La Révolution a apporté un grand progrès

Un article de Christ-Roi.

"... Ils ne craignent pas de faire, entre l'Evangile et la Révolution, des rapprochements blasphématoires" 
 (Saint Pie X, Lettre sur le Sillon, n° 41).

" TOUT A ETE PREPARE PAR DES HOMMES QUI AVAIENT SEULS LE FIL DES CONSPIRATIONS LONGTEMPS OURDIES DANS LES SOCIETES SECRETES, & qui ont du choisir & hâter les moments propices aux complots..." (Abbé Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. I, p. XI) [1]

"Pour Jean-François Kahn, soutenir que la Révolution 'française' est intrinsèquement perverse est un réflexe "révisionniste" (Marianne, 3 septembre 2001). Max Gallo réaffirme que "la Révolution 'française', c'est l'irruption du peuple français dans son histoire nationale..." (France-Soir, 11 septembre 2001). En dépit de tous les travaux d'historiens qui ont profondément renouvelé notre connaissance de la période, nous vivons toujours sur les clichés du XIXe siècle. Au cours de la décennie 1790, la France serait passée de l'absolutisme à la liberté(...), la Terreur ne constituant qu'un accident de parcours... Malheureusement (ou heureusement...), cette vision idyllique ne correspond pas à la réalité.

"...La violence s'impose comme méthode d'action politique. Tout au long du processus révolutionnaire, elle reste omniprésente. Dès 1789, ce sont des minorités qui s'emparent du pouvoir et se le disputent. Si bien que le moment fondateur de la république 'française' porte en lui une inavouable contradiction. Conduite au nom du peuple, la Révolution s'est effectuée sans le consentement du peuple, et souvent même contre le peuple (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 177).

"...dans cette Révolution Française, tout, jusqu’à ses forfaits les plus épouvantables, tout a été prévu, médité, combiné, résolu, statué ; tout a été l’effet de la plus profonde scélératesse..." (Abbé Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, cité dans Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 220.)

La République est leur façade "légale"...

Sommaire

L'EVOLUTION DE L'HISTORIOGRAPHIE SUR LA REVOLUTION

Rôle "capital" joué par deux anciens communistes repentis de leur funeste chimère! (Furet et Richet)

À partir de 1960, les clivages manichéens ont commencé à être bousculés.

En 1965, François Furet et Denis Richet, deux anciens communistes, publiaient un ouvrage qui scandalisa la Sorbonne. C'était l'époque où les études universitaires - dominées par Albert Soboul, mandarin de gauche - étaient encore vouées à la vénération intégrale de l'entreprise révolutionnaire... Dans La révolution 'française' (1965), Furet et Richet condamnaient la terreur, dans laquelle ils voyaient un dérapage survenu entre 1791 et 1792. Furet diverge sur plusieurs points fondamentaux, de l'interprétation dominante... Les auteurs de ce magnifique ouvrage ont profondément repensé la Révolution française en ce qui concerne les structures économiques et sociales de l'ancien régime. Leur texte clair, agrémenté d'une abondante et très riche illustration (iconographie d'époque, en noir et blanc surtout), tient compte des travaux récents (avant 1965) et présente une image de la Révolution plus objective que celle des générations précédentes... Les auteurs considèrent la Terreur comme un "dérapage". Cette notion de dérapage avait fait réagir les grognards de l'orthodoxie historiographique révolutionnaire. Ceux-ci tenaient fermement la position autrefois tracée par Clemenceau, en janvier 1891, face à ceux qui dénonçaient les violences de la Terreur : « Messieurs, que nous le voulions ou non, la Révolution française est un bloc! » De l'obligation quasi morale alors faite aux républicains de tenir la Révolution pour un ensemble dont la nation devait fièrement revendiquer la globalité de l'héritage, les historiens de la Révolution avaient peu ou prou glissé à la conception d'une Révolution qui avait suivi, d'un bloc, un cours nécessaire. Quiconque se risquait à parler de dérapage idéologique et terroriste se voyait impliqué rien moins que dans un vaste complot idéologique...

Au fur et à mesure de ses travaux, jusqu'à sa mort prématurée (1997), François Furet est même allé de plus en plus loin: "La culture politique qui conduit à la Terreur remarquait-il en 1978, est présente dans la révolution 'française' dès l'été 89... La guillotine s'alimente à sa prédication morale..." (François Furet, Le Passé d'une illusion, Robert Laffont/Calmann-Lévy, 1995).

Furet a donc joué un rôle irremplaçable. Car cet homme de gauche ose regarder la réalité en face, en rejoignant sous un certain angle, le point de vue d'historiens qu'on ne voulait pas écouter, car de droite... (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 197-199).

Furet a consacré à Cochin un brillant essai: "Augustin Cochin, La théorie du Jacobinisme" (in Penser la Révolution française, Gallimard, 1978). Il indique que Tocqueville et Augustin Cochin (historiens "de droite") ont été les seuls, à son avis, à avoir élaboré une conceptualisation sérieuse de ce grand évènement (la Révolution). Furet démontre aussi que les interprétations successives de 1789 n’ont pas échappé à une certaine pensée totalitaire (!) par la collusion des jacobins et des communistes... Il fallait oser le dire (surtout pour un ancien communiste)!

On se fera par exemple une idée de l'attitude des épigones (de la Révolution) par cette notice bibliographique du marxiste Soboul: "Sur les sociétés de pensée. Rappelons, mais plutôt au titre de l'historiographie, les ouvrages aujourd'hui dépassés d'A. Cochin" (A. Soboul, La Civilisation et la révolution française, Arthaud, 1970, p. 608)... dépassés dans sa tête uniquement... (puisqu'un ancien communiste comme Furet dans Penser la Révolution française, Gallimard, 1978, en dit tout le contraire...)

En 1995, dans Le passé d’une illusion, essai sur l’idée communiste au XXe siècle (prix du Livre politique et prix Aujourd’hui 1995 chez Robert Laffont-Calmann-Lévy 580 p.), F. Furet, apporte sa pierre à une thèse avancée, il y a plus de trente ans, par l'écrivain politique français Raymond Aron et la philosophe d'origine allemande Hannah Arendt (Hannah Arendt, The Origins of Totalitarism, Harcourt, New York 1951 ; Raymond Aron, L'Essence du totalitarisme, 1954), à savoir que le communisme et le nazisme seraient les deux faces d'un même monstre totalitaire (issu des Lumières)... Les régimes communiste et nazi recourent, selon F. Furet, aux mêmes pratiques, soumettent les individus aux mêmes contraintes et, dans des ateliers analogues bien que concurrents, forgent dans le sang l'"homme nouveau" de demain... Pour conforter sa thèse, l'auteur emprunte cependant une voie originale, en faisant l'histoire de la réception du communisme dans l'Occident libéral. A la différence du nazisme, le régime mis en place, en Russie, à partir de 1917 bénéficie d'une véritable aura auprès des intellectuels européens. Marx est, bien sûr, le nom propre de ce rayon-nement et aucun penseur sérieux, même aujourd'hui, ne mettra en question le génie du philosophe ; mais la Révolution française est bientôt considérée comme le modèle historique de la révolution russe d'Octobre 1917. Nombre d'historiens, en France particulièrement, développeront la comparaison et justifieront au nom de la première les moments de terreur de la seconde... Ainsi les purges des années 30, opérées par Staline dans le Parti bolchevique, sont comparées à la liquidation des partisans de Hébert et de Danton par Robespierre, et l'assassinat politique est investi de la légitimité d'une révolution passée... Pour Furet le communisme est une "funeste production de l'imaginaire". Le communisme charrie dans ses marges de redoutables régressions. II inflige à la morale, à l'individu, à la nature, à la liberté libérale et même démocratique, à la circulation-communication, etc., quelques-unes des défaites les plus graves que ces valeurs et ces forces ont subies en à peu près un siècle...

Créer un homme nouveau

"Victimes de la révolution ou victimes de la Terreur ? Longtemps les historiens de gauche (Aulard, Mathiez, Lefebvre, Soboul, Vovelle) ont assumé la Terreur, les communistes voyant dans la révolution 'française' la préfiguration de la révolution bolchévique: Albert Mathiez saluait le 'rouge creuset où s'élabore la démocratie future sur les ruines accumulées de tout ce qui tenait à l'ancien ordre'.

"Les historiens de droite (Taine, Cochin, Gaxotte), stigmatisant la Terreur, soulignaient que le projet jacobin - créer un homme nouveau - était forcé d'engendrer un système coercitif. [Aujourd'hui, les historiens s'accordent à dire que ce critère de l'"homme nouveau" a été la marque de tous les révolutionnaires du XXe siècles: l' aryen de Hitler, l' homo sovieticus de Lénine]. Les libéraux du XIXe siècle (Thiers, Quinet, Tocqueville) avaient été plus embarrassés: comment louer la révolution en évacuant 1793 ?..." (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 197-199).

"La déchristianisation,... était destinée à changer les mentalités, à créer un homme nouveau, un citoyen vertueux....." ( Jean-Paul Bertaud, La Révolution française, collection Tempus, La Flèche 2004, p. 256).

On a pu, par exemple, observé ce qu'a donné la vertu révolutionnaire, dans le Génocide de la Vendée.

"... et créer un "Ordre nouveau", nier le réel & nier l'être" (Luce Quenette)

"la révolution fait espérer un ordre nouveau. Cependant, elle n'affirme jamais qu'il sera définitif, si beau qu'elle le promette. Elle est axée sur le devenir, non sur l'être. Elle accuse l'être d'être ; et elle célèbre le devenir comme contraire à l'être et indéfiniment transformable.

IV. Est-ce là l'erreur fondamentale de la révolution ? - La base de la révolution ne peut être appelée une erreur, mais la négation du réel - la négation de l'être" (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233) [2]

Bicentenaire de 1789: Premières critiques de la mythologie révolutionnaire

"En 1989, lors du bicentenaire, ce sont les historiens critiques à l'égard de la mythologie révolutionnaire (Pierre Chaunu, Jean Tulard, Frédéric Bluche) qui ont donné le ton. Depuis, la recherche n'a fait que confirmer leurs démonstrations..." (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 199).

Nous goutons au passage notre plaisir de voir l'historiographie concernant la révolution largement évoluer, sous l'impulsion de deux anciens communistes, donc anciens adeptes de la révolution qui en sont revenus... L'histoire a des détours parfois surprenants...

Le mythe d'une révolution "progrès pour la France" s'effrite de plus en plus. Et tant mieux !

Les Vendéens et les contre-révolutionnaires? Des sous-hommes à liquider!

En 1999, Alain Gérard publie un ouvrage sur la guerre de Vendée conçue comme point focal de la Terreur. L'auteur en tire cette conclusion: si les Vendéens (et au-delà tous les contre-révolutionnaires ou tous les opposants au gouvernement de salut public) devaient être liquidés, c'est parce qu'ils incarnaient une sous-humanité. "C'est par principe d'humanité que je purge la terre de la Liberté de ces monstres", affirmait Laplanche, un représentant de la Convention. Massacrer la population civile, c'était répudier le monde ancien pour régénérer l'humanité, dans le but de babriquer un homme nouveau, digne de vivre dans la société nouvelle. Commentaire d'Alain Gérard: "La volonté de s'affranchir de toute expérience, de toute tradition, condamne la révolution à la dérive et, à terme, à la violence intégrale" (Alain Gérard, Par principe d'humanité... La Terreur et la Vendée, Fayard, 1999, cité in Jean Sévillia, ibid., p. 199).

Le sang impur des ennemis de la révolution

"Rappelons-nous le cri de Barnave le 23 juillet 1789, après que les premiers innocents eurent été assassinés: 'Ce sang était-il si pur?' Ce mot terrible contient toute la logique de la terreur. Pour les extrémistes, il faut expurger la société. Le peuple réel doit être échangé contre un peuple idéal: parmi la population, les mauvais disparaîtront, les bons resteront..." (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 200).

Les "Lumières" à l'origine de la Terreur jacobine de l'Etat

"Pourquoi ne pas mentionner que ce raisonnement se retrouve dans certains écrits des "Lumières" ? Rousseau, dans Le Contrat social, soutient que 'tout malfaiteur attaquant le droit social devient par ses forfaits rebelle et traître à la patrie. La conservation de l'Etat est incompatible avec la sienne, il faut qu'un des deux périsse'... Quelle tolérance n'est-ce pas?...

"La terreur résulte aussi de la doctrine jacobine de l'Etat (jacobinisme qui aspire à fonder la république sur un peuple sublimé, celui de la théorie rousseauiste de la volonté générale..." (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 200).

[Peu importe si pour y parvenir, l'entreprise laisse derrière elles des millions de morts...]

Un principe totalitaire avant la lettre (J. Sévillia)

"Avant la lettre, c'est un principe totalitaire. Purifier la population de ses éléments indésirables, quitte à fabriquer le meurtre de masse, ce projet sera mis en oeuvre, au XXe siècle, par des régimes monstrueux. Les circonstances ont beau de pas être les mêmes, une même chaîne sanglante relie Robespierre, Lénine, Staline, Hitler... Le point essentiel est que le mal y est commis au nom du bien..." (Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 200).

[C'est l'inversion des valeurs: "ils appellent le mal bien, et le bien mal..." (Esaïe V, 20)].

"Liberté, que de crimes ont commet en ton nom". Après plus de deux siècles, la formule prêtée à Mme Roland gravissant les marches de l'échafaud garde sa vibration effrayée.

"Pendant l'été 1793, à Nantes, Carrier fait régner une terreur atroce, noyant 10 000 innocents dans la Loire: "Nous ferons de la France un cimetière, proclame-t-il, plutôt que de ne pas la régénérer à notre façon..." Cela prouve que si le maintien de l'ordre s'est transformé en entreprise exterminatrice, c'est bien pour des raisons idéologiques. Des représentants en mission l'écrivaient au général Haxo: "Il faut que la Vendée soit anéantie parce qu'elle a osé douter des bienfaits de la liberté..." (Jean Sévillia, ibid., p. 191).

LA "REVOLUTION", ESSAI DE DEFINITION

"Personne, sous aucun prétexte, n'obtiendra de moi que je consente à devenir le roi légitime de la Révolution..." (Le Comte de Chambord, dans son manifeste du 25 janvier 1872) [3]

Mais qu'est-ce que la Révolution ? La réponse à cette question est capitale. Sinon on ne peut comprendre la conduite du Comte de Chambord en 1872-1873.

Voici comment Jean de Beer définit les années révolutionnaires, dans son Saint Louis : "dix années les plus obscurantistes, les plus ruineuses, de l'Histoire européenne – 1789-1799 – qui n'ont rien respecté du tout, ni les peuples, ni les frontières, ni les princes, ni la justice, ni la charité..." (Jean de Beer, Saint Louis, Payot, Paris 1984, p. 13).

Voici l'avis du duc d'Anjou, en 1987, à la veille de la 'célébration' du bicentenaire de la révolution: "Quel intérêt y a t il en effet à commémorer la plus tragique fracture de notre histoire, cette guerre civile, guerre franco-française, qui a coûté plus d'un million de vies à notre peuple [le prince se trompe, le bilan de la Révolution est de deux millions de morts selon René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 11 et 28], qui a plongé le plus vieil Etat d'Europe dans un chaos sans nom, ruinant les efforts de plus de dix siècles, qui a rétrogradé la première puissance de l'époque, qui nous a fait perdre quasiment un siècle sur les autres nations dans l'ordre des institutions, des techniques, de l'économie, et qui a créé chez nous, par le seul pouvoir maléfique des slogans démagogiques et d'idées creuses, des antagonismes factices dont nous souffrons et qui nous épuisent encore deux siècles plus tard ?" (Alphonse duc d'Anjou et de Cadix, dans une allocution prononcée à Paris, le 22 janvier 1987). [4]

Comment donc une telle catastrophe a-t-elle pu se produire ?

Une idéologie

D'abord la Révolution est une idéologie ; sans cela elle n'agiterait pas le monde.

Son culte: l'homo ideologicus (l'homme idéologique) au pouvoir...

Un "principe, une idée, un ensemble d'idées" ( Mgr Gaume)

"La Révolution est un principe, une idée, un ensemble d'idées.

La transmission d'un principe, d'une idée, d'un ensemble d'idées se fait par l'enseignement. C'est donc l'enseignement, pris dans son acception la plus large, qui a fait la Révolution.

Ce que l'enseignement a fait, l'enseignement seul peut le défaire. Le catholicisme seul est la négation adéquate de la Révolution. Si l'Europe a un avenir de paix et de bonheur, elle le devra au Catholicisme appliqué à tout, plus intimement que jamais" ( Mgr Gaume, Situation, douleurs, dangers, devoirs, consolations catholiques dans les temps actuels, Lettres A M. J. DE F**, au Château de B., Lettre XIII, Paris, Gaume frères et J. Duprey, éditeurs, 4, rue Cassette, 1860)

Une "folle philosophie issue de l'hérésie des Novateurs" (Benoît XV)

"[...] Satan allait susciter Voltaire, Rousseau, la Franc-Maçonnerie, l'athéisme philosophique, enfin la Révolution proprement dite, c'est-à-dire la grande Révolte de la société contre l'Eglise, de l'homme contre le Fils de l'homme, de la terre contre le ciel" (Mgr de Ségur, Le Sacré-Cœur de Jésus, 10e édition, Paris : Tolra, libraire-éditeur, 1876, p. 50).

C'est que "la Révolution était préparée depuis longtemps par le libertinage des esprits et des moeurs. Ce sont les impies et brigands associés qui l’ont fait éclater ; mais ils n’auraient jamais réussis dans leurs desseins s’ils n’avaient eu pour alliés les égoïstes et les peureux et surtout les partisans à outrance des demi-mesures et de la conciliation..." (Père de Clorivière)

Plus près de nous, le pape Benoît XV: "C'est sous l'effet de la folle philosophie issue de l'hérésie des Novateurs et de leur trahison que, les esprits déraisonnant en masse, éclata la Révolution dont l'extension fut telle qu'elle ébranla les bases chrétiennes de la société, non seulement en France, mais peu à peu dans toutes les nations" (Benoît XV, A.A.S. 7 mars 1917).

Une "effrayante et regrettable sédition et une persécution haineuse des choses divines et humaines" (Pie XI)

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Les Adieux du Roi Louis XVI à sa famille, Gravure du temps.


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Le Roi Louis XVI au pied de l'échafaud - par Benezech - Musée de Versailles


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Assassinat du Roi Très-Chrétien Louis XVI, 21 janvier 1793, La mort du Roi Louis XVI, gravure d'après Fious


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Assassinat du Roi Très-Chrétien Louis XVI, place de la Révolution, aujourd'hui place de la Concorde...


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La victime d'égalité" - Le Duc Philippe d'Orléans appuyé à la guillotine et brandissant la tête de Louis XVI - gravure anglaise


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    Marie-Antoinette, Reine de France, Reine Martyre, 
     emprisonnée à la Conciergerie.


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Exécution de Marie-Antoinette - gravure populaire


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Exécution de Madame Elisabeth, la soeur de Louis XVI (1794), d'après Pellegrini


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L'assassinat de la princesse de Lamballe le 3 septembre 1792 - gravure hollandaise

Le pape [[Pie XI|Pie XI]: "Effrayante et regrettable sédition, total renversement du régime social qui, à la fin du XVIIIe s., sévit en France et persécuta haineusement les choses divines et humaines... En ce temps-là, des hommes ignobles s'emparèrent hardiment du pouvoir, masquant la haine qui les agitait à l'endroit de la religion catholique sous le fallacieux prétexte de philosophie, tendant de toutes leurs forces à abolir le nom chrétien" (Pie XI, Actes, Bonne Presse, t. 12, p. 132, cité in Jean Ousset, ibid.,, p. 123).

"Il y a dans la Révolution française un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu'on a vu, et peut-être de tout ce qu'on verra" (Joseph de Maistre, Considérations sur la France, chap. V., cité in Marquis de la Franquerie, Louis XVI le roi-martyr, Éditions Résiac, Montsurs 1981, p. 37).

"[...] (la génération)des Diderot, Rousseau, d'Holbach, d'Alembert et Condillac, écrivait la plupart du temps sous l'empire d'une volonté démoniaque: d'un côté ses représentants prônaient ouvertement la destruction de toute structure sociale et de toute forme de moralité sans distinction; de l'autre ils élaboraient une sorte de mathématique sociale, éloignée de la réalité, d'après laquelle la nouvelle humanité [mythe de l' homme nouveau] devait être reconstruite…

Si l'on étudie les révolutions qui ont suivi jusqu'à nos jours, on découvre que pour des situations historiques extrêmement variées, les revendications des idéologues révolutionnaires, depuis les philosophes, jusqu'à nos gauchistes d'aujourd'hui, sont identiques dans l'inspiration comme dans le détail…. Ils ont élaboré un système abstrait dans l'espoir de l'imposer à la société avec une certaine 'prédisposition idéologique', ce que Gibbon a appelé une 'attitude fondamentale' (Stance toward the world), une liberté critique. Les philosophes n'aspiraient à rien moins que la Société Idéale" (Thomas Molnar, La Contre-Révolution, Poche, Union Générale d'Éditions, Saint-Amand 1972, p. 20).

"Ce que l'on pourrait appeler aujourd'hui la 'tentation du totalitarisme' est ainsi parfaitement présente chez les théoriciens de la Société Idéale au XVIIIe s… Pour commencer, il fallait changer du tout au tout les institutions et les structures sociales existantes, les détruire même, et l'Église comme la monarchie devaient aider au travail de démolition... L'attaque lancée contre le christianisme et l'Église fut d'abord déguisée derrière des professions de foi jansénistes, anticléricales, sentiments très répandus chez les intellectuels et les magistrats; après 1715, date de mort de Louis XIV, l'intention véritable se montra au grand jour.

Une des premières pièces de Voltaire, Œdipe (1718), contient ces vers, qui n'auraient certainement pas été tolérées du vivant du vieux roi, et pouvaient soudain être acceptés sous la Régence : "Nos prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense, notre crédulité fait toute leur science". Les attaques contre le christianisme, l'Église et le clergé allèrent désormais de pair et fournirent, sans doute possible, le thème le plus largement exploité du siècle, les traits d'esprit d'un Voltaire rivalisant avec les expressions de mépris et de haine d'un d'Holbach. La formule de Peter Gay, "la montée du paganisme moderne", sous-titre de son livre sur Les Lumières, est très évocatrice" (Thomas Molnar, ibid., p. 30-34).

"...(les philosophes), leurs dogmes étaient : la liberté indéfinie de la presse et la tolérance illimitée des opinions… La cour montra un goût masochiste pour la liberté d'opinion.

On connaît la représentation du Mariage de Figaro, où la cour tout entière, y compris le couple royal, applaudit aux vers que Figaro adresse au comte Almariva, lui reprochant de n'avoir rien fait d'autre dans la vie que de s'être donné la peine d'être né. Le vieux Voltaire put se permettre de décerner une approbation à Marie-Antoinette pour la félicter de son "libéralisme"...

(Voltaire), après son Œdipe, une autre de ses tragédies, Brutus, fut représentée davant la cour de Versailles. Le comte de Ségur note dans ses Mémoires que deux vers avaient été applaudis avec un enthousiasme particulier:

"Je suis fils de Brutus et je porte en mon cœur La liberté gravée et les rois en horreur"...

De nombreux actes de renoncement à l'autorité précédèrent et suivirent celui-là.

Il semble qu'il soit dans la nature des choses que de tels actes, destinés à apaiser les forces hostiles et à écarter le danger qu'elles représentent, servent mal leur cause. En réalité, ils accélèrent le processus révolutionnaire, parce qu'ils dévoilent les hésitations et les craintes des contre-révolutionnaires.

"Spengler en a fourni ce diagnostic lucide : "Dans la période de la démocratie montante (avant 1789 en France, avant 1918 en Allemagne), on trouve un moment fatal où il devient trop tard pour que la réforme nécessaire soit présentée comme un don gratuit; elle est au contraire présentée comme un sacrifice, et l'on devrait alors la refuser avec la dernière énergie, car elle devient le signe de la dissolution" (Oscar Spengler, The Decline of the West, II, 12).

"Un autre exemple est l'amnistie accordée par Pie IX quand il devint pape en 1846. Comme le remarque E. E. Hales, cette amnistie ne fut pas comprise comme un signe de pitié, mais de changement dans les sentiments politiques. Deux ans plus tard le pape manqua d'être tué par les révolutionnaires..." (Thomas Molnar, ibid., p. 57-58).

Une "chimère" (Cardinal Pie)

"Ensuite c'est une idéologie opposée à la doctrine formelle de l'Église ; c'est une hérésie comme le gnosticisme, l'arianisme, le nestorianisme, etc. Mgr Pie questionne: "La législation qui fait profession de 'neutralité' et d'abstention concernant l'existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité ? En me permettant, de ne pas reconnaître Dieu, ne m'autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même ? Nous n'avons pas voulu, dites-vous, mettre le dogme dans la Loi. Et moi je vous réponds: Si le dogme de l'existence de Dieu ne se trouve pas dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi et la loi n'est qu'un mot, elle n'est qu'UNE CHIMERE..." (Cardinal Pie, Oeuvres sacerdotales, p. 627-629. Conférence sur le Symbole, Chartres, 1847, cité dans Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 426)

"Dans l'évolution complète de l'idée révolutionnaire, il y a trois degrés successifs.

1- Il y a le libéralisme : la doctrine de ceux qui, par bon sens ou par timidité, s'arrêtent à mi-chemin.

2- Il y a ensuite le radicalisme, qui nous menace en ce moment : la doctrine de ceux qui, par passion ou par logique, iront jusqu'au bout.

3- Et enfin il y a le socialisme qui s'affirme timidement et attend l'avenir. L’auteur Mgr Bougaud, in Le christianisme et les temps présents, écrit cela en 1890!..." (Jean Ousset, ibid., p. 426).

Une révolte contre l'ordre naturel & surnaturel voulu par Dieu (Luce Quenette)

"I. Qu'est-ce que la révolution ? [5]

- C'est la révolte érigée en principe et en droit, apparemment contre l'ordre social actuel, en réalité contre l'ordre naturel et surnaturel établi par Dieu, créateur et rédempteur. Cette révolte, l'homme ne l'appelle pas péché, désordre, mais droit de l'homme contre Dieu, correction de l'injustice de Dieu dans le monde. Le monde n'a pas besoin de Dieu pour connaître la justice. L'homme révolté y suffira..." (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233).

Jaurès, en 1895, dit: " L'idée qu'il faut sauvegarder avant tout, c'est l'idée qu'il n'y a pas de vérité sacrée , c'est-à-dire qu'aucune puissance, aucun dogme, ne doit limiter le perpétuel effort, la perpétuelle recherche de la race humaine : l'humanité siège comme une grande commission d'enquête dont les pouvoirs sont sans limite!" (Jean Jaurès, discours du 18 février 1895). C'est que la puissance de la Révolution vient toujours du Vrai qu'elle contredit, du Vrai qu'elle s'acharne à détruire et donc de la malice des démons et des hommes qui se servent du bien contre le bien. La Révolution appelle le mal bien, et le bien mal, selon la prophétie d'Esaïe (Es V,20).

Or, la perversion, ça consiste précisément "à retourner toutes les valeurs et à appeler mal ce qui est bien ou noir ce qui est blanc..." (Michel Tournier, Extrait d'un Entretien avec Gilles Lapouge, Décembre 1980).

"Le moindre consentement à la Révolution intrinsèquement perverse est une matière grave et tout l'enseignement de l'Église authentique, particulièrement la doctrine sociale de l'Église, mise en lumière aujourd'hui par tant de bons écrits, vise à nous en donner la pleine advertance. Or le catéchisme nous enseigne que les trois conditions du péché mortel sont: la matière grave - le plein consentement - la pleine advertance.

Une connivence avec la Révolution est donc plus qu'un danger pour l'état de grâce. Nous "garder purs du siècle présent" (ou encore "nous garder pur de toute souillure, d'erreur & de corruption") c'est d'abord conserver l'état de grâce - et par conséquent vivre dans une intransigeance absolue avec la Révolution.

La révolution est un tout intrinsèquement pervers, c'est un engrenage "impardonnable", une destruction du réel sans rémission. De même que l'esprit chrétien peut habiter tout entier dans la plus humble des actions, ainsi tout l'esprit de la subversion habite dans la plus insignifiante en apparence de ses démarches" (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233) [6]

"Quand les démons veulent produire les forfaits les plus noirs, ils les présentent d'abord sous des dehors célestes" (William Shakespeare, Othello)... Or, pendant la Révolution, "en vertu de l'égalité, il faut que la terre ne soit à personne; que les fruits soient à tous... En vertu de la liberté, Condorcet refuse d'obéir à Dieu, Brissot refuse d'obéir aux Rois; en vertu de la même liberté, Baboeuf refuse d'obéir à la République & à ses magistrats, des gouvernans quelconques... Et d'où sont-ils encore sortis tous ces hommes? Tous viennent du même antre des Jacobins; tous y sont accourus du Lycée des sophsites & des Loges des mystères; tous ont pour pères Voltaire & Jean-Jacques (Rousseau), les Vénérables des Kadosch, & le Spartacus Bavarois (Weishaupt)" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 181).

UN CHÂTIMENT ( Mgr Gaume)

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"Pour le catholique, LA REVOLUTION N'EST PAS UN FAIT, COMME TOUT AUTRE FAIT: C'EST UN CHÂTIMENT. Nos raisons de craindre sont moins dans ce que nous voyons que dans ce que nous croyons. Comme l'aimant attire le fer, le crime attire le châtiment. Entre le crime et le châtiment existe la même proportion qu'entre la cause et l'effet. Seul le repentir peut sauver le coupable. Ces axiomes du monde moral sont pour nous plus certains que les axiomes de la géométrie.

"Promenez maintenant vos regards sur une carte d'Europe. Voyez si vous trouvez une nation baptisée qui, depuis quatre siècles, ne soit coupable de schisme, d'hérésie, de spoliation..., de persécutions atroces, d'indifférence et de blasphèmes sans exemple et sans nom, dans l'histoire des âges antérieurs. Dépouiller l'Eglise, enchaîner l'Eglise, souffleter l'Eglise: ces trois mots ne résument-ils pas, dans ses rapports généraux, la vie des filles bien nées à l'égard de leur mère ? En principe ou en fait, toutes sont coupables d'insurrection permanente contre le Christianisme. Sont-elles repentantes ? Interrogez leurs actes...; écoutez ce qui se dit...; voyez ce qui se passe !"

( Mgr Gaume, La situation, douleurs, dangers, devoirs, consolation des catholiques dans les temps actuels, ESR, 2005, p 58.)

UNE NOUVELLE RELIGION AVEC SES DOGMES, ÊTRE SUPÊME, LIBERTE, EGALITE, DEMOCRATIE, etc.

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Fête de l'Etre Suprême au Champ de Mars, 8 juin 1794.


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Hommage au génie de la Liberté gravure symbolique d'après Launay


La Liberté imposée de la sorte est un dogme. La démocratie, le peuple, souverain absolu, en est un autre... Aujourd'hui, il n'y a plus un tyran mais 60 millions de tyrans... Voici ce qu'écrit Pierre Gaxotte à ce sujet: "Devenue religion, la république a son orthodoxie (ses dogmes), ses élus et ses réprouvés. Majorités, élections, votes, consultations populaires: tout cela, c'est la façade, le jeu auquel se laissent prendre les naïfs, en s'étonnant que les règles n'en soient jamais appliquées que contre eux... Derrière ces agitations, il y a le petit troupeau des fidèles et des "illuminés" [ceux qui ont les Lumières]. Ils détiennent la vérité. Ils se sont juré d'en établir l'empire. Ils sont la Volonté générale. Quant à leurs adversaires, quel que soit leur nombre, leur respect du suffrage universel, leur dévotion à la forme républicaine, ils ne seront jamais que des aristocrates, des réactionnaires, des hérétiques et, à l'occasion, des usurpateurs car, de même qu'il y a un roi légitime, il y a un peuple "légitime". Contre eux, tous les moyens sont permis: la fraude électorale comme la guillotine.

"C'est à cela qu'aboutissent les idylles et les pleurs. L'homme est né bon. Puisqu'il y a des coquins et des méchants, c'est que la civilisation l'a corrompu... Pour se régénérer, il doit donc en rejeter les prétendus bienfaits qui ne sont, en réalité, que des chaînes et des injustices. S'il hésite, la force l'y contraindra, car sa mauvaise volonté est un crime, un crime contre la Vertu. Seront déclarés suspects tous ceux qui, n'ayant rien fait contre la Révolution n'ont rien fait non plus pour elle..."

"... Peu importe que par la suite, notamment dans ses lettres au marquis de Mirabeau et surtout à son compatriote d'Ivernois, lors des troubles de Genêve, Rousseau ait renié le Contrat social en le déclarant inapplicable aux simples mortels et en menaçant son ami de 'l'insupportable et odieux jour de ses égaux', le Contrat en 1789, sera lu, relu, cité, commenté par les plus ardents..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 55-56).

Il y a plus de deux siècles maintenant, l'abbé Augustin Barruel, fin XVIIIe siècle, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 189, évoque quant à lui, le "NOUVEAU CATECHISME DE LA LIBERTE REPUBLICAINE"...

Quant au fondateur de l'Illuminisme toujours au siècle dit "des Lumières", Adam Weishaupt, celui-ci s'étonne même qu'il ait pu devenir le fondateur d'une religion: "C'est alors qu'il écrit à ses intimes: 'Vous ne sauriez croire quelle admiration mon grade de Prêtre produit sur notre monde. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que de grands Théologiens protestants & réformés, qui sont membres de notre Illuminisme, croient réellement que la partie relative à la Religion dans ce discours, renferme le véritable esprit, le vrai sens du Christianisme. Ô hommes! que ne pourrais-je pas vous faire croire? Franchement, je n'aurais pas imaginé devenir fondateur d'une religion...' (Ecrits origin. t. 2, lett. 18 de Weishaupt à Zwach)" (Source: Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 173).

Manifestement, le chef des Illuminati se moquait de l'imbécilité de ses adeptes!... Mais il savait aussi pourquoi il les trompait ("la fin sanctifiait les moyens...")

Un véritable athéisme

L'Abbé Barruel nous indique la nature de cette nouvelle religion: un "véritable athéisme".

"Qu'on se rappelle donc ici la religion que Weishaupt donne lui-même à ses Mages. Elle est absolument celle du spinozisme, celle qui n'admet d'autre Dieu que le monde même, c'est-à-dire celle d'un véritable athéisme. Qu'on se rappelle encore qu'un des derniers mystères de la Secte consiste à dévoiler aux adeptes, que toutes les religions ne sont que l'invention de l'imposture; & il sera facile d'accorder ces deux projets de la Secte; l'un de donner au plutôt au monde une religion forgée par les Mages, & l'autre de détruire toute religion. Ces deux projets ne doivent s'exécuter que succéssivement3 (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 396).

"Le culte de la Raison, un premier pas à faire pour détruire d'abord la religion existante" (Augustin Barruel)

"Les idées religieuses sont encore trop fortement empreintes dans l'esprit des peuples pour que Weishaupt espère les détuire toutes subitement, & sans y suppléer du moins par une espèce de culte captieux & sophistique, qui dans le fond ne constitue pas plus une vraie religion que le culte de la Raison , dont la Révolution française nous a déjà montré l'essai... Cette religion à inventer par les Mages de l'Illuminisme n'est donc ici qu'un premier pas à faire pour détruire d'abord la religion existante, la religion de Jésus-Christ dans l'univers...

"Il en est de cette religion à inventer par les Mages, comme il en est de ces nouveaux gouvernements, de ces démocraties à donner aux peuples, en attendant que leur égalité, leur liberté & leur souveraineté viennent apprendre à chaque homme qu'il est essentiellement son propre Roi, & que les droits imprescriptibles de sa royauté sont inconciliables avec toute espèce de démocratie même, & de société civile & de propriété...

"Tel est donc l'ensemble des systèmes à imaginer & à diriger par la Secte, pour arriver au dernier but de ses conspirateurs" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 397).

"(La Raison) Le 5 frimaire (25 novembre 1793), toutes les églises de la capitale lui sont... dédiées. ... grâce à la Raison, les homme s'affranchissent des préjugés anciens, fondent leur liberté sur l'agalité [ce qui cosntitue là au contraire, le préjugé suprême!]; celle-ci n'est pas seulement égalité devant la loi, elle est promesse d'une plus grande justice sociale, d'une limitiation des richeses qui permettra à tous, dans l'union (la fraternité), de connaître la félicité (le bonheur..... rien que çà!)" ( Jean-Paul Bertaud, La Révolution française, collection Tempus, La Flèche 2004, p. 255).

Le laïcisme: "un dogme imposé par un clergé caché" (Abbé Augustin Aubry)

"Le laïcisme, c'est la NEGATION de Dieu, c'est la cause première de l'anarchie intellectuelle, morale et sociale dans laquelle sombrent la grandeur et la vie même d'un pays.

"C'est la lutte entre le Contrat social et l' Evangile', entre l'Eglise et la Révolution.

"De l'aveu même des ennemis de l'Eglise, le laïcisme instaure, substitue à l'ancien, un culte nouveau: le culte de la raison et de l'humanité. Les mots raison et Humanité y sont compris dans un sens religieux, ni rationnel ni humain, dans une acception mystérieuse qui compose un DOGME - un dogme très arrêté, un dogme caché, professé, pratiqué, imposé par un clergé caché - la franc-maçonnerie -; un dogme qui, par un attrait malsain et vicieux, attire, à la suite des Lammenais, des Loyson, des Loisy, des Renan, des Combes et de tant d'autres, tous les faillis de la foi (catholique), jusqu'aux protagonistes du modernisme (condamné par les papes); - un dogme qui est la synthèse des rancunes vouées à l'Eglise par la Secte; - un dogme en désaccord avec toutes les données de la philosophie et du bon sens, en contradiction éclatante avec toutes les coutumes, toutes les traditions, tous les intérêts religieux, moraux, sociaux et matériels de la nation. L'enseignement des Ecoles de l'Etat, mis au service de ce culte, professe donc une doctrine dirigée contre les intérêts proches et lointains de la France catholique."

"[...] Les Cardinaux et les Archevêques de France - dans leur déclaration du 10 mars 1925 - ont condamné solennellement ce laïcisme, et déclaré injustes, inacceptables, les lois qui l'incarnent "comme contraires aux droits formels de DIEU. Elles produisent l'athéisme et y conduisent dans l'ordre individuel, familial, social, politique, national et international. Elles supposent la méconnaissance totale de Notre Seigneur Jésus-Christ et de son Evangile; elles tendent à substituer au vrai Dieu, des idoles - la liberté, la solidarité, l' humanité, la science - à déchristianiser toutes les vies et toutes les institutions."

(Abbé Augustin Aubry, Contre le modernisme, Etude de la Tradition, le sens catholique et l'esprit des Pères, Pierre Tequi Editeur, Gand 1927, réédité aux ESR,p . 32-33.)

Au rebours de la réalité

"La république des initiés est organisée et fonctionne au rebours de la réalité. Plus elle développe sa logique, plus elle s'écarte de la vie.

"Dans la vie, on s'associe quand on a les mêmes opinions; ici, on se réunit, en dehors de toute convenance et de tout intérêt, pour découvrir et définir la doctrine qui sera celle du groupe. L'entente est le moyen et non plus le signe ou la conséquence de l'accord.

"Dans la vie, ce qui compte, ce sont les actes; ici, ce sont les paroles.

"Dans la vie, ce que l'on recherche, ce sont des résultats matériels, tangibles; ici, ce sont des votes.

"Dans la vie, gouverner, c'est lutter contre des choses, prévoir, préparer, organiser, agir; ici, le grand art consiste à composer l'ordre du jour et à faire la majorité...

"Dans la vie, une pensée se juge à l'expérience, à l'épreuve des faits. Ici, c'est l'opinion qui règne.

"Est réel, ce qui emporte l'assentiment des auditeurs; est vrai, ce qui entraîne leur adhésion.

"Dans la vie, l'homme n'est pas un individu isolé: il est partie de l'organsiem social; il est membre d'une famille, d'un corps de métier; il est guidé par toutes sortes de considérations qui ne sont pas du domaine de la logique verbale: religion, foi, morale, traditions, sentiments, devoir personnel. Dans la société de pensée, l'initié fait table rase de tout ce qui n'est pas abstraction et raison raisonnante. Il retranche de lui-même tout ce qui lui est vraiment personnel ("Je crois en Dieu, mais cela doit rester du domaine privé"); il se réduit à cette petite faculté déductive qui est la chose du monde la plus répandue. S'il va d'instinct au vrai, au solide, à l'effet plus qu'à l'opinion, s'il introduit dans la discussion autre chose que l'ironie et l'esprit de système, il se rendra bien vite compte qu'il est désagréable à l'auditoire, encombrant, odieux, ridicule... Il se sentira dépaysé et, s'il ne s'éloigne pas de lui-même, il sera "épuré" à la première occasion. Les réfractaires éliminés, voilà nos gens isolés des profanes, rapprochés les uns des autres, à l'abir des objections et des résistances, soumis à un entraînement d'autant plus intense que le milieu est pur...

"...Et c'est ainsi que, les écrivains agissant sur les sociétés, et les sociétés sur les écrivains, la troupe inconsciente des frères se trouve poussée d'un mouvement de plus en plus rapide vers "l'avènement d'un certain type intellectuel et moral qu'aucun ne prévoit,... que tous réprouverait et que tous préparent: le Jacobin socialiste de 1793 (Pierre Gaxotte, ibid., p. 57).

"Charles Maurras dénonça ce qu'il appelait la 'littérature du siècle': la Révolution 'française' ne s'est pas faite le 14 juillet 1789; elle s'est faite bien avant au tréfond de l'esprit et de la sensibilité populaires, imprégnés des écrits des 'philosophes'" (Thomas Molnar, La Contre-Révolution, Poche, Union Générale d'Éditions, Saint-Amand 1972, p. 65).

L'état primitif & sauvage à atteindre...

"Dans ce premier état, les commodités de la vie lui manquaient (à l'homme), il n'en était pas plus malheureux; ne les connaissant pas, il n'en sentait pas de privation. La santé faisait son état ordinaire; la douleur physique était le seul mécontentement qu'il éprouvât. - Heureux mortels, qui n'étaient pas encore assez éclairés pour perdre le repos de leur ame, pour snetir ces grands mobiles de nos misères, cet amour du pouvoir & des disticntions, le penchant aux sensualités, le désir des signes représentatifs de tout bien, ces véritables péchés originels avec toutes leurs suites, l'envie, l'avarice, l'intempérance, les maladies, & tous les supplices de l'imagination".

"Dans la bouche du Hiérophante illuminé, voilà donc cet état primitif & si sauvage, le premier essai de la nature, devenu déjà l'état le plus heureux des hommes; voilà l' égalité, la liberté, principes souverains de leur bonheur dans ce même état...

" [...] l'homme a perdu le bonheur par l'institution des sociétés civiles... (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 177-178).

En gros, Weishaupt, le fondateur de la Secte des Illuminati, ne fait que systématiser ce qu'avait écrit Rousseau dans son Contrat social: si l'homme est mauvais, c'est la faute à la Société... Il faudrait alors supprimer cette société et revenir à l'état sauvage - état de nature - pour que l'homme redevienne heureux... Or, chercher à faire le bonheur de l'homme contre lui, contre sa volonté et contre la fin dernière pour laquelle il a été créé, c'est le propre des idéologies totalitaires qui ont ensanglanté le XXe siècle... Il ne faut pas l'oublier...

La théophilanthropie

"A Paris, le libraire Chemin organise pour faire pièce à l'Eglise catholique, la théophilanthropie. Dans un manuel qu'il rédige et fait imprimer, il expose le plan d'une religion déiste et civique.

"Soutenue par le Directeur La Révellière, par Valentin Haüy, l'instituteur des aveugles, par l'économiste et industriel Dupont de Nemours ou par l'écrivain Bernardin de Saint-Pierre, recrutant parmi les idéologues de l'Institut, la religion se développe et prend un tour officiel. Elle a ses sanctuaires, ses autels et ses 'orateurs' en robe blanche et tunique rouge [des singes: le diable singe Dieu].

"Le culte, renouvelé de celui de l'Être suprême, a quelques succès auprès des focntionnaires ou des militaires soucieux, pour certains, de soigner leur avancement..." ( Jean-Paul Bertaud, La Révolution française, collection Tempus, La Flèche 2004, p. 317-318).

UNE MACHINE MANOEUVREE PAR SATAN

"Une âme, un tout-puissant esprit" (Michelet)

Jean-Paul Bertaud prête ce mot à Michelet décrivant la Révolution: "Un souffle le parcourt encore, écrira Michelet, que vous ne sentez nulle part, une âme, un tout-puissant esprit....." (Source: Jean-Paul Bertaud, La Révolution française, collection Tempus, La Flèche 2004, p. 102).

"... une machine est toujours manoeuvrée. Qui est la machine ? et qui la manoeuvre ? - La machine est composée de 'tout homme qui pense que le mal n'est pas imputable à soi-même, mais "aux autres" (à la société...) et que le devoir n'est pas absolu de la part de l'homme envers Dieu...' (Albert Garreau, Augustin Cochin, dans Itinéraires, n° 133, mai 1969, p. 60-89). Celui qui la manoeuvre, c'est le prince de ce monde, ou Satan. C'est une machine satanique, car Satan veut l'anéantissement du bien, la damnation de l'homme, et la Révolution l'y mène immanquablement. [...] (Comme Satan, cette Révolution) "Elle dit non serviam: je ne servirai pas..." (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233) [7]

La révolution a mille déguisements & mille robes (Luce Quenette)

"la révolution a mille déguisements. (Comme le démon) Elle porte rarement son vrai nom. Quand elle est bonne fille, elle se laisse appeler contestation. Mais elle préfère : aggiornamento - réforme - mise à jour - pastorale - recyclage - révision de vie - dialogue - échange culturel - session - esprit du concile - oecuménisme - commentaire d'encyclique - liturgie nouvelle - recherche - expérience - mouvement - avènement - événement - engagement - signes des temps - horizon - préparation d'horizon. Et encore : voix de la hiérarchie - décision des chapitres -, et, pendant qu'on y est : investissement de l'Esprit-Saint…

Seule la surabondance rabelaisienne pourrait énumérer ses déguisements. La révolution a trois mille robes comme Élisabeth Ière, et de temps en temps, un de ses apôtres lui trouve une maxime frappante pour son blason mutant, par exemple : "Dieu n'est pas conservateur !..." (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233) [8]

"La Révolution en elle-même n'a aucune réalité" (Luce Quenette)

"La révolution est comme le mal, elle est le mal, qui par soi n'a d'autre réalité que la malice du coeur, étant la destruction de l'être réel, il emprunte son existence à l'être même qu'il veut détruire".

"- 1) La révolution n'est pas par soi. Elle vit de la contre-vérité. Donc la vérité est seule réelle. La force du contre-révolutionnaire est dans la conviction que la vérité EST, et que la révolution démasquée devient impuissante".

- 2) La révolution étant contre la vérité est contre la nature. Le contre-révolutionnaire doit être convaincu de l'essence permanente de la nature humaine et de la nature des choses - qui en appelle toujours véhémentement ou sourdement contre la révolution. (Luce Quenette, Questions et réponses sur la révolution et la contre-révolution (1969) in Lettre de la Péraudière, n° 39, février 1972, reproduit dans Le Sel de la terre, n° 22, automne 1997, pp. 214-233) [9]

Comment fonctionne la machine révolutionnaire (Luce Quenette)

  "Le but de la technique révolutionnaire ce n'est pas de convaincre, 
  c'est de faire accepter la règle du jeu, c'est-à-dire le moyen."

Luce Quenette résume comment fonctionne la machine révolutionnaire "par la marche hégélienne du communisme qui est l'aboutissement naturel de cette immense administration secrète de l'inertie, inerte elle-même: thèse - antithèse - synthèse :

"- Le réel, ce qui est, quel qu'il soit, fournit la thèse.

"- Par son contraire, le réel fournit l'antithèse.

"- Alors la contestation peut vivre, la révolution se nourrit, elle liquide ou absorbe l'opposant et voici la synthèse - mais cette synthèse, révolutionnaire par nature, est donc instable et mutante, elle porte en son sein le même germe de contestation: thèse, antithèse... etc.

"Exemple : en mai 1968 le «pouvoir» manoeuvré, ou la société qualifiée de consommation, jouent le rôle de thèse - la jeunesse en révolte, d'antithèse. Mais le processus ainsi engendré va trop vite pour le rythme de la machine; les jeunes sont à l'étape de l'anarchie. Stoppons! Il y aura thèse: gaullisme. Antithèse: le «raisonnable» parti communiste... Tout le monde se souvient comme le «vieux parti communiste français parut modéré» à côté des Cohn Bendit... Synthèse: la fameuse participation ou se cache la mise en robots des Français sous la caste des technocrates.

"Mais l'engrenage révolutionnaire a marché. ... le communisme a gagné dans cette nouvelle synthèse.

"Cependant, pour la première fois, il s'est senti devenir thèse en face de «la force ardente qui a découvert sa puissance en même temps que le goût de tout renverser pour que ça bouge» (Camille BOUCHARD, Lecture et Tradition, no 11-12, mai-juillet 1968).

"C'est que la révolution mange ses promoteurs : il faut donc que le communisme embourgeoisé de Moscou redevienne sanglant (plus sanglant) s'il veut enrayer la révolte de ses satellites et «ne pas être débordé sur sa gauche par ce qu'il appelle les extrémistes, mais qui sont en parfait accord avec la substance même de la révolution».

"Cette dévoration des promoteurs qui conduit à l'échafaud les constitutionnels, puis les Girondins, puis les Montagnards, est étincelante dans la révolte de l'Université, car la jeunesse armée, avec une logique qui saute les étapes, exécute tout d'un coup ce que distillaient, à petit bruit, dans son âme, des maîtres imbéciles, intellectuels qui croient encore au jeu purement abstrait des idées.

"Dans l'enfer de la révolution, le disciple est toujours plus grand que le maître.

"«C'est ainsi qu'un Yankélévitch, maître à penser et partisan de la contestation absolue, ne trouve plus grâce aux yeux de ses élèves qui ne font qu'appliquer à son endroit son propre enseignement...» (