tenancier dans une situation de dépendance qui visaient, nous dit-on, à l'humilier, à lui enlever toute parcelle de dignité: c'est un florilège, un inventaire, tout en désordre, bourré d'erreurs et d'approximations (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 114-117).

"Le dictionnaire des sornettes!" (Jacques Heers)

Arrive, en tout dernier lieu, ce qui tient lieu de répertoire scientifique et résume les informations sur la société, le droit et les mœurs, jusque-là dispersées en ce gros volume. C'est le Dictionnaire de la féodalité. Au total, deux cents pages serrées...; avec la même dose de malhonnêteté et le même étalage d'ignorance.

Cela commence par "Abbaye", "Abonnement", "Adultère", et va jusqu'à "zéro": "Sous les lois féodales, c'était par ce chiffre que l'on pouvait énumérer les DROITS DE L'HOMME lorsqu'il n'était pas noble"; mais maintenant que les sinistres droits féodaux n'ont plus cours, qu'une "législation nouvelle" fait prime, tout est parfait! "Les fiefs et les arrières-fiefs [...] les droits honorifiques, les servitudes de la glèbe, les justices seigneuriales et les tortures [...], tous les droits seigneuriaux, jusqu'au droit de cuissage et, qui plus est la corvée, les dîmes et les privilèges, tout est réduit à "zéro"...

Ces enfantillages et ces belles professions de foi civique mises à part, le Dictionnaire n'apprend rien de plus à un lecteur qui serait resté attentif jusqu'alors. Mais c'est visiblement un outil commode, preuve que l'auteur se veut pédagogue et ne néglige aucun moyen d'instruire... (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 118-119).

"Les tâcherons de la pédagogie à la mode de Jules Ferry" (Jacques Heers)

Une littérature de combat

[...] Sans doute cet ouvrage (Charles Fellens les Droits du seigneur sous la féodalité. Peuple et Noblesse. Grand roman historique) ne fut-il pas présenté comme une sorte de Bible, de manuel assuré d'un quelconque appui officiel. Mais je tiens cependant ce morceau, ou plutôt ces morceaux épars de LITTERATURE DE COMBAT, pour significatifs... Tout y est, tous les moyens d'écriture et de présentation du roman au dictionnaire scientifique, à la caricature sociale et politique. Et dans chacun de ces genres, le livre s'affirme une parfaite réussite, un exemple remarquable, une sorte d'archétype d'ouvrages largement offerts à plusieurs générations de lecteurs attentifs à bien apprendre. Ce que nous voyons là (v. 1850) se trouvait ailleurs et sera repris, indéfiniment, pendant plus d'un sicèle, à tous les degrés d'apparence de l'authentique et du sérieux. Ceci jusqu'aux auteurs d'hier encore (et peut-être d'ajourd'hui?) qui, en toute ingénuité ou impudeur, sans craindre en tout cas la moindre contradiction, ont repris ces images, nous ont abreuvés du même suc vertueux...

De plus, en dehors même de son contenu, ce gros ouvrage témoigne d'un procédé érigé en habitude, à savoir confier la rédaction de livres d'histoire à vocation pédagogique, à des rédacteurs qui ne pouvaient prétendre à aucune qualification scientifique, qui se contentaient de recopier, parfaitement étrangers à la recherche proprement dite... Une habitude, fort heureusement abandonnée depuis lors, mais qui a perduré, à partir de ces années 1850-1860, pendant plusieurs générations, le temps qu'il fallait pour imposer des images... (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 120).

Outrances et ridicules

Cet héritage mérite examen et il ne semble pas inutile de prendre conscience des "VERITES" que l'on voulait alors imposer en priorité; certaines trop outrancières, n'ont connu que de brèves fortunes mais quelques-uns de nos auteurs d'aujourd'hui restent toujours fidèles à plusieurs clichés inventés et peaufinés alors... (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 122).

Les temps de barbarie

"Féodalité et noblesse, nous dit-on, appellent barbarie, cruauté, corruption des moeurs.

"[...] Les livres pour enfants, manuels scolaires ou autres outils 'pédagogiques', ont repris l'image de la "guerre féodale", dès les premiers temps de l'Ecole républicaine de Jules Ferry: "Les barons féodaux étaient (forcément) brutaux et farouches; quelques-uns n'étaient pas moins atroces que les Huns venus jadis en Gaule...", "Le seigneur vit uniquement de brigandage, pille les chaumières, détrousse les voyageurs; la guerre, toujours la guerre, voilà ce que rêve cet