Baudouin IV

De Christ-Roi
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Baudouin IV, l'admirable roi lépreux

                   Baudouin IV, Kingdom of Heaven.JPG     Baudouin IV (film de Ridley Scott Kingdom of Heaven).jpg
                   Baudouin IV, Roi de Jérusalem (1174-1185), 
                  film de Ridley Scott Kingdom of Heaven, 2005.
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De 1169 à 1174, Saladin unifiait le monde musulman (Syrie-Egypte) : d'abord maître de l'Egypte, il enlèva la Syrie musulmane à la mort de Nour ed-Dîn (1174). Il ne fut quelque temps contenu que grâce à l'héroïsme de Baudouin IV (1174-1185)[1], le Roi Lépreux, roi de Jérusalem, "stoïque et douloureuse figure, la plus noble peut-être de l'histoire des Croisades, figure où l'héroïsme, sous les pustules et les écailles qui le couvrent, confine à la sainteté, pure effigie du roi français" (René Grousset, L'Epopée des Croisades, Éditions Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 2000, p. 189), à placer à coté d'un saint Louis.

"Le règne du malheureux jeune homme, de 1174 à 1185 - avènement à treize ans, décès à vingt-quatre - ne devait donc être finalement qu'une lente agonie, mais une agonie à cheval, face à l'ennemi, toute raidie dans le sentiment de la dignité royale, du devoir chrétien et des responsabilités de la couronne en ces heures tragiques où au drame du roi répondait le drame du royaume.

"Et quand le mal empirera, quand le Lépreux ne pourra plus monter ens elle, il se fera encore porter en civière sur le champ de bataille et l'apparition de ce moribond sur cette civière mettra en fuite les musulmans" (René Grousset, ibid., p. 173).

En 1174, à la mort d'Amaury Ier, roi de Jérusalem, Baudouin IV, son fils et successeur, avait 13 ans.

Ce fut le début d'un règne stupéfiant, étant donné, non seulement l'âge de l'héritier, mais surtout la maladie qui le rongeait: la lèpre. Le petit roi accepte la croix, embrasse la Passion, et porte la charge du royaume sous la constante menace musulmane.

Dès qu'il apprend à prier, on lui inculque des règles de vie qu'il devra traduire dans les faits le jour où il sera roi: aimer, être juste, généreux jusqu'à la largesse, servir les pauvres, être fidèle à la parole donnée.

En se fiant toujours à Dieu: "Fais ce que dois, advienne que pourra".

Il était très beau, un cavalier tel qu'on en vit peu, intelligent, cultivé et grâce aux meilleurs professeurs de l'époque en tous domaine. Hélas, à l'âge de la puberté, on s'aperçut qu'il était lépreux.

Peu après, ce fut le roi chevalier, responsable de la Terre Sainte, où il était né et à 14 ans, il était à la tête de son armée (souvenons-nous qu'à 16 ans Saint Louis commandait ses troupes).

"L'admirable Baudouin IV, le roi lépreux, déploya en dépit de son atroce infirmité une activité qui lui permit de tenir tête à Saladin et de remporter même contre lui la victoire de Montgisard (25 novembre 1177), l'un des faits d'armes les plus éclatants des croisades" (Régine Pernoud, Les hommes de la Croisade, Taillandier, Mayenne 1977, p. 12).

René Grousset écrit: "Le règne du malheureux jeune homme ne devait donc être qu'une longue agonie. Mais une agonie à cheval, face à l'ennemi, toute raidie dans le sentiment de la dignité royale, du devoir chrétien et des responsabilités de la couronne en ces heures tragiques, où au drame du roi répondait le drame du royaume".

Sa lèpre gagnait, affreuse, l'épuisant. Bien des conseillers lui conseillaient de se retirer et de vivre "avec de bonnes rentes". Mais la chronique met en valeur son refus "parce que, s'il était faible de corps, il avait l'âme haute et la volonté tendue au-delà des forces humaines".

Il faut se rappeler qu'il mena ses hommes à 1 contre 20! Ainsi le 24 novembre 1177, les forces des Turcs étaient "comme une mer" pendant la bataille de Mongisard. 26000 Turcs contre la petite armée de 400 chevaliers Francs. Michel le Syrien rapporte: "Quand le Dieu qui fait paraître sa force dans les faibles, inspira le roi infirme... Il descendit de sa monture, se prosterna la face contre terre devant la Croix (les saintes reliques) et pria avec des larmes. A cette vue le cœur de tous ses soldats fut ému. Ils étendirent tous la main sur la croix et jurèrent de ne jamais fuir et, en cas de défaite, de regarder comme traître et apostat quiconque fuirait au lieu de mourir". Ce jour là, quelques centaines de Francs battirent la plus grande et plus forte armée jamais vue.

Saladin avait une telle estime de la qualité du jeune roi, qu'il suffit, par exemple, qu'il fut annoncé, pour que son adversaire lève le siège de Beyrouth prête à tomber entre ses mains!

Des félonies, lors de la fin de sa courte vie, le soulevèrent de réprobation. Mais il ne céda pas. Il resta roi jusqu'à la dernière minute, alors qu'alité il était devenu aveugle, mais conservant sa lucidité jusqu'au bout, "Christ de douleur couronné d'or et d'épines".

En décembre 1183, Saladin revint avec une puissante armée et une forte escadre égyptienne. Il assiégea en Transjordanie la forteresse du "chevalier-brigand Renaud de Châtillon. Le roi domina alors le cadavre qu'il est devenu, convoque ses troupes et se fit porter en civière. Saladin est si effrayé qu'une fois de plus, il s'enfuit devant lui sans l'attendre (René Grousset, ibid., p. 188). Le roi était lui-même le drapeau des Francs!

La lèpre terrassa Baudouin à 24 ans, aveugle et impotent, le 16 mars 1185. "Délivré de son long martyre, le Roi Lépreux fut enseveli près du Golgotha (la colline où le Christ avait été crucifié) et du Saint-Sépulcre où était mort et où avait reposé l'Homme de Douleur, son Dieu" (René Grousset, ibid., p. 189).

Après sa mort, ce fut la catastrophe. À Hattin, presque toute la chevalerie franque fut tuée ou capturée (1187). En quelques semaines, Saladin se rendit maître des états chrétiens à l'exception de quelques places côtières.