Le Traité du Saint-Esprit (Mgr Gaume), Tome 1, deuxième partie

Un article de Christ-Roi.

Mgr Gaume, Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, Paris 1890.

Sommaire

Tome I, deuxième partie

CHAPITRE XX (SUITE DU PRÉCÉDENT.) Le sacrifice : acte religieux le plus significatif et le plus inexplicable. - Il renferme deux mystères : un mystère d'expiation, et un mystère de rénovation; un mystère de mort et un mystère de vie. - Tristesse et joie; deux caractères du sacrifice. - Manifestations de la joie danses, chants, festins. - Triple manducation de la victime. - Parodie satanique de toutes ces choses. - Comme le Roi de la Cité du bien, le Roi de la Cité du mal exige des sacrifices. - Il en détermine la matière et toutes les circonstances : nouveau témoignage de Porphyre. - En haine du Verbe incarné, il commande le sacrifice de l'homme. - Parallélisme : le Bouc émissaire chez les Juifs et les Thargélies chez les Grecs. - Mêmes sacrifices chez les peuples païens, anciens et modernes : témoignages.

De tous les actes religieux le sacrifice est, sans contredit, le plus significatif et en même temps le plus inexplicable.

Le plus significatif. - Nul n'élève si haut la gloire de Dieu ; car nul ne proclame si éloquemment son domaine souverain sur la vie et sur la mort de tout ce qui existe. Voilà pourquoi, dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament, le Seigneur se réserve le sacrifice à lui seul; pourquoi il frappe de ses foudres le téméraire qui oserait se l'attribuer (Qui immolait diis occidetur,praeterquam Domino soli. Exod., XX, 20.) ; pourquoi il ne dissimule pas le plaisir mystérieux qu'il prend à l'odeur des victimes ; pourquoi enfin il en demande à perpétuité (Voir la plupart des chapitres du Lévitique et des Nombres.)

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Le plus inexplicable. - Nul n'accuse plus hautement une origine surnaturelle. Jamais les lumières de la raison n'iront à découvrir comment le péché de l'homme peut être effacé par le sang d'une bête. Ici, tout étant divin, on comprend que rien n'a été laissé à l'arbitraire de l'homme. Aussi nous voyons que, dans la Cité du bien, le choix des victimes, leurs qualités, leur nombre, la manière de les offrir, le jour et l'heure du sacrifice, les préparations des prêtres et les dispositions du peuple ; en un mot, tout ce qui se rapporte de près ou de loin à cet acte solennel, est divinement inspiré, prescrit, réglementé.

Or, le sacrifice renferme un double mystère : mystère d'expiation et mystère de rénovation; mystère de mort et mystère de vie.

Mystère d'expiation : en offrant à la mort un être quelconque, l'homme avoue, d'une part, que c'est lui qui mériterait d'être immolé et que la victime n'est que son représentant; d'autre part, il proclame sa dépendance absolue à l'égard de Dieu, le besoin qu'il a de lui et la reconnaissance à laquelle il est tenu, pour la vie et pour tous les moyens de l'entretenir.

Mystère de rénovation : par la protestation authentique qu'il fait de sa culpabilité et de son néant, l'homme se replace vis-à-vis de Dieu dans ses véritables rapports il se retrempe et se régénère.

De là, deux caractères invariables des sacrifices ; Une tristesse solennelle, accompagnée ou suivie d'une joie qui se manifeste par les démonstrations les moins équivoques, la danse, le chant et les festins (Comme la musique, la danse est une langue divine dans son origine et dans son but. Aussi, tous les peuples ont dansé en l'honneur de leurs dieux. David dansait en l'honneur du vrai Dieu. Dans l'Église catholique on a, pendant bien des siècles, dansé aux fêtes religieuses. Satan s'est emparé de la danse, et tous les peuples, ses esclaves, ont dansé en son honneur, depuis les Corybantes de la Grèce et les Saliens de Rome, jusqu'aux Derviches de Stamboul; depuis les Jumpers et les Méthodistes jusqu'aux sectateurs du Vandoux. - On lit dans Denys d'Halicarnasse, lib. II, c. 18 : « Les Romains les nomment Saliens (prêtres de ce nom), à cause de leur mouvement et de leur agitation continuelle; car ils se servent du mot salire pour dire danser et sauter : c'est pour cette raison qu'ils appellent salitores tous les autres danseurs, tirant leur nom de celui des Saliens, parce qu'ils sautent ordinairement en dansant. Mais chacun pourra juger, par ce qu'ils font, si j'ai bien rencontré touchant l'étymologie de leur nom. Car ils dansent en cadence au son de la flûte, tout armés, tantôt ensemble, tantôt l'un après l'autre, et en même temps qu'ils dansent, ils chantent aussi quelques hymnes du pays. »)

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Toutefois le festin est plus qu'un signe de joie. Le sacrifice n'est utile à l'homme, qu'autant que l'homme participe à la victime. Ainsi l'enseigne la foi de tous les peuples, fondée sur la nature même du sacrifice. Or, en la mangeant l'homme s'assimile la chair immolée; il se fait victime. Telle est la manière la plus énergique de proclamer que c'est lui, et non pas elle, qui devait périr.

De là, l'usage universel de la manducation dans tous les sacrifices. Seulement elle est matérielle, morale ou figurative. Matérielle, lorsqu'on mange réellement la chair de la victime ; morale, lorsque, à la place, on mange des fruits ou des gâteaux offerts avec elle ; figurative, lorsqu'on participe au repas donné à l'occasion du sacrifice. Telles sont, dans la Cité du bien, les lois, la nature et les circonstances de ce grand acte.

Avec une habileté surhumaine, le Roi de la Cité du mal s'est emparé de ces données divines et les a fait tourner à son profit. Le sacrifice est la proclamation authentique de la divinité de l'être auquel il s'adresse. Satan, qui veut être tenu pour Dieu, se l'est fait offrir;

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et, jusque dans les plus minces détails, il contrefait Jéhovah. « Les démons veulent être dieux, dit Porphyre, et le chef qui les commande aspire à remplacer le Dieu suprême. Ils se délectent dans les libations et la fumée des victimes, qui engraisse en même temps leur substance corporelle et spirituelle. Ils se nourrissent de vapeurs et d'exhalaisons, diversement, suivant la diversité de leur nature, et ils acquièrent des forces nouvelles par le sang et par la fumée des chairs brûlées. » (Horum enim proprium mendacium est, cum et omnes dii esse velint, et princeps eorum virtutis summi numinis existimationem affectet. Illi enim vero sunt, qui et libationibus et nidore carnium delectantur, quo utroque spirituum corporumque genus saginatur. Vitam enim ut vaporibus exhalationibusque sustentat, idque modo pro eorum diversitate diverso, ita vires sanguinis carniumque nidore confirmat. Apud Euseb., Praep. evang., lib. IV, c. XXII.)

Saint Augustin et saint Thomas nous donnent le vrai sens des paroles de Porphyre, en nous expliquant la nature du plaisir que les démons prennent à l'odeur des victimes. « Ce qu'on estime dans le sacrifice, ce n'est pas le prix de la bête immolée, mais ce qu'elle signifie. Or, elle signifie l'honneur rendu au souverain Maître de l'univers. De là cette parole : Les démons ne se réjouissent pas de l'odeur des cadavres, mais des honneurs divins. » (In oblatione sacrificii non pensatur pretium occisi pecoris, sed significatio, qua fit in honorem summi rectoris totius universi. Unde sicut Augustinus dicit (De civ. Dei, lib. X, c. XIX, ad fin.) : « Daemones non cadaverinis nidoribus, sed divinis honoribus gaudent. » 2a 2 ae, q. LXXXIV, art. 2, ad 2.)

Satan ne se contente pas de demander des sacrifices comme le vrai Dieu, il se permet d'en déterminer la matière et d'en régler les cérémonies. Après avoir fait serment de dire la vérité sur les mystères démoniaques, Porphyre s'exprime en ces termes : « Je vais, en consé

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quence, transcrire les préceptes de piété et de culte divin que l'oracle a proférés. Cet oracle d'Apollon expose l'ensemble et la division des rites qu'on doit observer pour chaque Dieu.

« En entrant dans la voie, tracée par un Dieu propice, souviens-toi d'accomplir religieusement les rites sacrés. Immole une victime aux divinités heureuses ; à celles qui habitent les hauteurs du ciel; à celles qui règnent dans les airs et dans l'atmosphère remplie de vapeurs; à celles qui président à la mer et à celles qui sont dans les ombres profondes de l'Érèbe. Car toutes les parties de la nature sont sous la puissance des dieux qui la remplissent. Je vais d'abord chanter la manière dont les victimes doivent être immolées. Inscris mon oracle sur des tablettes vierges.

« Aux dieux Lares, trois victimes ; autant aux dieux célestes. Mais avec cette différence : trois victimes blanches aux dieux célestes; trois, couleur de la terre, aux dieux Lares. Coupe en trois les victimes des dieux Lares; celles des dieux infernaux, tu les enseveliras dans une fosse profonde avec leur sang tout chaud. Aux nymphes, fais des libations de miel et des dons de Bacchus. Quant aux dieux qui voltigent autour de la terre, que le sang inonde leurs autels de toutes parts, et qu'un oiseau entier soit jeté dans les foyers sacrés; mais avant tout, consacre-leur des gâteaux de miel et de farine d'orge, mêlés d'encens et recouverts de sel et de fruits. Lorsque tu seras venu pour sacrifier au bord de la mer, immole un oiseau et jette-le tout entier dans les profondeurs, des flots.

« Toutes ces choses accomplies suivant les rites, avance-toi vers les choeurs immenses des dieux célestes. A tous

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rends le même honneur sacré. Que le sang mêlé à la farine coule à gros bouillons et forme des dépôts stagnants. Que les membres connus des victimes demeurent le partage des dieux; jette les extrémités aux flammes et que le reste soit pour les convives. Avec les agréables fumées dont tu rempliras les airs, fais monter jusqu'aux dieux tes ardentes supplications. »

Tels sont, avec beaucoup d'autres, les rites obligés des sacrifices demandés par le Roi de la Cité du mal. Tous sont une contrefaçon sacrilège des prescriptions religieuses du Roi de la Cité du bien. Or, l'imagination recule épouvantée devant l'incalculable multitude d'animaux de toute espèce, devant la somme fabuleuse de richesses de tout genre, volées à la pauvre humanité par son odieux et insatiable tyran. Toutefois, respirer le parfum des plus précieux aromates, savourer l'offrande des plus beaux fruits, boire à longs traits le sang des animaux choisis, ne lui suffit pas : il lui faut le sang de l'homme.

L'histoire des sacrifices humains révèle dans ses dernières profondeurs la haine du grand Homicide, contre le Verbe incarné et contre l'homme son frère. Cette haine ne saurait être plus intense dans sa nature, ni plus étendue dans son objet. D'une part, elle va jusqu'où elle peut aller, à la destruction ; d'autre part, le sacrifice humain a fait le tour du monde. Il règne encore partout où règne sans contrôle le Roi de la Cité du mal. Autant s'amuser à établir l'existence du soleil, que d'accumuler les preuves de ce monstrueux phénomène (En constater l'universalité afin d'en déduire des conséquences décisives, relativement à l'influence des démons, c'est tout autre chose. Entrepris par notre savant ami, M. le docteur Boudin, médecin en chef de l'hôpital militaire de Vincennes, cet utile travail est en cours de publication dans le précieux recueil de M. Bonnetty, les Annales de philosophie chrétienne. Voir le premier article dans le numéro d'avril 1861.) Nous

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nous contenterons de rappeler quelques faits, propres à montrer jusqu'où Satan pousse la parodie des institutions divines, sa soif inextinguible de sang humain, et sa préférence, libre ou forcée, pour la forme du serpent.

Parmi les rites sacrés prescrits à Moïse, je ne sais s'il en est aucun de plus mystérieux et de plus célèbre que celui du bouc émissaire. Deux boucs, nourris pour cet usage, étaient amenés au grand prêtre, à l'entrée du Tabernacle. Chargés de tous les péchés du peuple, l'un était immolé en expiation, l'autre chassé au désert, pour marquer l'éloignement des fléaux mérités. Le sacrifice avait lieu chaque année, vers l'automne, à la fête solennelle des Expiations.

Cette institution divine, le Roi de la Cité du mal s'empresse de la contrefaire. Mais il la contrefait à sa manière : au lieu du sang d'un bouc, il exige le sang d'un homme. Écoutons les païens eux-mêmes nous raconter, avec leur calme glacé, l'horrible coutume. Dans les républiques de la Grèce, et notamment à Athènes, on nourrissait aux frais de l'État quelques hommes vils et inutiles. Arrivait-il une peste, une famine ou une autre calamité, on allait prendre deux de ces victimes et on les immolait, pour purifier la ville et la délivrer. Ces victimes s'appelaient demosioi, nourris par le peuple; pharmakaoi, purificateurs; Katharmata, expiateurs.

Il était d'usage d'en immoler deux à la fois : un pour les hommes, et un pour les femmes, sans doute afin de rendre plus complète la parodie des deux boucs émissaires,

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L'expiateur pour les hommes portait un collier de figues noires; celui des femmes en avait un de figues blanches. Afin que tout le monde pût jouir de la fête, on choisissait un lieu commode pour le sacrifice. Un des archontes, ou principaux magistrats, était chargé d'en soigner tous les préparatifs et d'en surveiller tous les détails. Le cortège se mettait en marche, accompagné de choeurs de musiciens, exercés de longue main et superbement organisés. Pendant le trajet, on frappait sept fois les victimes avec des branches de figuier et des oignons sauvages, en disant : Sois notre expiation et notre rachat.

Arrivés au lieu du sacrifice, les expiateurs étaient brûlés sur un bûcher de bois sauvage et leurs cendres jetées au vent dans la mer, pour la purification de la ville malade. D'accidentelle qu'elle était dans le principe, l'immolation devint périodique et reçut le nom de fête des Thargélies. On la faisait en automne, elle durait deux jours, pendant lesquels les philosophes célébraient par de joyeux festins la naissance de Socrate et de Platon. Ainsi, chaque année, dans la même saison, tandis que le vrai Dieu se contentait du sang d'un bouc, Satan se faisait offrir le sang d'un homme. (Annales, juillet 1861, p. 46 et suiv. - Croirait-on que les dictionnaires grecs classiques, au lieu de donner aux mots leur véritable signification, aiment mieux faire des contre-sens que de révéler ces abominables détails? C'est ainsi que la Renaissance trompe la jeunesse, et par elle l'Europe chrétienne, sur le compte de la belle antiquité. Id., ib.)

Dans la même catégorie on peut ranger le sacrifice annuel, offert par les Athéniens à Minos. Les Athéniens ayant fait mourir Androgée, ils furent moissonnés par la peste et par la famine. L'oracle de Delphes, interrogé sur la cause de la double calamité et sur le moyen d'y

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mettre un terme, répondit : « La peste et la famine cesseront, si vous désignez par le sort sept jeunes gens et autant de jeunes vierges pour [Minos|Minos]] : vous les embarquerez sur la mer sacrée en représailles de votre crime. C'est ainsi que vous vous rendrez le dieu favorable.

Les malheureuses victimes étaient conduites dans l'île de Crète et enfermées dans un labyrinthe, où elles étaient dévorées par un monstre, moitié homme et moitié taureau, qui ne se nourrissait que de chair humaine. « Qu'est-ce donc que cet Apollon, ce dieu sauveur que consultent les Athéniens, demande Eusèbe aux auteurs païens, historiens du fait ? Sans doute, il va exhorter les Athéniens au repentir et à la pratique de la justice. Il s'agit bien de pareilles choses ! qu'importent de tels soins pour ces excellents dieux, ou plutôt pour ces démons pervers? Il leur faut, au contraire, des actes du même genre, immiséricordieux, féroces, inhumains, ajoutant, comme dit le proverbe, la peste à la peste, la mort à la mort.

« Apollon leur ordonne d'envoyer chaque année au Minotaure sept adolescents et sept jeunes vierges, choisis parmi leurs enfants. Pour une seule victime, quatorze victimes, innocentes et candides! Et non pas une fois seulement, niais à tout jamais, de manière que jusqu'au temps de la mort de Socrate, c'est-à-dire plus de cinq cents ans après, l'odieux et atroce tribut n'était pas encore supprimé chez les Athéniens. Ce fut, en effet,

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la cause du retard apporté à l'exécution de la sentence capitale rendue contre ce philosophe'. »

Outre ces immolations périodiques, les Athéniens, dans les circonstances difficiles, n'hésitaient pas plus que les autres peuples de la belle antiquité, à recourir, sur la demande des dieux, aux sacrifices humains. C'était au moment de livrer bataille à la flotte de Xerxès. « Pendant que Thémistocle, écrit Plutarque, faisait aux dieux des sacrifices sur le vaisseau amiral, on lui présenta trois jeunes prisonniers d'une beauté extraordinaire, magnifiquement vêtus et chargés d'ornements d'or. On disait que c'étaient les enfants de Sandaque, soeur du roi, et d'un prince appelé Artaycte.

« Au moment où le devin Euphrantidès les aperçut, il remarqua qu'une flamme pure et claire sortait du milieu des victimes, et un éternuement donna un augure à droite. Alors, appuyant sa main droite sur Thémistocle, il lui ordonna, après avoir invoqué Bacchus Omestès (mangeur de chair crue), de lui immoler ces jeunes gens, l'assurant que la victoire et le salut des Grecs seraient ainsi assurés. » Thémistocle semble hésiter; mais les soldats veulent qu'on suive l'avis du devin, et les jeunes gens sont immolés. (In Themist., c. su, n. 3.)

A l'instar des Grecs, les Romains avaient aussi leurs expiateurs publics. C'étaient des victimes choisies et dévouées d'avance. Dans les calamités publiques, on allait les prendre pour les égorger, dans le lieu où elles étaient nourries : comme le boucher va chercher au pâturage le boeuf qu'il conduit à l'abattoir. (Hic ergo hircus emissarius erat quasi anathema, catharma et piaculum populi, cui populus per manum pontificis omnia sua peccata imponebat, ut ille iis onutus, ea secum extra castra in desertum efferret : perinde ac Romani et Graeci tempore communis pestis aut luis homines peculiares seligebant, eosque necando diis devovebant ad cladem evertendam. Corn. a Lap., in Levit., XVI, 10; et Dyon. Halicarn., apud Euseb., Praep. evang., lib. IV, c. XVI.

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La capitale de la civilisation païenne, Rome, a sacrifié des victimes humaines jusqu'à l'avènement du christianisme; et, parmi les sacrificateurs, Dion Cassius cite l'homme le plus éminent de l'antiquité, Jules César. « A la suite des jeux qu'il fit célébrer après ses triomphes (dans lesquels fut égorgé Vercingétorix), ses soldats se mutinèrent. Le désordre ne cessa que lorsque César se fut présenté au milieu d'eux, et qu'il eut saisi de sa main un des mutins pour le livrer au supplice. Celui-là fut puni pour ce motif, mais deux autres hommes furent, en outre, égorgés en manière de sacrifice. C'est dans le champ de Mars, par les pontifes et par le flamine de Mars qu'ils furent immolés (Hist. Rom. XLIII, c. 24.) » Ajoutons avec Tite-Live qu'il était permis au consul, au dictateur et au préteur, quand il dévouait les légions des ennemis, de dévouer non pas soi-même, mais le citoyen qu'il voulait, pris dans une légion romaine (Illud adjiciendum videtur, licere consuli dictatorique et praetori, quum legiones hostium devoveat, non utique se, sed quem velit, ex legione romana scripta civem devovere, lib. VIII, e. 10. - Tous les jeux de l'amphithéâtre en l'honneur de Jupiter Latialis commençaient par un sacrifice humain.)

Les Romains et les Grecs n'étaient que les imitateurs des peuples de l'Orient, et des Phéniciens en particulier. Voisins des Juifs, dont ils connaissaient les rites sacrés, ces derniers purent, en effet, recevoir dès le principe et accepter sans résistance la contrefaçon du bouc émissaire. « Chez ce peuple, dit Philon de Byblos, c'était un

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antique usage que, dans les graves dangers, pour prévenir une ruine universelle, les chefs de la ville ou de la nation livrassent les plus chéris de leurs enfants pour être immolés, comme une rançon, aux dieux vengeurs. C'est ainsi que Cronus, roi de ce pays, menacé d'une guerre désastreuse, immola lui-même son fils unique, sur l'autel qu'il avait dressé pour cela. L'immolation de la victime était accompagnée de cérémonies mystérieuses. » (Apud veteres, in more positum erat, ut in summis reipublicae calamitatibus, penes quos aut civitatis, aut gentis imperium esset, iis, liberorum suorum carissimi, ultoribus daemonibus, jugulati, sanguine, quasi pretio, publicum exitium interitumque redimerent. Qui vero tunc ad sacrificium devovebantur, eos mysticis quibusdam caeremoniis jugulabant. Apud Euseb., Praep. evang., lib. IV, c. XVI.)

Dans tous les lieux où le christianisme n'a pas détruit son empire, le Roi de la Cité du mal continue la sanglante parodie. Les Thargélies subsistent encore aujourd'hui chez les Condes, peuples de l'Inde, telles à peu près que nous les avons vues dans la Grèce, il y a trois mille ans. Là, on engraisse des enfants qu'on égorge par centaines, au printemps, et dont le sang, répandu sur les prairies, passe pour avoir la vertu de les féconder.

A la date du 6 septembre 1850, l'évêque d'Olène, vicaire apostolique de Visigapatam (Inde anglaise), écrit : « Le gouvernement anglais a cru devoir porter la guerre jusqu'aux foyers des Condes : en voici la raison. Les sacrifices humains sont encore en usage chez ce malheureux peuple. A l'occasion d'une fête, ou d'une calamité, à l'époque des semailles surtout, ils immolent des enfants de l'un et de l'autre sexe. Dans ce but, on fait de ces innocentes victimes comme des dépôts

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pour servir dans les différentes circonstances... Tout prétexte est bon pour cette boucherie : un fléau public, une maladie grave, une fête de famille, etc.

« Huit jours avant le sacrifice, le malheureux enfant ou adolescent qui doit en faire les frais est garrotté. On lui donne à boire et à manger ce qu'il désire. Pendant cet intervalle, les villages voisins sont invités à la fête. On y accourt en grand nombre. Lorsque tout le monde est réuni, on conduit la victime au lieu du sacrifice. En général, on a soin de la mettre dans un état d'ivresse. Après l'avoir attachée, la multitude danse à l'entour. Au signal donné, chaque assistant court couper un morceau de chair qu'il emporte chez lui. La victime est dépecée toute vivante. Le lambeau que chacun en détache pour son propre compte doit être palpitant. Ainsi chaud et saignant, il est porté en toute hâte sur le champ qu'on veut féconder. Tel est le sort réservé à ceux qui me parlaient, et cependant ils dansèrent une grande partie de la nuit. » (Annales de la Prop. de la foi, n. 138, p. 402 et soiv.)

Mêmes sacrifices chez certaines peuplades mahométanes de l'Afrique orientale. « Dans une ville arabe que je connais (Annal., id., mars 1863, p. 132.), écrit un missionnaire, j'ai visité la maison où l'on immola, il y a quatre ans, trois jeunes vierges, pour détourner un malheur qui menaçait la contrée. Cette barbarie n'était pas le fait d'un seul, mais l'accomplissement d'une décision prise en conseil par les grands du pays. Je sais de source certaine, et j'en pourrais produire les témoins, que ces malheureuses victimes de la superstition musulmane ont été divisées en tronçons, et leurs membres portés et enterrés en divers endroits du

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territoire menacé. » Des horreurs semblables se commettent en Chine et dans l'Océanie : Satan est toujours et partout le même (ibid., n. 116, p. 49, etc., etc.)

Le genre particulier de sacrifices que nous venons de signaler ne donne qu'une idée bien imparfaite de sa soif insatiable de sang humain. Pour la connaître un peu mieux, il faut se rappeler que les sacrifices humains ont existé partout pendant deux mille ans ; qu'ils ont été pratiqués sur une grande échelle ; que les jeux de l'amphithéâtre, dans lesquels périssaient en un seul jour plusieurs centaines de victimes, étaient des fêtes religieuses; que sous les Césars ces jeux se renouvelaient plusieurs fois la semaine ; qu'il y avait des amphithéâtres dans toutes les villes importantes de l'empire romain ; que le sacrifice humain avait lieu hors des frontières de cet empire ; qu'en Amérique il a dépassé toutes les proportions connues ; enfin, que le même carnage continue, à l'heure qu'il est, dans tous les lieux restés sous l'entière domination du prince des ténèbres.

En 1447, trente-quatre ans avant la conquête espagnole, eut lieu à Mexico la dédicace du Téocalli ou temple du Dieu de la guerre, par Ahuitzotl, roi du Mexique. Jamais, dans aucun pays, si épouvantable boucherie n'avait eu lieu pour honorer la Divinité. Les historiens indigènes, qu'on ne peut accuser ni d'ignorance ni de partialité en cette occasion, portent à 80,000 le nombre des victimes humaines immolées dans cette fête, dont ils donnent la description suivante.

Le roi et les sacrificateurs montèrent sur la plate-forme du temple. Le monarque mexicain se plaça à côté de la

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pierre des sacrifices, sur un siège orné de peintures effrayantes. Au signal donné par une musique infernale, les captifs commencèrent à monter les degrés du téocalli; ils étaient couverts d'habits de fête, et avaient la tête ornée de plumes.

A mesure qu'ils arrivaient au sommet, quatre ministres du temple, le visage barbouillé de noir et les mains teintes en rouge (images vivantes du démon), saisissaient la victime et l'étendaient sur la pierre aux pieds du trône royal. Le roi se prosternait, en se tournant successivement vers les quatre points cardinaux (parodie du signe de la croix) ; il lui ouvrait la poitrine, dont il arrachait le coeur qu'il présentait palpitant aux mêmes côtés, et le remettait ensuite aux sacrificateurs. Ceux-ci allaient le jeter au quanhxicalli, espèce d'auge profonde destinée à ce service sanglant. Ils achevaient la cérémonie, en secouant aux quatre points cardinaux le sang qui leur restait aux mains.

Après avoir immolé de la sorte une multitude de victimes, le roi fatigué présenta le couteau au grand-prêtre, puis celui-ci à un autre, et ainsi de suite jusqu'à ce que leurs forces fussent épuisées. D'après les souvenirs du temps, le sang coulait le long des degrés du temple, comme l'eau durant les averses orageuses de l'hiver, et on eût dit que les ministres étaient revêtus d'écarlate. Cette épouvantable hécatombe dura quatre jours. Elle avait lieu à la même heure et avec le même cérémonial dans les principaux temples de la ville; et les plus grands seigneurs de la cour y remplissaient, avec les prêtres, les mêmes fonctions que Ahuitzotl au sanctuaire du dieu de la guerre. Les rois tributaires et les grands qui avaient assisté au sacrifice voulurent l'imiter dans la

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dédicace de quelques temples. Le sang humain ne fut pas épargné. Un auteur mexicain, Ixtlilxochitl, estime à plus de 100,000 le nombre des victimes qu'on immola cette année.

Le fleuve de sang humain, qui dans certaines circonstances devenait un grand lac, ne cessait jamais de couler. Comme les Grecs, les Romains, les Gaulois et autres peuples de l'antiquité, les Mexicains avaient aussi leurs Thargélies. Au milieu d'une épaisse forêt, se trouvait le souterrain consacré à Pétéla, prince des temps antiques. Sous ses sombres voûtes, le voyageur contemple avec stupeur la bouche béante d'un abîme sans fond, où se précipitent en mugissant les eaux d'une rivière. C'est là que, dans les moments d'épreuve, on amenait en pompe les esclaves ou les prisonniers, captivés à cette intention. On les couvrait de fleurs et de riches vêtements, et on les précipitait dans l'abîme au milieu des nuages d'encens, qu'on envoyait à l'idole.

Tous les mois de l'année étaient marqués par des sacrifices humains. Celui qui répond à notre mois de février était consacré aux Génies des eaux. On achetait, pour leur sacrifice, de tout petits enfants, que les pères offraient souvent d'eux-mêmes, afin d'obtenir pour la saison prochaine l'humidité nécessaire à la fécondation de la terre. On portait ces enfants au sommet des montagnes, où s'engendrent les orages, et là on les immolait; mais on en réservait toujours quelques-uns, pour les sacrifier au commencement des pluies. Le prêtre leur ouvrait la poitrine et en arrachait le coeur, qui était offert en propitiation à la Divinité, et leurs petits corps étaient servis ensuite, dans un festin de cannibales, aux prêtres et à la noblesse.

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Un autre mois était appelé l' Écorchement humain. Son patron était Xipé, le chauve ou l'écorché, autrement dit Totec, c'est-à-dire Notre-Seigneur, mort jeune et de mort malheureuse (contrefaçon évidente de N. S. J.-C.). Cette divinité inspirait à tous une grande horreur. On lui attribuait le pouvoir de donner aux hommes les maladies qui causent le plus de dégoût (moyen infernal de faire détester le Crucifié); aussi on lui offrait journellement des sacrifices humains. Les victimes conduites à ses autels étaient enlevées par les cheveux, jusqu'à la terrasse supérieure du temple. Ainsi suspendues, les prêtres les écorchaient toutes vives, se revêtaient de leur peau sanglante et s'en allaient par la ville quêter en l'honneur du dieu. Ceux qui les présentaient étaient tenus de jeûner durant vingt jours à l'avance, après quoi ils se régalaient d'une partie de leur chair (Hist. des nations civilisées du Mexique, par l'abbé Brasseur de Bourbourg, t. III, p. 341, 21-503, etc.)

Citons encore la fête des Coutumes, au royaume de Dahomey, dans l'Afrique occidentale. En voici la relation écrite en 1860 par un voyageur européen, témoin occulaire de ce qu'il raconte. « Le 16 juillet, on présente au roi un captif fortement bâillonné. Le roi lui donne des commissions pour son père défunt, lui fait remettre, pour sa route, une piastre et une bouteille de tafia, après quoi on l'expédie. Deux heures après, quatre nouveaux messagers partaient dans les mêmes conditions. Le 23, j'assiste à la nomination de vingt-trois officiers et musiciens, qui vont être sacrifiés pour entrer au service du roi défunt. Le 28, immolation de quatorze captifs, dont on porte les têtes sur dif


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férents points de la ville, au son d'une grosse clochette.

« Le 29, on se prépare à offrir à la mémoire du roi Ghézo les victimes d'usage. Les captifs ont un bâillon en forme de croix, qui doit les faire énormément souffrir : on leur passe le bout pointu dans la bouche, il s'applique sur la langue, ce qui les empêche de la doubler et par conséquent de crier. Ces malheureux ont presque tous les yeux hors de la tête. Les chants ne discontinuent pas, ainsi que les tueries. Pendant la nuit du 30 et du 31, il est tombé plus de cinq cents têtes. Plusieurs fossés de la ville sont comblés d'ossements humains. Les jours suivants, continuation des mêmes massacres.

« La tombe du dernier roi est un grand caveau creusé dans la terre. Ghézo est au milieu de toutes ses femmes qui, avant de s'empoisonner, se sont placées autour de lui, suivant le rang qu'elles occupaient à sa cour. Ces morts volontaires peuvent s'élever au nombre de six cents.

«Le 4 août, exhibition de quinze femmes prisonnières, destinées à prendre soin du roi Ghézo dans l'autre monde. On les tuera cette nuit d'un coup de poignard dans la poitrine. Le 5 est réservé aux offrandes du roi. Quinze femmes et trente-cinq hommes y figurent, bâillonnés et ficelés, les genoux repliés jusqu'au menton, les bras attachés au bas des jambes, et maintenus chacun dans un panier qu'on porte sur la tête, le défilé a duré plus d'une heure et demie. C'était un spectacle diabolique que de voir l'animation, les gestes, les contorsions de toute cette négrille.

« Derrière moi étaient quatre magnifiques noirs, fai-

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sant fonction de cochers autour d'un petit carrosse, destiné à être envoyé au défunt, en compagnie de ces quatre malheureux. Ils ignoraient leur sort. Quand on les a appelés, ils se sont avancés tristement, sans proférer une parole; un d'eux avait deux grosses larmes qui perlaient sur ses joues. Ils ont été tués tous quatre, comme des poulets, par le roi en personne... Après l'immolation, le roi est monté sur une estrade, a allumé sa pipe et donné le signal du sacrifice général. Aussitôt les coutelas se sont tirés, et les têtes sont tombées. Le sang coulait de toutes parts ; les sacrificateurs en étaient couverts, et les malheureux qui attendaient leur tour, au pied de l'estrade royale, étaient comme teints en rouge.

« Ces cérémonies vont durer encore un mois et demi, après quoi le roi se mettra en campagne pour faire de nouveaux prisonniers et recommencer sa fête des Coutumes (Le royaume de Dahomey compte près d'un million d'habitants); vers la fin d'octobre il y aura encore sept à huit cents têtes abattues. » (Annales de la Propagation de la Foi, mars 1861, p. 152 et suiv. - L'auteur de ce récit n'est pas un missionnaire. Nous avons vu un missionnaire qui nous a confirmé tous ces détails, en ajoutant que, depuis douze ans qu'il est en Afrique, on peut sans exagération porter à 16,000 le nombre des victimes humaines, immolées dans le royaume de Dahomey. Voir le Voyage de M. Répin, médecin de marine, 1862.)

Au roi Ghézo a succédé son fils, le prince Badou. L'intronisation du nouveau monarque a été le triomphe des anciennes lois, qui ont repris toute la rigueur sanguinaire réclamée par les Féticheurs. « Il ne faut pas croire que la boucherie humaine se borne aux grandes fêtes. Pas un jour ne se passe, sans que quelques têtes tombent sous la hache du fanatisme. Dernièrement

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l'Europe a frémi en apprenant que le sang de trois mille créatures humaines avait arrosé le tombeau de Ghézo. Hélas ! s'il n'y en avait eu que trois mille' ! » (ibid, mai 1862.)

Ce n'est pas seulement à Cana, la ville sainte de Dahomey, mais encore à Abomey, capitale du royaume, que se jouent ces sanglantes tragédies. « Appelés au palais du roi, écrit un voyageur, nous vîmes quatre-vingt-dix têtes humaines, tranchées le matin même : leur sang coulait encore sur la terre. Ces affreux débris étaient étalés, de chaque côté de la porte, de manière que le public pût bien les voir... Trois jours après, nouvelle visite obligée au palais, et même spectacle : soixante têtes fraîchement coupées, rangées comme les premières, de chaque côté de la porte, et trois jours plus tard, encore trente-six. Le roi avait fait construire, sur la place du marché principal, quatre grandes plates-formes, d'où il jeta au peuple des cauris, coquillages servant de monnaie et sur lesquelles il fit encore immoler soixante victimes humaines. » (Voir le Tour du monde, n. 163, p. 107.)

Voici la forme, de ce nouveau sacrifice. « On apporta de grandes mannes ou corbeilles, contenant chacune un homme vivant dont la tête seule passait au dehors. On les aligna un instant sous les yeux du roi, puis on les précipita, l'un après l'autre, du haut de la plate-forme sur le sol de la place où la multitude, dansant, chantant et hurlant, se disputait cette aubaine; comme en d'autres contrées les enfants se disputent les dragées de baptême. Tout Dahomyen assez favorisé du sort pour saisir une victime et lui scier la tête, pouvait aller à l'instant même échanger ce trophée contre une filière

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de cauris (environ 2 f. 50). Ce n'est que lorsque la dernière victime eut été décollée, et que deux piles sanglantes, l'une de têtes, l'autre de troncs, eurent été élevées aux deux bouts de la place, qu'il me fut permis de me retirer chez moi » (Le Tour du monde, p. 110).

Que deviennent les cadavres? L'histoire nous apprend que toujours et partout la manducation, sous une forme ou sous une autre, accompagne le sacrifice. Que deviennent donc les corps des innombrables victimes du Moloch dahomyen? « J'ai souvent, dit un voyageur, posé cette question à des Dahomyens de diverses classes, et je n'ai jamais pu obtenir une réponse bien catégorique. Je ne crois pas les Dahomyens anthropophages... Il pourrait se faire néanmoins qu'ils attachassent quelque idée superstitieuse à la consommation de ces restes, et qu'ils servissent à de secrètes et révoltantes agapes; mais, je le répète, je n'ai là-dessus que des soupçons, qu'ont fait naître dans mon esprit l'hésitation et l'embarras des noirs que j'ai interrogés à ce sujet"- » (id., p. 102).

Si on en juge par la tyrannie absolue que le grand Homicide exerce sur ce malheureux peuple, il est plus que probable que les soupçons du voyageur ne tarderont pas à devenir une affreuse certitude.

Avec la haine de l'homme et la soif de son sang, cette tyrannie se révèle par un dernier trait, unique dans l'histoire. « C'est à Abomey que se trouve le tombeau des rois, vaste souterrain creusé de main d'homme. Quand un roi meurt, on lui érige, au centre de ce caveau, une espèce de cénotaphe entouré de barres de fer et surmonté d'un cercueil cimenté du sang d'une cen

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taine de captifs provenant des dernières guerres, et sacrifiés pour servir de gardes au souverain, dans l'autre monde. Le corps du monarque est déposé dans ce cercueil, la tête reposant sur les crânes des rois vaincus.

Comme autant de reliques de la royauté défunte, on dépose au pied du cénotaphe tout ce qu'on peut y placer de crânes et d'ossements.

« Tous les préparatifs terminés, on ouvre la porte du caveau et l'on y fait entrer huit abaies, danseuses de la cour, en compagnie de cinquante soldats; danseuses et guerriers, munis d'une certaine quantité de provisions, sont chargés d'accompagner leur souverain dans le royaume des ombres : en d'autres termes, ils sont offerts en sacrifice aux mânes du roi mort. Dix-huit mois après, pour l'intronisation du nouveau roi, le cercueil est ouvert, et le crâne du roi mort en est retiré. Le régent prend ce crâne dans la main gauche, et, tenant une petite hache de la main droite, il la présente au peuple, proclame la mort du roi et l'avènement de son successeur. Avec de l'argile pétrie dans le sang des victimes humaines, on forme un grand vase, dans lequel le crâne et les os du feu roi sont définitivement scellés. Jamais la soif du sang du Moloch africain ne se manifeste plus qu'en cette solennité. Des milliers de victimes humaines sont immolées, sous prétexte d'envoyer porter au feu roi la nouvelle du couronnement de son successeur (Le Tour du monde, 103, 104)..

Toutes ces horreurs se commettent au nom de la religion et il y a de prétendus grands esprits qui disent que toutes les religions sont bonnes. Il est donc indifférent de pratiquer une religion qui défend sous des peines

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éternelles d'attenter à la vie de l'homme, et une religion qui commande d'immoler les hommes par milliers? une religion qui protège l'enfant comme la prunelle de l'ail, et une religion qui ordonne aux parents de porter cet être chéri au couteau du sacrificateur, ou de le jeter vivant dans les bras d'une statue incandescente? une religion qui condamne jusqu'à la pensée du mal, et une religion qui fait de la prostitution publique une partie de son culte? une religion qui dit : Bien d'autrui tu ne prendras; et une religion qui adore des divinités protectrices des voleurs?

Toutes ces horreurs se commettent, aujourd'hui même, à quelques centaines de lieues des côtes de France! Et l'Europe chrétienne, qui a des milliers de soldats pour faire la guerre au Pape, n'en a pas un pour faire respecter les plus saintes lois de l'humanité! Une seule chose a délivré l'Europe de cruautés semblables, une seule chose en empêche le retour, c'est le christianisme. Et il se trouve aujourd'hui, en Europe, des milliers d'hommes qui n'ont de voix que pour insulter le christianisme, de plumes que pour le calomnier, de mains que pour le souffleter! Ingrats! qui, sans le christianisme, eussent peut-être été offerts en victime à quelque Ghézo d'autrefois, ou brûlés dans un panier d'osier en l'honneur de Teutatès !

CHAPITRE XXI (AUTRE SUITE DU PRÉCÉDENT.) Nouveau trait de parallélisme entre la religion de la Cité du bien et la religion de la Cité du mal : la manducation de la victime. -L'anthropophagie : sa cause. - Lettre d'un missionnaire d'Afrique : histoire d'un sacrifice humain avec manducation de la victime. - Autres témoignages. - L'anthropophagie chez les anciens : preuves. - Autre trait de parallélisme : le sacrifice commandé par Dieu et par Satan. - Preuves de raison. - Témoignage d'Eusèbe. - Tyrannie de Satan pour obtenir des victimes humaines : passages de Denys d'Halicarnasse et de Diodore de Sicile.

Ce n'est pas seulement dans l'institution du sacrifice, que le roi de la Cité du mal contrefait le roi de la Cité du bien : il le singe encore dans les circonstances qui l'accompagnent et dans l'inspiration mystérieuse qui le commande.

On connaît les purifications, les abstinences, les préparations qui, dans la Cité de Dieu, ont toujours précédé l'offrande du sacrifice. On connaît également les transports de joie, les chants, les danses, la musique sacrée, qui l'accompagnaient chez l'ancien peuple de Dieu, ainsi que l'allégresse et la pompe dont le peuple nouveau l'accompagne dans les grandes solennités.

Inutile de prouver que tout cela se retrouve intact, bien que défiguré, dans la Cité du mal. Le fait est connu de quiconque a la plus légère notion de l'antiquité

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païenne (voir entre autres Theatrum magnum vitae humanae, art. Sacerdotes). Il en est un autre qui nous semble demander une explication particulière. De toutes les conditions du sacrifice, la plus universelle, parce qu'elle est la plus importante, est la participation à la victime par la manducation. On a vu que cette manducation est matérielle, morale ou figurative. A l'imitation du vrai Dieu, Satan la veut pour lui-même. Comme il exige des victimes humaines, souvent il exige de ses adorateurs la participation à l'abominable sacrifice, par une manducation réelle. De là, l'anthropophagie.

Que l'anthropophagie en général soit due à une inspiration satanique, il est, ce nous semble, facile de le prouver par un raisonnement péremptoire. L'anthropophagie est un fait. Tout fait a une cause. La cause de l'anthropophagie est naturelle ou surnaturelle.

Naturelle, si elle se trouve dans les instincts de la nature ou dans les lumières de la raison. Or, les instincts de la nature portent si peu l'homme à manger l'homme, que, dans une ville assiégée, par exemple, ou sur un bâtiment privé de tout moyen de subsistance, ce n'est qu'à la dernière extrémité, et avec une répugnance extrême, que l'homme se décide, pour sauver sa vie, à se nourrir de la chair de son semblable.

Dans ses lumières, la raison ne trouve rien qui commande, qui approuve, à plus forte raison, qui glorifie une pareille action. Que dis-je? c'est à peine si elle parvient à l'excuser. Ainsi, personne qui n'éprouve un sentiment d'horreur en lisant dans l'histoire les faits, heureusement assez rares, d'anthropophagie, alors même qu'ils semblent commandés par les circons

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tances. On plaint, on déplore; mais applaudir, jamais.

Si la cause de l'anthropophagie n'est pas naturelle, elle est donc surnaturelle. Il y a deux surnaturels, le surnaturel divin, et le surnaturel satanique. Est-ce dans le premier que nous trouvons la cause de l'anthropophagie? Évidemment non : Dieu la condamne. A moins d'admettre un effet sans cause, il reste donc à l'attribuer au second, c'est-à-dire à l'éternel ennemi de l'homme. C'est lui, en effet, qui en est l'inspirateur, lui, dont l'infernale malice pervertit tous les instincts de la nature, éteint toutes les lumières de la raison, an point de faire trouver à l'homme son plaisir, dans un acte qui est le renversement complet de toutes les lois divines et humaines.

Nous reviendrons sur ce fait. Pour le moment, nous devons nous occuper de l'anthropophagie, considérée comme appendice obligé du sacrifice. L'antiquité nous la montre pratiquée chez les Bassares, peuple de Libye. « Ils avaient, dit Porphyre, imité les sacrifices des Tauriens, et mangeaient la chair des hommes sacrifiés. Qui ne sait qu'après ces odieux repas, ils entraient en fureur contre eux-mêmes, se mordant mutuellement, et qu'ils ne cessèrent de se nourrir de sang, que quand ceux qui les premiers (les démons) avaient introduit ces sortes de sacrifices, eurent détruit leur race. » (De abstin., lib. II, I, 56, édit. Didot, p. 45).

Sous la même forme, on l'a trouvée chez la plupart des sauvages du nouveau monde; elle se pratique encore dans l'Océanie et dans l'Afrique centrale. Forcé de nous restreindre, nous n'en rapporterons qu'un seul exemple. Le 18 octobre 1861, un de nos missionnaires,

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venu à Paris, après douze ans de séjour sur la côte occidentale d'Afrique, nous disait et, plus tard, voulait bien nous écrire ce qui suit :

« C'était au mois de septembre 1850. J'étais moi-même sur les lieux, où se fit le sacrifice dont je viens vous parler. Il est à remarquer que ce n'est pas ici un fait isolé, mais ces sortes de sacrifices sont d'un usage très fréquent.

« La victime était un beau jeune homme, pris dans une peuplade voisine. Pendant quinze jours, il fut attaché par les pieds et par les mains à un tronc d'arbre, au milieu des cases du village. Sachant le sort qui l'attendait, ce malheureux fit, pendant la nuit du quatorzième au quinzième jour, un suprême effort pour se dégager de ses liens : il y réussit. Éperdu, il arrive avant le jour à un poste français. Personne n'entendant sa langue, il fut pris pour un esclave fugitif, et on le livra sans difficulté aux nègres qui, s'étant mis à sa poursuite, ne tardèrent pas à le réclamer. Reconduit au village, le sacrifice fut décidé pour le jour même, qui était un vendredi : il eut lieu de la manière accoutumée.

« La victime est garrottée et assise sur une pierre, en guise d'autel, au centre d'une grande place. Autour de la place, des marmites pleines d'eau sont placées sur des foyers. Une musique bruyante, accompagnée de nombreux tamtams, occupe une des extrémités de la place, et attend le signal. La population du village et des villages voisins, souvent au nombre de trois à quatre mille personnes, revêtues de leurs habits de fête, se range en cercle autour de la victime. C'est en petit les amphithéâtres des Romains.

« Au signal donné, la musique, les tamtams, les vo

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ciférations de la foule remplissent l'air d'un bruit infernal : c'est l'annonce du sacrifice. Les sacrificateurs s'approchent de la victime, armés de mauvais couteaux, et commencent leur atroce ministère. Suivant les rites, la victime doit être dépecée toute vivante, et par les articulations. On commence par la main droite qu'on détache du bras, en coupant l'articulation du poignet. De là, on passe au pied gauche, qu'on coupe au-dessous de la cheville; puis on vient à la main gauche, et au pied droit. Des poignets on passe aux coudes, des coudes aux genoux, des genoux aux épaules, des épaules aux cuisses, toujours en alternant, jusqu'à ce qu'il ne reste que le, tronc, surmonté de la tête. Ainsi fut immolé mon malheureux jeune homme.

« A mesure qu'ils tombent, les membres de la victime sont portés dans les chaudières pleines d'eau bouillante. On termine l'opération en tranchant, ou mieux en sciant la tête qui est jetée au milieu de la place. Alors commence un spectacle, dont rien ne saurait donner même une faible idée. Les spectateurs semblent saisis d'une fureur diabolique. Au son d'une musique affreusement discordante, au bruit de vociférations inhumaines, les femmes échevelées, les hommes défigurés par je ne sais quelle ivresse magique, se livrent à des danses ou plutôt à des contorsions effrayantes. La ronde infernale n'a d'autre règle que l'obligation, pour chaque danseur, de donner, en dansant et sans s'arrêter, un coup de pied à la tête de la victime, qu'on fait ainsi rouler sur tous les points de la place, et de saisir avec un couteau, en passant près des chaudières, un morceau de chair, mangé avec la voracité du tigre. Ils croient par là apaiser le fétiche en courroux. »

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Sous une forme palliée, l'anthropophagie religieuse se manifeste dans les festins qui suivent la victoire. L'homme comprend si bien qu'il est dirigé par des êtres supérieurs à lui, que, sans distinction de races, de climats ou de civilisation, tous les peuples célèbrent les événements heureux, tels que les succès remportés à la guerre, par des fêtes religieuses. Les nations chrétiennes offrent leur Dieu en sacrifice et chantent le Te Deum, en actions de grâces. Le sacrifice de l'homme est l'Eucharistie de celles qui ne le sont pas, et la manducation de la chair humaine, le Te Deum de l'anthropophage : ici les faits abondent.

« Avant leur conversion les habitants des îles Gambier étaient en guerre continuelle. Ils étaient anthropophages à tel point, qu'une fois, après une lutte sanglante entre deux partis, un énorme tas de cadavres ayant été élevé, les vainqueurs les dévorèrent dans un grand festin qui dura huit jours. » (Annales, etc., n. 143, p. 299).

Ceux de l'archipel Fidji ne déposent jamais les armes. « Tout ce qui tombe entre les mains du vainqueur, écrivent les missionnaires, est sur-le-champ massacré, rôti et dévoré. Il y a maintenant une lutte, ou plutôt une boucherie de ce genre, entre Pan et Reva, où chaque jour se renouvellent des scènes d'un cannibalisme digne des bêtes féroces. D'immenses pirogues vont d'un rivage à l'autre, chargées de corps morts, dont chaque parti fait hommage à ses divinités sanguinaires, avant de les porter au four... Dans certaines îles on ajoute l'insulte à la cruauté. On coupe la tête de la victime; on la parfume d'huile; on soigne sa chevelure avec symétrie, et, lorsque

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le corps est rôti, elle vient reprendre sa place sur la table du festin'. (id., n. 115, p. 509).

« A Viti-Levou, lorsque arrive l'époque des fêtes publiques, un mets quelconque est toujours décerné pour prix d'adresse au vainqueur. Lorsque nous abordâmes, c'était le corps rôti d'un malheureux Vitien. J'avais été invité à prendre part à la fête. Vous devinez le motif de mon refus. Au reste, dans cette île et dans celles qui en sont le plus rapprochées, les repas de chair humaine sont très fréquents. Pour célébrer un événement tant soit peu remarquable, le roi a coutume de servir à ses amis les membres de quelqu'un de ses infortunés sujets. » (Annales, etc., n. 82, p. 198).

A ce point de vue, l'anthropophagie religieuse est beaucoup plus ancienne qu'on ne pense. Nul peuple ne l'a pratiquée avec plus d'effronterie et sur une plus grande échelle que les Romains. Qu'étaient-ce, en dernière analyse, que les combats de gladiateurs, les jeux sanglants de l'amphithéâtre, sinon de vastes festins de chair humaine? Comme chez les sauvages, ils étaient donnés pour remercier les dieux de quelque victoire. Ainsi, le même esprit qui les ordonnait autrefois les commande aujourd'hui: là, sous le nom de Mars ou de Jupiter; ici, sous le nom de Fétiche ou de Manitou. L'Océanien mange ses victimes avec les dents, tandis que le Romain les dévorait des yeux et les savourait avec délices. L'Océanien est un sauvage inculte, le Romain était un sauvage policé. Mais, dans l'un comme dans l'autre, on trouve la soif naturellement inexplicable de sang humain (Croire que l'anthropophagie fut inconnue des peuples de l'ancien monde serait une erreur. Jusqu'au neuvième siècle, elle régnait en Chine, à Pégu, à Java et chez les peuples de l'Indo-Chine. Les condamnés à mort, les prisonners de guerre étaient tués et dévorés : on servait des pâtés de chair humaine. Lettre de M. de Paravey, Annales de phil. chrét., t. VI, 4e série, p. 162).

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« Vue à travers Rome chrétienne, dit à ce sujet M. L. Veuillot, l'antique Rome inspire aussitôt le dégoût. Ces grands Romains, ces maîtres du monde n'apparaissent plus que comme des sauvages lettrés. Y a-t-il chez les cannibales rien de plus atroce, de plus abominable ou de plus abject, que la plupart des coutumes religieuses, politiques ou civiles des Romains? Y voit-on une luxure plus effrénée, une cruauté plus infâme, un culte plus stupide? Quelle différence même de forme peut-on signaler entre le Fétiche et le dieu Lare? Quelle différence entre le chef de horde anthropophage qui mange son ennemi vaincu, et le patricien qui achète des vaincus pour qu'ils se combattent et se tuent dans les festins? » (Parfum de Rome. - Le sot païen).

On le voit, entre les circonstances qui accompagnent le sacrifice dans la Cité du bien, comme dans la Cité du mal, le parallélisme est complet. Il ne l'est pas moins dans l'inspiration mystérieuse qui le commande. Nous avons montré que, à aucun point de vue, l'idée du sacrifice ne se trouve logiquement dans la nature humaine. Elle y est pourtant; elle y est partout; elle y est dès l'origine du monde. Elle vient donc du dehors. Les faits confirment le raisonnement. Que disent les Annales de la Cité du bien, l'Ancien et le Nouveau Testament? Dans l'immense variété de sacrifices offerts sous la loi mosaïque, elles vous disent qu'il n'en est pas un, dont l'ordre ne soit venu d'un

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oracle divin. Elles vous disent que, dans la loi évangélique, l'auguste sacrifie, substitué à tous les sacrifices, est une révélation divine. Dieu a parlé, et l'homme sacrifie. Voilà ce qui se passe dans la Cité du bien.

Pour une raison analogue, la même chose a lieu dans la Cité du mal. Satan a parlé, et l'homme sacrifie. Sa parole est d'autant plus certaine, que l'homme sacrifie son semblable. Il le sacrifie sur tous les points du globe, la parole de Satan est donc universelle. Il le sacrifie malgré les répugnances les plus vives de la nature, la parole de Satan est donc absolue, menaçante. Il le sacrifie partout où le vrai Dieu n'est pas adoré : le Juif lui-même, aussitôt qu'il abandonne Jéhovah, tombe dans Moloch et lui sacrifie ses fils et ses filles. Le sacrifice humain n'est donc ni l'effet de l'imagination, ni le résultat d'une déduction logique, ni une affaire de race, de climat, d'époque, de civilisation ou de circonstances locales : c'est une affaire de culte. Ainsi, dans la Cité du mal, comme dans la Cité du bien, tout sacrifice repose sur un oracle: ici encore, l'histoire consacre la logique (On a prétendu expliquer le sacrifice humain en disant : « L'homme s'est imaginé que plus la victime était noble, plus elle était agréable à la Divinité. Ce raisonnement a donné lieu au sacrifice humain. » L'homme s'est imaginé! Voilà qui est bientôt dit. Ce raisonnement ou plutôt cette imagination suppose que l'idée du sacrifice est naturelle à l'homme. Or, cela est faux, ainsi que nous l'avons prouvé. L'homme n'a pu imaginer le sacrifice d'un poulet : comment a-t-il imaginé le sacrifice de son semblable? L'homme s'est imaginé! mais, quand lui est venue cette imagination? comment se trouve-t-elle chez tous les peuples qui n'adorent pas le vrai Dieu? comment ne se trouve-t-elle que là? comment disparaît-elle avec le culte du grand Homicide? L'homme s'est imaginé! Il n'y a d'imaginaire en tout ceci que le raisonnement de ceux qui, par ignorance ou par peur du surnaturel, ont imaginé une pareille explication).

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« Les sacrifices humains, dit Eusèbe, doivent être attribués aux esprits impurs qui ont conjuré notre perte.

Ce n'est pas notre voix, c'est celle de ceux qui ne partagent pas nos croyances qui va rendre hommage à la vérité. C'est elle qui accuse hautement la perversité des temps qui nous ont précédés, où la superstition des malheureux humains, évidemment aiguillonnée et inspirée par les démons, était venue au point d'abjurer tous les sentiments naturels, en croyant apaiser les puissances impures, par l'effusion du sang des êtres les plus chers et par d'innombrables victimes humaines. Le père immolait au démon son fils unique ; la mère sa fille adorée; les proches égorgeaient leurs proches ; les citoyens, leurs concitoyens et leurs commensaux, dans les villes et dans les campagnes. Transformant en une férocité inouïe les sentiments de la nature, ils montraient évidemment qu'une frénésie démoniaque s'était emparée d'eux. L'histoire grecque et barbare en offre d'innombrables exemples. » (Praep. evang., lib. IV, c. XV).

La voix dont parle Eusèbe est celle des auteurs païens. Après en avoir nommé un grand nombre, il ajoute

« Je vais encore citer un autre témoin de la férocité sanguinaire de ces démons, ennemis de Dieu et des hommes : c'est Denys d'Halicarnasse, écrivain très versé dans l'histoire romaine, qu'il a toute embrassée dans un ouvrage fait avec le plus grand soin. Les Pélasges, dit-il, restèrent peu de temps en Italie, grâce aux dieux qui veillaient sur les Aborigènes. Avant la destruction des villes, la terre était ruinée par la sécheresse, aucun fruit n'arrivait à maturité sur les arbres. Les blés qui parve

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naient à germer et à fleurir ne pouvaient atteindre l'époque où l'épi se forme. Le fourrage ne suffisait plus à la nourriture du bétail. Les eaux perdaient leur salubrité; et, parmi les fontaines, les unes tarissaient pendant l'été, les autres à perpétuité.

«Un sort pareil frappait les animaux domestiques et les hommes. Ils périssaient avant de naître, ou peu après leur naissance. Si quelques-uns échappaient à la mort, ils étaient atteints d'infirmités ou de difformités de toute espèce. Pour comble de maux, les générations parvenues à leur entier développement étaient en proie à des maladies et à des mortalités, qui dépassaient tous les calcul de probabilité.

« Dans cette extrémité, les Pélasges consultèrent les oracles pour savoir quels dieux leur envoyaient ces calamités, pour quelles transgressions, et enfin par quels actes religieux ils pouvaient en espérer la cessation. Le dieu rendit cet oracle : « En recevant les biens que vous aviez sollicités, vous n'avez pas rendu ce que vous aviez fait voeu d'offrir; mais vous retenez le plus précieux. » En effet, les Pélasges avaient fait voeu d'offrir en sacrifice à Jupiter, à Apollon et aux Cabires, la dîme de tous leurs produits.

« Lorsque cet oracle leur fut rapporté, ils ne purent en comprendre le sens. Dans cette perplexité un de leurs vieillards dit : Vous êtes dans une erreur complète, si vous pensez que les dieux vous font d'injustes répétitions. Il est vrai, vous avez donné fidèlement les prémices de vos richesses (Offrande des prémices et des dîmes : autre trait de parallélisme) ; mais la part de la génération humaine, la plus précieuse de toutes pour les dieux,

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est encore due. Si vous payez cette dette, les dieux seront apaisés et vous rendront leur faveur.

« Les uns considérèrent cette solution comme parfaitement raisonnable; les autres, comme un piège. En conséquente, on proposa de consulter le dieu pour savoir si, en effet, il lui convenait de recevoir la dîme des hommes. Ils députèrent donc une seconde fois des ministres sacrés, et le dieu répondit d'une manière affirmative. Bientôt des difficultés s'élevèrent entre eux sur la manière de payer ce tribut. La dissension eut lieu, d'abord, entre les chefs des villes; ensuite, elle éclata parmi tous les citoyens, qui soupçonnaient leurs magistrats. Des villes entières furent détruites; une partie des habitants déserta le pays, ne pouvant supporter la perte des êtres qui leur étaient le plus chers et la présence de ceux qui les avaient immolés. Cependant, les magistrats continuèrent d'exiger rigoureusement le tribut, partie pour être agréables aux dieux, partie dans la crainte d'être accusés d'avoir dissimulé des victimes, jusqu'à ce qu'enfin la race des Pélasges, trouvant son existence intolérable, se dispersa dans des régions lointaines. » (Multae propterea migrationes, quae Pelasgum gentem varias in terras, longe lateque deportarunt. Dion. Halyc., lib. I).

A ce témoignage, contentons-nous d'ajouter celui d'un autre historien non moins grave. « Après la mort d'Alexandre de Macédoine et du vivant du premier Ptolémée, écrit Diodore de Sicile, les Carthaginois furent assiégés par Agathocle, tyran de Sicile. Se voyant réduits à l'extrémité, ils soupçonnèrent Saturne de leur être contraire. Leur soupçon se fondait sur ce que, dans les temps antérieurs, ayant coutume d'immoler à ce dieu

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les enfants des meilleures familles, plus tard ils en avaient fait acheter clandestinement, qu'ils élevaient pour être sacrifiés. Une enquête eut lieu, et on découvrit que plusieurs des enfants immolés avaient été supposés.

Prenant ce fait en considération, et voyant les ennemis campés sous leurs murs, ils furent saisis d'une terreur religieuse, pour avoir négligé de rendre les honneurs traditionnels à leurs dieux. Afin de réparer au plus tôt cette omission, ils choisirent, par la voix des suffrages, deux cents enfants des meilleures familles, qu'ils immolèrent dans un sacrifice solennel. Ensuite, ceux que le peuple accusait d'avoir fraudé les dieux s'exécutèrent d'eux-mêmes, en offrant spontanément leurs enfants. Il y en eut environ trois cents.» (Primum quidem eximios communibusque lectos suffragiis adolescentes, omnino ducentos, publice immolarunt. Deinde vero alii praeterea, qui violatae religonis suspecti vulgo essent, ultro sese ac sponte obtulerunt, trecentis haud pauciores. Lib. XX).

La terrible puissance qui exigeait le sacrifice des enfants commandait toutes les autres pratiques sanglantes ou obscènes des cultes païens. Écoutons un autre révélateur non suspect de l'abominable mystère. « Les fêtes, dit Porphyre, les immolations, les jours néfastes et consacrés au deuil, qu'on célèbre en dévorant des viandes crues, en se déchirant les membres, en s'imposant des macérations, en chantant et en faisant des choses obscènes, avec des clameurs, des agitations de tête violentes et des mouvements impétueux, ne s'adressent à aucun dieu, mais aux démons, pour détourner leur colère et comme un adoucissement à la très an

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cienne coutume de leur immoler des victimes humaines.

« A l'égard de ces sacrifices, on ne peut ni admettre que les dieux les aient exigés, ni supposer que des rois ou des généraux les aient offerts spontanément, soit en livrant leurs propres enfants à d'autres pour les sacrifier, soit en les dévouant et les immolant eux-mêmes. Ils voulaient se mettre à l'abri des colères et des emportements d'êtres terribles et malfaisants, ou assouvir les amours frénétiques de ces puissances vicieuses, qui, le voulant, ne pouvaient s'unir corporellement à leurs victimes. Comme Hercule assiégeant OEchalie pour l'amour d'une jeune vierge, ainsi les démons forts et violents, voulant jouir d'une âme, encore embarrassée dans les liens du corps, envoient aux villes des pestes et des stérilités, font naître des guerres et des divisions intestines, jusqu'à ce qu'ils aient obtenu l'objet de leur passion. » (Et quemadmodum OEchaliam Hercules virginis amore commotus obsedit, ita saevi plerumque ac truculenti daemones, humanae animae corporis adhuc vinculis impeditae consortium espetentes, pestilentiam, annonaeque penuriam civitatibus immittunt, easque bellis ac seditionibus infestas habent, donec optatis amoribus potiantur. Apub Euseb., Praep., evang., IV, c. IV).

Comme le sacrifice lui-même, le mode du sacrifice était prescrit par les oracles. Rien ne prouve mieux la présence de l'Esprit infernal, que la manière dont s'accomplissait le meurtre abominable de tout ce que l'homme a de plus cher. Il existait à Carthage une statue colossale de Saturne, en airain. Elle avait les mains étendues et inclinées vers la terre. A ses pieds était un gouffre plein de feu. L'enfant placé sur les bras de l'idole, n'étant retenu par rien, glissait dans le gouffre, où il était consumé au bruit des chants et des instruments de mu

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sique (Diod, Sicul., ibid., etc., etc). Sous des noms différents, cette statue homicide existait en Orient et en Occident, chez chez les juifs et chez les Gaulois.

CHAPITRE XXII (FIN DU PRÉCÉDENT.) Existence des oracles divins et des oracles sataniques, prouvée par le fait des sacrifices. - Paroles d'Eusèbe. - Nouveau trait de parallélisme. - Le Saint-Esprit, oracle permanent de la Cité du bien; Satan, oracle permanent de la Cité du mal. - Satan se sert de tout pour parler. - Il ne se contente pas du sacrifice du corps; en haine du Verbe incarné, il veut le sacrifice de l'âme. - Il exige des infamies et des ignominies: preuves générales. - Quand il ne peut tuer l'homme, il le défigure. - Tendance générale de l'homme à se déformer physiquement. - Explication de ce phénomène. - Un seul peuple fait exception, et pourquoi. - Autre trait de parallélisme : pour faire l'homme à sa ressemblance, Dieu se montre à lui dans des tableaux et des statues. - Pour faire l'homme à sa ressemblance, Satan emploie le même moyen : ce que prêchent ses représentations.

A moins de nier toute certitude historique, les deux faits qu'on vient de lire sont écrasants pour les négateurs des oracles. Ils le sont, non seulement à cause de la gravité des auteurs qui les rapportent, mais encore par leur connexion avec une multitude d'autres faits, également certains. Pour conserver le moindre doute sur l'existence universelle des oracles démoniaques, et sur l'effrayante autorité de leurs ordres, il faut être arrivé à un parti pris de négation, qui touche à la stupidité.

Toute l'histoire du monde civilisé ne repose-t-elle pas sur la certitude d'un oracle satanique? Cent fois dans l'Écriture ne voyons-nous pas la consultation des oracles? Cent fois ces oracles ne demandent-ils pas aux Juifs,

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comme aux Chananéens, l'immolation de leurs fils et de leurs filles ? Qu'on cite une page de l'histoire profane qui n'affirme pas l'existence des oracles chez tous les peuples païens d'autrefois, qui ne l'affirme encore chez tous les peuples païens d'aujourd'hui. Parmi les innombrables pratiques, ridicules, infâmes ou cruelles, qui souillent leur existence, en est-il une seule qu'ils ne rapportent à la prescription de leurs divinités?

Sur ce point, si l'histoire confirme la raison; la foi, à son tour, explique l'histoire. Rival implacable du Verbe incarné, Satan veut être tenu pour Dieu. Le signe de la divinité, c'est le culte de latrie. L'acte suprême du culte de latrie, c'est le sacrifice. Le moyen d'obtenir le sacrifice, c'est de le commander. Le moyen de le commander, c'est l'oracle. Immuable dans le mal, Satan a toujours voulu se faire passer pour Dieu, il le voudra toujours. Donc il a toujours voulu, et toujours il voudra le sacrifice. Donc, sous un nom ou sous un autre, il y a toujours eu et il y aura toujours des oracles, partout où le singe de Dieu pourra exercer son empire.

« Rien ne prouve mieux, dit Eusèbe, la haine des démons contre Dieu, que leur rage de se faire passer pour Dieux, en vue de lui enlever les hommages qui lui sont dus. Voilà pourquoi ils emploient les divinations et les oracles, afin d'attirer les hommes à eux, de les arracher au Dieu suprême et de les plonger dans l'abîme sans fond de l'impiété et de l'athéisme. » (Praep. evang., lib. VII, c. xvi ; voir aussi S. Th., I p., q. 115, art. 5 ad 3).

Ce n'est pas seulement dans les choses de la religion et lorsqu'il s'agit du sacrifice, que le Roi de la Cité du mal veut être consulté. Il le veut et il l'est dans les

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choses de l'ordre purement social et humain. C'est un nouveau trait du parallélisme déjà remarqué.

On sait qu'avant de rien commencer d'important, l'ancien peuple de Dieu avait ordre de consulter l'oracle du Seigneur : os Domini. L'Évangile n'a rien changé à cette prescription. Ne voyons-nous pas le nouveau peuple de Dieu, l'Église catholique, fidèle à implorer les lumières du Saint-Esprit, afin de savoir, dans les circonstances importantes, ce qu'il convient de faire et la manière de le faire? Tant qu'elles furent chrétiennes, les nations de l'Orient et de l'Occident ne s'adressèrent-elles pas au Souverain Pontife, oracle vivant du Saint-Esprit, pour lui demander des règles de conduite, en le priant de décider entre le vrai et le faux, entre le juste et l'injuste? Qu'est-ce que cela, sinon consulter l'oracle du Seigneur: os Domini? Dans leur vie privée, les catholiques eux-mêmes, qui ont conservé la foi aux rapports nécessaires du monde supérieur avec le monde inférieur, se montrent religieux observateurs de cette pratique. Qu'est ce enfin que cela, sinon consulter l'oracle du Seigneur os Domini?

Il est bien évident qu'un usage, si propre à obtenir la confiance et les hommages des hommes, Satan a dû le contrefaire à son profit : avant d'en avoir les preuves, on en a la certitude. Que voyons-nous, en effet, chez tous les peuples païens? des oracles qu'on va consulter sur les choses de la guerre et de la paix, sur les calamités publiques et sur les chagrins domestiques, sur les mariages, sur les entreprises commerciales et sur les maladies. Ces oracles sont tellement respectés, que les plus fiers généraux n'osent se mettre en campagne, sans les avoir interrogés. Ils sont tellement nombreux, que

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Plutarque n'a pas craint d'écrire ce mot célèbre : « Il serait plus facile de trouver une ville bâtie en l'air, qu'une ville sans oracles. » (Voir aussi Theatrum magnum vitae humanae, art. 0racula). Pour tous les peuples de l'antiquité, l'existence des oracles sataniques était donc un article de foi et la base de la religion.

Quant à la manière dont ils se rendaient, si étrange qu'elle paraisse, elle n'a rien qui doive étonner, rien qui touche à la certitude du phénomène. Comme le corps est sous là puissance de l'âme, qui le fait mouvoir et parler; ainsi le monde matériel dans toutes ses parties est soumis au monde des esprits, et particulièrement des esprits mauvais qui en sont appelés les modérateurs et les gouverneurs : rectores mundi tenebrarum harum.

Dès lors, pour rendre leurs oracles, tout leur est bon : un serpent ou un morceau de bois, comme dans l'Écriture; une table, comme on le voit dans Tertullien; mi homme ou une femme, comme on le voit dans l'histoire sainte et dans l'histoire profane; un chêne, comme on le voit dans Plutarque; une statue de bronze, comme la statue de Memron ; une fontaine, comme celle de Colophon ou de Castalie; une fève, un grain de froment, les entrailles d'un animal, une chèvre, un corbeau, comme on le voit dans Clément d'Alexandrie et dans vingt auteurs païens. « Rien, ajoute Porphyre, n'est plus évident, ni plus divin, ni plus dans la nature que ces oracles. » (His, nihil evidentius, nihil aut cum divinitate, aut cum ipsamet natura conjunctius dici queat. Apud Euseb., Praep. evang., lib. V, c. vin).

Cependant, si abominable qu'il soit, le sacrifice du corps, tant de fois commandé par les oracles, ne suffit

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pas au démon. Sa haine en exige un autre plus abominable encore : c'est le sacrifice de l'âme. Comme il inspire le premier, il inspire le second. Dans la Cité du bien, le but final du sacrifice, comme de toutes les pratiques religieuses, est de réparer ou de perfectionner dans l'âme l'image de Dieu, afin que, rendue semblable à son Créateur, elle entre au moment de la mort en possession des félicités éternelles. Dépouiller l'âme de sa beauté native en la dépouillant de sa sainteté, c'est-à-dire effacer en elle jusqu'aux derniers vestiges de ressemblance avec Dieu, afin qu'au sortir de la vie elle devienne la victime éternelle de son corrupteur : tel est le but diamétralement contraire du Roi de la Cité du mal.

Avec la même tyrannie qu'il exige l'effusion du sang, il exige la profanation des âmes. Notre plume se refuse à décrire les hécatombes morales, accomplies par ses ordres sur tous les points du globe, ainsi que les circonstances révoltantes dont le prince des ténèbres les entoure. Ignominies et infamies : ces deux mots résument son culte public ou secret.

Ignominies. Voyez-vous Satan, maître de ces âmes immortelles, vivantes images du Verbe incarné, les forçant de se prosterner devant lui, non sous la figure d'un Séraphin, resplendissant de lumière et de beauté ; mais sous la figure de tout ce qu'il y a de plus laid et de plus repoussant dans la nature? Crocodile, taureau, chien, loup, bouc, serpent, animaux amphibies, animaux de terre et de mer, sous toutes ces formes il demande des hommages, et il les obtient. Cette longue galerie de monstruosités ne lui suffit pas. Afin d'entraîner l'homme dans des ignominies plus profondes, il en invente une nouvelle.

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Sous son inspiration, l'Orient et l'Occident, l'Égypte, la Grèce, Rome, tous les lieux où le genre humain respire, ont vu les billes et les campagnes, les temples et les habitations particulières, se peupler de figures monstrueuses, inconnues dans la nature. Êtres hideux, moitié femmes et moitié poissons, moitié hommes et moitié chiens, femmes à la chevelure de serpents, hommes aux pieds de bouc, femmes à la tête de taureau, hommes à la tête de loup, serpents à la tête d'homme ou d'épervier, Magots et Bouddhas, ayant pour tête un pain de sucre, pour bouche un rictus épouvantable courant d'une oreille à l'autre, pour ventre un tonneau, tous dans des attitudes ridicules, menaçantes ou cyniques c'est à ces dieux, incarnation multiforme et long ricanement de l'Esprit malin, que l'homme tremblant devra offrir son encens et demander des faveurs.

Infamies : A quel prix l'encens sera-t-il reçu? A quelles conditions les faveurs accordées? qu'on le demande aux mystères de Cérès, à Eleusis; de la bonne déesse, à Rome; de Bacchus, en Étrurie; de Vénus, à Corinthe; d'Astarté, en Phénicie; de Mendès, en Égypte; du temple de Gnide, de Delphes, de Claros, de Dodone, et de certains autres que nous nous abstenons de nommer : en un mot, qu'on le demande à tous les sanctuaires ténébreux, où, comme le tigre qui attend sa proie, Satan nuit et jour attend l'innocence, la pudeur, la vertu, et l'immole sans pitié, avec des raffinements d'infamie que le chrétien ne soupçonne plus et que le païen lui-même n'aurait jamais inventés (Clem. Alexand., Exhortat. ad Graec.; et Euseb., Praep. evang., lib. IV, c. xvi - M. de Mirville, Pneumatologie, etc., t. III; deuxième mémoire, p. 346 et suiv.)

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Ce que Satan faisait chez tous les peuples païens, il le fit chez les Gnostiques, leurs héritiers : il le fait encore, quant au fond, parmi les sectaires modernes, soumis plus directement à son empire. Écoutons le récit de ce qui se passe, depuis longtemps, en Amérique, la terre classique des esprits frappeurs et des grands médiums. Dans le mois de septembre; lorsqu'on a recueilli les récoltes les méthodistes ont l'habitude de tenir des réunions nocturnes, qui durent pendant toute une semaine. Une annonce est faite dans les journaux, afin que chaque fidèle soit dûment prévenu et puisse profiter des grâces que l'Esprit-Saint prodigue dans ces circonstances. On choisit un vaste emplacement au milieu des forêts; le meeting a lieu en plein air et dans le silence de la nuit. On voit arriver les sectaires par toutes les voies et sur tous les véhicules imaginables : hommes, femmes, enfants, tous accourent au rendez-vous.

Le lieu du meeting est ordinairement en forme d'ovale. A une extrémité on construit l'estrade pour les prédicants; ils sont toujours en nombre. Cette espèce ne manque malheureusement pas en Amérique. De chaque côté, en forme de fer à cheval, on dresse des tentes, et l'on place derrière les voitures et les chevaux. Tout au tour, sur des poteaux, sont des lampes ou des torches qui jettent une lueur blafarde. Le centre est vide. C'est là que se tient le peuple pendant le meeting. Vers neuf ou dix heures du soir, au signal donné, les ministres montent sur l'estrade; le peuple accourt, se tient debout ou assis sur l'herbe.

Un ministre commence quelques prières, puis déclame un petit speech : c'est le préambule. Plusieurs autres se succèdent et cherchent à échauffer l'enthousiasme.

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Bientôt la scène s'anime et prend un étrange aspect. Un des ministres entonne d'une voix lente et grave un chant populaire (C'est le carmen, usité dans toutes les évocations); la foule accompagne sur tous les tons : puis, le ministre grossit la voix et va toujours crescendo, en accompagnant son chant des gestes les plus excentriques. La Sybille n'était pas plus tourmentée, sur son trépied. On chante, on déclame tour à tour, et l'enthousiasme augmente.

Cela dure des heures entières; l'excitation finit par arriver à un point dont il est impossible de donner l'idée. Entre autres exclamations qu'on entend retentir citons celle-ci : Dans la Nouvelle Jérusalem, nous aurons du café sans argent et du vieux vin. Alleluia !

Bientôt toute cette foule qui remplit l'enceinte se mêle, se heurte, le tout au milieu des cris, des danses, des gémissements et des éclats de rire. L'esprit vient ! l'esprit vient! Oui, il vient en effet; mais ce doit être un esprit infernal, à voir ces contorsions, à entendre ces hurlements. C'est alors un pêle-mêle, un tohu-bohu digne de petites-maisons. Les hommes se frappent la poitrine, se balancent comme des magots chinois, ou exécutent des évolutions comme des derviches. Les femmes se roulent par terre, les cheveux épars. Les jeunes filles se sentent soulever dans les airs et sont en effet transportées par une force surnaturelle.

Cependant les ministres, qui semblent livrés à la même folie, continuent de chanter et de se démener comme des possédés : c'est une confusion complète, un chaos..... au loin la pudeur, la morale, tout est pur pour ces énergumènes. Dieu pardonne tout. Honte et infamie

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sur les chefs aveugles d'un peuple aveugle!... Les étoiles du firmament répandent une douce clarté sur cet affreux tableau; parfois le vent mugit dans la forêt, et les torches font apparaître les hommes comme des ombres. La nuit se passe de la sorte. Le matin, toute cette foule est étendue inerte, épuisée, harassée. Le jour est donné au repos, et la nuit suivante on recommence (Histoire d'un meeting de 1863, Extraits des journaux américains). Voilà ce qui se fait dans la secte puritaine des méthodistes. Qui oserait raconter ce qui a lieu chez les Mormons?

Nous sommes donc en droit de le répéter : Poursuivre le Verbe incarné dans l'homme son frère et son image; le poursuivre en singeant, pour le perdre, tous les moyens divinement établis pour le sauver; le poursuivre sans relâche et sur tous les points du globe; le poursuivre d'une haine qui va jusqu'au meurtre du corps et de l'âme : telle est l'unique occupation du Roi de la Cité du mal.

S'il n'atteint pas toujours ce dernier résultat, toujours il y tend : quand il ne lui est pas donné de détruire l'image du Verbe, il la défigure. A défaut d'une victoire complète, il ambitionne un succès partiel. Ce lumineux principe de la philosophie chrétienne nous conduit en présence d'un fait très remarquable, jusqu'ici peu remarqué en lui-même, et nullement étudié dans sa cause. Nous voulons parler de la tendance générale de l'homme à se défigurer. Nous dirions universelle, si un seul peuple, que nous nommerons bientôt, ne faisait exception. Avant de nous occuper de la cause, constatons le phénomène.

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La manie de se défigurer ou de se déformer physiquement se rencontre partout. Inutile d'ajouter qu'elle est particulière à l'homme; quel qu'il soit, l'animal en est exempt. Si nous parcourons les différentes parties du globe, nous trouvons à toutes les époques, et sur une vaste échelle, les déformations suivantes : déformation des pieds, par la compression; déformation des jambes et des cuisses, par des ligatures ; déformation de la taille, par le corsage; déformation de la poitrine et des bras, par le tatouage ; autre déformation de la poitrine, des bras, des jambes et du dos, par de hideuses excroissances de chair, provenant d'incisions faites au moyen de coquillages; déformation des ongles, par la coloration; déformation des doigts, par l'amputation de la première phalange. Déformation du mentoli, par l'épilation ; déformation de la bouche, par le percement de la lèvre inférieure ; déformation des joues, par le percement et par la coloration; déformation du nez, par l'aplatissement de l'une ou de l'autre extrémité, par le percement de la cloison, avec suspension d'une large plaque de métal, ou l'allongement exagéré, provenant d'une compression verticale des parois; déformation des oreilles, au moyen de pendants qui les allongent jusqu'à l'épaule («Aux jours de fête, les femmes de l'île de Pdques mettent leurs pendants d'oreilles. Elles commencent de bonne heure à se percer le lobe de l'oreille avec un morceau de bois pointu ; peu à peu elles font entrer ce bois plus avant, et le trou s'agrandit. Ensuite elles y introduisent un petit rouleau d'écorce, lequel, faisant l'office de ressort, se détend et dilate de plus en plus l'ouverture. Au bout de quelque temps le lobe de l'oreille est devenu une mince courroie qui retombe sur l'épaule coypme un ruban. Les jours de fête, on y introduit un énorme rouleau d'écorce : cela est d'une grâce parfaite! » - Aussi parfaite que le chignon moderne. Annales de la Prop. de la Foi, 11.); déformation des yeux, par la coloration ou par la pression de l'os

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frontal, qui les fait sortir de leur orbite; déformation du front par des caractères obscènes, gravés en rouge avec le bois de sandal ; déformation du crâne, sous l'action de compressions variées qui lui font prendre tour à tour la forme conique, pointue, bombée, ronde, trilobée, aplatie, carrée ; déformation générale par le fard, par les cosmétiques et par les modes ridicules voilà le phénomène (Pour les autorités et le nom des peuples, voir l'ouvrage du docteur médecin L. A. Gosse, de Genève, intitulé : Essai sur les déformations artificielles du crâne, Paris 1855; Annales de la Propagation de la Foi, n. 98, p. 75).

Quel esprit suggère à l'homme qu'il n'est pas bien, tel que Dieu l'a fait? D'où lui vient cette impérieuse manie de déformer, dans sa personne, l'ouvrage du Créateur? Donner pour cause la jalousie des uns, la coquetterie des autres, ce n'est pas résoudre la difficulté : c'est la reculer. Il s'agit de savoir quel principe inspire cette jalousie brutale, cette coquetterie repoussante; pourquoi l'une et l'autre procèdent par la déformation, c'est-à-dire en sens inverse de la beauté, et comment elles se trouvent sur tous les points du globe.

Si l'on veut ne pas se payer de mots et avoir le secret de l'énigme, il faut se rappeler deux choses également certaines : la première, que l'homme a été fait, dans son corps et dans son âme, à l'image du Verbe incarné ; la seconde, que le but de tous les efforts de Satan est de faire disparaître de l'homme l'image du Verbe incarné, afin de le former à la sienne. Ces deux vérités incontestables conduisent logiquement à la conclusion suivante : La tendance générale de l'homme à se défigurer est l'effet d'une manoeuvre satanique. Plusieurs faits,

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dont le sens n'est pas équivoque, viennent confirmer cette conclusion.

1° Certains peuples reconnaissent positivement dans ces déformations l'influence de leurs dieux. « Quant aux femmes australiennes, écrit un missionnaire, c'est moins le goût de la parure que l'idée d'un sacrifice religieux, qui les porte à se mutiler.

Lorsqu'elles sont encore en bas âge, on leur lie le bout du petit doigt de la main gauche, avec des fils de toile d'araignée; la circulation du sang se trouvant ainsi interrompue, on arrache au bout de quelques jours la première phalange, qu'on dédie au serpent boa, aux poissons ou aux Kanguroos. » (Annales, etc., n. 98, p. 75).

Il en est de même de la déformation frontale par la coloration. Son caractère d'obscénité révoltante accuse une autre cause, que la jalousie de l'homme ou la coquetterie de la femme.

2° La partie du corps le plus universellement et le plus profondément déformée, c'est le cerveau. D'où vient cette préférence? Au point de vue de l'action démoniaque, il est facile d'en comprendre le motif. Le cerveau est le principal instrument de l'âme. L'altérer, c'est altérer tout l'homme. Or, cette déformation a pour résultat d'entraver le développement des facultés intellectuelles, de favoriser les passions brutales et de dégrader l'homme au niveau de la bête (Gosse, p. 149, 150. - Sur plusieurs points de la France et de l'Europe, la déformation frontale a lieu encore aujourd'hui. Ibid.)

3° Parmi tous les peuples, un seul peuple, mêlé à tous les peuples, échappe à cette tendance, c'est le peuple juif. Investi d'une mission providentielle, dont la lettre de créance est son identité, il faut qu'il soit éternelle

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ment reconnu pour juif, et Satan n'a pas la permission de le défigurer. « Comme exempte de la déformation, je citerai cette petite nation juive, qui a joué un rôle si remarquable dans l'humanité, et dont le type s'est conservé pur, dès les temps les plus reculés (Gosse, p. 16). »

4° Plus les nations se trouvent étrangères à l'influence du Christianisme ou du Saint-Esprit, plus la tendance à la déformation est générale ; au contraire, plus elles sont chrétiennes, plus elle diminue. « En parlant des habitants de la Colombie, M. Duflot de Moiras fait remarquer que là où le catholicisme s'est introduit, la déformation a cessé. » Elle disparaît complètement chez les vrais catholiques, les saints, les prêtres, les religieux et les religieuses.

Déformer l'homme, afin d'effacer en lui l'image de Dieu, ce n'est pas assez : nous avons ajouté qu'à tout prix Satan veut le faire à la sienne. Ici encore vient s'ajouter un nouveau trait au parallélisme constant, que nous avons observé.

Dans la Cité du bien, l'image de Dieu la plus éloquente et la plus populaire, c'est le crucifix. Donc le crucifix est l'image obligée de l'homme ici-bas. Mortification universelle de la chair et des sens, empire absolu de l'âme sur le corps, dévouement sans bornes, détachement des choses temporelles, résignation, douceur, humilité, aspiration constante vers les réalités de la vie future n'est-ce pas là tout l'homme voyageur? Et voilà le crucifix. De là, cette définition de la vie, donnée par le concile de Trente : La vie chrétienne est une pénitence continuelle, vita christiana, perpetua poenitentia.

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Par ses images, le Roi de la Cité du mal définit aussi la vie ; mais il la définit à sa manière. Pas une des innombrables statues, sous lesquelles il se présente aux hommages des hommes, qui ne soit un appel à certaine passion. Plusieurs fois nous avons visité les galeries de Florence, les musées de Rome et de Naples, les ruines de Pompéi et d'Herculanum. Nous avons vu les dieux de l'Océanie; d'autres ont vu, pour nous, les temples du Thibet, les pagodes de l'Inde et de la Chine. Or, les milliers d'images, emblèmes, statues, antiques et modernes, qui encombrent ces lieux, si différents d'âge et de destination, répètent, chacun à sa manière, le mot séduisant qui perdit l'homme au paradis terrestre : Jouis; c'est-à-dire, oublie tes destinées; oublie le but de la vie, adore ton corps, méprise ton âme, dégrade-toi, déforme-toi; que l'image du crucifix s'efface de ton front, de tes pensées et de tes actes, afin que tu sois l'image de celui que tu adores, la Bête.

On pourrait facilement continuer, sous le rapport religieux, l'histoire parallèle des deux Cités; mais il est temps d'esquisser leur histoire sous le rapport, non moins instructif, de l'ordre social.

CHAPITRE XXIII HISTOIRE SOCIALE DES DEUX CITÉS. Parallélisme des deux Cités dans l'ordre social. - Pour constituer la Cité du bien à l'état social, le Saint-Esprit lui donne lui-même ses lois par le ministère de Moise. - Les fondateurs des peuples païens reçoivent leurs lois du Roi de la Cité du mal. - Témoignage de Porphyre. - Les peuples du haut Orient reçoivent leurs lois du dieu serpent à la tête d'épervier. - Lycurgue reçoit celles de Sparte du serpent Python. - Numa celles de Rome, de l'antique serpent, sous la figure de la nymphe Égérie. - Rome fondée par l'inspiration directe du démon : passage de Plutarque. - Les lois de Rome, dignes de Satan par leur immoralité : passage de Varron et de saint Augustin.

Le parallélisme des deux Cités, dont nous venons de présenter une légère esquisse dans l'ordre religieux, se retrouve dans l'ordre social : il ne peut en être autrement. Par la nature même des choses, la religion a été, chez tous les peuples, elle sera toujours l'âme de la société : elle inspire ses lois, donne la forme à ses institutions et règle ses moeurs. Elle la domine et lui donne l'impulsion, comme l'âme elle-même domine le corps, dont elle met en mouvement tous les organes. Or, dans la Cité du bien, le Saint-Esprit est, sans conteste, le maître de la religion. Cette royauté religieuse lui assure donc, au moins indirectement, la royauté sociale. Il y a plus : elle lui est acquise par des moyens directs.

Ouvrons l'histoire. Laissant de côté les temps primitifs, nous arrivons à l'époque où, la race fidèle étant

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assez nombreuse pour sortir de l'état domestique, Dieu la fait passer à l'état de nation. Rien de plus solennel que la manière dont il consacre cette nouvelle existence de l'humanité. Le souverain législateur veut que la Cité du bien sache que sa constitution et ses lois sont descendues du ciel, et que jamais elle ne l'oublie.

Au sommet du Sinaï, où lui-même est présent, enveloppé de redoutables ténèbres, il appelle Moïse. Dans un long tê